Quand les proches s’offensent parce que j’ai refusé de les héberger durant leurs travaux – Chronique d’un samedi où ma cousine, son mari amateur de foot et leur fils hyperactif ont voulu transformer mon appartement parisien en colonie familiale, entre Napoléon, souvenirs de confitures et menaces maternelles, et pourquoi j’ai résisté au siège orchestré par la tribu, des messages de la tante jusqu’au débarquement inattendu avec des cartons sous le regard des voisins – ou comment dire « non » pour préserver sa tranquillité et son chat persan Marquis.
Les souvenirs de famille flottent parfois comme des bulles de savon dans lair épais dun appartement à
— Пойди на кухню немедленно! — закричал муж жене. Но он не ожидал, что произойдет дальше.
Идти на кухню сейчас же! крикнул муж, глядя на жену. Он и представить не мог, чем всё закончится.
Cadeau d’un inconnu Un message dans le chat de groupe a surgi au-dessus des tableaux Excel et des emails urgents, comme une figurine colorée oubliée dans un tiroir de bureau : « Collègues, on lance le Secret Santa ! Échange anonyme de cadeaux lors du pot de fin d’année. Budget : 30 €. Formulaire ci-dessous. » Arnaud relut le texte et jeta un regard machinal à l’horloge dans le coin de l’écran. Dix jours de travail avant la fin d’année, deux semaines avant la clôture du trimestre, trois jours avant l’échéance du crédit immobilier. Son quotidien était rythmé par ce genre de décomptes. Dans le chat, les réactions fusaient déjà. GIF de renne, « Encore ?! », questions sur le budget. Katia, la RH, précisa aussitôt : « Participation facultative, mais fortement conseillée. On crée l’esprit de Noël ! » Arnaud finit son café tiède et cliqua sur le lien. Nom, département, consentement RGPD… En bas, le bouton « Participer » clignotait. Il hésita une seconde, imaginant une bougie ou une tasse de plus sur son bureau encombré. Puis il se dit que sa case resterait vide s’il n’entrait pas. Il valida. — T’es de la partie aussi ? demanda Sébastien du bureau d’à côté, passant la tête par son box. J’espère tomber sur un(e) collègue avec de l’humour, j’ai déjà l’idée parfaite… Un livre sur le time-management pour le chef. — C’est anonyme, tu sais, — rappela Arnaud. — Justement ! Imagine sa tête… — Sébastien fit une mimique dramatique et éclata de rire. Arnaud sourit poliment et retourna à son rapport. Les chiffres se fondaient en une masse grise. Un peu plus loin, des collègues discutaient des paniers pour les partenaires : chocolats haut-de-gamme ou économies. À la machine à café, ce matin, ça parlait prime : aura-t-on, sera-t-elle réduite, sera-t-elle « en nature » — sous forme de paniers gourmands ? Tout flottait autour de lui comme une déco de Noël sans début ni fin : l’arbre artificiel dans le hall, les boules en plastique, les cartes standardisées « Chers partenaires, meilleurs vœux… ». Cette année, Arnaud avait deux objectifs. Toucher le bonus du plan. Ne pas s’emporter contre son fils pour ses notes. Les deux lui paraissaient aussi ardus. Le soir, il reçut un mail intitulé « Ton binôme Secret Santa ». Il l’ouvrit dans le métro, compressé entre manteaux et sacs à dos. « Bonjour Arnaud ! Ton binôme : Arnaud Morel, département analyse. » Il lut et relut la ligne. Le métro tangua, quelqu’un le bouscula. Les captures d’écran illuminaient déjà le chat : « Bug ? » « Moi aussi, je me suis tiré au sort. » « Niveau supérieur d’introspection… » Katia réagit vite : « Oui, la machine a planté, tout est lié aux identifiants, impossible de changer. Prenez cela comme un test ! Apportez votre cadeau, gardez la surprise et l’ambiance festive. » « Quelle surprise si on sait que c’est soi ? » « Imagine qu’un inconnu te comprend mieux que personne. » — répondit Katia avec un émoticône sapin. Arnaud ferma le chat et rangea son téléphone. Dans le wagon, quelqu’un récitait sa « fin d’année » en haut-parleur. Il regarda son reflet dans la vitre sombre. Quarante et un ans. Les cheveux résistent, mais les tempes blanchissent. Visage fatigué, pas vieux. Veste de l’enseigne, montre achetée à crédit, portable modèle du chef. Un cadeau à soi-même, comme de la part d’un inconnu — pensa-t-il. — Et que pourrait bien m’offrir cet inconnu ? Aucune réponse. Le lendemain, à la pause clope, ça ne parlait que de ça. — Je dis qu’il faut annuler, — grogna Paul du juridique, secouant sa cendre. — C’est contre la règle ! Un Secret Santa pas secret, ce n’est plus la fête. — Moi j’adore, répondit Anne du marketing. Pour une fois, je peux choisir vraiment le bon cadeau, pas une écharpe à rennes pour collectionner la poussière. — Tu t’achètes déjà tout ce que tu veux, — remarqua quelqu’un. — Presque tout. Il y a des petits plaisirs qu’on s’interdit. — Anne sourit. — Justement, c’est ça l’intérêt. Arnaud écoutait en silence. Il pensait aux écouteurs, une powerbank, une nouvelle souris. Il pouvait s’offrir tout ça n’importe quand. Ça ne ressemblait pas à un cadeau, juste un accessoire de plus. — Et toi, tu vas prendre quoi ? — interrogea Sébastien dans l’ascenseur. — Je ne sais pas, — avoua Arnaud. — Rho, tu abuses ! Moi, j’aurais pris une PlayStation direct. Mais le budget… — Il rit. — Bon, j’opte pour un coffret de bières artisanales, estampillé « du Père Noël ». Mais moi, je veux quoi vraiment ? pensa Arnaud en regagnant son poste. Qu’est-ce qui me ferait plaisir si on me voyait vraiment, pas juste comme salarié, payeur d’emprunts, père trop rare à la maison ? Comme… qui ? Juste comme une personne ? Il ne trouva pas le mot juste. Le soir, direction centre commercial. Trop de lumières, musique pop, promos « cadeaux parfaits », « coffrets pour homme réussi », « idées pour lui ». Sur chaque affiche : homme chic, manteau de luxe, regard assuré. Aucun cernes, pas de trait de fatigue ni d’emprunts. Rayon high-tech : écouteurs sans fil, « best-sellers ». Le vendeur vantait les mérites d’un modèle à un