J’ai bien instructé mon compagnon et ses amis

Sébastien, tu sais bien que je naime pas ces soirées, et tes amis, je les connais à peine. Je ne suis pas du tout du genre à me sentir désolé pour les gens.

Léna, personne ne toblige à aimer mes potes. Cest juste une fois, pas plus.

Dhabitude, cest Paul qui nous ramène, lui qui ne boit jamais. Mais comme il est malade, on ne peut pas annuler la soirée.

Tu sais bien quon se retrouve tous les trois mois, nestce pas? implora le garçon, les yeux suppliants.

Léa céda. Pour elle, accepter dêtre «plusun» ne posait aucun problème. Daprès Sébastien, il ne restait que trois personnes dans le groupe qui pourraient jouer ce rôle, donc elle ne serait pas la seule isolée à tenir son téléphone dans un coin sombre.

Et si je venais après votre fête, je vous ramènerais tous chez moi? tenta-telle une dernière fois déchapper à cette soirée.

Léna, si cétait si simple, on aurait pris un taxi. Mais le périphérique sera bouché, et il te faudra passer par le centre de Paris de toute façon.

Elle ny avait pas pensé. Sébastien avait élaboré un plan précis : qui prendre où, en prévoyant que certains de leurs amis hébergeraient ceux qui navaient pas de logement en centre-ville, afin déviter le trafic saturé.

Leur but était de finir à la maison de campagne des parents de Sébastien, puis de rentrer à Paris au petit matin, quand la ville serait plus calme.

Ma chère, tout ira bien, tu verras. Mes amis sont des gars corrects, ils te plairont, promettait Sébastien, sans se douter que ces promesses seraient difficiles à tenir.

Ses camarades étaient pour la plupart danciens camarades de promotion ou collègues. On ne sattendait pas à des comportements excentriques de la part dune bande qui se voulait raisonnable.

Ainsi, Léna, en rencontrant les amis de Sébastien, décida finalement de ne pas rester dans son coin. Au lieu de cela, elle se lança dans la conversation.

Quelquun linterrogea sur ses études, un autre sur son travail, et une jeune femme demanda ses passions. À chaque question, les réponses de Léna furent accueillies par un verre, puis un deuxième, et lambiance autour de la table commença à changer imperceptiblement.

Franchement, Sébastien, lança une femme élégante, aux lèvres rougeâtres et à lalliance brillante, dune voix presque criarde, où astu trouvé le temps de manger tant de pâtisseries pour finir par aimer le pain gris, même avec de la moisissure?

Tout le monde comprit immédiatement quelle parlait de Sébastien. Léna le fixa du regard et rétorqua:

Peutêtre quil en a assez des filles qui ne pensent quà leur apparence, qui ont besoin dun coup de polish. Il préfère alors la simplicité.

Ha! Léna a raison, on la reconnaît tout de suite, mais toi? Tu as disparu de nos mémoires, ricana Maxime, assis à la droite de Léna.

Lydie, jalouse, lança un regard dur à Léna mais ne développa pas le sujet. Une autre fille, profitant du manque de diplôme de Léna, sempressa dinsulter, assez brutalement pour que tout le monde comprenne quil valait mieux ne pas la provoquer.

Sébastien, voulant intervenir, lui demanda de sortir un instant. En sortant du restaurant, il se mit à sermonner Léna comme une enfant, la reprochant son incapacité à se comporter correctement devant ses amis, la traitant de honte.

Attends, tu nas aucune question à poser à mes amis? Pas aux filles, surtout? sétonna Léna.

Ils plaisantent, tu naurais pas dû réagir si violemment.

Ah, ils plaisantent. Et moi, je ne peux pas plaisanter à leur tour? répliquatelle, sentant que la soirée deviendrait difficile à encaisser.

Déterminée à changer de sujet, elle revint à la table et décida dessayer la salade que lui avait recommandée une amie. «Je testerai au moins ce plat, même si je ne mamuse pas,» pensatelle.

Questce que tu as commandé? Oh, regardez la coquette! sexclama Lydie, presque à bout de forces, mais le groupe ne semblait pas y prêter attention.

Vous pourriez ralentir un peu, non? sexprima Maxime, qui ne trouvait plus la scène amusante.

Léna, voulant photographier le plat, sortit son téléphone. Lydie, profitant du moment, remua brutalement la salade, gâchant la présentation.

Tu nas même pas la décence de toucher à ma nourriture? sindigna Léna, perdant tout appétit.

Même si je le faisais, questce que tu me ferais?

Tu vas rester muette? demandatelle à Sébastien, qui faisait semblant de ne rien remarquer.

Anaïs, tu devras choisir : moi ou ta bande, lança Maxime presque simultanément, sadressant à la fille qui, bien quelle ne lait pas attaquée, observait la scène avec un sourire malicieux, encourageant Lydie comme la seconde agresseuse.

Léna revivait les heures de lécole où lon ne respectait aucune règle de bienséance. Elle se souvenait de la leçon de son grandpère, maître dautodéfense, qui lui avait appris à répliquer sans jamais révéler la source de son savoir.

Sans perdre de temps, elle renversa la salade sur la robe de Lydie.

Pardon, je suis tellement maladroite sanglotatelle.

Lydie tenta de se relever, mais Léna saisit son bras dune façon qui provoqua une douleur vive. De lextérieur, rien ne semblait anormal, mais Léna savait exactement comment infliger une souffrance contrôlée.

Elle se rappelait les conseils de son grandpère, qui lavaient aidée tant à lécole quaujourdhui, lorsquune bande chercha à la «blanche mouette» pour la tourmenter.

Léna, arrête immédiatement

Assiedstoi, lança-telle, et la température de la salle sembla chuter de quelques degrés.

Aucun serveur ne semblait avoir remarqué le tumulte ; le restaurant était plein, les convives buvaient et criaient, et leurs disputes passaient inaperçues.

Si je te jette sur la table à lenvers, le verre se brisera et tu seras à genoux, grogna Sébastien, pâle comme Lydie.

Ce nest pas moi, cest la vie, murmura Léna, se détachant enfin du bras de Lydie.

Au revoir, ditelle, libérant la main de Lydie.

Lydie, les larmes aux yeux, se mit à gémir, se lamentant sur sa blessure.

Ne tinquiète pas, demain tu seras comme neuve, mais la prochaine fois, ne tavise pas de ten prendre à des inconnus. Bonsoir à tous, je men vais.

Attends, tu devais nous ramener, sécria Anaïs.

Je ne vous dois rien. Vous auriez dû penser à votre retour avant dorganiser tout ça. Portezvous bien, je laisse les clés dans la boîte aux lettres.

Et elle sortit, tant du restaurant que de la vie de Sébastien. Un mois plus tard, elle recroisa Maxime, qui venait de rompre avec Anaïs.

Comme leurs blagues nétaient plus offensantes, Léna accepta de le rejoindre pour un rendezvous, puis un autre, et ainsi de suite.

Sa compagnie dantan et même Sébastien ne sen souviendraient jamais, mais elle nen avait cure. Le souvenir de cette nuit restait gravé, comme une scène que seul le temps pouvait effacer.

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J’ai bien instructé mon compagnon et ses amis
Je voulais simplement me faire une amie