A refusé d’être la nounou gratuite de sa nièce — sa belle-sœur l’a accusée d’égoïsme

Récupère ma fille à lécole, a exigé Marion. Ce nest pas compliqué, nestce pas?

Facile, aije accepté, mais

Tout plus tard! a rétorqué Marion. Je suis en retard pour mon manucure. Tu la récupères à quinze heures à la garderie, daccord?

Attends, Marion, aije répliqué fermement. Je prendrai bien sûr Émilie aujourdhui, mais je tai déjà expliqué cent fois que je travaille à la maison. Ça ne veut pas dire que je suis au chômage

Plus tard, plus tard! a haussé les épaules ma bellesœur. Merci!

Et la ligne sest coupée.

Je navais rien dautre à faire, alors jai dû aller chercher la petite de mon frère à lécole. Émilie est entrée dans mon appartement, a laissé ses baskets dehors et sest affalée sur le canapé près de mon ordinateur portable.

Maman Lise, mets les dessins animés sur le grand écran, a réclamé la fillette, le portable de maman est à plat.

Jai jeté un œil à lhorloge. Dans quinze minutes, javais une présentation pour des clients sur laquelle je travaillais depuis deux semaines. Mon déjeuner, commandé en livraison, refroidissait dans le microondes de la cuisine.

Pas de dessins animés pour linstant, aije dit, va plutôt lire un livre.

Je ne veux pas lire, a gonflé la poitrine Émilie, à lécole on moblige, à la maison ma mère moblige, et maintenant ici

Alors trouve-toi une autre occupation, aije haussé les épaules.

La nièce a fait la moue et sest plongée dans son téléphone.

***

Il y a six mois, Marion et sa fille ont emménagé dans lappartement juste au-dessus du mien, à Paris13e. Jétais persuadé que ce serait convivial: des repas partagés, des discussions autour dun café. Le jour de leur arrivée, jai fait des petits pains au beurre. Marion en a pris un, a senti, puis a déclaré:

Oh, ma petite Émilie ne mange pas de raisins, elle est allergique.

Il ny avait aucune allergie; une semaine plus tard, je lai vue engloutir exactement les mêmes viennoiseries achetées chez le boulanger du coin.

Ce nétait que le début. Au début, Marion passait «juste une minute», puis «un peu de sel», «des œufs», ou me demandait de garder Émilie «cinq minutes» pendant quelle filait au magasin. Cinq minutes se transformaient en trois heures, le magasin était en fait un salon de coiffure, et Émilie retournait lappartement à lenvers.

Lise, jai faim! tiraitelle sur ma manche. Maman a dit que tu me prépareras des macaronis au fromage, comme jaime.

Jai inspiré profondément, expiré, et compté mentalement jusquà dix.

Émilie, assiedstoi ici et ne touche à rien, je lai installée à la table de la cuisine, lui ai donné du papier et des crayons. Dessine pendant que je finis ma réunion, puis je te préparerai à manger, daccord?

Mais jai faim maintenant! aelle protesté.

Jai ouvert mon ordinateur et commencé la présentation, essayant de parler avec assurance alors quÉmilie chantait déjà une chanson de La Reine des Neiges.

Excusezmoi, cest quoi ces bruits? a demandé le directeur du projet, étonné.

Ce sont euh des voisins, aije menti, en faisant des gestes pour faire taire la petite.

Émilie a cru que je jouais avec elle, a chanté plus fort et a commencé à tambouriner sur la table avec ses crayons. Jai présenté mes excuses, coupé le micro, et me suis tournée vers elle:

Émilie, sil te plaît, un peu de silence, cest une réunion importante!

Maman dit que ton travail, cest du vent! aelle lancé, lair innocente. Que tu passes ton temps sur Internet comme si tu étais occupée!

Le directeur a continué à parler, mais le micro était coupé, je nai rien entendu.

***

En bref, la négociation a échoué. Deux mois de travail annulés. La prime qui devait me permettre dacheter un nouvel ordinateur portable sest envolée. Jétais assise à la table de la cuisine, les yeux rivés sur lécran de mon portable, tandis quÉmilie réclamait ses macaronis au fromage.

Le soir, Dany est rentré, fatigué mais satisfait de sa journée.

Émilie, elle est là? a-t-il haussé les sourcils. Marion a encore demandé?

Ta sœur na pas demandé, elle a posé un fait! aije rétorqué. Et à cause de sa fille, je viens de perdre un client important!

