Ce nest quavec un test ADN. Nous navons pas besoin détrangers, affirma la belle-mère.
Cent mille euro ! ricana Éléonore. Tu ne mets pas cher la liberté de ton fils ! Et si je te demandais deux cent mille ?
Si besoin, je les trouverais, marmonna Marie. Alors, tu acceptes ? Puisque tout dépend du prix.
Dis-moi, Marie, tu as réfléchi longtemps avant de me proposer ça ? demanda Éléonore. La question dargent, on peut la remettre à plus tard. Parlons franchement, de femme à femme.
Nallons pas jouer les saintes, répliqua Marie, fronçant les sourcils, personne nest sans défaut. Et toi, avec tous tes enfants, tu devrais comprendre quon fait tout pour les nôtres
Tu veux tout simplement macheter ? interpella Éléonore. Ou alors, cest ma Lucienne que tu veux acheter ? Parce quon est dans le besoin, tu penses quun peu dargent va tout arranger !
Et ton Paul, il a bien mené Lucienne en bateau, la mise enceinte, puis maintenant
Je ne saurais même pas par où commencer. Il file dans les brancards ou se cache dans les jupes de sa mère ! Pour que tu ramasses les pots cassés de son œuvre !
Éléonore, parlons franchement, dit Marie. Mon Paul na que dix-huit ans ! À son âge, il na ni famille ni enfant à assumer !
Il doit étudier ! Trouver du travail ! Comment veux-tu quil sen sorte, avec une famille sur le dos ?
Et il y pensait, ton Paul, quand il courtisait ma Lucienne ? ironisa Éléonore. Tant mieux, quil apprenne la vie dadulte et la responsabilité !
Il a fait un enfant, il doit assumer ! Sinon, il y a dautres solutions ! Les tribunaux, la pension alimentaire
Marie en resta bouche bée.
Attention, une pie va entrer ! siffla Éléonore. Et le fait que je sois toujours occupée du matin au soir nempêche pas que je sois au courant !
Je ne suis pas là pour me battre, mais pour régler ça à lamiable ! tenta Marie, reprenant contenance. Je suis prête à payer pour mettre fin à tout ceci !
Et tu veux payer pour quoi ? demanda Éléonore. Pour que ton Paul ait mis mon Lucienne enceinte ? Ou pour quil la fuit depuis deux mois ?
Ou cest pour que ma Lucienne avorte ? Ou le premier paiement pour la pension, lorsquelle accouchera ?
Marie fut perplexe devant toutes les options. Mais la dernière ne lui plaisait guère.
Si son fils était obligé de rendre des comptes à nimporte quel moment
Ne membrouille pas ! menaça Marie du doigt. Je toffre de largent réel pour régler ce problème définitivement !
Comment tu tarranges après, ça mest égal ! Avortez, gardez lenfant, ou envoyez-le à lorphelinat ! Tout ce que je veux, cest que mon Paul nait plus rien à voir là-dedans ! Et si tu trouves que ce nest pas assez, dis-moi juste combien tu veux !
Je prendrai un crédit au nom de mon mari si nécessaire !
Marie et si tu allais te faire voir ailleurs ? lança Éléonore. En tant que femme honnête, je ne peux pas te dire où.
Avec une proposition pareille, tu nas visiblement jamais entendu parler dhonnêteté !
Aussi, prends ton argent et va-t-en loin et longtemps !
Éléonore, réglons ça à lamiable ! gronda Marie.
Pars en paix ! rétorqua Éléonore. Sinon, je lâche le chien !
On ne sut jamais vraiment si Marie protégea son fils, mais tandis quÉléonore était en colère, elle tint sa fille éloignée de Paul.
Ce qui donna à celui-ci le temps de retrouver ses esprits, et de continuer ses études avec sérénité.
Si Éléonore venait à changer davis, Paul aurait déjà disparu. On lenverrait étudier en ville.
Et la ville, cest la ville ! On peut sy cacher quon ne vous retrouve pas de sitôt !
