«Mon Dieu, on en a déjà trois à nous…» — L’histoire bouleversante de la façon dont un enfant placé est devenu notre propre fille

Bon sang, on en a déjà trois des nôtres…
Agnès sest laissée tomber lourdement dans le vieux canapé. Elle sest prise la tête entre les mains. Luc la regardée, sombre, le regard fuyant.
Tu veux quoi que je fasse, maintenant ? Que jla laisse à un foyer ? Paul, cétait quand même mon frère
Ton frère ! Tu las vu pour la dernière fois quand ? Y a bien dix ans. Et encore, il te cherchait quand il avait besoin de quelque chose
Agnès avait baissé dun ton. Luc souffla, soulagé. Il navait pas envie de forcer quoi que ce soit pas envie de disputes. Et au fond, il savait que cest Agnès qui devrait soccuper de Charlotte. Et Agnès, elle, était du genre à ne jamais tourner le dos à la misère, même si elle pouvait hausser la voix ou balancer une pantoufle, jamais méchante.
Agnès, dis-moi, quest-ce que jaurais dû faire ? Je suis son oncle, son vrai oncle. Son seul parent proche. Et elle, là
Il désigna la petite Charlotte qui sétait arrêtée au seuil, figée.
Quest-ce quelle y peut ?
Elle, rien du tout Lenterrement, cest pour quand ?
Demain. Jirai de bonne heure.

Ben alors, pourquoi tu clignes des yeux comme ça ? Viens par là, quon fasse connaissance.
La fillette fit un pas timide, puis un autre. Agnès ne tint plus, se leva dun bond, vint vers elle.
Tes toute raide, allez, je vais taider à enlever ton manteau.
Agnès ouvrit les boutons habilement, puis retira aussi le gros pull, visiblement trop grand, demblée récupéré ailleurs. Là, elle retint un cri.
Seigneur Comment tient-elle debout ? Y a plus que la peau et les os Et ça ?
Elle la tourna vers la lumière, puis se figea. Elle regarda Luc. Luc croisa le regard de la petite, gronda dans sa barbe. Sil avait mis plus de coups de pied à Paul étant petit Peut-être quil serait devenu quelquun. Charlotte portait une robe fine, manches courtes. Ses bras étaient couverts dhématomes. Agnès souleva le col, jeta un œil sur son dos, se couvrit la bouche de la main Elle resta là un moment, comme hébétée. Puis, soudain, elle réagit :
Luc, mets la salle de bain en route ! Martin, viens par là!
Martin surgit de la chambre des garçons.
Quoi, maman ?
Combien de fois faut il que je répète ? File chez Madame Dubois, demande-lui si elle a des habits de fille à donner, même vieux.
Ok, maman, jai entendu !
Et alors, quest-ce que tu fous encore là ?
Martin fila, enfilant sa veste au passage. Les gamins avaient tout espionné et vu cette petite qui allait peut-être sincruster chez eux, une fille en plus ! Quand ils virent maman regarder les bleus sur Charlotte, ils firent un pacte : ils allaient mettre une cloison dans leur chambre pour que la petite soit à labri, personne ne la toucherait. Plus question de petites vacheries pour leffrayer : désormais, ils avaient une cause commune.
Martin revint non seulement avec un sac plein daffaires, mais il avait aussi ramené Madame Dubois impossible de sen débarrasser.
Madame Dubois gémit en évoquant la vie de vagabond de Paul, puis lâcha :
Vérifie bien si elle na pas danimaux dans la tête, cest pas facile à sen débarrasser après.
Charlotte, au milieu de la tornade, restait stoïque, muette, comme si tout cela ne la concernait pas. Agnès bondit, se précipita vers la petite, fouilla dans ses cheveux, puis jura comme un charretier.
Elle souleva ce qui ressemblait à une natte, soupira. Les cheveux étaient magnifiques Ah, quel dommage.
Charlotte
La fillette leva vers elle des yeux terrifiés.
Charlotte, il va falloir couper les cheveux Ne ten fais pas, ça repousse vite. Et jai un joli foulard pour toi, regarde
Les larmes dévalaient sur les joues sales de Charlotte. Agnès faillit pleurer elle aussi, en taillant ces beaux cheveux, puis les brûla dans le poêle. Luc, en passant, comprit la scène dun simple grognement. Ah, sil avait osé régler le compte de Paul plus tôt
Quand Agnès et Charlotte filèrent à la salle de bain, la tête de Julien, laîné, apparut à la porte des garçons. Douze ans, la poigne sur ses frères. Respecté sans en abuser.
Papa, tu peux nous filer un coup de main ?
Luc entra dans la chambre et sarrêta net.
Vous faites quoi ici ?
On veut déplacer larmoire, pour créer un coin rien quà elle. Elle est une fille, cest pas pareil. Mais cest trop lourd.
Luc renifla, durcit sa voix :
Votre mère vous nourrit à tous les repas, et même pas moyen de bouger un meuble à trois ? Allez hop, tous ensemble !
Papa, elle va dormir où ?
Luc se gratta la tête.
Faudra acheter quelque chose
Papa, je prends la vieille banquette, tu sais que jy dors bien. On met mon lit pour elle ? Il est trop petit pour moi, mais pour elle ça ira !
Quand Charlotte et Agnès réapparurent, tout était presque prêt. Restait le linge, un tapis peut-être, Agnès verrait.

