La famille de mon mari me méprisait à cause de ma pauvreté, mais ils ignoraient que j’étais la petite-fille d’un millionnaire… et maintenant, je mène une expérience sur eux.

Les parents de mon mari me rabaissaient à cause de ma pauvreté, mais ils ignoraient que jétais la petite-fille dun millionnaire et que je menais une expérience sur eux.

« Serge, regarde un peu dans quoi elle est venue », la voix de ma belle-mère, Élodie Marchand, dégoulinait dun poison sucré quelle ne cherchait même pas à dissimuler. « Cette robe vient du marché, jen ai vu une pareille la semaine dernière. Cinquante euros, pas plus. »

Je redressai silencieusement le col de ma simple robe bleue. Elle était effectivement bon marché. Comme tout ce qui composait ma garde-robe.

Cétait lune des conditions principales du pari cruel que javais conclu avec mon propre grand-père.

Mon mari, Serge, toussota mal à laise, détournant le regard.

« Maman, arrête. Cest une robe normale. »

« Normale ? » sexclama sa sœur, Chloé, jetant de lhuile sur le feu. « Serge, ta femme a le goût dune Enfin, quel goût peut avoir une orpheline de province ? »

Elle me toisa avec mépris, sattardant sur mes poignets fins. Dans ses yeux dansait une triomphe mal dissimulée.

« Tu pourrais au moins porter un bracelet. Ah, mais cest vrai, tu nas rien. »

Je levai lentement les yeux vers elle. Mon regard était calme, presque analytique.

Intérieurement, je prenais des notes : « Sujet numéro deux, Chloé. Niveau dagressivité : élevé. Motivation principale : jalousie et affirmation de soi aux dépens des autres. »

Cétait comme observer des prédateurs dans la nature. Fascinant et prévisible.

Élodie Marchand soupira théâtralement et sassit près de moi sur le canapé, posant sa main lourde sur mon épaule. Elle sentait le laque et les escalopes panées.

« Anaïs, nous ne sommes pas tes ennemies. Nous te voulons du bien. Simplement, nous voulons que tu sois à la hauteur de ton mari. Cest un homme important, chef de service. Et toi enfin, tu comprends. »

Elle fit une pause, attendant des larmes ou des excuses. En vain. Je me contentais dobserver.

Où était ce Serge pour qui javais épousé ? Cet homme spirituel et sûr de lui, qui mavait séduite par son indépendance desprit ? Il nen restait quune ombre, une marionnette docile entre les mains de sa mère et de sa sœur.

« Jai une idée ! » Son visage sillumina. « Il te reste les boucles doreilles de ta mère, non ? Celles avec les petites pierres. Tu ne les portes presque jamais. Vendons-les ! »

Serge eut un mouvement de recul.

« Maman, tu es sérieuse ? Cest un souvenir. »

« Oh, quel souvenir ! » Elle fit un geste excédé. « Un souvenir de misère ? Au moins, nous aurons de largent. Nous achèterons quelques vêtements décents à Anaïs. Et il restera de quoi acheter un nouveau barbecue pour la maison de campagne. Tout le monde y gagne. »

Chloé approuva aussitôt :

« Exact ! De toute façon, ces boucles doreilles lui vont comme un tablier à une vache. »

Elles ne réalisaient pas quelles shumiliaient elles-mêmes, révélant leur mesquinerie.

Je contemplai leurs visages déformés par la cupidité. Leurs réactions étaient dune prévisibilité désarmante. Chaque mot, chaque geste confirmait mes hypothèses.

Mon expérience suivait son cours.

« Daccord », dis-je doucement.

Un silence surpris sinstalla. Même Serge me jeta un regard étonné.

« Quoi, «daccord» ? » demanda ma belle-mère.

« Je suis daccord pour les vendre. » Jesquissai un sourire à peine perceptible. « Si cest pour le bien de la famille. »

Élodie et Chloé échangèrent un regard. Une lueur de suspicion traversa leurs yeux, vite noyée dans une joie anticipée. Elles se trompaient encore, prenant ma stratégie pour de la faiblesse.

Chacune delles nétait quun pion sur mon échiquier. Et ce jour-là, elles venaient de faire un pas de plus vers le piège.

Le lendemain, Élodie mentraîna au mont-de-piété le plus proche. Chloé nous suivit, avide du spectacle. Serge nous accompagna, le visage plus sombre quun ciel dorage. Il tenta de protester, mais sa mère le rabroua :

« Ne nous empêche pas de prendre soin de ta femme ! Tu ne vois pas quelle shabille comme une mendiante ? »

Le mont-de-piété était une petite pièce étouffante, avec des grilles aux fenêtres. Lexpert, un homme aux yeux fatigués, prit négligemment la boîte en velours que je lui tendis.

Il examina longuement les boucles doreilles à la loupe, tandis quÉlodie tapotait impatiemment sur le comptoir.

« Alors ? Cest de lor, non ? Et les pierres brillent. Vous en donnez deux mille ? »

Lexpert eut un petit rire.

« De lor, 585. Mais les pierres sont des strass. Le travail est basique. Cinq cents euros. Et encore, par courtoisie. »

Le visage de ma belle-mère sallongea. Chloé claqua sa langue, déçue.

« Cinq cents ? Je pensais au moins avoir de quoi macheter des nouvelles bottes. »

Je fis exactement ce quon attendait de moi. Je mavançai et murmurai timidement :

« Peut-être que nous ne devrions pas ? Cest un souvenir Et cinq cents euros, cest si peu. Allons ailleurs ? »

Cétait un coup calculé. Une tentative de «compromis» qui devait échouer.

« Tais-toi, Anaïs ! » gronda aussitôt Élodie. « Tu ty connais, peut-être ? Lexpert dit cinq cents, cest cinq cents ! »

Chloé renchérit :

« Évidemment ! Tu veux nous faire courir toute la ville pour quon nous en donne encore moins ? Tu gâches toujours tout avec ton entêtement. »

Serge tenta dintervenir :

« Maman, et si nous allions chez un bijoutier ? »

« Tais-toi ! » coupa sa sœur. « Ta femme ta déjà mis la main dessus ? Cest nous qui décidons ce qui est bon pour la famille ! »

Largent fut encaissé et immédiatement partagé devant le mont-de-piété. Trois cents euros pour Élodie, «pour le barbecue et les plants». Deux cents pour Chloé, qui affirmait avoir besoin dune manucure urgente.

« Et mes vêtements ? » demandai-je, jouant mon rôle jusquau bout.

Chloé éclata de rire.

« Oh, Anaïs, ne me fais pas rire. Quels vêtements avec ces clopinettes ? Peut-être en friperie. »

Elles partirent, satisfaites, me laissant seule avec Serge. Il semblait accablé. Il navait su ni défendre le souvenir de ma mère, ni me protéger. Un point de plus contre lui.

« Désolé », murmura-t-il sans me regarder.

