Je venais de terminer mes préparatifs pour sortir lorsque mon regard sest arrêté sur mon reflet dans le miroir.
Jai posé mon téléphone et commencé à mettre de côté tout ce dont javais besoin, prenant les euros que mon épouse et moi économisions pour nos vacances. Jai appelé mon travail pour demander un jour de congé et jen ai informé mon mari. Prêt à franchir le seuil, je me suis immobilisé devant la glace. Jai vu mes yeux fatigués et mes cheveux poivre et sel. Peut-être était-ce lémotion ou le souvenir de vieux chagrins qui me submergeaient juste là.
Ma grand-mère nous a élevés seule. Je nai jamais vraiment compris pourquoi, mais elle a toujours préféré ma cousine Éléonore. Pour elle, Éléonore était comme la fille quelle n’avait jamais eue ; ma grand-mère, telle une véritable mère, et moi, jétais ce père absent quelle ne pouvait aimer, laccusant souvent de choisir les mauvais chemins. Éléonore était brillante, même enfant, bien meilleure élève que moi. Grand-mère décréta donc quÉléonore devait poursuivre ses études, pendant que moi, il était temps que je travaille. Dès lors, toutes les tâches de la maison mincombaient : soccuper de la basse-cour, entretenir la cheminée et préparer les repas.
Ma cousine Éléonore est partie à luniversité, rendant grand-mère folle de joie, même si elle se tuait à la tâche pour financer ses frais. Jétais triste dêtre mise ainsi à lécart par ma propre famille et, décidé à ne plus dépendre deux, sache que grand-mère minterdisant de poursuivre mes études, je partis minstaller à Lyon. Ce week-end-là, je bouclai ma valise, pris les économies et montai dans le train pour la ville.
Je me souviens de lépoque où, jeune, je travaillais sur le marché. Cest là que je rencontrai mon épouse, livreur à lépoque. Il est un homme loyal, et ensemble, nous avons pu acheter notre propre appartement. Mais notre fille, elle, na pas eu de chance ; elle est revenue à la campagne, après que tous ses projets ont échoué. Heureusement, grand-mère nous a légué sa maison quand elle est partie, puisque javais déjà un toit. Ce matin, je me suis réveillé en colère, pensant que jaurais dû partir avec eux, les miens. Maintenant quils sont partis, jai limpression quil manque quelque chose en moi.

