Когда Люда бросила четверых сыновей на Василия, дальнобойщика, и ушла навсегда, соседка Марина стала им матерью, а годы спустя, в день рождения младших, появился он — тот самый отец…
Когда у Дарьи начались роды, Павел был в очередном рейсе на КамАЗе через заснеженную тайгу.
Il faut écouter sa mère : quand les conseils familiaux dévoilent la vraie nature d’une relation amoureuse entre un étudiant parisien et une jeune femme plus âgée
Il faut écouter sa mère Pourquoi es-tu si fâchée, maman ? Tes jalouse parce que je suis heureux ?
Seulement après un test ADN. On ne veut pas d’enfants des autres, a déclaré la belle-mère. – Seulement cent mille euros ? – ricana Élisabeth. – Tu ne mets pas cher la liberté de ton petit gars ! Peut-être que tu pourrais même aligner deux cent mille ? – S’il le faut, je trouverai, – marmonna Marie. – Alors, tu acceptes ? Si c’est juste une question d’argent. – Dis-moi, Marie, tu as mis longtemps à mûrir cette proposition ? – demanda Élisabeth. – Laissons l’argent de côté pour l’instant ! Réponds-moi franchement entre femmes ! – Évitons les sermons, – répliqua Marie en faisant la moue, – personne n’est sans défaut ! Toi, mère de famille nombreuse, tu comprendras bien que pour protéger son enfant… – Tu essaies de m’acheter, moi ou ma Daphné ? Tu crois qu’ici, on crie famine, et qu’avec ta paie, tout deviendra tout beau tout neuf ? Et que ton petit Vincent, après avoir fait tourner la tête à ma Daphné et l’avoir mise enceinte, maintenant… Je ne sais même pas comment dire. Se planque ou court se réfugier chez maman, histoire de faire nettoyer ses bêtises ! – Élisabeth, parlons franchement, – répondit Marie. – Mon Vincent n’a que dix-huit ans ! Qu’est-ce que tu veux, une famille et un bébé, déjà ? Il doit faire ses études, trouver un travail ! Comment peut-il avancer s’il a un poids à porter : une famille, un enfant ? – T’aurais aimé qu’il y pense avant de s’en prendre à ma Daphné ! – lança Élisabeth. – Il est temps qu’il prenne ses responsabilités d’adulte ! Il a fait un enfant, qu’il assume ! Sinon, il y a d’autres solutions : le tribunal, la pension alimentaire… Marie resta bouche bée. – Une corneille va t’entrer dans la bouche ouverte ! – souffla Élisabeth. – Ce n’est pas parce que je trime du matin au soir que je ne vois rien ! – Je ne veux pas me battre, mais régler ça à l’amiable, – reprit Marie une fois remise. – Je suis prête à payer pour la tranquillité. – Tu veux payer pour quoi, pour que Vincent ait mis Daphné enceinte ? Ou pour qu’il lui tourne le dos depuis deux mois ? Ou pour exiger que Daphné avorte ? Ou c’est une avance sur la pension alimentaire quand elle aura accouché ? Ce scénario, particulièrement, ne plaisait pas à Marie : à tout instant, son fils pouvait être pris la main dans le sac ! – Ne me mêle pas à tes combines ! – gronda Marie. – Je te propose de l’argent pour en finir une bonne fois pour toutes ! Après, peu m’importe ce que tu fais ! Vous voulez avorter, accoucher et garder l’enfant, ou le placer en foyer, c’est votre affaire ! Mais que mon Vincent ne soit en aucun cas concerné ! Et si l’offre ne suffit pas, ne me fais pas la morale : dis-moi le prix ! Je peux même prendre un crédit au nom de mon mari ! – Marie, va voir ailleurs si j’y suis ! – répondit Élisabeth. – En tant que femme respectable, je ne dirai pas où. Avec ce genre de proposition, inutile d’en parler d’honneur ! Ta monnaie, tu sais où te la mettre et pour combien de temps ! – Élisabeth, réglons ça sans faire d’histoires, – gronda Marie. – Va en paix ! – répondit Élisabeth. – Sinon j’appelle le chien ! Jusqu’au bout, impossible de savoir si Marie avait protégé son fils, mais tant qu’Élisabeth restait en colère, sa fille ne s’approchait pas de Vincent. Ce qui laissait au jeune homme le temps de se ressaisir et poursuivre tranquillement ses études. Si jamais Élisabeth changeait d’avis, Vincent aurait déjà disparu. À la ville, à l’université. Et dans les grandes villes, on a vite fait de se perdre de vue, pour cent ans ou plus ! Marie dut se retenir de ne pas tirer Élisabeth par les cheveux : – Quelle arrogance ! Refuser de l’argent ! Pourtant, je venais avec de bonnes intentions ! Elle menace d’appeler le chien ! C’est ça la mentalité ! Avec des femmes pareilles, vaudrait mieux ne pas partager un pique-nique, elles vous retourneraient comme une crêpe ! Mais Marie ignorait encore alors que l’histoire ne faisait que commencer. Car, chez les parents, on apprend toujours trop tard les soucis de ses enfants. Reste à espérer qu’il ne sera pas trop tard pour corriger. Quand Marie apprit par commérage que Vincent avait mis Daphné enceinte, son cœur faillit s’arrêter. – Impossible que mon Vincent se tourne vers Daphné ! Elle vient d’une famille nombreuse ! Il ne la regarderait même pas, c’est sûr ! – À toi de voir, demande au village – tout le monde le sait sauf toi ! – ricana Madame Dupuis. Marie rentra chez elle, désemparée, aucun mari ni fils, partis en forêt. Tandis qu’elle s’agitait, la mauvaise nouvelle l’obsédait. – Pourquoi ? Vers qui ? On n’a besoin d’eux pour rien ! Après avoir passé la journée à tourner ça en tous sens, Marie était à cran quand apparut son fils : – Où t’as traîné ? Y a-t-il pas de filles correctes au village ? Vincent dut avouer. Il comptait pourtant attendre la fin des vacances pour filer en apprentissage au bourg d’à côté. Mais il n’échappa pas à la colère de sa mère. Vincent fondit en larmes et chercha à attendrir. Ni un Apollon, ni futé, ni athlétique, il n’avait jamais beaucoup séduit. Mais ses dix-huit ans et ses hormones criaient famine ! Les copains s’en moquaient, il finirait vieux garçon. – Mais Daphné était d’accord ! – Daphné accepterait n’importe quel mec ! – s’indigna Marie. – Dix-neuf ans, aucun gars ne veut de ses ennuis familiaux ! Ils sont pauvres, les gosses affluent, le père est malade ! Épouse une fille pareille, tu feras le larbin pour sa famille toute ta vie ! – Mais elle est gentille et douce ! – sanglota Vincent. – Mais elle est laide, ça ne t’a pas rebuté ?! – hurla Marie. – Comment as-tu pu… Rougissant, Vincent baissa les yeux. – Sacré coup du sort ! – Marie se tordait les mains. – C’est arrivé deux fois tout au plus, – murmura Vincent. – Fallait pas plus ! – tonna Marie. – Les conséquences vont bientôt tomber ! Tu dois entrer à la fac l’an prochain ! Avec un enfant sur les bras ? Ils te mettront une pension alimentaire ! – Peut-être ce n’est pas de moi ? – hasarda Vincent. – On aimerait croire, mais qui d’autre sauterait sur une fille pareille – soupira Marie. – S’il faut, on passera par un test ADN ! Ce n’est pas à nous d’élever l’enfant d’un autre ! – Pourtant, elle jurait fidélité, – objecta Vincent. – Prie pour qu’elle t’ait menti, – grogna Marie, ouvrant la boîte où ils gardaient leurs économies. – Grégoire ! S’adressant à son mari pensif, Vincent filait dans sa chambre. – Ce n’est pas la fortune ici ! – s’exclama Marie. – Il reste le livret, – répondit Grégoire calmement. – La semaine prochaine, il sera débloqué. T’as oublié ? – Perdre la tête, il y a de quoi ! – Marie s’affaissa dans le fauteuil. – Tu as entendu ce qu’a fait Vincent ? – Il a grandi, notre garçon ! – sourit Grégoire. – On prépare le mariage ? – Le mariage ?! Avec elle ?! Jamais de la vie ! On paye et c’est tout ! Tu crois que cent mille suffiront ? – Aucune idée. Mais vu la situation d’Élisabeth, même un centime la ravirait ! – Un sou, non ! – secoua la tête Marie. Elle recompte tout, puis se rappelle les économies du livret. – On a deux cent mille, – conclut-elle. – J’en propose d’abord cent. Si elle veut marchander, deux cent ! La semaine prochaine, ce sera cinq cent. Marie hoche la tête, satisfaite de son calcul. – J’y vais avec toi ? – demande Grégoire. – Si tu surveillais mieux ton fils, on n’en serait pas là ! – grommela Marie. – Je vais me débrouiller seule ! *** La réponse d’Élisabeth restait floue, inutile de demander à Daphné. Elle ne décidait jamais rien. Vincent finit ses vacances et repartit pour le bourg, ordre formel : ne pas revenir avant l’été suivant. Le « héros » envolé, pourquoi revenir sur l’affaire ? On jasait sur Daphné, enceinte puis maman. Et sur Élisabeth. – Même pas de pension obtenue, elle va finir par manger les pissenlits par la racine ! Aux commérages, Élisabeth répondait que cela ne les regardait pas ! – On n’ira pas mendier chez vous ! On tiendra le coup, quoi qu’il arrive ! Fin juin, Vincent revenait au village, mais prudent, il ne sortait pas de la maison. Bientôt, départ pour la ville et l’université. Mais il rata ses examens, même pas le niveau d’une filière payante. – Grégoire, va voir l’armée et arrange-lui un report ! – réclamait Marie. – Là-bas, il oubliera tout ! Sinon, il pourra retenter sa chance l’an prochain ! Impossible d’arranger. Pour avoir insisté, Grégoire fut battu, puis mis quinze jours au frais. À son retour, il apporte une solution : – Il faut qu’il épouse Daphné et reconnaisse l’enfant ! Le temps que l’enfant ait trois ans, il sera exempté d’armée ! Et il peut toujours remettre un deuxième sur le métier ! Nouvel ajournement ! À la longue, il sera trop vieux pour être appelé ! – On t’a complètement assommé ou tu te crois à la foire ? – s’exclama Marie. – Même à mon pire ennemi, je ne souhaite pas ça ! – Sinon, il partira à l’armée ! Moins envie de perdre son fils à l’armée que de le voir épouser Daphné ! Mais pas le choix. – Allons supplier, – capitula Marie. – Grégoire, prends la boîte, on tente le tout pour le tout ! – Après t’être fait jeter par elle ? – ricana Grégoire. – Après tout ce qu’elle a subi cette année au village ? Peut-être vaut-il mieux que Vincent parte en forêt jusqu’à ses vingt-sept ans ! – Prends la boîte et viens ! – ordonna Marie.
