— Tu es à moi. Je t’ai achetée, compris ?! Alors, ferme-la ! — Je ne peux plus et je ne veux plus être la femme de l’ombre. Ruslan, j’en ai assez de n’être qu’une maîtresse ! Quand divorceras-tu ? Tu l’avais promis ! Dis-moi, est-ce que notre histoire ne compte vraiment pas pour toi ? Tu disais que rien ne te retenait dans ta famille ! Je te pose un ultimatum : soit tu divorces, soit je pars ! *** Aline était debout, la tête contre la fenêtre de la petite chambre qu’elle louait dans une banlieue grise, regardant le vent pousser une canette vide sur le parking en bas. Un spectacle aussi triste que ses pensées ces dernières semaines. Derrière, le clic du canapé grinça : Cyril venait de se réveiller. — Tu veux un café ? demanda-t-il, la voix rauque. — Oui, répondit-elle. Elle ne se retourna pas. Elle n’avait pas envie de croiser son visage froissé, son regard coupable, ses épaules affaissées. Cyril était gentil. Doux. Mais sa gentillesse ne remplissait pas le frigo ni le compte bancaire. Aline appuya son front contre la vitre froide. Son portable vibra dans la poche de sa robe de chambre. Elle savait qui appelait. Ruslan. L’homme qui lui avait offert tout ce dont elle avait rêvé, et même davantage. Celui qui avait transformé sa vie en conte de fées — puis en cage dorée. *** Être l’aînée d’une famille nombreuse, ce n’est pas un statut, c’est une condamnation. Un diagnostic. Un sac de cailloux que l’on t’attache à cinq ans en disant : “Allez, tu es forte, porte-le.” Aline détestait ce mot. “Forte.” Son père le répétait quand, toute gamine, elle lavait les escaliers de l’immeuble pour gagner de quoi s’acheter une glace, qu’il ne lui payait jamais. Lui, il aurait pu devenir n’importe qui — intelligent, débrouillard. Mais il avait choisi le canapé, la télévision et le droit de commander. — Où est l’argent ? grognait-il quand Aline adolescente tentait de cacher le billet offert par sa grand-mère. — C’est pour mes cahiers ! répliquait-elle. Le coup partait sec. Toujours imprévisible. La grosse main frappait son visage, éteignant les étoiles dans ses yeux. Aline ne pleurait pas. Elle avait appris : les larmes n’excitaient que le prédateur. Serrant les poings jusqu’au sang, elle murmurait : — Ne t’avise pas… Ne me touche pas. Un jour, à douze ans, il leva un tabouret sur elle. Sa mère, recroquevillée dans un coin, protégeait les petits. Aline recula, mais attrapa une tasse en céramique. — Essaie seulement, souffla-t-elle, le regard planté dans la racine de son nez. J’ai plus peur. Il abaissa le tabouret, cracha au sol et partit fumer sur le balcon. Ce soir-là, Aline jura qu’elle s’en irait. Qu’elle s’arracherait à tout ça pour une autre vie — une vie où personne n’oserait lui dire quoi faire. Elle travailla comme une forcenée. Un lycée scientifique de renom à l’autre bout de la ville ? Pas de problème. Réveils à l’aube, bus glacés, sommeil en pointillés ? Tant pis. Ce qui comptait : les notes, le résultat. Pour elle, la connaissance était la seule monnaie d’échange. Les parents restaient silencieux. Jamais un “Bravo”, jamais “on est fiers de toi.” Le jour où elle rapporta un diplôme d’olympiades, le père grogna : — Tu aurais mieux fait d’aider ta mère à éplucher les patates. Au lycée, on la respectait mais de loin. Trop rude, trop ambitieuse. Au collège, elle comprit que l’intelligence ne suffisait pas. — Regarde-là, sa veste est toute boulochée, glissa la fille du procureur. Elle doit la récupérer chez Emmaüs. Aline entendit, redressa la tête, passa son chemin, le pas ferme. Mais en elle, tout brûlait. Elle les haïssait — leurs iPhones, leurs chauffeurs, leur insolente assurance de posséder le monde par droit de naissance. — Moi, j’aurai une bourse — vous paierez. Et je serai meilleure que