Bijou des songes
Ça sent le savon !
Merci Je suis épuisée. Charlotte, cest comme si elle navait jamais vu de leau ni de savon Elle saute à chaque bruit Je vais me reposer une seconde, vous servir à manger, puis il va falloir réfléchir à son lit.
La petite avait bonne mine, toute fluette dans son foulard fleuri, de grands yeux brillants, des cils tout doux
Viens, je vais te montrer quelque chose
Agnès regarda Luc, intriguée mais suivit. Il tira le vieux rideau de la chambre des fils. Cétait la plus grande, où ils avaient entassé tout le monde dès que Martin eut trois ans. Les parents avaient une petite salle à eux, lautre grande pièce servant de salon, dentrée, et de cuisine.
Quest-ce quon a là ?
Agnès vit le changement, se tut. Elle fixa ses fils.
Initiative ou papa a soufflé lidée ?
Luc sourit :
Cest eux On a de bons garçons, Agnès
Charlotte mangeait en engloutissant comme si elle navait pas mangé depuis toujours.
Charlotte tout doux maintenant. Si tu te goinfres, ça ne va pas aller Ici, il y a toujours à manger, daccord ?
Charlotte suivit lassiette du regard, puis saffaissa, épuisée dun coup.
Viens, je te montre ton lit.
Elle semblait à peine posée que déjà, elle dormait.
Agnès retourna à table.
Luc, sers-nous une liqueur.
Luc, surpris, la regarda. Elle ne buvait jamais, même pour les grandes occasions. Mais il obtempéra. Elle vida son verre dun trait.
Toi, si ton Paul était encore là, je létoufferais de mes propres mains
Luc baissa la tête. Lui aussi, il létranglerait avec plaisir.