« Seulement avec un test ADN. Pas question daccueillir un enfant qui ne serait pas du nôtre », déclare
Sans droit de refus — Promis, je rentre avant minuit, c’est sûr, dit-il en resserrant sa ceinture et en regardant sa femme. — Neuf heures, peut-être dix… Juste deux-trois heures sur la route et je reviens. Sa femme, silencieuse, réarrangea les serviettes sur la table et déplaça le saladier. Le fils, scotché sur son téléphone, un écouteur à l’oreille, semblait écouter d’un demi-intérêt. — Tu avais dit pareil l’an dernier, rappela-t-elle. Et l’année d’avant. — Cette année, les tarifs sont vraiment hallucinants, essaya-t-il de plaisanter. Ce serait bête de ne pas en profiter. On a le crédit à payer… — Et qui nous offre le réveillon alors ? souffla-t-elle. Le fils releva les yeux. — Papa, franchement… Cette année je suis pas chez mamie, ni en colo, je suis à la maison. Tu pourrais éviter le “je reviens tout de suite”, non ? Il grimaça. À quarante-cinq ans, il savait déjà à quoi ressemblait la déception dans les yeux des siens. Et combien de jours il fallait ensuite à la maison pour espérer se rattraper. — Je ne disparais pas pour la nuit, répondit-il plus doux. Les tarifs maximaux, c’est jusqu’à dix heures. Après, ça redescend. À onze heures, c’est promis, je suis là. On fera la télé, le Président, le champagne, comme il faut. — Comme il faut… toi, tu vis comme une application, ironisa sa femme. Il voulut protester, mais se tut. Il passa dans l’entrée, enfila sa doudoune. Dans le miroir, visage fatigué, barbe de trois jours, cernes. Chauffeur, 4,93 de note, et la sensation persistante qu’il dérange tout le monde. — Mets ta casquette, lança sa femme depuis le salon. Et évite les bourrés, j’ai pas envie d’entendre encore que tu as dû nettoyer le vomi. — J’ai mis le filtre, grogna-t-il. Le fils vint jusqu’à la porte, adossé au chambranle. — Papa, deal : si tu vois que tu n’arrives pas à minuit, tu préviens, juste. Pas de “j’arrive dans cinq minutes”, d’accord ? Il hocha la tête. Poings serrés l’un contre l’autre. — Je vais tenir mon timing, répéta-t-il, têtu. Dehors, déjà, les pétards retentissaient. Les gens couraient, les bras chargés de sacs, des guirlandes clignotaient aux fenêtres. Il grimpa dans sa vieille Skoda, mit le contact. Le tableau de bord s’illumina, l’appli de son téléphone cligna : “31 décembre, forte demande, coefficient jusqu’à 2,8”. Il soupira et lança la course. La première commande tomba aussitôt. — Allez, c’est parti pour la tournée du réveillon, se dit-il à voix basse. Premier trajet : maternité, coefficient 2,5, arrivée dans trois minutes… [SUITE DE L’HISTOIRE EN FORMAT ROMANCIÉ FRANÇAIS…] — Titre proposé (adapté à la culture française) : **»Sans droit de refus : Chronique d’un chauffeur VTC parisien, entre réveillon manqué, courses prioritaires et galères du 31 décembre»**
Sans droit de refus Je te promets, je serai à la maison avant minuit, cest certain, affirmai-je en serrant
Без вариантов: выбор, который меняет всё
Дождь стучал по подоконнику их съемной «двушки» в Тверском районе. Антон наблюдал, как капли рисуют причудливые
Seulement avec un test ADN. On ne veut pas d’enfants d’autrui, a déclaré la belle-mère — Cent mille euros seulement ? — ricana Élisabeth. — C’est pas cher payé la liberté de ton fiston ! Tu pourrais peut-être gratter jusqu’à deux cent mille ? — Si je dois, je les trouverai, — marmonna Marie. — Alors, tu es d’accord ? Si c’est juste une question de prix. — Ma pauvre Marie, tu crois que j’ai beaucoup réfléchi avant de t’écouter ? — demanda Élisabeth. — Parlons d’autre chose que d’argent deux secondes ! Dis-moi franchement, de femme à femme ! — Évitons les sermons, — répliqua Marie la mine renfrognée, — personne n’est sans reproche ! Toi, en tant que mère de famille nombreuse, tu sais ce que c’est de défendre ton enfant… — Tu veux m’acheter, c’est ça ? — coupa Élisabeth. — Ou tu veux acheter ma Daphné ? Genre on crève la dalle ici donc tu jettes un peu de fric et tout ira mieux, hein ? Seulement avec un test ADN. On ne veut pas d’enfants d’autrui, a martelé la belle-mère.
Seulement par un test ADN. On ne veut pas denfant dun autre ! lança ma belle-mère dun ton tranchant.