« Ce nest rien. » Je pris son bras doucement. « Je comprends. Cest ta

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La famille de mon mari me méprisait à cause de ma pauvreté, mais ils ignoraient que j’étais la petite-fille d’un millionnaire… et maintenant, je mène une expérience sur eux.
«À tes côtés, c’est la honte d’exister» — — Maman, c’est la catastrophe ! s’écria sa fille sans même la saluer. Mon ordinateur portable a rendu l’âme. Complètement. En plein milieu de mon projet. J’ai failli devenir folle. Arina coinça le téléphone entre son épaule et son oreille. — Complètement mort ? — Complètement ! Le réparateur a dit qu’il valait mieux en acheter un neuf. Et je dois rendre mon rapport dans trois jours, tu comprends ? Sans ordi, c’est impossible. J’en ai trouvé un correct, il coûte mille euros. Mille euros. Arina compta mentalement le reste sur son compte… Il y avait à peine 1500 euros. — Je te fais le virement tout de suite, répondit-elle d’une voix calme. — Maman, t’es la meilleure ! Je t’embrasse ! Bip bip. Arina garda encore le téléphone un instant, puis ouvrit son application bancaire. Ses doigts tapèrent machinalement le numéro de carte de sa fille. Mille euros. Envoyer. L’écran clignota confirmation et Arina s’assit sur le tabouret de la table de cuisine. Dehors, le soleil finissait de se coucher, lançant des zébrures cuivrées sur la vieille toile cirée à fleurs… Trente ans plus tôt, le même coucher de soleil flamboyait sur cette cuisine quand Jean demanda s’il allait au Monoprix. Katia venait d’avoir un an. Des joues rondes, deux petites dents rigolotes devant, et cette manie d’attraper tout le monde par le nez. Jean n’est jamais revenu. Ni ce soir-là, ni jamais. Pas de pension alimentaire, pas de coup de fil pour les anniversaires, pas une carte pour Noël. Volatilisé, comme s’il n’avait jamais existé… Arina a tenu bon. À quoi bon se plaindre ? Poste du matin à l’usine, le soir femme de ménage dans des bureaux. Katia restait chez la voisine, Mme Choury, paix à son âme. Parfois, Arina rentrait quand il faisait nuit noire et s’écroulait près du lit de sa fille, incapable d’atteindre le canapé. Puis se relevait à cinq heures et recommençait. Années après années. Elle ne gardait jamais rien pour elle. Un manteau neuf ? Trop cher, on peut raccommoder l’ancien, il sera comme neuf. Vacances à la mer ? Quelle mer, quand Katia a besoin de cours extrascolaires, puis de prépa, puis d’une bonne université. Arina économisait sur tout : elle achetait les produits en promotion à la fermeture des magasins, raccommodait collants et se teignait les cheveux avec la coloration premier prix du Franprix. Mais elle a économisé assez pour offrir un studio à Katia. Rien de bien grand, mais à elle. La fille y a emménagé dès la fin de ses études, et Arina en signant la donation pleurait de bonheur. Tout pour elle. Toujours pour sa fille. Katia est devenue belle, diplômée en finance, embauchée dans une grosse entreprise. Arina en avait le cœur gonflé de fierté. Sa fille — tailleur, manucure, elle parle chiffres et bilan financier. Mais, curieusement, cette réussite n’empêchait pas Katia d’appeler régulièrement pour demander de l’argent. « Maman, il me faut des cours d’anglais, sinon je n’évoluerai jamais ! » « Maman, les collègues font une soirée, je ne peux pas y aller avec la vieille robe ! » « Maman, il y a un voyage à prix incroyable, une fois dans l’année ! » Arina envoyait. Toujours. Parfois elle empruntait à sa collègue Ludivine, promettait de rembourser à l’avance. Parfois reprenait des gardes de nuit. Elle trouvait ça normal. Son devoir de mère. Est-ce qu’un enfant cesse d’être un enfant en grandissant ? Katia n’a jamais demandé d’où venaient les fonds. Arina n’en a jamais parlé. C’était plus simple. Leur arrangement, depuis toujours. Après le virement du fameux ordinateur, Arina est restée longtemps dans la cuisine avec une lourdeur inaccoutumée. Pas une vraie blessure, plutôt une fatigue profonde, ancienne, incrustée dans les os. « Ça suffit — se réprimanda-t-elle — c’est Katia. Mon sang. Qui d’autre mérite tout ça sinon elle ? » Mais la lourdeur ne s’en allait pas. Elle la repoussait, par habitude… Un mois plus tard, son téléphone sonna de nouveau. Mais, cette fois, la voix de sa fille était enthousiasmée, l’euphorie à fleur de mots. — Maman ! Il m’a demandée en mariage ! T’imagines ? Sur le toit d’un resto, avec des musiciens ! — Katia… — Arina s’assit, la main sur le cœur. — Qui ça ? — Maxime ! Je t’en ai parlé ! On se voit depuis six mois ! Avait-elle évoqué un Maxime ? Peut-être, vaguement. Une bonne famille. Mais jamais de détails, rien. — Le mariage est dans deux mois ! Ses parents ont déjà trouvé un restau. — Katia, je suis si heureuse. Comment puis-je t’aider, dis ? — Il y a tellement