ado. Pratique. Podcasts, musique, se chouchouter, réfléchit Arnaud. Il examina une boîte, prix dans le budget. Mais… c’est moi qui me l’achète. Pourquoi ? J’achète déjà tout ce dont « un homme de mon âge et de mon statut » est censé disposer. Smartphone, montre, belles chaussures, manteau honnête. Est-ce vraiment un cadeau ? Il reposa la boîte et quitta le magasin. Le rayon livres était plus apaisant. Piles de guides « Deviens la meilleure version de toi », « Bien gérer son temps », « Le bonheur en kit ». Il feuilleta machinalement, lu les classiques « zone de confort » et « efficacité » et se sentit las. Dans un coin, romans et nouvelles. Il passa la main sur les dos, repérant des noms familiers. Il lisait beaucoup autrefois. À la fac, il enchaînait des romans sur une nuit, puis débarquait en amphi les yeux rougis. Puis boulot, prêt, naissance du fils, et la lecture devint un point à la liste des « à faire ». Peut-être un livre ? Mais lequel ? Un inconnu offrirait-il une lecture alors que je ne trouve jamais le temps ? Il ressortit du magasin, mains vides, abattu par le bruit ambiant et la publicité. À la maison, sa femme demanda : — Pourquoi tu fais la tête ? — Rien de spécial, — répondit-il en retirant ses chaussures. — On fait un jeu à la boîte, des cadeaux. — Encore des bougies et des tasses ? — fit-elle en souriant. — Cette fois, chacun s’offre à soi-même. Genre, la machine a planté. — Mais c’est génial ! — elle servit les pâtes. — Prends-toi enfin ce qui te fait envie, que tu n’oses pas payer. — Quoi, par exemple ? — Je ne sais pas, tu le sais mieux que moi. Il ne dit rien. Leur fils faisait mine de réviser devant son livre. — Eh bien ? — insista-t-elle. — D’habitude tu as toujours une liste : nouveau téléphone, montre, sac. T’aimes bien les gadgets ! — Je les achète quand je dois, tout simplement. — Alors, essaie un cadeau immatériel, — proposa-t-elle. — Un massage, une journée off… — Pas besoin de bon pour une journée, — la coupa-t-il. — Juste un chef qui ne m’appelle pas le dimanche. Elle éclata de rire : — Voilà ! Demande ça à ton Père Noël. — Hors budget ! — plaisanta-t-il. Cette nuit-là, il tourna longtemps en rond. Il revit vitrines, slogans, vœux classiques : « carrière », « réussites », « stabilité financière ». Tout cela avait son importance mais semblait aussi futile que les guirlandes retirées en janvier. Qu’est-ce que je voudrais si personne ne jugeait ? Ni collègues, ni famille, ni banques ? Toujours aucune réponse. Une semaine avant le pot, l’entreprise vibrait plus fort. Les premiers paquets étaient sur les bureaux. Certains les planquaient, d’autres les exposaient fièrement. Menu, code vestimentaire, concours sur le chat. Katia annonça un DJ, un animateur, « un moment spécial Secret Santa ». Arnaud n’avait toujours pas de cadeau. — Qu’est-ce que tu attends ? — Sébastien s’enquit. — Après, il restera que des trucs bidons. — Je réfléchis. — À quoi donc ? Tu peux te gâter utile ! Moi, j’ai commandé un kit barbecue, j’en rêvais, je n’avais jamais franchi le pas. À midi, Arnaud descendit au café du rez-de-chaussée. Queue vers la caisse, discussions rapports, enfants, bouchons. Sur l’écran : « Faites-vous plaisir ! Coffrets de fête ». Seul à une table, il ouvrit son téléphone, chercha « cadeau homme 40 ans » dans un site marchand. Résultat : montre, portefeuille, gadgets, coffrets alcool, bon barbier… Tout ça parle de l’image, pas de ce qu’on ressent. Il ferma la page et ouvrit la messagerie personnelle. Offres de sites oubliés : « Profitez de nos réductions », « Nouvelle année, nouvelle version de vous ». Un email d’une plateforme d’apprentissage : « Nouveau cours de photographie, inscrivez-vous avant la fin de la semaine ». Photographie. Il se revit dix ans plus tôt, achetant un reflex, avant le fils et le prêt. Le week-end, parcourant Paris et photographiant immeubles, passants, vitrines. Puis l’appareil fut rangé au placard. Plus le temps, puis la fatigue. Ridicule, se disait-il. Cliché : le quadra qui renoue avec un ancien hobby ? Tout laisser tomber pour devenir « artiste » ? Non, risible. Il repoussa son plateau. Malaise. Je ne veux pas tout changer. Je veux juste… Un SMS du chef : « chiffres du T3 avant ce soir ! » Arnaud soupira, remonta. Le soir, il fouilla le placard, dénicha le vieil appareil. Lourds, froid. Baterie à plat. Il la retrouva dans un tiroir. Sa femme leva les sourcils : — Tu vas photographier, là ? — Je vérifie si ça marche encore, — répondit-il. Après recharge, il sortit sur le balcon. Quelques clichés du parking, des murs, de la neige, des lampadaires. Banal. Mais en cadrant, le bruit de sa tête diminuait. Il respira plus doucement. C’est peut-être ça, le cadeau ? Pas l’objet, mais l’autorisation d’y consacrer du temps. Une heure par semaine. Sans se sentir coupable. Idée simple, dérangeante. La voix critique se moqua : « Prends un cours photo, tu verras si ça change vraiment. » Mais une autre voix plus paisible répondit : « Pourquoi pas ? Tu dépenses ton argent dans des objets déjà oubliés après un an. Là, tu retrouves quelque chose qui te plaisait. » Il ouvrit le mail du cours. Module sur la composition, la lumière, le paysage urbain. Deux soirs par semaine, en ligne. Le prix rentrait dans le budget Secret Santa, option basic. Un cadeau à soi, comme d’un inconnu qui se souviendrait de ce qu’on aimait, sans trouver ça futile. Il cliqua « Acheter ». Ne restait qu’une formalité : le rendre matériel pour le pot. La règle : un cadeau physique à remettre en main propre. Il acheta un carnet bleu sobre et une enveloppe. À la maison, il imprima la confirmation de son inscription, la glissa dans l’enveloppe. Sur la première page du carnet : « Pour les clichés à venir ». Son écriture était maladroite mais lisible. Pour le mot, il voulait éviter la version « coach » ou le slogan tout-fait, imaginer quelqu’un qui connaissait sa vie. Après