Sans possibilité de dire non — Je serai à la maison avant minuit, c’est sûr à cent pour cent, dit-il en resserrant sa ceinture en regardant sa femme. — Au pire neuf, dix heures… Je fais deux-trois heures et je rentre. Sa femme, silencieuse, réarrangea les serviettes sur la table et déplaça le saladier. Leur fils, plongé dans son portable, un écouteur à l’oreille, semblait écouter d’un air distrait. — Tu disais la même chose l’an dernier, rappela-t-elle. Et l’année d’avant aussi. — Cette année, les tarifs sont lunaires, tenta-t-il de plaisanter. Ce serait un péché de ne pas sortir. Il faut bien payer notre crédit. — Et qui va s’occuper de notre réveillon ? demanda-t-elle à voix basse. Le fils leva les yeux. — Papa, sérieusement. Cette année, je ne suis ni chez Mamie, ni en colo, je suis à la maison. Tu peux éviter tes histoires de « je reviens tout de suite » ? Il eut un pincement au cœur. À quarante-cinq ans, il connaissait déjà l’expression de déception dans le regard de ses proches. Et le marathon de la semaine suivante à essayer de se faire pardonner. — Je ne pars pas la nuit, répondit-il plus doucement. Le pic des tarifs, c’est jusqu’à neuf, dix heures, après ça baisse. À onze heures, promis, je suis là. On regardera le Président, le champagne, comme tout le monde. — Mais tu n’es pas comme tout le monde, rétorqua sa femme, sans joie. Tu es comme une appli. Il voulut protester, se retint. Il fila dans l’entrée, enfila sa doudoune. Dans la glace : un visage fatigué, de la barbe, des cernes. Un chauffeur à 4,93 de note, perpétuellement persuadé que tout le monde est mécontent. — Prends un bonnet, lança-t-elle depuis le salon. Et évite les bourrés, j’en ai marre que tu me racontes qu’on a encore vomi dans ta voiture. — J’ai mis un filtre, marmonna-t-il. Le fils arriva à la porte, adossé à l’embrasure. — Papa, deal : si tu ne rentres pas avant minuit, envoie au moins un message. Pas tes « j’arrive » sans fin, ok ? Il acquiesça. Le fils lui tendit le poing, il cogna le sien. — Je vais y arriver, persista-t-il. Dehors, seules des pétards éclataient déjà. Les gens s’agitaient chargés de sacs, les fenêtres brillaient de guirlandes. Il grimpa dans sa vieille Clio, mit le contact. Le tableau de bord s’illumina, le téléphone afficha l’appli. Une notification pendait déjà : « 31 décembre. Demande accrue. Coefficient jusqu’à 2,8 ». Il soupira, démarra sa soirée. La première course tomba aussitôt. — C’est parti, se dit-il à lui-même. Première course, coefficient 2,5, prise en charge dans trois minutes. Il sortit de la résidence, se glissa dans le flot, attrapa un feu vert. La cliente écrivit : « Faites vite, c’est très urgent ». Sans smiley. Dans la cour d’un vieil immeuble, ils attendaient déjà. Un homme en blouson ouvert courait dans la neige, guettant quelqu’un. À côté, une femme s’appuyait à la rambarde, main sur son ventre – un ventre énorme, visible malgré la doudoune. Freinage sec. Il saute dehors. — C’est vous qui avez commandé ? — Oui, oui, s’empressa l’homme en ouvrant la porte arrière. Maternité, comme dans la course. Vous pouvez faire vite ? Elle a des contractions. La femme s’assit prudemment, grimace. — Pas de panique, murmura-t-elle à son mari. Ça commence à peine… aïe… Il s’installa, consulta le GPS. Maternité à l’autre bout du quartier : vingt minutes en temps normal, ce soir trente-cinq. — Attachez-vous. Je fais au plus vite. L’homme s’assied devant, fixé sur le visage de sa femme dans le rétro. — Troisième enfant, expliqua-t-il, presque en s’excusant. On pensait maîtriser… mais là, c’est rapide. — On va y arriver, répondit-il, tout en sentant la boule d’inquiétude monter. Vous verrez, on file par le boulevard. Evidemment, personne ne filait. Les voitures rampaient, feux d’artifice au loin. Il se faufila entre un bus et un SUV, sauta sur la voie bus — le radar clignota dans le rétro. — Je vais me prendre une prune, grommela-t-il. — Je paierai, insista l’homme. Emmenez-nous. La femme haleta, agrippée à la poignée. — On arrive dans combien de temps ? demanda-t-elle. Coup d’œil au GPS : vingt minutes. — Quinze-vingt, annonça-t-il. Je vais tracer. Il traça. S’incrusta dans toutes les brèches, s’agaça des voitures plantées. Dans sa tête : « S’il arrive un truc dans la voiture, c’est qui le responsable ? Moi ? Le mari ? L’appli ? » Au feu, le portable cligna – message de sa femme : « Tout est prêt. Tu viens ? » Pas de réponse. Tout trop à la fois : la route, les contractions derrière, le mari qui pantelait comme s’il allait accoucher. — Respirez bien, comme on vous a appris, lança-t-il sans quitter la route des yeux. Inspire… expire… — Vous avez déjà accouché ? grinça la femme. — Trois fois en déposant ma femme à la maternité, presque un pro ! plaisanta-t-il. Le mari rit nerveusement. — Et vous êtes arrivé à temps ? — Deux sur trois, admit-il. Mais tout s’est bien fini. Il revit cette nuit-là. Sa femme à l’arrière, la panique, les cris. À l’époque il bossait à l’usine, pas encore taxi, et la voiture était celle de service. Ils n’avaient pas eu le temps, leur fils était né à l’accueil. Ils arrivèrent à la maternité en dix-sept minutes. Au portail, le vigile râla puis s’effaça en voyant la femme enceinte. — Voilà, vous y êtes, déclara-t-il. Le mari