de choses à payer… La robe, la réception, la déco… Sa mère règle pour leur famille, à nous de financer notre côté. Tu comprends… Arina comprenait… Les deux semaines qui suivirent, elle les passa à la banque pour un crédit. Le montant l’effrayait — mais tant pis. Ce qui comptait, c’était que la fête de sa fille soit parfaite. La robe, elles l’essayèrent en visio. Katia tourna devant la caméra, enfilant modèle sur modèle, et Arina pleurnichait d’émotion. Elles ont choisi une robe de dentelle à mille sept cents euros. « Maman, on dirait une princesse ! », disait Katia. Arina aurait payé le double pour revoir ce sourire. Le banquet, le restaurant, les fleurs fraîches, le photographe… La liste gonflait… Mais Arina ne rencontrait jamais le fiancé. — Katia, et Maxime, quand est-ce que je le vois ? Et ses parents ? C’est gênant, quand même, de ne rencontrer personne à deux semaines du mariage… — Maman, on verra plus tard, ils sont hyper pris ! Son père dirige sa boîte, sa mère n’est jamais là non plus… — Même en visio ? Je ne sais pas du tout à qui tu épouses… — On se fera une visio ! La semaine prochaine ! Mais la semaine passa. Puis une autre. Pas de rencontre. Quatorze jours avant le mariage, Arina appela sa fille. — Katia, je n’ai pas reçu mon carton d’invitation. J’aurais voulu le montrer à la voisine, tu sais, pour être fière… Au bout du fil : pause lourde, désagréable. — Katia ? — Maman… voilà, il y a un truc… Quelque chose d’inquiétant s’éveilla en Arina. — Quoi ? — Les parents de Maxime… ils sont très, très à cheval sur les apparences. — Et alors ? Katia souffla. Rapidement, comme avant un grand saut dans l’eau glacée. — Eh bien… tu n’es pas invitée, Maman. À mon mariage. Faut pas te vexer. Tu comprends, non… ? Arina resta sans voix. Les mots lui parvenaient de loin, étouffés, comme sous l’eau. — Pas invitée ? — Non… Là-bas, tout le monde est… Tu n’y serais pas à ta place. Maman, je t’expliquerai plus tard, d’accord ? — Katia. — Arina écarquilla les lèvres, la gorge sèche. — J’ai payé ce mariage. Toute ma vie n’a été que pour toi. Pourquoi ? Silence. Puis ce même ton, hâtif, presque suraigu : — Mais parce qu’à côté de toi, Maman, c’est la honte ! Tu t’es vue récemment ? Écoute, je ne peux pas en parler là, salut ! Bip bip. Arina resta assise, le téléphone en main. Une minute. Deux. Cinq. Le temps s’arrêta ou fila, elle ne savait plus. Machinalement, elle alla à la salle de bains, debout devant le miroir au-dessus du lavabo. Ce n’était pas elle, dans la glace : cheveux gris noués, visage froissé de rides, pull usé acheté en soldes il y a dix ans. Trente ans de vie sacrifiée. Pour Katia. Pour l’avenir de sa fille. Voilà le résultat. Tout ça pour ça… …Deux semaines, Arina vécut comme une somnambule. Elle allait bosser, préparait des repas qu’elle n’arrivait pas à avaler, puis restait couchée, à contempler le plafond. Vide, éreintée. Le jour du mariage, elle rouvrit les réseaux sociaux. Sans savoir pourquoi. Les photos défilaient. Katia, radieuse, dans la fameuse robe de dentelle. Un grand garçon chic en costume, sûrement Maxime. Des invités élégants, des verres levés, une salle luxueuse, des roses blanches, des éclats de cristal. Arina faisait défiler, incapable d’arrêter. Katia et une dame en perles — probablement la belle-mère. Le mari qui enlace un homme imposant — le beau-père. Des amies de Katia, toutes magnifiques. Mais Arina, elle, n’était nulle part. Elle pleura jusqu’à l’aube. Non pas de chagrin, mais d’une effroyable lucidité : tout ce qu’elle avait fait, trente années, n’avait aucune importance. Elle n’avait été qu’un porte-monnaie. Une domestique embarrassante qu’on cache aux gens bien… Trois jours plus tard, le téléphone sonna de nouveau. — Maman, faut qu’on parle… La voix de Katia était gênée, mais superficielle, sans vraie repentance. J’ai peut-être exagéré… — Katerina, s’étonna Arina de son ton ferme, tu es adulte, mariée, avec un mari et une famille aisée. Tu ne me demanderas plus d’argent. — Maman, ça va pas ? Je voulais m’excuser ! — J’ai élevé seule un bébé d’un an. Sans mari, sans sous, sans aide. Tu t’en sortiras. Avec beaucoup plus d’avantages que moi. — Mais maman, t’es vexée ? Un silence. Au bout du fil, des soupirs nerveux. — Je ne suis pas vexée, Katia. Juste, j’ai compris quelque chose. Elle raccrocha. Éteignit son portable. Dehors rebrûlait le ciel, orange, profond, exactement comme il y a trente ans. Arina le regarda. Et, pour la première fois depuis longtemps, elle ne pensait plus à sa fille. Elle pensait à ces bottes d’hiver qu’il faudrait s’acheter. Au fait qu’elle pourrait enfin aller chez le coiffeur. Vivre pour elle, rien que pour elle. …Rien que pour soi. **À tes côtés, même exister est une honte – Le sacrifice d’une mère invisible à la noce de sa fille**