Ce nest quun client, tu en trouveras dautres. On doit aider la famille, non? a tenté de me rassurer Dany. Et la famille, qui maidera?

Écoute a commencé Dany, les bras ouverts. Tu restes à la maison de toute façon. Questce que ça change, avec ou sans enfant?

Cest très différent, Dany, aije répliqué. Oui, je travaille de chez moi, mais cela ne veut pas dire que je ne travaille pas du tout!

Daccord, daccord, ne ténerve pas, il sest approché, ma enlacé. Marion viendra récupérer Émilie bientôt.

***

Marion nest apparue quà onze heures du soir, accompagnée dun nouveau petitami, les deux visiblement éméchés.

Lise, tu es top! a-t-elle accroché son bras autour de mon cou. Émilie a mangé? Elle a fait ses devoirs?

Tout est en ordre. Mais, Marion, cest la dernière fois, aije dit fermement.

Oh, nen parle pas! aelle rétorqué.

Ce nest pas «oh, ne mécoute pas», écoute-moi! aije commencé à me fâcher.

Dany est alors apparu dans le couloir.

Lise, ne commence pas, ma-t-il supplié doucement. Marion, ramène Émilie, il se fait tard.

Je la ramènerai, aelle répondu, irritée, mais réfléchis, Dany, vous navez pas denfants. Ta femme na pas de travail stable, et tu me mets des ultimatums

En réalité, Dany et moi essayons davoir un bébé depuis deux ans. Jai suivi trois cycles de traitements hormonaux, deux opérations. Les médecins ont dit quil nous fallait du temps, moins de stress et plus de repos.

Comment trouver du repos quand chaque jour ma bellesœur me traite comme une employée de maison gratuite?

***

Jai eu le temps de réfléchir jusquau matin. Jai pensé partir chez ma mère, où tout est calme. Et Dany quil prenne aussi le temps de décider ce quon fait.

Le matin, Dany ma surprise en train de faire mes valises.

Questce que tu fais? matil demandé.

Je vais chez ma mère.

Et pour longtemps? son inquiétude était palpable.

Je lai regardé et ai répondu:

On verra.

Il ma escortée jusquà la porte, puis a tenté de sexcuser.

Lise, écoute Cest à cause de Marion, non? Mais cest ridicule!

Non, Dany, ce nest pas drôle, aije répliqué. Dis à ta sœur de chercher une autre nounou, ou quelle soccupe ellemême de sa fille.

Et je suis partie.

Les deux premiers jours, Dany ma appelée chaque heure, mais je nai pas répondu. Le troisième jour, Marion a rappelé:

Lise, arrête de jouer! Reviens, je nai plus personne pour garder Émilie!

Laisse Dany sen occuper, il est à la maison le soir.

Il travaille! Il a un travail important!

Et le mien, alors, il nest pas important?

Elle a raccroché. Une heure plus tard, Dany a rappelé.

Marion a emmené Émilie et est partie! Elle a dit que si je refusais, je devais tout gérer!

Très bien, gère comme tu veux, aije souri.

Mais jai une présentation importante demain! atil lancé.

Jai eu ma présentation, et je lai ratée à cause de ta nièce, aije rétorqué.

Il a marmonné avant de raccrocher.

***

Cinq jours plus tard, Dany ma appelée timidement, demandant de revenir.

Pardonnemoi, atil dit. Je navais pas compris à quel point cétait dur. Ces cinq jours avec Émilie Jai failli perdre la tête. Elle a sauté sur le canapé, a cassé mon ordinateur portable. Elle a renversé du jus sur des documents importants. Et hier, elle a voulu jouer à cachecache et à la course en même temps, jai raté une réunion

Il a poussé un grand soupir.

Marion a dit quelle ne laisserait plus Émilie chez moi, que je ne savais pas gérer les enfants.

Jai esquissé un sourire.

Et moi, je sais?

Lise, sil te plaît, pardonnemoi! son désespoir se lisait dans sa voix. Jai parlé à Marion et je lui ai dit que tu ne resterais plus avec Émilie.

Et questce quelle a répondu?

Elle sest vexée.

Et toi?

Moi? atil rétorqué en haussant les épaules. Je porte les problèmes des autres comme on porte de leau, et le problème de sa fille, cest son problème

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A refusé d’être la nounou gratuite de sa nièce — sa belle-sœur l’a accusée d’égoïsme
J’ai refusé de laver la montagne de vaisselle laissée après le départ de la famille de mon mari et j’ai tout laissé en plan jusqu’à son réveil — Marie, s’il te plaît… C’est ma mère quand même ! On ne s’est pas vus depuis une éternité, elle est juste de passage avec Sylvie, elles ne restent qu’un soir ! On profite, on discute, j’achète de la viande, je la fais mariner… — Vadim regardait sa femme comme un chien battu qui sait où est caché l’os mais ne peut l’atteindre. Marie poussa un profond soupir en posant lourdement ses sacs de courses sur le sol. C’était vendredi soir, au bout d’une longue semaine de travail, de bilans à boucler, d’inspections du chef comptable et de vérifications sans fin. Elle prévoyait de passer le week-end au calme, enlacée à un livre. Mais Vadim avait, comme d’habitude, ses propres projets pour son temps libre. — Vadim, «juste un soir» chez ta famille, ça veut dire banquet complet : trois plats, compote, et danse autour de leur précieuse attention, rétorqua-t-elle, fatiguée, en retirant son manteau. Je suis crevée. Je veux juste m’allonger et contempler le plafond. — J’aiderai, promis ! dit-il chaudement, embarquant les sacs vers la cuisine. Je passe l’aspirateur. Je mets la table. Je file au supermarché si besoin. Toi, juste à préparer la salade et enfourner le plat ! Marie, on peut pas refuser, ils sont déjà en route. Marie s’immobilisa à la porte de la cuisine. — «En route» ? Tu les as déjà invités ? Vadim se gratta la tête, gêné. — Maman a appelé ce matin, Sylvie et les enfants sont en ville, elles ont fait les boutiques, elles sont fatiguées… Elles ont demandé si elles pouvaient passer. J’allais pas refuser ma propre mère à la porte ? — Me prévenir, tu as oublié ? — Non… J’ai juste su que tu es toujours gentille et accueillante. Marie, s’il te plaît ! Je promets de tout ranger. Parole ! Elle le regarda. À trente-cinq ans, il avait encore la naïveté du garçon persuadé qu’un grand sourire règle toutes les embrouilles. Inutile de discuter, les invités étaient déjà sur la route. — D’accord, répondit-elle, résignée. Sors la viande. Mais cette fois, Vadim, tu fais le ménage. Je ne toucherai pas à la vaisselle. — Promis ! s’exclama-t-il, déjà à sortir les casseroles. Aucun problème ! Tu es en or ! Deux heures plus tard, l’appartement baignait dans les senteurs de lardons poêlés, rôti et vanille. Marie courait entre la cuisine et la table, Vadim se contentant de l’aspirateur (juste au milieu du tapis) et de l’installation rapide de la table, puis s’affala devant la télé, ton devoir accompli. Le coup de sonnette retentit à sept heures. Sur le pas de la porte trônait Anne, mère de Vadim — forte, bruyante et sûre d’elle — accompagnée de Sylvie, la sœur toujours râleuse, et des jumeaux, âgés de sept ans, qui s’élancèrent dans l’appartement en baskets. — Enfin ! lança Anne, en rentrant majestueusement, tendant la joue à Marie pour un bisou. Mais déjà partie pour l’inspecter. Marie, tu n’as pas dormi ? Des cernes pareils, on pourrait planter des patates ! Tu travailles trop, prends soin de ta famille. — Bonsoir Anne, bienvenue, répondit Marie, encaissant la remarque. — Salut, fit Sylvie, en ôtant ses bottillons. Il fait chaud ici, la clim est en panne ? J’ai sué en montant l’escalier ! Vadim ! On est là ! Vadim surgit, rutilant comme un samovar. Embrassades, grandes discussions. Marie filait à la cuisine vérifier la viande, trancher le pain, et sortir les pickles. Personne n’aida bien sûr. Le dîner débuta sur les chapeaux de roues. Anne s’empara de la place d’honneur (« Je dois voir tout le monde ! »), Sylvie s’installa côté salade, les enfants sur le canapé, happant tout ce qu’ils pouvaient. — La viande est sèche, trancha la belle-mère, mastiquant. Marie, tu l’as trop cuite ? Ou pas marinée au lait ribot ? Je l’ai toujours dit, Vadim préfère uniquement au lait ribot. — J’ai mariné aux herbes et à l’huile d’olive, répondit Marie calmement. — Voilà ! Tu fais à ta tête. Les traditions, c’est important ! — moralisa Anne. — C’est sympa chez vous, glissa Sylvie, lançant un regard à la pièce. Mais les rideaux sont dépassés. Le rose poussiéreux est tendance maintenant, pas cette couleur marécageuse. — C’est olive, Sylvie. — Oui, bon, c’est spécial. Maman, passe les champignons. Marie, pourquoi encore une salade à la mayo ? Je suis au régime ! T’aurais pu faire grecque. Marie sentit monter l’agacement. Trois heures pour ce repas, produits chers, efforts… Mais personne ne relevait. — Il y a des crudités, Sylvie. Tomates, concombres, poivrons. Sans mayo. Sylvie grimaça et se servit tout de même une portion de hareng sous son chapeau. Vadim ne remarquait rien, dans son élément : il remplissait les verres, riait, racontait des anecdotes. — Marie, les serviettes ! Les mains de Paul sont pleines de gras ! hurla-t-il à travers la table. Marie se leva, alla chercher. — Marie, coupe encore du pain ! — ordonna Anne. Marie se releva, coupa. — Tata Marie, j’ai renversé mon jus ! brailla un des jumeaux. Une tache rouge sur la nouvelle nappe. Marie partit chercher un chiffon, Vadim ne bougea pas. — C’est pas grave, les enfants, ça se nettoie ! gloussa Anne. Je t’enverrai le nom du produit, tu utilises toujours celui qui rend les chemises de Vadim grises ! La soirée n’en finissait plus. La montagne de vaisselle grossissait : assiettes de hors-d’œuvre, soupière (Anne exigea une soupe !), plats, saladiers, plats gras. Vers onze heures, les invités repartirent. — Super soirée ! — Anne peinant à se relever. — Vadim, accompagne-nous jusqu’au taxi, il fait sombre, les sacs sont lourds, on a encore acheté des trucs. — Bien sûr maman ! Je m’habille. — Merci Marie, on s’est régalés, lâcha Sylvie en se chaussant. Dommage, le gâteau était industriel ? On le sent, trop chimique. La prochaine fois fais maison, c’est meilleur. — Au revoir, murmura Marie. Quand la porte se referma, la cuisine ressemblait à une scène de crime : restes, miettes, saletés, le sol collant, et surtout un Everest de vaisselle encroûtée de gras. Marie regarda la montre. Minuit et demi. Démoralisée, elle voulait pleurer d’épuisement. La porte claqua. Vadim revint, heureux, légèrement éméché. — Ouf, je les ai raccompagnées ! Bonne soirée, hein, Marie ? Maman est ravie, Sylvie aussi, toujours un peu râleuse, tu sais comment elle est… Et les enfants, énergiques, non ? Ça met de la vie ! Il tenta de la serrer, mais Marie esquiva. — Vadim, regarde autour de toi. — Hein ? — le regard sur la montagne de vaisselle. — Ah… Oui, ça en fait. Écoute, Marie, je suis HS. Le vin m’a achevé… On s’y met demain ? Au réveil on fait tout d’un coup ! — Tu as promis, lui rappela-t-elle. « Je range tout moi-même. » — Je ne refuse pas ! Mais là, c’est impossible, je vais tomber de sommeil… Quelle importance, ce soir ou demain ? La vaisselle ne va pas s’enfuir… Je prends ma douche, tu viens te reposer aussi. Laisse tout ça. Il l’embrassa et partit. Dix minutes plus tard, elle entendait l’eau puis le ronflement dans la chambre. Marie resta face à l’apocalypse. Automatiquement, elle prit la lavette, ouvrit l’eau chaude, prêtes à attaquer. Puis elle s’arrêta. Les remarques d’Anne, le mépris de Sylvie, et surtout la béatitude de Vadim… « Demain », c’est en fait « tu feras tout à mon réveil ». Trop, c’était trop. Elle coupa l’eau, lâcha l’éponge. — Non, souffla-t-elle dans le vide. Pas cette fois. Elle prit le pichet d’eau et un verre propre, éteignit la lumière et s’installa dans la chambre, dormant instantanément, sans aucun remords. Samedi matin, soleil sur le parquet. Marie se leva, s’offrit une douche, se pomponna, prit son petit café avec du bon chocolat sur le balcon, en évitant au maximum la vision du désastre en cuisine. Vers dix heures, Vadim en pyjama ouvrit la porte du balcon, affamé. — Marie, tu ne m’as pas réveillé ! J’ai faim, y a encore des crêpes ? Ou une omelette ? J’ai la tête dans un étau, ce vin c’était de la cave à vins du supermarché. Marie but son café, souriante. — Bonjour mon cher. Plus de crêpes. Plus d’œufs, tout est passé dans la salade hier. Cherche si tu veux. Vadim, perdu, jeta un œil à la cuisine. Il resta figé devant le chaos. — Marie… Tu n’as rien rangé hier soir ? — Non, je t’avais prévenu : la vaisselle, c’est toi. Tu as dit que tu le ferais. Hier tu étais fatigué, alors je n’ai pas contrarié ton repos. — Mais je croyais que… Enfin, le matin… — il comprenait que le tableau était trop laid. — Marie, tu fais grève ? Pour ma mère ? Elle est un peu rude mais c’est pas une raison pour laisser la crasse ! Marie posa sa tasse. — Vadim, la crasse, ce n’est pas moi. Ce n’est pas moi qui ai invité toute la bande. Ce n’est pas moi qui ai promis de tout ranger. J’ai passé quatre heures devant les fourneaux après ma journée. J’ai été servi aux tiens. Supporté les caprices et les remarques. Ma journée s’est achevée à onze heures. Maintenant, c’est à toi de jouer. — J’sais pas récurer tout ce gras ! — se plaignit-il. — Le plat est cramé ! — Google te guidera. Ou appelle ta mère, elle a vanté son produit hier. — Marie ! Pour de vrai ? — J’ai pas ri hier non plus. Marie se détourna vers la fenêtre. Vadim tenta, attendit un geste de Marie, mais rien. Il chercha une assiette propre, mit l’eau à chauffer, râla, pesta. Il mit trois heures à laver. Il cassa une assiette, inonda le sol, et vida la moitié du liquide vaisselle. Marie nourrit ses plantes, lut un roman, commanda des sushis, les mangea sur le balcon, proposant à Vadim un simple maki au concombre, puisqu’il avait les mains sales. À treize heures, la cuisine avait enfin l’air acceptable. Vadim, trempé, épuisé, haineux du ménage, s’assit. — Voilà ! Tu es satisfaite ? J’ai tout lavé. Cuillère par cuillère. Tu es fière ? Marie passa le doigt sur le plan de travail. — Bravo. Je savais que tu pouvais le faire. — J’ai cru mourir ! Comment ils ont pu salir autant ? On était cinq adultes et deux enfants ! — C’est ça recevoir. Et je le fais à chaque fois que ta famille «passe vite». Tu ne le vois jamais car tu restes avec eux ou tu dors. Vadim observa ses mains flétries. — Elles ont vraiment autant sali ? J’avais jamais remarqué… — Sylvie essuie ses mains sur la nappe quand elle pense que je ne vois pas, ta mère met ses restes dans ma tasse, les enfants jettent du pain sous la table. Vadim grimaca. — Pas très classe. — Exactement. Mais le principal ? — Quoi ? — La prochaine fois, quand Maman dira qu’elle est «dans le coin», tu repenseras à ces trois heures, au plat brûlé, à l’eau froide, et tu répondras : «Désolé, on n’est pas là.» Ou tu les emmèneras au restaurant. Vadim rit, nerveusement. — Au restaurant ? Avec leurs appétits ? Je vais y passer mon salaire ! — Mais mes nerfs et ton vernis seront saufs. À toi de choisir. Vadim se leva, tête posée sur l’épaule de Marie, sentant le détergent citron. — Excuse-moi, Marie. J’ai été idiot. Je pensais… que c’était facile. Vite fait. — Facile, quand c’est quelqu’un d’autre qui s’y colle, répondit-elle en lui caressant la tête. Tu veux manger ? — Faim de loup ! Je mangerais un bœuf ! — Pas de bœuf, mais je peux faire des raviolis. De supermarché. — Parfait, allons-y ! Et tu sais quoi ? — Quoi ? — Mangeons directement dans la casserole, pour éviter la vaisselle ! Marie éclata de rire, pour la première fois depuis ce marathon. — Non, on mangera comme des gens normaux. Et tu laveras les assiettes. On consolide les acquis. Vadim soupira, mais accepta. Il avait compris la leçon — au moins pour quelques mois, la famille ne serait pas invitée. Et, désormais, la vaisselle jetable figurait dans la liste de Marie, au cas où. Abonnez-vous pour plus d’histoires, et mettez un like si vous pensez que le mari a eu sa juste leçon. Partagez vos avis en commentaires !