Marie se retint de sen prendre à Éléonore :
Elle se croit fière ! Elle tourne le dos à largent !
Alors que je venais avec de bonnes intentions ! Et voilà, elle me parle de lâcher le chien ! Vraiment !
On ne partage pas le même monde, avec des gens comme elle, elles te coincent à chaque tournant.
Mais Marie ne savait pas encore que toute cette histoire ne faisait que commencer.
En fait, elle avait débuté bien avant
Les parents découvrent rarement les problèmes de leurs enfants à temps. Généralement, ils apprennent la vérité bien trop tard. On ne peut quespérer quil nest pas trop tard pour réparer un peu les dégâts.
Quand Marie entendit par on-dit que son Paul avait mis Lucienne enceinte, elle crut que son cœur allait sarrêter.
Que mon petit Paul se soit laissé tenter par Lucienne ? Mais elle, elle pour éviter les mots malheureux, elle sinterrompit aussitôt, elle vient dune famille nombreuse ! Il nen aurait jamais voulu !
Je te dis ce que je sais, assura Madame Gaudreau. Si tu ne me crois pas, interroge nimporte qui dans le village ! Tout le monde est au courant ! Sauf toi !
Sous le rire sec de Gaudreau, Marie rentra chez elle. Ni son mari ni son fils nétaient là, partis tôt en forêt, pas attendre avant le soir.
Marie aurait dû sactiver dans la maison, mais tout lui tombait des mains. Elle ne pouvait penser quà la nouvelle apportée par Gaudreau.
Cétait vraiment la pire nouvelle.
Mais pourquoi ? Pour quoi ? Et pourquoi eux ? À quoi vont-ils nous servir ?
Après sêtre rongé les sangs jusquau soir, Marie était à deux doigts de la crise. Quand son fils rentra, elle lança linterrogatoire :
Quest-ce qui ta pris ? Y a-t-il pas assez de filles honnêtes au village ?
Paul dut avouer. Lui pensait pouvoir tenir jusquaux vacances, puis filer dans le bourg voisin, où il étudiait au lycée professionnel.
Là-bas, personne ne laurait retrouvé. Peut-être quil serait passé à travers !
Mais la colère maternelle ne lui épargna rien.
Paul se mit à pleurer et chercha à susciter la compassion.
Ce nétait pas un Apollon, Paul. Pas très futé. Une silhouette banale. Bref, il ne faisait pas peur aux filles, mais il nétait pas populaire.
Cependant, lâge et les hormones sont fous ! Les copains le taquinaient : Tu finiras vieux garçon !
Et Lucienne a accepté !
Lucienne, même le diable lui conviendrait ! sindigna Marie. Elle a dix-neuf ans, mais les garçons la fuient comme la peste !
Il faut dire que peu de gens veulent sattacher à une telle famille ! Ils sont pauvres ! Plein denfants, et le père malade !
Prends une Lucienne, tu travailleras pour sa famille toute ta vie !
Elle est gentille, attentionnée, sanglotait Paul.
Mais sa laideur ne ta pas arrêté ? cria Marie. Comment as-tu pu
Paul rougit et baissa les yeux.
Mon Dieu, quelle histoire ! Marie porta la main à sa poitrine.
On ne sest vus que deux fois, murmura Paul, regard baissé.
Pas besoin de plus ! sénerva Marie. Le résultat ne va pas tarder !
Et tu comptais entrer à la fac dans un an ! Avec un enfant, comment vas-tu faire ? Tu devras payer la pension !
Peut-être que ce nest pas de moi ? espéra Paul.
Faudrait rêver quun autre sy risque, soupira Marie. De toute façon, si on narrive pas à sarranger, ce sera uniquement après un test ADN ! Nous navons pas besoin denfants étrangers ou du fruit dune aventure !
Pourtant, elle a promis dêtre fidèle, dit Paul faiblement.
Tu ferais mieux d’espérer qu’elle te trompe, ronchonna Marie, sortant la boîte à économies. Grégoire !