vous. Elle tint parole : meilleure école d’ingénieurs de France. Bourse. Victoire. Quand la liste des admis tomba, Aline hurla sa joie dans son oreiller, pour ne pas réveiller les petits. Elle avait réussi : elle avait fui ! *** Paris l’accueillit dans sa rudesse. Une chambre de cité U comparable à l’enfer : cafards géants, voisins soûls, musiques jusqu’à l’aube, odeur persistante de poisson frit. — Pourquoi tu tires la tronche ? demanda Jeanne, sa voisine tout en maquillage. Viens avec nous en boîte, y’a des gars qui paient la tournée ! — Faut que je bosse, grommela-t-elle en rangeant ses livres. — N’importe quoi, la fac c’est pas la mort, mais ta jeunesse si tu t’prends trop la tête. Aline observait Jeanne : elle avait ses raisons. Jeanne vivait au présent. Aline planifiait sa vie sur cinq ans ; mais le réel cassait tout. La bourse suffisait à peine. Ailleurs, la vie battait son plein. Au centre commercial, celles de son âge virevoltaient, soignées, parfumées… sans jamais regarder les prix. Aline croisa son reflet dans la vitrine : vielle veste, bottines usées, visage creusé de fatigue. Elle avait dix-huit ans, mais paraissait déjà brisée. — Tu vaux mieux que ça, souffla-t-elle. Là, l’univers l’a entendue. Ou le diable, peut-être. Pour rentrer chez ses parents pendant les vacances, elle prit le train, faute de mieux. Mais, par un malentendu, elle fut surclassée en compartiment. — Vous avez de la chance, sourit la contrôleuse. Son voisin : quadragénaire élégant, costume italien, laptop, odeur de tabac fin. — Ruslan, se présenta-t-il, voix de baryton qu’on n’interrompt pas. — Aline. La conversation s’engagea toute seule. Elle raconta tout. Le père, la pauvreté, le rêve de master à l’étranger, la peur d’être seule ici sans un sou. Il écoutait, attentif, yeux sombres et intelligents, comme s’il devinait tout d’elle. — Tu es belle, Aline. Tu as du cran. C’est rare aujourd’hui. Elle rougit. — Merci. — Tu as besoin d’aide ? Un travail ? — J’étudie à temps plein, pas le temps de travailler. — Je peux te dépanner, dit-il en tendant une carte. J’ai des boutiques, du réseau. Appelle-moi. Aline prit la carte, la main tremblante. *** Elle appela. Ruslan ne mentait pas. Il la plaça comme assistante chez un ami — paperasse tranquille, salaire inespéré. Et ce n’était qu’un début. — Tu dois t’habiller en conséquence, dit-il, lui tendant une enveloppe. Achète-toi quelque chose de correct. — Je ne peux pas accepter. — Ce n’est pas un cadeau. C’est un investissement. Il savait convaincre. Aline accepta. Ensuite vinrent les dîners, les fleurs au Crous (jalousie assurée), le chauffeur pour la ramener les jours de pluie. Elle tomba éperdument amoureuse. Comme une chatte. Ruslan était tout l’inverse de son père. Fort, généreux, rassurant. Il réglait tout d’un simple appel. Il la couvait. — Tu es ma petite fille, murmurait-il dans ses cheveux. Ma princesse. Qu’il soit marié, elle ne le sut qu’après — trop tard. Elle était prise au piège. — On fait chambre à part, disait-il. On reste pour les enfants. Pour les affaires, ça complique tout. Patiente, chérie. Je vais régler ça. Et elle patienta. Elle encaissa quand sa femme, ayant tout découvert, fit scandale auprès de la fac : Aline fut radiée. Ruslan la transféra illico dans une école privée, encore plus huppée. Il paya tout. — Oublie. Je te protège désormais. Elle encaissa de devoir se cacher, de passer les fêtes seule pendant qu’il était en famille. Puis vint la grossesse. Aline, face au test positif, sanglotait de bonheur. Elle croyait que cette fois, tout changerait, qu’ils seraient ensemble. Ruslan arriva une heure plus tard. Visage fermé. — Aline, ça va pas ?! Un enfant ? Tu as dix-neuf ans. Tu as des études. Une carrière devant toi. — Mais j’en ai envie… — J’ai dit non. Pas maintenant. Il l’emmena à la meilleure clinique. Chambre particulière, médecins de renom. Tout fut vite expédié. Pas vraiment douloureux physiquement. Mais en elle, tout se déchira. — Tu as fait ce qu’il fallait, la réconforta-t-il après. On en fera plus tard, une fois que tu auras réussi, crois-moi. À partir de là, Aline ne fut plus la même. La gamine naïve resta au bloc. Désormais, c’était une femme. Froide. Calculatrice. Elle accepta tout : cours d’anglais, abonnement fitness, esthéticienne, styliste, vacances en solo pendant que lui « travaillait ». Elle façonnait l’idéal. Elle aidait ses parents. Envoyait de l’argent, achetait de l’électroménager. Papa ne hurlait plus au téléphone — il devenait mielleux. — Dis donc, la bagnole n’a plus de pneus, tu peux dépanner ? Elle donnait. Elle aimait cette sensation de pouvoir. Mais l’amour s’étiolait, goutte à goutte. Ruslan devint jaloux, contrôlant ses messages, l’interdisant de voir ses amies. — Tu es à moi, disait-il. Désormais, ce n’était plus une déclaration, mais une menace. — Je ne suis pas une chose, Ruslan. — Tu es ma chose. Je t’ai faite. Sans moi, tu n’es rien. Tu retourneras dans ta cité avec les cafards. Trois ans de cage dorée. — Je pars, lâcha-t-elle un soir. Il se mit à rire. — Où ça ? Devenir escort ? Retourner chez maman à la campagne ? — Je trouverai du boulot. Toute seule. — Essaie pour voir. Il était certain qu’elle ramperait au bout d’une semaine. Mais elle ne revint pas. *** Les premiers mois furent l’enfer. Après le luxe : retour dans un F1 en périphérie, pâtes à l’eau, métro. Mais Aline ne céda pas. Son diplôme, l’anglais parfait, et surtout un mental d’acier firent la différence. Embauchée comme junior dans une boîte de logistique internationale — début modeste mais prometteur. Elle y rencontra Cyril. Simple, joyeux, Twingo d’occasion, jeans-baskets. Avec lui, la vie était facile. Délires, pizzas sur un banc, pas besoin de bien tenir sa fourchette. Ils s’installèrent ensemble. Les premiers temps, c’était l’extase. Liberté ! Personne pour la surveiller ni commander. Puis le quotidien s’installa. — Faut payer le loyer, rappelle Aline. — Oui, chérie. J’attends la paie, tu m’avances ? — Encore ? Cyril bossait comme technicien. Pas d’ambition. Soirée : jeux vidéos ou bières. — Tu devrais progresser, disait-elle. Prends des cours, apprends une langue. — Pourquoi ? Je suis bien comme ça. Le principal, c’est d’être heureux à deux. Ça l’exaspérait. Elle allait plus vite que lui. Plus haut. Et ce matin-là, à la fenêtre, elle songeait. Le téléphone vibra encore. « Chérie, arrête tes caprices. J’ai réservé les Maldives, départ vendredi. Je t’attends. Je suis divorcé. » La dernière phrase la foudroya. Divorcé ? Pour de vrai ? — Aline, t’es dans la Lune ? lança Cyril, la prenant dans ses bras. Elle haussa l’épaule. — Rien. Beaucoup de travail. — Lâche prise. On s’fait un ciné ce soir ? — J’ai mes cours, Cyril. Exam dans deux mois. Pas le temps. Il bouda. — Tu ne penses qu’à ton taf. Et la famille ? Les enfants ? Enfants. Ce mot lui fouetta la vieille cicatrice. — Pour ça, il faut une base solide, Cyril ! Un appart’, une voiture, un compte épargne ! Pas un taudis en location et des dettes ! — C’est reparti… Toujours l’argent. Il partit à la cuisine, bruyamment. Aline s’effondra sur le canapé. Entre deux mondes. Ruslan, c’était l’argent, le statut, la possibilité d’aider les siens, un avenir en patronne — mais une cage dorée, le contrôle, la jalousie. Cyril, lui, c’était la liberté, le “vivre d’amour et d’eau fraîche”, mais la précarité, le laisser-aller, l’inertie. « Je suis divorcé. » Aline saisit son téléphone. Hésita. « Répondre ». *** Elle accepta un rendez-vous. Dans ce restaurant où ils avaient fêté