plusieurs brouillons, il écrivit : « Arnaud, Parfois, il ne faut pas oublier que tu n’es pas qu’un rapport ou une réunion. Prends du temps pour regarder le monde autrement qu’à travers des tableaux Excel. J’espère que tu sauras le saisir. Ton Santa » Il relut, ému. Pas du pathos : le sentiment qu’on lui disait quelque chose qu’il avait besoin d’entendre. Ce « Santa » était plus conciliant envers lui-même qu’il ne l’est habituellement. Il mit la confirmation du cours dans l’enveloppe, l’enveloppe dans le carnet, le carnet dans un papier kraft, noué d’un ruban rouge. Un cadeau modeste, sans logos ni pubs. La fête eut lieu dans la salle de réception du rez-de-chaussée, nappes blanches, guirlandes, DJ, tubes éculés. Vêtements de fête ou chemises ordinaires (sans badge !). Les cadeaux sur un buffet, chacun portant l’étiquette du destinataire. Arnaud posa son colis, regarda la pile : paquets vifs, boites à nœuds, formes étranges sous alu… — Prêt pour la grande révélation ? — lui lança Katia avec un clin d’œil. — Autant que possible, — répondit-il. À mi-soirée, l’animateur lança « le moment spécial ». Musique plus douce, lumières tamisées. L’ambiance déjà pétillante, rires francs partout. — Amis, — débuta l’animateur — cette année, notre Secret Santa est doublement secret : chacun est devenu son propre magicien ! Mais chut, on fait comme si personne ne savait, d’accord ? Le public rit. — À tour de rôle, venez chercher votre cadeau et ouvrez-le ici. Souvenez-vous, le plus important n’est pas ce qu’il y a dedans, mais ce que vous découvrez sur vous-même… Encore un qui parle en slogans, pensa Arnaud. Quand son tour vint, la tension lui serra la gorge. Il récupéra l’enveloppe « Arnaud Morel », retourna s’asseoir. — Alors ? — Sébastien se pencha. — J’espère que ce ne sont pas des chaussettes. Arnaud détacha la ficelle, déballa le papier. Un carnet et une enveloppe à son nom. Ses mains tremblaient doucement. — Pas un kit barbecue, en tout cas, — plaisanta Sébastien. Arnaud ouvrit l’enveloppe, déplia le feuillet. Autour, exclamations : « J’ai eu un bon spa ! », « jeux de société ici ! » La comptable Svetlana cachait maladroitement un manuel de yoga, Katia éclatait de rire sur la tasse « Employé du mois ». Il lut la note. Et relut. Tu n’es pas qu’un rapport ou une réunion. Un pincement intérieur ; honte, comme si l’on découvrait sa vulnérabilité. Et en même temps — apaisement, personne ne juge. — Qu’est-ce que c’est ? — insista Sébastien. — Un cours, — souffla Arnaud. — De photo, avec carnet. — Y’en a qui se sont creusé la tête ! Du créatif, sûrement. On n’a pas le droit de chercher qui ? — Surtout pas, — dit Arnaud. Sébatien filait déjà vers sa bière. — Tu feras les clichés du prochain événement alors ! Arnaud referma le carnet. L’animateur enchaînait les plaisanteries, certains se lançaient sur la piste. Autour, le brouhaha ; en lui, le calme. Il croisa le regard de sa femme dans la messagerie : « Alors, c’était comment ? » Il répondit : « Correct. Cadeaux marrants. Je me suis offert un cours photo. » Puis il effaça, remplaçant par : « Je te raconterai. » Il rentra vers minuit. Dans la cage d’escalier, juste le bruit discret d’une porte. La lumière chaude de la cuisine, odeur de clémentines. Sa femme lisait, leur fils dormait. — Qu’est-ce qu’on t’a offert ? Il posa le carnet, l’enveloppe à côté. — C’est tout ? — Il y a un truc dedans, — dit-il en ouvrant. Elle lut la note, le regarda doucement. — Tu l’as écrite toi-même ? — Oui, — confia-t-il. Et le cours, je l’ai payé — un atelier photo. Elle hocha la tête, sans moquerie : — Beau cadeau. T’aimais ça. — Ça fait longtemps. — Et alors ? Ce n’est pas fini pour autant. Il haussa les épaules, mais à l’intérieur, quelque chose bougea enfin — comme un meuble qu’on réussit à déplacer. — On verra… Le 1er janvier, il se réveilla sans réveil. Dehors, matin gris, parking encombré, palmes de givre. Tête lourde, mais pas douloureuse. Femme et fils partis la veille, il les suivra demain. Silence inhabituel. Il se fit un café, ouvrit le carnet. Page : « Pour les clichés à venir ». Sur l’ordi, il retrouva l’email du cours : premier module dispo, séance dans une semaine. Il lança la vidéo. La voix douce du professeur parlait d’ombre et de lumière, pas de « productivité ». Il réalisa qu’il ne vérifiait pas ses mails pro. Le téléphone restait dans la pièce d’à côté. Après l’intro, il attrapa l’appareil et descendit dans la cour. Air vif, pas glacé. Certains jetaient les poubelles, d’autres promenaient un chien. Une mèche de cotillon traînait sur l’aire de jeux. Il leva l’appareil, regarda dans le viseur. Branchages, fils, balcons. Rien de spécial. Mais en déclenchant, il eut l’impression de faire un tout petit geste — important. Pour lui, pas pour le rapport, ni le KPI. Pour soi. Quelques clichés, retour à l’appart, transfert sur ordi. Beaucoup ratés, quelques banals. Mais une image : dans la vitre d’une voiture, se reflètent les fenêtres d’en face. Il zoome. Dans le reflet : silhouette à l’appareil. Cadeau d’un inconnu, pensa-t-il. Inconnu qui n’est autre que moi. Et finalement, c’est bien comme ça. Il ferme le logiciel, termine son café. Le premier jour de boulot approche, dossiers non bouclés, réunions, mails — et le cours qui débute. Et l’heure qu’il tentera désormais de préserver pour lui seul. Il ouvre le carnet, inscrit la date. Puis : « Cour, matin, reflet sur la vitre ». Modeste, mais tellement personnel. Il pose le stylo. Pour la première fois, il envisage l’avenir autrement qu’en échéances bancaires ou deadlines. Là, il y a une toute petite place pour lui. C’est peu. Mais suffisant pour respirer. Il se ressert un café, vérifie les dates du cours. En bas du planning, il écrit : « Ne pas annuler pour le travail ». Puis il sourit : la vie chamboulera sûrement ses plans. Mais il a gagné le droit d’essayer. Et ça aussi, c’est un cadeau.
