J’ai cru que ma femme me trompait parce qu’elle a accouché d’un garçon – c’est pourtant déjà mon troisième fils.

Je mappelle François. Franchement, dans la vie, je me trouve plutôt verni : je suis père de famille et mari comblé. Jai épousé Élodie, mon amour denfance. Elle ma attendu sagement quand jétais à larmée, et à mon retour, paf, on sest mariés comme deux pigeons amoureux.

Notre premier fils, Augustin, est arrivé assez vite. Trois ans après, cest notre deuxième, Baptiste, qui a pointé le bout de son nez. Et pourtant, tout ce que je voulais, cétait une fille. Dès la toute première grossesse dÉlodie, javais claironné à tous mes potes au café du coin : « Cette fois, jespère avoir une princesse ! » Évidemment, ils mont tous regardé comme si jétais tombé dans la marmite à la naissance. Normalement, les mecs veulent des garçons, paraît-il Moi, je voulais pas faire comme tout le monde.

Mais voilà, la vie nécoute pas toujours nos caprices : Élodie a accouché dun garçon. Puis, trois ans après, rebelote : encore un garçon !

Malgré tout, on vivait peinards. Les garçons grandissaient, ça chahutait dans lappart, et tout roulait pour nous. Jusquau jour où Élodie mannonce avec un grand sourire : « François, je suis enceinte ! » Une troisième fois, sans prévenir Jétais sonné, on navait pas prévu dagrandir la salle de bain pour un troisième, mais bon, au fond, jétais content.

Cette fois, cest sûr, tu vas me faire une fille !
Oh oui, jen suis certaine, cest écrit, cette fois cest la bonne ! rigolait Élodie.

Nos mamans respectives, ces expertes ès grossesses, massuraient, main sur le cœur, quelles voyaient à la forme du ventre que cétait une fille. Même léchographie nous confortait dans cette idée. Les frangins avaient déjà choisi un prénom magnifique pour leur petite sœur.

Le moment venu, Élodie est partie à la maternité à lhôpital Saint-Louis, et moi, jai passé la nuit blanche à me ronger les sangs, le cerveau en compote. Je me demandais sans cesse si tout allait bien, si cétait vraiment une fille, et si jallais enfin finir par apprendre à tresser des couettes. Au petit matin, jai appelé la maternité. Et là la sage-femme mannonce, dun ton jovial, que jai un fils de 3,2 kg et 54 cm.

Jai cru à une blague. Non, vraiment, cétait pas possible, on attendait une fille, nom dun petit bonhomme ! Mais pas derreur : cétait bien un garçon. Le choc ! Les deux familles, les copains, tout le monde, personne ny croyait. Je me suis demandé comment le médecin pouvait se planter à lécho Quand jai eu Élodie au téléphone, jai lâché, un brin parano :

Dis donc, tu mas trompé ou quoi ?
Mais quest-ce que tu me chantes ?!
Bah oui, tétais censée avoir une fille !
Tes complètement cinglé ! et Élodie ma raccroché au nez, vexée comme un pou.

Quelques jours plus tard, ce fut le retour à la maison, le bébé sous le bras, les sacs dans lautre. Élodie déballe le plaid, je rencontre mon petit dernier, Lucien. Là, je nai plus eu envie de faire le malin. Jai juste fondu. Quatre ans plus tard, Lucien, que jappelle parfois « mon lutin », fait de la trottinette comme un chef, mais impossible, il ne me ressemble pas du tout. Cest tout le portrait dÉlodie. Mes deux aînés, eux, sont mon portrait craché, surtout quand ils font la tronche

Un jour, je surprends nos deux mamies en pleine causerie sur le banc, juste devant limmeuble. Elles chuchotent que Lucien na rien de moi. Lune glisse à lautre : « Tas pas remarqué quil ressemble foutrement à Gérard du cinquième ? »

Là, je me suis senti piqué au vif. Je rentre dans lappart, droit sur Élodie :

Dis-moi franchement, qui est le vrai père de Lucien ?
Non mais tu recommences ! Tu maccuses encore dadultère ? Cest grotesque !
Je veux la vérité ! Gérard ta déjà raccompagnée du boulot, je tai vu
Oui, Gérard ma raccompagnée jétais nauséeuse, je portais deux sacs de courses pleins à craquer ! Il était gentil, cest tout ! Tu veux lui faire un procès pour ça ?
Non, mais quand même pourquoi Lucien me ressemble si peu ?

Bref, on sest fâchés comme du poisson pourri. Elle était furax, au point que jai envisagé de demander un test ADN. Élodie a dabord refusé, puis deux semaines plus tard, elle a lâché quon pourrait le faire et quelle en profiterait pour me coller une demande de divorce. Je me disais quelle bluffait. Mais bon, on a fini par se lancer dans la paperasse du test.

Un matin, en descendant la poubelle, je croise Gérard, éternel célibataire à 35 ans. Je lobserve en loucedé : franchement, aucun lien avec Lucien, pas un pet de ressemblance. Rien à signaler.

Je remonte, un café à la main, la tête pleine de doutes existentiels. Et voilà Lucien qui débarque, se jette dans mes bras et me raconte ses histoires de trottinette et de dragons. Dun coup, je me suis senti ridicule. Est-ce que je deviens fou à soupçonner tout le monde ? Je nai pas besoin de test : il est mon fils. Jen étais sûr, mon cœur me le disait. Alors jai pris Lucien dans mes bras et je suis allé retrouver Élodie.

Laisse tomber, on ne fait pas ce test.
Ah ben bravo ! elle boude. Moi, jétais prête à le faire, juste pour prouver que tu racontes nimporte quoi et ensuite te larguer !
Je suis désolé vraiment.

Jai passé la semaine suivante à présenter mes plus plates excuses et à promettre de ne plus jamais écouter les commères de palier. Élodie ma finalement pardonné. Les enfants ont grandi. Augustin, notre aîné, sest marié, et sa femme attendait un bébé une petite fille cette fois ! On est devenus grands-parents, et moi enfin papy dune adorable petite-fille que je peux gâter à souhait.

Une chose est certaine : je vais la chérir de tout mon cœur, comme jaime mes trois garçons. Alors, peut-être que la vie a bien fait les choses, finalement.

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J’ai cru que ma femme me trompait parce qu’elle a accouché d’un garçon – c’est pourtant déjà mon troisième fils.
« Écoute bien ! Je suis riche maintenant et il est temps que nous divorcions, » déclara le mari avec arrogance. Il n’imaginait pas les conséquences qui l’attendaient.