leur première année. Ruslan était impeccable. Teint hâlé, allure sportive. Sur la table, un écrin de velours. — Je savais que tu viendrais, sourit-il, ce sourire de prédateur. Tu es intelligente. — Tu divorces vraiment ? — Le procès est en cours. Elle tente de garder la moitié de l’affaire, mais mes avocats gèrent. Le principal : nous serons ensemble. Il ouvrit l’écrin : une bague énorme, fortune sur elle. — Épouse-moi, Aline. Je t’offre tout. Appartement, voiture, la vie dont tu rêves. Tu ne dois plus travailler pour des étrangers. Ta place est à mes côtés. Embellir mon monde. Aline fixait le diamant. Magnifique. Glacial. Parfait. — Et si je veux travailler ? Et faire carrière ? Il posa sa main lourde sur la sienne. — Pourquoi, mon ange ? Tu m’as, moi. Je m’occupe de tout. Tu dois juste être belle, et m’aimer. Elle comprit alors. Rien n’avait changé. Il ne voyait en elle qu’un trophée, une belle poupée à exposer, ranger au placard à volonté. Elle repensa à son père — « Où est l’argent ? » À Cyril — « Avance-moi jusqu’à la paie. » Tous voulaient quelque chose d’elle : obéissance, confort, possession. Mais elle, que voulait-elle ? Aline regarda Ruslan, scruta la peur cachée sous son assurance : la peur de vieillir, de finir seul. Il achetait sa jeunesse pour se sentir vivant. — Non, dit-elle calmement. Ruslan se figea. Son sourire s’effaça. — Tu fais ton difficile ? — Non. Je dis juste “non”. Elle se leva. — Tu le regretteras, gronda-t-il. Tu crèveras dans la misère ! Sans moi, tu n’es rien ! — Je suis Aline. Et je me suis construite seule. Elle sortit du restaurant, droite, sans jamais se retourner. Son cœur battait à tout rompre, mais elle se sentait légère. *** Dehors, il pleuvait. Aline inspira à pleins poumons l’air humide. Son téléphone sonna. Inconnu. — Allô ? Madame Dubois ? — Oui…? — Ici la DRH de Global Logistique. Nous avons examiné votre dossier et vos tests. Votre anglais nous a impressionnés. Nous vous proposons un poste de responsable régional. Salaire… Le montant la fit s’arrêter net. Bien trop élevé pour de l’argent de poche d’“homme providentiel”. — Alors, qu’en pensez-vous ? — J’accepte, souffla-t-elle. — Parfait, à lundi ! Elle raccrocha, éclata de rire. Les passants la dévisageaient. Elle avait vaincu. Seule. Sans mécène ni aumône. Le soir, elle rentra. Cyril, avachi sur le canapé, tappotait sur son ordi : — Ah, t’es là. Y’a un truc à grailler ? Aline le regarda. Calmement. Sans colère, comme on regarde un vieux meuble encombrant. — Cyril, il faut qu’on parle. — Encore ? — Je pars. Il s’assied, sidéré. — Où ça ? Chez ton vieux, là ? — Non. Dans ma nouvelle vie. Toi, tu peux rester, puisque ça te va “comme ça”. En une heure, tout fut plié. Cyril hurla, supplia, pleurnicha. Mais Aline était d’acier. *** Six mois plus tard. Aline dans son bureau au vingt-et-unième étage, vue panoramique sur Paris — la ville qu’elle croyait ennemie naguère. Aujourd’hui, la ville s’étalait à ses pieds. Sa tablette vibra. Flash actu : « Scandale : le célèbre entrepreneur Ruslan K. déclaré en faillite. Son ex-femme obtient 70% de ses avoirs, le reste bloqué pour soupçons de fraude… » Aline sourit. Le boomerang revient toujours. La porte s’ouvrit. Entrée de Maxime, jeune, regard vif. — Madame Dubois, le client chinois est là. On commence les négos ? C’était son nouvel analyste. Compétent, ambitieux… et il semblait la regarder autrement qu’en patronne. — Oui, Maxime. On y va. Elle rajusta son tailleur impeccable, se souvint de la gamine qui lavait les sols en rêvant d’émancipation. — Promesse tenue, souffla-t-elle à sa propre image dans la vitre. Elle claqua les talons dans le couloir. Sûre d’elle. Libre. Heureuse. La vraie vie commençait. Et maintenant, c’était elle qui écrivait les règles.
Tu es à moi. Je tai achetée, cest clair ? Alors, ferme-la un peu ! Je ne peux pas et je ne veux pas rester
Скандал на юбилее: золовка явилась в таком же платье, как у меня, и потребовала переодеться — Семейная драма на празднике Олега, когда Марина оказалась перед выбором: уступить или постоять за себя
Всё началось в странной зеленоватой дымке, будто Москва вдруг утонула в изумрудном тумане. Марина стояла
Katya fut tirée du sommeil par les pleurs de sa petite Sofia. Encore une nuit blanche à cause des dents qui percent… et de ces cauchemars qui la hantent. Huit mois déjà qu’André est parti, mais il lui apparaît toujours en rêve. — Patience, ma chérie, murmura-t-elle en serrant la fillette contre elle. On va s’en sortir. Katya doit tout affronter seule. Son beau-père s’est noyé dans l’alcool après la mort de son fils, sa mère vit loin, malade, à la campagne, et les amies ont repris leur vie, laissant Katya à ses combats. Ce matin-là, pour la première fois, elle osa s’aventurer jusqu’à la Seine avec Sofia. Novembre était doux, la lumière dorée filtrait à travers les branches nues. — Regarde, ma poussinette, comme les mésanges volent ! fit Katya en montrant du doigt les oiseaux. C’est là qu’elle le vit. Ce gros chien roux, tout ébouriffé, se tenait à l’écart du sentier et les observait avec de grands yeux jaunes, sans menace mais avec une étrange insistance. — D’où il sort, ce chien errant ? grogna Katya en serrant la poussette contre elle. Le chien ne bougea pas, se contentant de veiller sur elles. Le lendemain, il était encore là. Le surlendemain aussi, les suivant sans jamais les quitter de loin. — Mais ce n’est pas possible ! s’exclama Katya quand sa voisine, la vieille Mme Dupuis, la héla. — Dis donc, Katya, tu as recueilli ce chien ? — Même pas, il s’est attaché comme ça, d’un coup ! Mme Dupuis secoua la tête : — On dirait qu’il veille sur vous, ce chien-là. Regarde comme il fait le guet. En effet, il semblait protéger la petite famille : grognant quand un voisin ivre s’approchait trop près, chassant les corneilles effrayant Sofia. Peu à peu, Katya s’habitua à ce silencieux compagnon — et lui donna un nom : Rouky. — Tu veux du pain ? tenta-t-elle un jour en tendant une croûte. Rouky accepta le morceau, mais alla le déposer doucement sur le bas-côté sans même le manger. — Quel orgueilleux, murmura-t-elle en souriant. Jusqu’au jour où tout bascula. Un après-midi de décembre froid et pluvieux, Katya revenait précipitamment du médecin : Sofia toussait. — On est bientôt à la maison, ma colombe, répétait-elle en tachant de la rassurer. Soudain, Rouky, qui marchait derrière, surgit devant elles. Un bruit de ferraille retentit au-dessus. Katya leva les yeux et sentit son cœur s’arrêter : une barre de métal dégringolait droit sur la poussette. Rouky bondit, repoussa la poussette de tout