Paul était arrivé dans la famille alors que Luc avait déjà quatorze ans, un imprévu. La grand-mère, venue voir le bébé, avait craché par terre, marmonné :
Fallait pas le faire.
Luc se rappelait les cris de sa mère et la vieille qui sen fichait, trottant autour de la maison en marmonnant. Luc, déjà grand, mais effrayé de sa grand-mère que tous suspectaient sorcière. Il ny croyait pas franchement, mais quand même
La mère sépuisait à se battre avec elle. Jusquà ce que la vieille sarrête, pointant lenfant :
Je vais mourir demain. Porte-le à mon enterrement.
Comme si javais besoin de ça ! protesta la mère.
Sinon, je te maudirai, même doutre-tombe
Et elle mourut vraiment le lendemain. Luc crut devenir fou de peur à la cérémonie. La mère obéit, porta Paul. Lui, il hurlait tout le cimetière. Puis, il devint soudainement calme.
Paul, depuis son plus jeune âge, était sournois. Toujours à chaparder, à faire accuser les autres Il sen était pris des taloches par papa, puis par Luc. Mais ça ne lavait jamais changé. Il fit son service militaire, ramena une fille, eurent un enfant, puis plus rien. Plus de responsabilités, que la fête. Combien de fois Luc avait supplié les parents de venir chez lui, mais ils refusaient, par peur que Paul et Charlotte ne sen sortent pas Et voilà le résultat. Les parents sen allèrent lun après lautre, moins dun an décart. Paul, grand seigneur, fêta ça, mais ne donna pas un seul sou pour les obsèques.
Quatre ans plus tard, un appel de la mairie. Le maire parle à Luc :
Écoute, Luc Cest tragique. Ton frère et sa femme ont été retrouvés gelés non loin de chez eux Reste plus que la petite. Si tu ne la prends pas, elle se retrouvera en foyer Et tinquiète pas pour les obsèques, on sarrangera. Tu sais que toi et Agnès, on peut compter sur vous comme personne.
Luc ne sait même pas pourquoi il nen a pas parlé tout de suite à Agnès. Peut-être parce quil avait peur de se faire interdire de ramener lenfant.
En une semaine, Charlotte arrêta de se jeter sur la nourriture. Elle apprit à manger avec une fourchette et une cuillère. Sa peau prit des couleurs, devint moins transparente. Mais elle se comportait sauvagement, comme un petit loup. Dès quun des garçons lui adressait une question, elle disparaissait sous la couette, plus un mot.
Ils lui offraient livres et jouets. Elle ne disait rien que oui ou non. Agnès finit par craquer un jour. Elle sagenouilla devant Charlotte :
Pourquoi tu nous regardes comme ça, comme un animal traqué ? On ta pas fait de mal, alors pourquoi tu ne souris pas ? Ou tu naimes pas être ici ? Tu sais, on ne force personne à rester !
Charlotte la regarda de ses grands yeux sans ciller ; deux larmes roulèrent.
Agnès faillit suffoquer, sortie précipitamment, au bord des larmes. Elle se fit la promesse de ne plus jamais hausser le ton contre la petite.

Ce soir-là, Madame Dubois passa la voir :
Tas lair changée, Agnès
Agnès écarta la main, lasse :
Jen peux plus Jessaie tout, rien à faire, elle reste muette, craintive
Ce sera comme ça, Agnès.
Pourquoi ?
Les enfants, ils sentent tout. Elle sent bien quon ne laime pas vraiment, seulement quon la supporte Pour elle, cest comme un foyer, la différence cest le confort.
Mais tu exagères Comment aimer une étrangère ? Jsuis gentille avec elle, cest tout.
Et un chaton, tu saurais laimer ?
Cest pas pareil
Voilà bien le problème. On nest plus comme avant, autrefois on saimait tous
Le printemps arriva dun coup. Agnès évitait dasticoter Charlotte. Elle était là, voilà. Nourrie, chaussée, plongée dans les livres que les garçons lui rapportaient.
Avec eux, parfois, Charlotte parlait un peu, plus que juste «oui» ou «non». Les garçons, motivés, préparaient une surprise pour lanniversaire de Charlotte. Luc aidait : dans la grange, ils fabriquaient une coiffeuse avec un miroir, comme les grandes. Agnès, après tout, les laissa faire.
Charlotte ne comprenait rien aux préparatifs. Agnès lui tendit un nouveau foulard en dentelle, le lui noua joliment. Charlotte se regarda dans la glace, tournoya, puis Luc sortit une robe neuve. