Tatie, as-tu du pain ? Peux-tu m’en donner ? L’histoire de Julia, 37 ans, célibataire et ex-comptable en quête de sens, qui, lors d’un matin ordinaire comme serveuse sur la terrasse d’été d’un café de banlieue parisienne, croise le chemin d’une fillette affamée venue demander du pain pour elle et son frère. Touchée par le sort de ces enfants orphelins, Julia décide de les recueillir, d’adopter leur cause, quitte à changer de vie, à troquer son métier de serveuse contre celui de comptable chez une amie pour leur offrir enfin une famille et relever le défi inattendu que la vie lui impose.

Ma tante, tu n’aurais pas un morceau de pain ? Tu pourrais m’en donner ?

Églantine a 37 ans et na jamais été mariée, mais elle a vu assez de comédies romantiques pour en avoir limpression. Autrefois, elle tenait les chiffres à la perfection en tant que comptable. Aujourdhui, cest le sens de la vie quelle essaie de calculer, mais le résultat ne tombe jamais juste.

Elle était irrésistiblement fatiguée. Pourtant, elle sest traînée hors du lit pour une nouvelle journée au boulot sa journée, bien sûr. Depuis peu, elle a troqué la calculatrice contre le plateau : Églantine est serveuse dans une brasserie typique, où elle sert des clients sur la terrasse estivale. Et si cest son tour, elle arrive dès six heures, car à sept, les premiers habitués débarquent avec leur mauvaise humeur et leur journal.

Comme elle habite à Vincennes, en banlieue parisienne, pour éviter de pointer en retard, elle doit partir encore plus tôt à cinq heures ! À croire que le RER B joue aux cache-cache avec elle chaque matin : correspondances impossibles, bus qui prennent racine dans les embouteillages ou décident tout simplement de snober les arrêts.

Avant louverture, Églantine reprend le même rituel : essuyer les tables sur lesquelles la poussière semble tomber en pluie quotidienne. Les clients ne vont pas sinstaller sur des chaises sales voyons ! Elle fredonne une chanson, probablement lune de celles qui lui trottent dans la tête depuis lépoque des vinyles de sa mère.

Ma maman aussi chante bien ! La voix dune petite fille la ramène sur terre, comme un coup de baguette magique.

Églantine lève les yeux, sidérée dentendre quelquun à une heure aussi matinale : devant elle, une gamine de cinq ou six ans, toute seule, et pas une adulte en vue.

Quest-ce que tu fais là ? Toute seule ? À laube ?

Je suis sortie me promener Et pour chercher à manger pour moi et mon frère. Ma tante, tu as du pain ? demanda timidement la fillette, lair affamée.

Bien sûr que oui ! Viens tasseoir, je vais voir ce que jai en cuisine. Mais où est ton frère ?

Il est à la maison. Juste là, derrière le coin. Avec Mamie.

Églantine évite les questions sur les absents. Mais la petite continue dexpliquer, confidente :

Nos parents ne sont plus là depuis longtemps. Mamie elle est très vieille, elle oublie souvent tout, même nous, ses petits-enfants.

Églantine reste sans voix, cherchant ses mots comme on cherche ses clés sous les coussins.

Je ne veux pas déranger, je voudrais juste un peu de pain après je rentre et jen donne à mon frère et à Mamie.

Ne bouge pas, je viens avec toi, attends-moi ici, ne pars pas ! répondit Églantine.

Rapidement, elle demande à son collègue de la remplacer. « Je dois mabsenter un instant », dit-elle en filant accompagner la petite fille.

La gamine sort un trousseau de clés minuscule et ensemble, elles entrent dans lappartement : un garçonnet dun an et demi joue par terre, ravi de voir du monde. Sur le lit, une vieille dame, épuisée, semble figée dans un sommeil étrange.

Mais quest-ce que cest que ce bazar ? sexclame Églantine, les yeux écarquillés.

Vite fait bien fait, elle appelle le SAMU. Les secours arrivent, embarquent Mamie, et vu son état, il est clair quelle nira pas courir le marathon. Églantine prend les enfants sous le bras et les ramène dans son petit appartement, où son propre fils, Gaspard, 13 ans, laccueille avec sa surprise typiquement adolescente.

Quand elle lui explique tout, il comprend et nobjecte rien. Entre eux, jamais de disputes. Chez Églantine, la confiance est le pilier du ménage, et Gaspard a toujours été un jeune raisonnable et serviable. Il propose de garder les petits pendant quÉglantine retourne travailler.

Dix jours plus tard, la grand-mère nest plus. On devine déjà le destin classique : lassistante sociale, le foyer. Ça fend le cœur dÉglantine. Ces deux bouts de chou sont tellement sages, attachants Comment leur infliger ça ? Elle imagine la vie au foyer, les draps rugueux, les plats fades, les bisous en option Décision prise : elle les adopte, elle deviendra officiellement leur tutrice.

Pour les accueillir, elle doit quitter son job de serveuse. Heureusement, son amie Valentine avait depuis longtemps tenté de lui faire réintégrer la comptabilité « Les chiffres, cest ta vocation, pas les plateaux ! ». Grâce à Valentine, les démarches administratives se font en un clin dœil. Et rapidement, Églantine peut légalement accueillir, nourrir et embrasser ces enfants comme les siens.

Et voilà ! Cest donc ça, ton plan secret pour devenir serveuse ? plaisante Valentine.

Exactement, un projet soigneusement élaboré à long terme ! ironise Églantine.

Que dire ? Impossible de deviner quelle finirait avec trois enfants, à jongler entre les professions et les tartines. Églantine na rien dune héroïne, mais elle a accepté ce défi lancé par le destin, avec un sourire, un peu de stress, et, surtout, une grande dose damour et de baguette bien fraîche.

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Tatie, as-tu du pain ? Peux-tu m’en donner ? L’histoire de Julia, 37 ans, célibataire et ex-comptable en quête de sens, qui, lors d’un matin ordinaire comme serveuse sur la terrasse d’été d’un café de banlieue parisienne, croise le chemin d’une fillette affamée venue demander du pain pour elle et son frère. Touchée par le sort de ces enfants orphelins, Julia décide de les recueillir, d’adopter leur cause, quitte à changer de vie, à troquer son métier de serveuse contre celui de comptable chez une amie pour leur offrir enfin une famille et relever le défi inattendu que la vie lui impose.
– Я уже заехала в твою квартиру, – написала свояченица и прислала фото с моего дивана