son poids. Le tuyau s’écrasa derrière elle, frôlant la croupe du chien. — Mon Dieu ! balbutia Katya, vérifiant que Sofia n’était pas blessée, la tenant tremblante dans ses bras. — Rouky, mon pauvre ami… Le chien boitait. Chez le vétérinaire, où Katya traîna Rouky presque de force, le vieux praticien examina longuement le chien : — Je le reconnais ! s’exclama-t-il soudain. C’est Ouragan, chien de service d’une société de gardiennage. Son maître — un chasseur du coin — a disparu en forêt un an et demi plus tôt. Depuis, le chien ne se laisse approcher de personne. Katya devint pâle comme un linge : — Disparu en forêt ? Il y a un an et demi ? — Oui, c’est une triste histoire. Il était jeune, venait d’avoir une épouse enceinte… Katya s’assit, l’esprit en ébullition. Son mari lui avait souvent parlé d’un chien, son chien de travail, élevé et dressé avec amour. Elle ne l’avait jamais vu… Était-ce possible ? — André… murmura-t-elle, bouleversée. C’est de lui qu’il s’agit ? Le vétérinaire, abasourdi, regarda tour à tour Katya et le chien. — Attendez… Vous êtes sa femme ? Rouky — ou plutôt Ouragan — posa sa tête sur les genoux de Katya et gémit doucement. Pour la première fois. Ils rentrèrent à la maison à trois : Katya, Sofia, et leur fidèle Ouragan. — Tu nous as retrouvées, tu veilles sur nous, l’encouragea Katya le soir en caressant sa tête massive. C’est André qui t’a envoyé, pas vrai ? Ouragan poussa un soupir profond, sans quitter du regard le berceau de Sofia. Les semaines passèrent. Sofia fit ses premiers pas en s’agrippant à la fourrure d’Ouragan. Elle apprit à parler : ses tout premiers mots furent « maman » et « Ougan » (elle n’arrivait pas à dire le « r »). Katya reprit le travail, rassurée : elle savait qu’avec Ouragan, sa fille était sous la meilleure des gardes. Dans le quartier, on murmurait : « Tu as vu, chez Katya ? Ce n’est pas un chien, c’est un ange gardien ! Il veille sur la petite comme sur un trésor ! » Mais Katya, elle, savait que c’était plus fort encore : Ouragan accomplissait la toute dernière mission de son maître — veiller sur sa famille. À chaque office du souvenir, elles allaient à l’église. Sofia déposait un cierge pour son papa. Et Katya murmurait : — Ne t’inquiète pas, mon amour. Nous sommes protégées. Protégées par le plus loyal des gardiens. Et quelque part, là-haut, André souriait en voyant, depuis son ciel, sa femme, sa fille, et leur ami fidèle qui jamais ne les quitterait.
Camille se réveilla en sursaut, tirée du sommeil par des pleurs denfant. La petite Adélaïde navait pas
Ira était directe dans ses échanges. Pour ses collègues, elle n’hésitait jamais à dire les choses telles qu’elles étaient. Peu importait que tu veuilles entendre la vérité ou non.
Cher journal, Aujourdhui, jai repensé à Irène Durand, la collègue qui ne mâchait jamais ses mots.
Mamie, tu étais si belle quand tu étais jeune ! Et papi, même s’il était gentil, il n’était pas très beau… On t’a forcée à l’épouser ? demanda Valérie, la petite-fille d’Anastasie. — Mais pas du tout ! répondit Anastasie en riant. J’étais une vraie tornade à mon époque, c’est moi qui l’ai obligé à m’épouser. — Quoi ? s’étonna Valérie. Tu avais plein de prétendants, non ? — Bien sûr ! fanfaronna Anastasie. Mais j’ai craqué sur Émile, ou plutôt sur son accordéon… — Il était toujours un peu casse-cou. Un jour, gamin, il a ramassé une vieille cartouche et l’a jetée au feu, ce grand dadais ! Les autres se sont sauvés, lui est resté à se curer le nez et… il y a perdu une oreille, la moitié d’une narine et un doigt. — Mais ça ne l’a pas empêché ensuite de grimper aux clôtures et de chaparder des pommes dans les vergers. Par contre, le temps du mariage venu, aucune fille ne voulait de lui… Il serait resté vieux garçon si un passant ne lui avait échangé un accordéon contre un bout de lard, et là on a découvert qu’Émile avait l’oreille musicale ! — Il s’est mis à jouer doucement, puis à composer ses propres chansons. Je me rappelle la première soirée où il est arrivé avec son accordéon… Quand il s’est mis à jouer, il y en a même qui ont versé des larmes. Et moi, mon cœur a fait un bond ! J’entendais sa voix, comme si je regardais au fond de son âme. — Après, je ne sortais plus que pour lui. Un jour, j’ai harcelé mon père : “Je veux épouser Émile !” Ma mère s’est effondrée : “Notre fille est folle, épouser un infirme !” Et mon père a dit que si un idiot pareil voulait bien d’une telle écervelée, il n’aurait qu’à faire un signe de croix… — Alors j’ai commencé à lui faire comprendre qu’il me plaisait. Mais lui, têtu, me disait : “Pourquoi gâcherais-je ta vie ? Comment pourrais-tu marcher à mon bras sans honte, tout le village se moquerait de toi.” — Alors j’ai rusé. J’ai passé toute une nuit avec lui sur le banc. En rentrant, mon père m’attendait avec sa ceinture. Je me suis jetée à ses pieds en pleurant : “Papa, j’ai passé la nuit avec Émile !” Bref, mon cher Émile n’a pas eu d’autre choix que de m’épouser. — Au début, les gens médisèrent beaucoup. On disait que sa mère m’avait jeté un sort ! Que ma belle-mère, Marguerite, coupait des poules pour me faire fuir. Ensuite, on prétendit que j’étais maudite… Mais après, j’ai enchaîné les enfants : un garçon, une fille, un garçon, une fille. Et tout le monde s’est tu. — Nous avons eu une belle vie. Je rentrais de la traite, il arrosait le jardin, préparait des pommes de terre. Il faisait même la choucroute, il n’avait confiance qu’en lui ! Il m’aidait avec les petits. Les autres hommes fuyaient la maison pour ne pas entendre les cris des enfants, lui il gazouillait avec eux. — Mais toute sa vie, il est resté timide. “Vas-y devant, me disait-il, j’arrive après.” Je lui répondais : “Alors, t’es mon mari ou mon amant caché ?” Je lui attrapais le bras et on avançait ensemble. — Voilà dix ans qu’il n’est plus là. Quand la tristesse me saisit, je prends son accordéon, je l’enlace et je pleure. J’ai l’impression qu’il est tout près, sans pouvoir parler… Tu vois, ma petite, il ne faut pas choisir la beauté qui brille, mais écouter son cœur.
Dis-moi, Mamie, quest-ce que tu étais belle quand tu étais jeune ! Mais Papy, même si cest un homme bien
ВКУС ЖИЗНИ: ПУТЕШЕСТВИЕ ЧЕРЕЗ РУССКУЮ КУЛЬТУРУ И ОБЫЧАИ
ВКУС К ЖИЗНИ Восемьдесятпять лет прожившая старуха с серебристыми кудрями сидела в кабинете нотариуса
Les COINCIDENCES NE SONT PAS DES COINCIDENCES
Les hasards ne sont jamais fortuits Maman Thérèse faisait frire des pommes de terre. Quil fût déjà vingthuit