jaillit pour l’aider. La femme essaya de se lever, se plia en deux. — Bon courage, dit-il. Et bonne année. — Merci, souffla-t-elle. Le mari lui glissa des billets en plus du paiement appli. Il voulut refuser mais garda finalement. — Pour l’amende, fit l’homme. Et… merci de ne pas avoir refusé. Il hocha la tête, les regardant entrer, titubant, à l’accueil. Sur l’appli : « Excellente course ! Le client vous a laissé un pourboire ». Puis : « Forte demande dans votre secteur. Ne vous déconnectez pas pour ne pas perdre de gains ». Regarda l’heure. Il était vingt heures quarante. Encore trois heures avant minuit. Pour l’instant, il était dans les temps. Il écrivit à sa femme : « Je continue, maximum jusqu’à dix heures. Premier client — maternité, je ne pouvais pas refuser ». Il ajouta un smiley, puis l’effaça. Envoi. Réponse une minute après : « Je comprends. Mais n’oublie pas qu’on t’attend ». Soupir, touche « Libre ». La deuxième course tomba aussitôt. Un ado, prise près du centre commercial du métro. Coefficient 2,8, cinq minutes de route. — Au moins, ce n’est pas une femme enceinte, marmonna-t-il. Devant le centre, la foule, certains déjà champagne à la main. Un gamin maigre, veste légère, sans bonnet, téléphone, petit sac de sport. Il se retourne sans cesse. — C’est toi qui attends un taxi ? baissa-t-il la vitre. — Oui. Vous… pouvez patienter une minute ? J’essaie d’appeler ma mère, elle ne répond pas. Lui regarde l’appli, la foule, le gamin. — Monte, tu verras en route. Le gamin s’assoit à l’arrière, ceinture, téléphone serré. Le trajet : quartier voisin, rien de spécial. En commentaire : « L’enfant voyage seul. Merci d’appeler la mère à l’arrivée ». Il grimaça. Ce genre de courses, il aimait pas. Trop peur que… — Tu as quel âge ? questionna-t-il en quittant le parking. — Quatorze. Presque quinze. — Pourquoi tout seul ? — Maman bosse au Franprix. Devait finir tôt, mais on n’a pas voulu la laisser partir. J’y vais seul, elle m’a commandé un taxi. On devait… Il hésita. On devait fêter, quoi. Son téléphone sonna de nouveau. — C’est elle, fit-il, répondant. Oui… Oui, je suis monté. Oui… Le chauffeur va vous parler. Il tendit le portable. — C’est pour vous. — Bonjour, répondit une voix de femme essoufflée, bruit de fond, des gens qui crient. C’est le chauffeur ? Il est bien avec vous ? Tout va bien ? — Oui, il est monté, répondit-il. Dans vingt minutes, s’il n’y a pas de bouchons. — Merci de le déposer devant l’immeuble, pas de le lâcher n’importe où. Les clés sont chez la voisine, il sait. C’est que… — Voix tremblante. — Je travaille, je ne peux pas rentrer, et je lui avais promis… — Je m’en occupe, rassura-t-il. Je suis père aussi. Il s’entendit le dire une fois de plus. Comme si ça garantissait quelque chose. — Merci infiniment. Et… bonne fête à vous. Il rendit le téléphone. — Elle bosse où, ta mère ? — Au Franprix, soupira le garçon. Jusqu’à dix heures ce soir. Après elle rentre, si elle attrape le bus. — C’est quoi comme fête, pour vous ? — Bah… hésitation. J’ai fini ce trimestre sans zéro. Et… Elle avait promis qu’on serait ensemble à la maison cette année. Pas chez la tante, pas chez personne. Mais sa cheffe lui a dit que si elle ne venait pas, elle virait du planning. Voilà. Il hocha la tête. Ça lui évoquait son appli, ses coefficients : une cheffe robot. Silence dans l’habitacle. Dehors, sapins dans les jardins, fenêtres illuminées, rares feux d’artifice. Au feu, message de sa femme : « On coupe la salade. Sacha dit que si tu n’arrives pas, il va te bannir de l’appli ». Sourire, il tape : « Dis-lui que j’ai une meilleure note que lui à l’école ». Supprime « à l’école ». Ecrit : « Je fais de mon mieux. Pour l’instant, tout roule ». — Vous avez une famille à la maison ? demande le garçon. — Ma femme et mon fils. À peu près ton âge. — Et vous bossez quand même ce soir ? surpris. — Ben oui. Le réveillon, ça fait rouler du monde – et des sous. — Ma mère dit pareil, soufle-t-il. Après elle dort toute la journée, je reste seul avec le chat. Il ne trouva rien à répondre. Parfois, envie de détourner le gamin et le déposer direct au Franprix. Mais ce serait trop. Arrivés sans souci. Immeuble banal, le garçon indique l’entrée. — Ici. Vous pouvez attendre que je rentre ? On sait jamais. — Bien sûr. Le garçon, sac sur le dos, tape le code. Une femme en robe de chambre apparaît, téléphone en main. Il lui parle, elle sourit, fait un signe au chauffeur. Il valide la course. L’appli : « Excellente course. Ne vous déconnectez pas pour gagner plus ». Il est 21h50. Vibro du téléphone : sa femme. — Alors ? Vivant ? — Vivant, je rentre, répondit-il. Encore une petite course sur le chemin et j’arrive. Je suis dans le quartier. — Tu y crois, à tes histoires ? fit-elle calmement. Il se tut. — Je te reproche rien, ajouta-t-elle. Je veux juste savoir. On a tout préparé, Sacha s’énerve avec la guirlande. Il fait semblant de s’en foutre, mais je vois. — Je vais arriver, promis, insista-t-il. — D’accord. Mais si tu réalises que tu ne peux pas, préviens. Ne disparais pas. Il acquiesça, inutilement. Au fond de lui, tout se crispe. Il connaît ce piège : « juste une dernière petite course »… et puis, à onze heures quarante-cinq, tu es à l’autre bout du périph avec une bande de fêtards bourrés. Il ouvre la liste des courses. Le bouton « Sans possibilité de dire non » luit en rouge. Courses prioritaires : hôpitaux, enfants, urgences sociales… On ne pouvait les désactiver, une fois le mode lancé. Il l’avait activé l’an passé, par idéal. Depuis, il ramassait régulièrement des histoires qui le vidaient une semaine entière. Notification : nouvelle course. « Sans possibilité de dire non ». Sept minutes pour rejoindre la pharmacie du boulevard. Commentaire : « Monsieur âgé, à récupérer devant la pharmacie, ramener à domicile. Urgent. » — Merde, souffle-t-il. Il sait que s’il coupe maintenant, c’est un autre qui prendra. Ou personne. Et là-bas, il y a un papi avec ses médicaments, le froid, un 31 décembre, pharmacies fermées. Il repense à son père, un soir comme celui-ci, fiévreux, attendant le retour de son fils avec les médicaments. Il avait raté son horaire. Son père avait plaisanté : « Je suis encore là, c’est pour t’embêter ». — Allez, dit-il tout haut. Un papi, c’est pas un bouchon sur le périph. Il accepte la course. Pharmacie juste à côté du cabinet où il passait ses mercredis enfants. Un papi au long manteau élimé, sac en bandoulière, paquet au logo de la pharmacie, regarde sans cesse sa montre. — C’est pour vous ? demande-t-il en approchant. — Oui, fit le papi en montant à l’avant. Je peux m’installer devant ? J’ai la jambe qui tire. — Bien sûr. Attachez-vous. Trajet : quartier voisin, pas si loin. GPS annonce vingt-cinq minutes. Il est 22h20. — On va tenir les délais, marmonne-t-il. — Quoi ? le papi n’a pas compris. — Je disais, la route est dégagée. On arrivera rapidement. — Moi, j’ai pas besoin d’aller vite, soupira-t-il. Juste rentrer sans galère. — On y veillera. Un silence, puis le papi raconte : — Je pensais échapper aux péripéties aujourd’hui. Et puis : tension qui explose, cœur qui s’emballe. Ma fille voulait appeler les urgences, j’ai dit non, ils sont débordés. Je suis parti seul à la pharmacie. Pour revenir, trop dur, alors elle vous a appelé. — Elle vit avec vous, votre fille ? — Oui. Veuve, enfants partis. Il ne reste qu’elle et moi. Elle panique tout le temps, imagine toujours le pire. Il hoche la tête. La sienne aussi est très anxieuse : accident, client bourré, etc. — Et vous, pourquoi bossez un soir comme ça ? Pas d’embrouilles à la maison ? — Si, admit-il. Mais le crédit se paye pas tout seul. — On a tous des crédits, soupira le papi. J’ai cru qu’à votre âge, ma retraite serait à la campagne… Résultat… Il laissa la phrase en suspens. Le téléphone vibre : c’est son fils. — Papa ? Tu es où ? — Je ramène un papi avec ses médicaments, puis je rentre. — « Puis » ça veut dire combien ? La voix de Sacha est posée, mais tendue. — Trente minutes aller, trente retour. Je vais y arriver. — Tu en es sûr ? Il regarde le GPS. Le bouchon clignote, rouge vif. — Eh bien… hésite-t-il. Je vais faire au mieux. — Dis juste la vérité, coupe Sacha. Tu vas encore être dans la voiture quand minuit sonne ? — Je ne veux pas… Mais… — Je comprends, coupe Sacha. Allez, je dirai à Maman que tu bosses. On ouvre le mousseux sans alcool, j’en bois pour toi. — Sacha… Tonalité, coupé. La boule en lui se resserre. Il voudrait faire demi-tour, déposer le papi au métro, foncer chez lui. Mais il regarde l’homme, serrant son paquet de médicaments comme un gilet de sauvetage. — Ça va ? s’inquiète le papi, voyant sa tension. — Oui, ment-il. La famille m’attend. — C’est bien, d’avoir quelqu’un qui attend. Ma femme est morte un Nouvel An. On attendait ensemble, salades, champagne. Elle est allée à la cuisine et… il suspend sa phrase. Excusez, je veux pas plomber l’ambiance. Mais si on vous attend, c’est déjà bien, même si vous êtes en retard. Il n’a rien à dire de plus. Bouchon interminable. Des fêtards font leurs feux d’artifice sur la route, voitures à l’arrêt. Il zieute les trajets alternatifs : traverser les résidences encombrées de neige et de voitures mal garées. — Prenez à gauche, lance le papi. Je connais le coin, on va s’en sortir. — Mais c’est plein de neige… — On va s’en sortir. J’étais chauffeur de bus avant. Je connais tous les accès. Il obtempère. Le papi avait raison : ça passe. Ils slaloment, manquent de rester bloqués sur une butte, mais s’en sortent, dix minutes de gagnées. — Vous voyez… Les vieux plans, ça sert toujours, se réjouit le papi. — Merci, sincèrement. À 22h55, ils arrivent. Le papi fouille longtemps dans ses poches pour payer. — Ce n’est pas la peine, objecte-t-il. Vous avez vos médicaments, c’est l’essentiel. — Ce n’est PAS pour les médocs, rétorque le papi. C’est parce que vous m’avez pas laissé tomber. Prenez. Il prend. Il aide à monter les marches. Une femme d’une quarantaine d’années ouvre la porte. — Papa ! J’ai cru que tu étais tombé ! — Non, un bon chauffeur, grogne le papi. — Merci beaucoup, à vous, et… bonne année. Il hoche la tête et remonte en voiture. Il est 23h03. La maison à vingt minutes. S’il attrape tous les verts, s’il n’y a pas de salve de feu d’artifice ou une embûche, ça passe. Au volant, il lance le contact. L’appli : « Vous êtes dans une zone à forte demande. Ne quittez pas votre session ! » « Quitter la session » est grisé. « Libre », vert. « Sans possibilité de dire non », clignote en rouge. Il approche la main. Un nouveau trajet clignote. Encore « sans possibilité de dire non ». Trois minutes de route. Adresse : deux rues plus loin. Commentaire : « Enfant retrouvé, à déposer au commissariat ». Il se fige. La voix de Sacha, « dis juste la vérité ». Celle de sa femme, « on a tout préparé ». Celle du vieux, « être attendu, c’est déjà bien ». Il sait : s’il accepte, c’est foutu pour minuit. Même si c’est le commissariat le plus près, ce sera quarante minutes, au mieux. S’il refuse, l’appli donnera la course à un chauffeur qui est peut-être plus loin, ou qui ne prendra même pas. Et l’enfant attendra, dans le froid. Il sent la moiteur dans ses mains. À quarante-cinq ans, il croyait savoir décider. Et là, paralysé devant deux boutons. Trois secondes… Deux… Une… L’appli accepte automatiquement. Mode automatique sur « sans possibilité de dire non ». — Merde, lâche-t-il. Il pourrait annuler, mais ce serait descendre sa note, perdre la prime. Mais surtout, quelque chose au fond l’en empêche. Après la maternité, le gamin seul, le papi, il ne peut pas dire non. — Ok alors… Allons sauver le monde. La petite attend sur un banc, huit ans, serre son doudou lapin. Une femme à bonnet pompon, téléphone en main. — C’est pour elle ? — Oui. On recevait du monde, elle a sorti le chien et s’est perdue. On l’a retrouvée là. Les parents filent au commissariat. On m’a dit qu’un taxi viendrait amener la petite, pour pas attendre la police. Vous êtes d’accord ? Il voudrait dire non. Dire qu’il a sa famille, qu’il a déjà sauvé le quota de gens ce soir. Mais la petite lève vers lui de grands yeux mouillés. — Ça te va si on y va ensemble ? Elle acquiesce et serre son lapin plus fort. — Je viens avec vous, précise la femme. Je l’ai retrouvée. Les parents sont déjà au commissariat avec un ami. Il acquiesce, soulagé. Tous installés, la petite à l’arrière, la femme aussi. Il regarde l’heure : 23h10. Le commissariat est à dix minutes, sans animation. Sauf si toute la ville décide d’allumer ses feux, de sortir en voiture. — Tu t’appelles comment ? interroge-t-il en roulant. — Vika, murmure la fillette. — T’inquiète pas Vika, on va voir papa et maman, ils t’attendent déjà. — J’ai pas eu peur, déclare-t-elle fièrement. Je savais juste pas où aller. La femme soupire, derrière. — Le quartier est en chantier, tout est changé, elle s’est perdue. Heureusement, un papier d’adresse en poche. Il opine. Sa mère lui punaisait aussi l’adresse sur lui, petit. Appel – sa femme. — Tu rentres ? — J’amène une petite fille au commissariat. Elle s’est perdue. Silence. — Évidemment. Il n’y a que toi pour ça. — Je peux pas la laisser. Les parents… — Je sais, coupa-t-elle. Je le sais. C’est juste que… Éclats de voix, Sacha s’amuse. — Ils allument les feux d’artifice, dit-elle. On commence sans toi… Vas sauver le monde. — J’essaierai d’arriver à minuit, mente-t-il. — Ne promets rien que tu ne puisses tenir, murmure-t-elle. La communication coupe. Il sent le ressort céder. Plus silencieux, plus résigné. — Désolée de vous retarder, chuchote la femme derrière. — Maintenant oui. Mais ce n’est pas votre faute. Elle ne précise pas. Ils arrivent, la petite silencieuse. Devant le poste, les parents attendent déjà. La mère se jette sur elle. — Vika ! — La petite saute dans ses bras. Le père, paquets aux mains, remercie. — Merci, vraiment, dit-il. Si vous n’aviez pas été là… — Il faut remercier le chauffeur, rectifie la femme. C’est lui. Les deux parents le regardent, les larmes aux yeux. — Merci. Bonne année à vous. — À vous aussi. Regard à la montre : 23h28. La maison à quinze minutes. Si tout va bien – jamais tout ne va bien. Il coupe l’appli. « Vous êtes sûr ? Zone à demande maximale. » « Oui ». — Trop tard, dit-il à voix basse. Mais tant pis. La route du retour flotte. Klaxons, passants, feux d’artifice, toutes distractions possibles. 23h35… 23h40… 23h45. Coincé derrière un bus, puis un feu, puis encore un embouteillage. Radio, vœux en boucle. — Allez, racontez-moi autre chose, grommela-t-il. À 23h50, enfin devant chez lui. Cour en fête, feux, cris de gosses. Il se gare n’importe comment. Grimpe, essoufflé, jusqu’au troisième étage, escaliers bondés. La porte entrouverte. À l’intérieur, la voix du Président a déjà commencé. Il entre. Guirlandes allumées, salades sur la table, mandarines, Sacha à la fenêtre, limonade en main, la femme assise. Ils se retournent tous les deux. — Bah, tente-t-il un sourire. J’avais dit que je serai là. Sacha pointe l’horloge. Onze heures cinquante-sept. — Presque, commente-t-il. Sa femme se lève, attrape une coupe, verse du champagne. — Allez, dit-elle. On a deux minutes pour faire semblant d’être une famille normale. Il s’approche, prend sa coupe. Les mains tremblent encore. A la télé, le Président parle de défis, de famille, de solidarité. — Symbolique, murmure la femme. — Tu m’en veux ? risqua-t-il — Je suis fatiguée, c’est différent. Sacha se rapproche, touche la coupe de son père. — C’est bon, Papa, t’es là au moins. Pas dans ta voiture. Il sourit. — Y a du progrès. Ils trinquent. Le champagne est tiède, mais peu importe. Après les premiers toasts, la télé défile. Ils mangent, silencieux, gênés. La femme questionne Sacha sur les vacances, il répond à