Cadeau dun inconnu Un message a surgi dans la discussion générale, flottant au-dessus des tableaux Excel
Ma famille s’est vexée parce que j’ai refusé de les héberger chez moi pendant leurs travaux – « Mais enfin, Léna, tu comprends bien, c’est juste pour un mois, un mois et demi maximum. Tu as un grand trois-pièces vide, tu vis dans une chambre, le chat dans l’autre, et le salon ne sert à rien. On fait quoi, nous, avec Lucas et Anatole ? On va pas aller dormir à la gare ! On est la famille, pas des inconnus du coin. » Svetlana, ma cousine, disait cela la bouche pleine de ma fameuse tarte aux pommes, en éparpillant des miettes sur la nappe sans s’en soucier, toute à son projet. En face, son mari Anatole, absorbé par son téléphone, acquiesçait distraitement comme une figurine, et leur fils Lucas de dix ans courait dans l’entrée, tentant d’attraper mon persan Marquis, qui cherchait désespérément à se fondre dans le papier peint. J’ai posé ma tasse de thé avec précaution pour éviter de trahir mon agacement par un tintement. Ce goûter familial devait être un moment sympa, il tournait à la tentative d’invasion de mon appartement. « Attends, Svetlana, essayons d’y voir clair. Vous lancez ce fameux chantier dans votre deux-pièces, c’est super, mais pourquoi avez-vous décidé que c’est chez moi que vous viendriez vivre le temps des travaux ? » « Bah où veux-tu qu’on aille ? » s’étonne-t-elle, les yeux ronds, soulignés d’un trait de khôl. « Tu as vu les prix des loyers, dernièrement ? Dans le coin, c’est quarante mille pour un studio ! Et on doit déjà payer les ouvriers, acheter les matériaux, j’ai repéré du carrelage italien de folie… On doit compter nos sous. Et chez toi, c’est le calme, la propreté, le confort, un vrai sanatorium. Promis, on ne t’embêtera pas : Anatole bosse tout le jour, Lucas va à l’école, moi je surveille le chantier et je fais des allers-retours. Le soir, on mange et on file se coucher. » Elle parle comme si tout était déjà réglé, mon rôle se limitant à tendre les clés. Je regarde ma cuisine : meubles blancs astiqués, table en verre impeccable, silence que seuls le ronron de Marquis et le frigo viennent troubler. Et j’imagine mon « sanatorium » après une semaine de coloc forcée avec la petite famille. Lucas est hyperactif, mal élevé, « non » est un mot inexistant pour ses parents. Anatole adore le foot et la bière, en commentant bruyamment, et fume sur le balcon, chose qui me répugne. Svetlana, elle, saura vite remettre toute ma salle de bain à sa sauce et me donner des leçons de vraie cuisine. « Je ne peux pas vous accueillir, Svetlana, » dis-je, les yeux dans les siens. Un silence tombe. Anatole lève le nez, Lucas hurle de bonheur dans le couloir en pensant avoir enfin vaincu le chat. « Quoi, tu peux pas ? » reprend Svetlana, son air vexé remplaçant son sourire. « Tu caches quelqu’un ? Un mec caché, c’est ça ? » « Non. Je vis seule et j’aime ça. Je travaille à la maison, j’ai besoin de calme et de concentration. Trois personnes, même de la famille, ce n’est plus du calme, c’est le bazar. Désolée. » Déçue, Svetlana repose sa part de tarte, les joues rouges. « Sérieusement ? On te demande pas la lune. Un mois ! Un mois et demi ! Notre mère t’a toujours aidée, quand tu étais étudiante, elle te filait des tartes, des confitures… Et maintenant tu rechignes à nous aider ? » Ah, le fameux argument des confitures. J’attendais celui-là. Les bocaux de tante Lucie et les corvées de pelouse en échange, l’été, pendant que Svetlana lisait à l’ombre… « Je suis reconnaissante, mais transformer mon appart en auberge pendant six semaines, non. Je peux vous aider à trouver un agent immobilier, même prêter un peu pour le premier mois si besoin, mais vous ne vivrez pas chez moi. » « Anatole, t’écoutes ça ? » cherche-t-elle son mari. « Elle préfère prêter de l’argent que nous héberger. Mais on a des sous, c’est juste pour pouvoir mettre le paquet sur le chantier. Tu veux qu’on habite dans un taudis ou qu’on file nos économies à un propriétaire, juste pour ta tranquillité ? » Anatole s’en mêle à son tour, voix grinçante : « On serait discrets, Lucas est sage. On ferait les courses, paierait les charges… Tu abuses quoi, ça serait sympa, tu vas pas finir vieille fille avec ton chat ? » « Je ne m’ennuie pas. Et Lucas, il a failli arracher la queue du chat il y a cinq minutes. » Svetlana se lève brutalement. « Alors ton chat est plus important que ton neveu ? Vraiment, tout s’explique ! Vieille fille, c’est bien ton genre. Viens, Anatole ! Lucas, on se tire, tata est trop radine ! » Ils rangent leurs affaires dans un bruit volontairement agacé, Lucas râle pour avoir une autre part de tarte. Je les regarde, serrant les bras, le cœur battant. Si je cédais, c’en était fini de ma tranquillité – pour deux mois, voire plus. Une fois la porte claquée, je cherche le chat. Marquis, tremblant sous le lit. « Sors de là, mon gros. On a défendu notre territoire. » Mais je me trompais : l’ennemi n’avait pas quitté le champ de bataille. Le lendemain matin, le téléphone sonne dès 9h. « Tante Lucie » s’affiche. Je soupire, me prépare au round suivant et décroche. « Bonjour ma Léna, as-tu bien dormi ? Svetlana n’a pas fermé l’œil, elle a fait une crise, on a failli appeler le médecin ! » « Bonjour, tante Lucie. Qu’est-ce qui se passe ? » je feins d’ignorer. « Mais tu ne te rends pas compte ? Tu as humilié ta cousine ! Elle espérait ton aide. Ils font de grands travaux, une chambre pour Lucas, et toi tu refuses de partager chez toi ? » « Tante Lucie, ils vivent chez eux. Le chantier n’a même pas commencé. Ce n’est pas un refuge ici. Je travaille à la maison… Vous imaginez quatre dans un trois-pièces, une seule salle de bain, une cuisine ? On est au XXIème siècle, pas à l’auberge espagnole ! » « Ah, ces jeunes trop fragiles ! Nous étions cinq dans trente mètres carrés, et ça allait. Toi tu fais ta bourgeoise, tu oublies d’où tu viens. Dieu veut qu’on partage ! » « D’accord, mais je n’oublie ni Dieu, ni maman, ni votre aide. J’ai proposé d’aider autrement. Ils veulent juste profiter, tout confort, tout gratuit. S’ils trouvent ça cher, qu’ils fassent les travaux en vivant sur place, comme tout le monde ! » « Ce n’est pas pareil, c’est sale et dangereux pour un enfant ! Tu n’as pas de cœur, ma pauvre ! Tu finiras seule, personne ne te tendra jamais un verre d’eau ! » « Merci pour la prédiction, tante. Au revoir. » Je bloque le numéro, le cœur serré. Toujours la menace du « verre d’eau », sorte de malédiction familiale pour qu’on cède. Toute la journée, j’angoisse. J’attends la suite. Elle arrive. Vendredi soir, je reviens des courses et devant l’immeuble, une camionnette décharge des cartons sous l’œil triomphant de Svetlana. « Svetlana ? Qu’est-ce que tu fais ici ? » « Salut Léna ! On t’amène quelques affaires : des vêtements, de la vaisselle, les jouets de Lucas. On monte, bien sûr, on n’a plus d’appart, on a tout remis aux ouvriers ce matin, rien que des ruines là-bas ! Allez, ouvre. » Son audace me laisse sans voix. « Je t’ai dit non samedi dernier. Rien n’a changé. Rembarquez vos cartons. » Les déménageurs hésitent, observant la scène : « On livre ce qu’on nous dit, on n’est pas là pour arbitrer ! » Svetlana s’énerve, je file dans le hall, laisse la porte derrière moi. Dans mon appartement, je ferme tout à double tour, le cœur dans la gorge. En bas, le ballet continue, boîtes posées devant le banc, Lucas râle, Svetlana crie sur son mari arrivé en renfort. J’ai un pincement au cœur… Mais je me rappelle ses doubles discours, ses insultes, ses tactiques d’intimidation. Le téléphone explose de messages de Svetlana, Anatole, tante Lucie, des numéros inconnus. Je coupe le son. Svetlana finit par entrer grâce à quelqu’un, tambourine à la porte : « Léna ! Ouvre ! On gèle ! On va voler mes affaires ! Ouvre ! » Je reste silencieuse. Enfin, je crie que j’ai appelé la police (c’est faux) : elle se calme. Je guette par la fenêtre. Anatole charge les cartons à la va-vite et ils partent. Un calme lourd descend. Je bois un verre de vin, je doute : ai-je été trop dure ? Tout le week-end, je subis insultes et menaces sur WhatsApp. « Traîtresse », « egoïste », « Dieu t’aura ». Je quitte tous les groupes, coupe les ponts. Lundi, je croise Irène, une collègue : son histoire d’hébergement catastrophe me rassure. Le soir, rencontre avec la concierge, Madame Manon : « Tu as bien fait, Léna ! Ils ont fait pareil chez la mère d’Anatole le mois dernier, la maison en vrac, pas un sou versé, insultes et menaces. Pas de travaux chez eux, ils cherchent juste un nouveau pigeon. » Je comprends enfin : leur histoire était un bobard, leur but de squatter chez moi à l’œil après avoir viré la belle-mère. Tout s’explique : leur insistance, leur refus de payer un loyer, leur pression psychologique. Je rentre chez moi soulagée, la culpabilité s’envole. Je n’ai pas abandonné une famille dans la détresse, j’ai déjoué de vrais parasites. Le soir, tisane, chat sur les genoux, la paix retrouvée. J’ai perdu quelques « cousins », mais c’est un vrai soulagement. Svetlana a tenté de revenir par des faux profils, m’a insultée. Mais six mois plus tard, j’apprends qu’ils squattent leur énième appartement, en conflit avec le propriétaire pour bruit et impayé. J’ai changé mes serrures. Et j’ai compris : « Non » est une phrase complète – et je n’ai pas à me justifier. Surtout pas chez moi.
Chers pensées du samedi soir, alors que la pluie tapait doucement sur les vitres… Je croyais passer
Когда родная душа предаёт: как гостеприимство обернулось разводом, новой любовью и неожиданным рождением дочери
В полумраке вечернего Питера, когда за окном звенит мраморная тишина, в мою квартиру как будто вплыли
«Eh bien, tu es aveugle ? Rends-moi mon mari !» — s’est écrié ma sœur le jour de son mariage, où mon époux était… le marié. Ses provocations ont persisté jusqu’à ce que je retire lentement mes lunettes noires. Le secret que j’ai révélé à ce moment-là a figé toute la salle.
«Tu es aveugle, non? Rendsmoi ton mari!», sécria ma sœur le jour de son mariage, où mon époux était le fiancé.
Главное сокровище профессора Щербакова — любимая жена Лидуша: история честного педагога, отказавшегося ставить незаслуженные пятёрки за взятку, и семейной поддержки в трудные времена
Ну хоть с женой мне действительно повезло. Лидочка, я только что отправил заявление на увольнение!