Cétait pour le père de Paul, alors celui-ci préféra séclipser dans la pièce voisine.
Grégoire, il ny a pas grand-chose ici ! cria Marie.
Cest à la banque, répondit tranquillement Grégoire. Dans une semaine, le délai sera fini. Tu as oublié ?
Impossible doublier ! Je vais perdre la tête ! Marie sécroula sur un fauteuil avec la boîte en main. Tu as entendu ce que Paul nous a fait ?
Il devient grand ! sourit Grégoire. On prépare le mariage ?
Tes fou ? Quel mariage ? Avec qui ? Marie sétouffa dindignation. Jamais ! On va payer pour sen sortir ! Tu crois quelle acceptera cent mille ?
Jen sais rien, haussa Grégoire les épaules. Mais Éléonore, dans sa situation actuelle, elle acceptera même un euro !
Faut plus quun euro, secoua la tête Marie.
Elle compta le liquide, puis calcula ce quil y avait à la banque.
On a bien deux cent mille, dit-elle enfin. Je proposerai cent, et si elle négocie, deux cent. Sinon, dans une semaine, il y aura cinq cent mille.
Marie acquiesça à sa propre stratégie.
Tu viens avec moi ? demanda Grégoire.
Tu aurais mieux fait de surveiller ton fils, au lieu de devoir sortir de largent ! grogna Marie. Je me débrouillerai !
***
La réponse dÉléonore ne fut jamais claire, et il nétait pas utile dinterroger Lucienne. Elle ne décidait de toute façon rien.
Paul poursuivit tranquillement ses études au lycée du bourg, on lui fit défense de revenir avant lété prochain.
Dès quil quitta le village, rien à ajouter sur lui.
Lucienne fut la cible des commérages, enceinte puis jeune mère. Éléonore en eut aussi sa part.
Elle na même pas pu obtenir la pension de Paul ! Maintenant, elles devront se serrer la ceinture !
Éléonore répondait, indignée :
Je ne viendrai pas mendier chez vous ! Nous survivrons, nous ne sombrerons pas !
À la fin juin, Paul fut de retour au village. Mais ses parents, prévoyants, ne le laissaient pas sortir. De toute façon, après ses examens, il repartirait en ville pour luniversité.
Mais Paul échoua, même avec largent, impossible de linscrire.
Grégoire, va voir le bureau de recrutement militaire, exigea Marie. Sil part à larmée, il oubliera tout. Peut-être quil retentera sa chance lan prochain !
Impossible de sarranger. Et comme Grégoire insistait, il se fit casser deux côtes puis passa quinze jours au poste.
Quand Grégoire rentra, il expliqua ce quil fallait faire pour repousser le service :
Il faut que Paul épouse Lucienne et reconnaisse lenfant ! Comme ça, jusquaux trois ans de lenfant, il aura un sursis !
Et sil fait un autre à Lucienne, ça recommence ! Et à lâge limite, ça sera fini !
Tu es fou ? sexclama Marie. Même à mon pire ennemi, je ne souhaiterais de tels beaux-parents !
Sinon, il partira servir, conclut Grégoire.
Marie préférait éviter larmée, même au prix dépouser Lucienne. Mais la marge de manœuvre était nulle.
On ira la supplier, capitula Marie. Grégoire, prends largent dans la boîte ! Pourvu quelle accepte
Après quelle ta envoyée promener ? rit Grégoire. Et tout ce quelle a entendu cette année au village ?
Peut-être vaut-il mieux quil parte servir ! Pas question de se faire chasser par Éléonore dans tout le village !
Je me jetterai à genoux ! Et toi aussi ! ajouta Marie. Nous demanderons pardon ! Nous supplierons !
Je ne crois pas, Marie, quelle accepte. Jamais ! Jamais après tout cela ! Mieux vaut laisser Paul vivre reclus dans la forêt jusquà ses vingt-sept ans !
Prends la boîte et viens ! ordonna Marie.