peine. Un silence épais flotte entre eux. À un moment, Sacha se lève. — Viens, dit-il à son père. — Où ? — Dans ta pièce. Tu me montres tes aventures d’aujourd’hui. Déconcerté : — Quelles aventures ? — Le dashcam. Je veux voir comment t’as sauvé le monde aujourd’hui. La femme sourit en coin, rien de plus. Ils filent dans son petit bureau, qui sert aussi de débarras. Il branche la carte du dashcam à l’ordi. Sacha s’assoit en tailleur. — Y a rien d’extraordinaire, prévient-il. Juste du boulot. — Justement — la femme enceinte, le papy, l’enfant paumé… la routine. Blâme. Ils défilent les vidéos. Femme enceinte, un mari stressé… Sacha ricane. — Tu râlais en conduisant, t’as vu ? — C’était pour la circulation, pas eux. — Elle t’a pas entendu… Ensuite, le gamin au sac. Sacha, silencieux. — C’était lui, hein ? — Qui ? — Le garçon seul. — Oui. — Il me ressemblait, CM2. Sauf que j’avais un sac Pokémon. Sourire. — La fois où j’ai dû rentrer seul car tu travaillais… Sacha grimace. — Maman a appelé trente fois, on croyait que son portable allait exploser. — Je m’en souviens aussi, acquiesça-t-il. La vidéo du papi. Sacha regarde, silencieux. — Il ressemble à Grand-Père, dit-il doucement. — J’y ai pensé. — Quand tu l’aides à monter, ta tête… on dirait que tu… je sais pas… — On dirait que je suis déjà vieux ? tente-t-il de plaisanter. — On dirait que t’as peur pour lui, coupe Sacha, grave. Silence. — Tu regrettes d’avoir pris toutes ces courses ? Il réfléchit. La question est plus dure qu’elle en a l’air. — Je regrette de n’avoir pas pu être à deux endroits. De vous avoir laissés seuls. Mais si j’avais appuyé sur « refuser »… je m’en serais voulu, sans doute. — Et si c’était moi qui avais eu un souci, ce soir ? Il tressaille. — Ça n’est pas arrivé. — Mais ça aurait pu. Silence. Il finit par avouer : — Je sais pas choisir. Peur de dire non aux autres – peur d’être un mauvais père si je vous dis non à vous. Impossible d’être partout. — Papa, dit Sacha, t’es pas un super-héros. C’est un constat. Surpris : — Je le prends comment ? — Comme un fait. T’es un humain lambda. T’es pas obligé de tout sauver. Mais… hésite— je suis content que t’aies pas laissé cette petite, et le papy, et le garçon. Juste… si tu savais que t’y arriverais pas, fallait juste prévenir. On n’aurait pas attendu comme des glandus. Il hoche la tête. Ça fait mal, mais c’est honnête. — J’ai du mal à vous prévenir, avoue-t-il. Ça me donnerait l’impression d’être un mauvais père, comme si je me l’avouais. Plus facile d’y croire, et de vous le faire croire… — Puis de ne pas arriver. — Voilà. Sacha soupire. — On fait comme ça : la prochaine fois que tu sais que tu ne tiens pas le timing, juste tu le dis. Je serai énervé, Maman aussi, mais ce sera honnête. Marché conclu ? Il regarde son fils. Sérieux, prosaïque. — D’accord. Je vais essayer. — C’est déjà ça. Sa femme appelle : — Vous regardez un film là-bas ? Venez. Le gâteau refroidit. Sacha se lève. — Allez, super-héros, y a encore des feux d’artifice dehors. Il coupe l’ordinateur, se lève. Une seconde face à l’écran noir. Des visages lui reviennent : la femme enceinte, le gamin, le papi, Vika au lapin. Et deux autres : sa femme et son fils, au moment des douze coups. Il comprend : il n’y aura jamais d’équilibre parfait. Toujours quelqu’un attendra. Toujours ce sentiment de ne pas avoir tout fait. Mais peut-être, au moins, cessera-t-il de se mentir. Il retourne dans la pièce. Thé servi, tarte sur la table. Sa femme le regarde. — Alors taxi-man, plan minimum rempli : t’as réussi à être dans le plan quand les douze coups ont sonné. — L’an prochain, j’essaie d’être sur la photo avant. Corrige-t-il : Enfin… je vais essayer. Sacha rigole. — Il y a du progrès. Dehors, salve de pétards. Les vitres vibrent. Tous trois à la fenêtre, à regarder les couleurs éclater sur les toits. Il sent leurs épaules, leur souffle. Un message de l’appli clignote au loin dans la cuisine – il ne va pas voir. Ce soir, la session est fermée. Au moins pour une nuit.
Sans droit de refus Je serai rentré avant minuit, cest certain, déclara-t-il en serrant sa ceinture
НАСТОЯЩИЙ ПАПА: История Тани, которая обрела семью и любовь рядом с отчимом Колей после потери отца и матери, а он заменил ей родителей, стал настоящей опорой и искусно показал, что родные люди – это не только кровные связи
ОТЧИМ Доченька, нам нужно поговорить. О чем? Катюша посмотрела на маму с изумлением. Я хочу познакомить
LE GOÛT DE LA VIE…
30 octobre 2025 Cher journal, Aujourdhui, jai passé la matinée chez le notaire, Maître Léon, les cheveux
Когда у Людмилы начались роды, Василий был в очередной дальнобойной командировке, а вернувшись — узнал, что жена отреклась от новорождённых двойняшек и сбежала, оставив старших детей на бабушку. Василий решает не отдавать сыновей в детдом, нанимает соседку Марину в няньки, а вскоре женится на ней. Но счастье Марини оказывается непрочным: Василий предаёт семью, уходит к другой женщине и оставляет Марину одну с четырьмя мальчишками. Она становится настоящей мамой для всех сыновей, растит их сама, а спустя годы в их дом неожиданно возвращается бывший муж, требующий признания отцовства…
Когда у Людмилы начались схватки, я опять был в рейсе, колесил по трассе МоскваКрасноярск. Только через