— Tu es à moi, claire ? Je t’ai «achetée» ! Alors tu fermes ta bouche ! — Je refuse de rester dans l’ombre. Je ne veux plus être ta maîtresse, c’est terminé, Ruslan ! Tu m’as promis : quand divorces-tu ? Nos sentiments n’ont-ils aucune valeur pour toi ? Tu disais que ta famille ne signifiait plus rien… Cette fois, c’est un ultimatum : soit tu divorces, soit je pars ! *** Aline scrutait la cour de sa petite location parisienne, où le vent faisait danser une bouteille vide — un spectacle aussi morose que les pensées qui la hantaient depuis des semaines. Derrière elle, un soupir : Cyril venait de se réveiller sur le canapé. — Un café ? grogna-t-il. — Je veux bien, répondit-elle sans se retourner, ne voulant ni voir son air coupable, ni subir l’éternelle gentillesse inefficace. La bonté de Cyril ne remplissait jamais le frigo. La tête contre la vitre froide, Aline sentit son portable vibrer dans la poche de sa robe de chambre. Elle savait qui c’était : Rouslan. Cet homme qui lui avait offert la vie rêvée… avant de l’enfermer dans une cage dorée. *** Être l’aînée d’une famille nombreuse : ce n’est pas un titre, c’est une sentence. Un sac chargé de pierres qu’on vous impose dès la petite enfance : « Porte-le, tu es forte. » Aline haïssait ce mot : « forte ». Quand son père – un homme intelligent devenu tyran domestique – la voyait ramener un diplôme d’excellence en mathématiques, il marmonnait : — Tu ferais mieux d’aider ta mère à éplucher les patates. À l’école et plus tard au lycée, on la tenait à distance. Trop brillante, trop sérieuse. « Je vais entrer à Polytechnique, pensait-elle. Vous paierez, moi, j’y arriverai meilleure que vous. » Et elle y parvint, bourse prestigieuse à la clé. *** Paris l’accueillit avec son tumulte, son indifférence et ses chambres de bonne infestées de cafards. Sa colocataire, Jeanne, ne jurait que par les soirées, alors qu’Aline n’avait en tête que ses études et ses ambitions. Un jour, par hasard, elle voyagea en compartiment de première grâce à une erreur de billet, aux côtés d’un quadragénaire en costume : Rouslan. Charisme, pouvoir, bienveillance, réussite. Il écouta toute son histoire et lui promit de l’aider. Il tint parole : emploi, argent, vêtements élégants, dîners — tout ce que la jeune provinciale n’aurait jamais imaginé. Elle tomba amoureuse de ce mentor, adulant sa force, son assurance, et savourant cet ascenseur social trop beau pour être vrai. Jusqu’à ce qu’Aline découvre qu’il était marié. Elle resta, espérant qu’il tiendrait sa promesse de divorcer. Mais au fond, elle n’était qu’une distraction. Jusqu’à ce qu’il exige qu’elle avorte. Après, elle devint une autre femme — indépendante, froide, calculatrice. *** Rouslan la traitait comme un trophée ; Cyril, comme une béquille. Un jour, Aline se leva et claqua la porte de chacun. Malgré la précarité retrouvée, sa ténacité, ses diplômes et sa maîtrise des langues lui ouvrirent enfin les portes d’une belle carrière dans la logistique internationale. *** Quand Rouslan annonça avoir divorcé et tenta de la reconquérir par le luxe, elle comprit : il voulait posséder sa jeunesse pour cacher sa peur de vieillir, jamais son bonheur. Elle refusa l’ultime « cage dorée » et retrouva, enfin, la liberté. *** Des mois plus tard, dans son bureau panoramique tout en haut d’une tour faubourienne, Aline apprenait que Rouslan, ruiné après son divorce, payait aujourd’hui ses manipulations. Maxime, son jeune collègue, l’attendait pour une importante réunion à laquelle elle se rendit, déterminée et souveraine. Aline, jadis enfant exploitée et fière de son courage, venait d’écrire elle-même les règles de sa nouvelle vie. Libre, puissante, heureuse : tout commençait.
Tu es à moi. Je t’ai achetée, tu comprends ? Alors, ferme-la ! Je ne peux pas vivre dans lombre.
— Это моя квартира, мама! И я не желаю, чтобы здесь жил отчим! — Да забери ты его в дурку, Сима. Бешеный твой! И вообще, почему этот шестнадцатилетний мальчишка решает, как нам, взрослым, жить? Отбирай у него ключи от квартиры и гони его вон! Скандал из-за квартиры: как наследство от деда чуть не разнесло нашу семью — почему отчим требует отдать свою собственность «на всех», а сын готов уйти из дома, лишь бы не делить то, что ему оставили по завещанию
Мама, это моя квартира! Я не хочу, чтобы здесь жил отчим! Ты бы его в психушку сдала, Сима.
Когда свекровь намекнула на моё «место» кухонным фартуком, я ответила ей зеркальным подарком на юбилей: теперь каждый получил по заслугам!
Ну что, виновница торжества, выходи-ка в центр! Сейчас будем тебя поздравлять как полагается, а то сидишь