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Cadeau d’un inconnu Un message dans le chat d’équipe a surgi au-dessus des tableurs et des mails urgents, comme un jouet coloré au milieu des dossiers : «Chers collègues, lancement du Secret Santa ! Échange anonyme de cadeaux lors de la fête de fin d’année. Budget : jusqu’à 30 euros. Lien vers le formulaire ci-dessous.» Arnaud relut le texte et jeta machinalement un œil à l’horloge de l’ordinateur. Il restait dix jours de travail avant la fin de l’année, deux semaines avant la clôture du trimestre, trois jours avant le prélèvement du crédit immobilier. Sa vie s’articulait depuis longtemps autour de ce genre de repères. Les réactions fusaient déjà sur le fil : GIF de rennes, « Encore ? », questions sur le budget. Katia, la RH, précisa aussitôt : « Participation facultative mais fortement recommandée. Offrons-nous une ambiance de fête ! » Arnaud finit son café froid et cliqua sur le lien. Il remplit nom, département, accepte le traitement des données. En bas, la touche « Participer » clignote. Il hésita, imagina une nouvelle bougie ou tasse inutile sur son bureau déjà encombré. Puis imagina que son nom figurerait sans cadeau sur la liste. Il valida. — Alors, toi aussi tu joues à la loterie ? — lança Sébastien du service voisin en glissant la tête dans son box. — Pourvu que je tombe sur quelqu’un avec de l’humour. J’ai déjà choisi mon cadeau : un livre de gestion du temps pour le chef… — C’est anonyme pourtant, — rappela Arnaud. — Justement, c’est plus drôle ! Imagine sa tête… — Sébastien fit une grimace, hilare. Arnaud sourit poliment et replongea dans son rapport. Les colonnes de chiffres se fondaient en un flot gris. Plus loin, on discutait des paniers cadeaux pour les partenaires, on se chamaillait pour choisir les chocolats premium ou économiser sur le prix. Au café ce matin on parlait de la prime de Noël : existera-t-elle ? Sera-t-elle rabotée ? Sous forme de coffrets de fêtes ? Tout tournait en boucle dans une ambiance de Noël d’entreprise : sapin en plastique dans le hall, boules colorées, cartes impersonnelles « Cher partenaire, Joyeuses fêtes… ». Arnaud avait deux objectifs pour cette fin d’année : décrocher la prime de performance et ne pas s’emporter contre son fils à cause des mauvaises notes. Aussi difficiles l’une que l’autre. Le soir venu, un mail attendait dans sa boîte : « Votre destinataire Secret Santa ». Il l’ouvrit sur son téléphone dans le métro, coincé entre les doudounes et les sacs à dos. «Bonjour Arnaud, votre destinataire : Arnaud Dubois, département Analytique.» Il relut la ligne. Puis encore. Secousse dans le métro, quelqu’un bouscula son épaule. Sur le chat, on commençait à publier des captures d’écran : «C’est quoi ce bug ?» «Moi aussi, je suis tombé sur moi-même.» «On passe un cap dans la découverte de soi !» Katia intervint vite : «Oui, il y a eu un couac système. Trop tard pour corriger, l’informatique dit que tout repose sur les IDs. Prenons ça comme une expérience ! Les cadeaux s’échangent quand même, faites mine de rien. Gardons l’ambiance et le suspense.» «Quel suspense si je sais que c’est moi ?» demanda-t-on. «Imagine que l’inconnu qui te connaît si bien t’offre un cadeau» répondit Katia, emoji sapin. Arnaud rangea le téléphone. Dans le wagon, quelqu’un racontait fort comment il «bouclait son année». Il regarda son reflet dans la fenêtre noire : quarante-et-un ans, cheveux corrects mais des mèches claires sur les tempes, visage fatigué mais pas vieux. Veste de prêt-à-porter, montre en crédit, portable «comme celui du chef». Un cadeau à soi-même, signé d’un inconnu, pensa-t-il. Qu’est-ce que cet inconnu pourrait m’offrir ? Pas de réponse. Le lendemain au café, on ne parlait que de ça : — Il faut tout annuler ! — estima Paul, le juriste, en tapotant sa cigarette. — Ça casse le principe. Un Secret Santa sans anonymat, c’est absurde. — Moi je trouve ça génial ! — rétorqua Anne du marketing. — Pour une fois, on peut se faire un vrai cadeau. Pas un énième mug ou foulard à motif cerf. — Tu t’achètes déjà tout toi-même, — nota quelqu’un. — Pas tout. Il y a des choses pour lesquelles j’ose pas mettre le prix, — sourit Anne. — C’est justement ça qui est chouette. Arnaud écoutait, silencieux. Il tournait en tête : écouteurs, batterie externe, nouvelle souris. Il pourrait les acheter n’importe quand sans jouer au Santa. Ce n’était pas des cadeaux, juste des accessoires de plus. — Tu vas t’offrir quoi ? — lança Sébastien devant l’ascenseur. — Je sais pas, — avoua Arnaud. — Ah ben alors ! Moi, j’aurais pris une PlayStation. Mais le budget limite… Je vais choisir un coffret de bières artisanales et signer « De la part du Père Noël ». Et moi ? — pensa Arnaud, regagnant son bureau. — Qu’est-ce que je voudrais vraiment recevoir, si on me voyait — vraiment ? Pas comme un salarié, un payeur d’emprunt ou un père souvent jugé « peu présent », mais… qui ? Un vrai homme ? Il ne trouvait pas le mot juste. Le soir, il erra dans un centre commercial : vitrines scintillantes, musique festive. Des enseignes prônaient «Le cadeau idéal», «Pour lui», «Pour l’homme accompli». Ici, un mannequin en manteau chic à la mine confiante. Toujours bien rasé, ni poches sous les yeux, ni dettes. Il entra dans une boutique d’électronique. Stand d’écouteurs sans fil : «Best-seller». Un vendeur vantait les mérites d’un modèle à un ado. Voilà, des écouteurs. Pratique. Musique, podcasts. On se donne l’impression de prendre soin de soi, songea Arnaud. Il prit la boîte : le prix rentre dans le budget, quitte à éviter le haut de gamme. Mais c’est moi qui me l’achète. Où est le sens ? J’achète déjà ce qu’un homme comme moi «doit» avoir : téléphone, montre, chaussures correctes, manteau pas bradé. Est-ce vraiment un cadeau ? Il reposa la boîte et sortit. La librairie était plus calme. À l’entrée, empilement de livres «Soyez la meilleure version de vous», «Savoir tout faire», «Le bonheur planifié». Il feuilleta un ouvrage, retrouva les conseils attendus sur le «confort zone» et l’«efficacité» : la lassitude le gagna. Au fond, rayon roman. Il passa un doigt sur les tranches, retrouva de vieilles connaissances. Il avait tant lu jadis, avalant des romans en une nuit à la fac. Puis le boulot, le prêt, l’arrivée du fils : la lecture était devenue un «faut que». Un livre ? — pensa-t-il. Oui, mais lequel ? Est-ce qu’un inconnu m’offrirait un livre alors que je n’arrive plus à trouver le temps de lire ? Il ressortit les mains vides, la tête assourdie par les pubs et la musique. À la maison : — Pourquoi tu fais cette tête ? demanda sa femme. — Non rien, — répondit-il en enlevant ses chaussures. — Il y a un jeu à la fête d’entreprise. Des cadeaux. — Encore des mug et des bougies ? — s’amusa-t-elle. — Cette fois chacun doit s’offrir à soi-même. Genre, la machine a bugué. — Mais c’est super ! — dit-elle en posant les pâtes sur la table. — Offre-toi quelque chose que tu hésites à acheter. — Comme quoi ? — Je sais pas. Tu sais mieux que moi. Il se tut. Le fils semblait lire, concentré sur son manuel. — Alors ? — insista sa femme. — D’habitude tu veux quelque chose : nouveau téléphone, montre, sac. Tu aimes bien les gadgets. — Je les achète quand il le faut, — expliqua Arnaud. — Alors, essaye de choisir autre chose qu’un objet, — suggéra-t-elle. — Un bon pour un massage, un bon pour une journée… — Je n’ai pas besoin d’un bon pour une journée off, — la coupa-t-il. — Juste d’un chef qui ne mail pas le dimanche. Elle sourit. — Demande ça à ton Père Noël. — Hors budget ! — plaisanta-t-il. La nuit, il tourna longtemps dans son lit. Revoient les vitrines, les slogans, les vœux convenus : «carrière», «succès», «prospérité». Tout important, mais si superficiel, comme les guirlandes que l’on range en janvier. Qu’est-ce que je voudrais, si on n’attendait rien de moi ? Ni collègues, ni femme, ni fils, ni parents, ni banque ? Toujours pas de réponse. Une semaine avant la fête, le bureau bruisse. Les premiers paquets apparaissent. Certains dissimulés dans les meubles, d’autres exposés. Dress-code, menu, concours sur le chat. Katia annonce soirées DJ et «moment spécial Secret Santa». Arnaud n’a toujours pas de cadeau. — Tu traînes ! — s’amusa Sébastien. — Après il ne restera rien de bien. — Je réfléchis, — répondit Arnaud. — À quoi bon réfléchir ? — Sébastien hausse les épaules. — Prends quelque chose d’utile. Moi j’ai commandé un set pour le barbecue. J’en voulais un depuis toujours, jamais eu le temps. Maintenant j’aurai. À la pause, Arnaud descend au café du rez-de-chaussée. File devant la caisse, discussions sur enfants, rapports, embouteillages. Au-dessus du bar : «Faites-vous plaisir ! Coffrets cadeaux». Il s’assied, allume son portable. Cherche «cadeau homme 40 ans». La liste sort instantanément : montres, portefeuilles, gadgets, paniers alcoolisés, bons chez le barbier. Tout cela parle d’apparence, — pense-t-il. — Pas de ressenti. Il ferme la page, ouvre ses mails perso. Spams commerciaux : «Promo à saisir», «Nouvelle année, nouvelle version de vous». Soudain, un mail perdu d’une plateforme de cours en ligne : «Nouvelles sessions de photographie, inscription jusqu’à dimanche». La photo. Il repense à son vieil appareil reflex, acheté dix ans plus tôt, quand le fils n’était pas là et le crédit n’en était qu’un concept flou. À l’époque, il arpentait Paris le week-end pour capturer rues, visages, vitrines. L’appareil a fini au placard. D’abord le manque de temps, puis de courage, puis la conviction que c’était trop futile. Trop cliché, se dit-il : le quadra qui se remet à la photo, va tout plaquer pour devenir artiste. Ridicule. Il écarte son plateau, gêné. Je ne veux rien plaquer. Je veux juste… Il ne termine pas sa pensée. Son chef l’interrompt d’un SMS : «Besoin des chiffres du 3e trimestre ce soir.» Soupir. Il remonte à son bureau. Le soir, il fouille le placard et ressort le reflex poussiéreux. Il l’allume : batterie vide. Au fond du tiroir, il retrouve le chargeur. Sa femme arque un sourcil : — Tu vas te remettre à la photo ? — Juste voir si ça marche encore, — explique-t-il. La batterie chargée, il va sur le balcon et prend quelques clichés dehors : voitures, neige, lampadaires. Rien d’exceptionnel, mais en cadrant, le brouhaha dans sa tête s’estompe. Sa respiration devient plus douce. C’est peut-être ça, le cadeau : pas l’appareil, mais l’autorisation de consacrer deux heures par semaine à ça, sans se sentir ridicule. La pensée est simple mais effrayante. Le critique intérieur ironise : Achète-toi un cours photo, comme si ça changeait quelque chose. Mais une autre source plus douce lui dit : Pourquoi pas ? On dépense tant pour des objets vite oubliés. Au moins ça, ça me plaisait vraiment. Il rouvre le mail et lit le programme du cours : composition, lumière, paysages urbains. Deux soirs par semaine, en ligne. Le prix rentre dans le budget du Secret Santa, sauf pack premium. Un cadeau à soi-même, offert par un inconnu : se souvenir de ce qui me plaisait autrefois, et ne pas juger. Il clique sur «Payer». Il reste la formalité : rendre ce cadeau concret. La règle du jeu précise qu’il faut apporter un objet emballé. Pas juste dire «J’ai suivi un cours». Il lui faut une boîte. À la papeterie, il achète un carnet bleu foncé sans motifs et une enveloppe. Chez lui, il imprime la confirmation d’inscription et la range. Sur la première page du carnet, il écrit : «Pour les photos que tu prendras encore.» Son écriture n’est pas parfaite, mais lisible. Il réfléchit à la carte. Il veut éviter la façonneur motivational, écrire comme quelqu’un qui connaît sa vie. Après plusieurs brouillons, il trouve : «À Arnaud. Il est bon parfois de se rappeler que tu n’es pas que des rapports et des réunions. Offre-toi un peu de temps pour regarder le monde autrement que par des tableaux Excel. J’espère que tu en profiteras. Ton Santa.» En relisant, une légère émotion monte. Pas tant de la fierté, mais parce que ses mots lui semblent étrangers et bienvenus. Le «Santa» est plus bienveillant qu’il ne l’est envers soi. Il glisse l’attestation du cours dans l’enveloppe, glisse l’enveloppe dans le carnet, emballe le tout dans un papier kraft sobre et noue un ruban rouge. Le cadeau fait modeste, sans marque ni slogan. La fête a lieu dans la salle à manger d’un centre d’affaires parisien. Tables dressées, DJ en playlist best of, collègues en robe à paillettes ou chemises civiles. Les cadeaux sont déposés sur une table spéciale. Arnaud place son paquet et examine la pile colorée de sacs de magasins, boîtes à ruban, emballages argentés. — Prêt pour le déballage ? — lance Katia, de passage. — Autant que possible, — sourit Arnaud. Au milieu de la soirée, l’animateur annonce «le moment du Secret Santa». La musique baisse, la lumière s’adoucit. Certains rient, d’autres déjà au bar. — Mes amis, lance-t-il, cette année le Secret Santa est vraiment secret. Chacun devient son propre magicien ! Mais on fait semblant, d’accord ? Quelques applaudissements dans la salle. — Approchez l’un après l’autre, prenez votre cadeau, ouvrez-le ici. Rappelez-vous : l’important n’est pas ce qu’il y a, mais ce que vous découvrez sur vous-même. Encore un qui parle en slogans, pense Arnaud. Vient son tour : nervosité insoupçonnée. Il prend le paquet «Arnaud Dubois», retourne à sa place. — Alors, t’as quoi ? — s’approche Sébastien. — Pas des chaussettes j’espère. Arnaud dénoue le ruban, ouvre l’emballage. À l’intérieur sont le carnet et une enveloppe à son nom. Sa main tremble un peu. — C’est pas le kit barbecue, — remarque Sébastien. Arnaud ouvre l’enveloppe, déplie la feuille. Autour de lui, les exclamations : «Un bon au spa !», «Un jeu de société !». Il aperçoit la comptable, qui cache ses yeux en recevant un livre de yoga, Katia rit devant un mug «Meilleur collègue». Il relit la carte. Puis encore. Les mots qu’il a écrits résonnent comme s’il s’adressait vraiment à lui-même. Tu n’es pas que des rapports et des réunions. Il ressent un léger malaise : comme si on l’épiait dans sa vulnérabilité. Et simultanément, le soulagement qu’aucun jugement ne tombe. — Alors, c’est quoi ? — insiste Sébastien. — Un cours, — souffle Arnaud. — De photographie. Et un carnet. — Ah oui, là y’a du niveau ! C’est un créatif ! On n’a pas le droit de savoir qui, non ? — Non, — répond Arnaud. — Bon, — Sébastien part admirer son kit barbecue — tu feras les photos du prochain pot alors ! Arnaud referme son carnet. Le DJ lance une blague, certains dansent. C’est le vacarme, mais lui se sent plus calme. Sur son téléphone, le message de sa femme clignote : «Alors ?». Il écrit : «Bien passé. Cadeaux originaux. Je me suis offert un cours», efface — et remplace par : «Je t’en parle plus tard.» Chez lui, en rentrant tard, la cuisine est éclairée, ça sent la mandarine. Sa femme lit, son fils dort. — Et alors ? — demande-t-elle. — Qu’as-tu reçu ? Il dépose le carnet et l’enveloppe. — C’est tout ? — s’étonne-t-elle. — Dedans il y a une surprise, — explique-t-il et ouvre l’enveloppe. Elle lit la carte, lève les yeux. — C’est toi qui as écrit ça pour toi ? — murmure-t-elle. — Oui, — avoue-t-il. — Et j’ai payé le cours. De photo. Elle hoche la tête, sans ironie. — Beau cadeau. Tu aimais ça, non ? — Il y a longtemps, — dit-il. — Longtemps, ce n’est pas fini. Il hausse les épaules, mais au fond, quelque chose a bougé, comme un meuble déplacé après des années. — On verra bien, — souffle-t-il. Le premier janvier, il émerge sans réveil. Dehors, matin gris, voitures entassées, restes de neige. La tête lourde, mais claire. Sa femme et son fils sont partis la veille chez sa belle-famille, il les rejoindra demain. Silence rare dans l’appartement. Il prépare du café, s’installe, ouvre le carnet : «Pour les clichés que tu prendras encore». Il allume l’ordi, retrouve son mail de confirmation. Le premier cours débute dans une semaine, mais le module d’introduction est déjà accessible. Il lance la vidéo, écoute ce prof serein qui parle d’observer la lumière plus que de réussir sa vie. Il remarque soudain qu’il ne vérifie ni la messagerie pro, ni son portable. Qu’ils restent loin ne le dérange pas. Il prend son appareil, sort dehors. L’air est frais, pas glacé. Les gens sortent leurs poubelles, promènent leurs chiens. Sur la pelouse, un pétard abandonné. Il cadre : branches d’arbre, fils électriques, balcons. Rien de spécial. Mais en déclenchant, il a l’impression de faire quelque chose d’insignifiant — mais d’essentiel. Pas pour un rapport, ni pour des résultats. Pour lui seul. Il prend d’autres photos, rentre, les transfère sur l’ordinateur. Plusieurs sont ratées ou banales. Mais une, reflet d’immeubles dans la vitre d’une voiture, le trouble. Il agrandit : son propre reflet, appareil en main. Cadeau d’un inconnu, pense-t-il. Qui est moi-même. Et cela va. Il ferme le logiciel, finit son café. Bientôt la reprise, les tâches, les mails, les réunions. Et ce cours qui commence dans une semaine. Et une plage horaire, qu’il tentera de garder pour lui. Il ouvre le carnet, date la page, note «Cour, matin, reflet sur une vitre». Ce n’est rien, mais c’est à lui. Il pose son stylo et réalise que, pour la première fois depuis longtemps, il envisage l’avenir autrement qu’en termes de dettes et de rapports. Il y a, à peine, un petit endroit où il pourra choisir. C’est peu, mais suffisant pour respirer mieux. Il se sert encore un café, ouvre le planning du cours. En bas, une case «notes». Il écrit : «Ne pas l’annuler pour le boulot». Sourit, conscient que la vie bougera tout — mais il se donne au moins la permission d’essayer. Et c’est aussi un cadeau.
Cadeau dun inconnu Le message est apparu en haut de la fenêtre Teams, éclatant au milieu dun tableau
Был поздний вечер. Уложив детей спать, Лиза пошла на кухню.
Сейчас уже поздно. После того как она укладывает детей, Василиса Петрова идёт на кухню. Она ставит чайник
Пустил родственника пожить — и узнал, что жена и брат скрывают опасную тайну: любовный треугольник, предательство и разрыв семьи с драмой, разводом и новым началом
Вот бы после того, как двоюродный брат Роман у нас пожил, все твои родичи не потянулись обращаться за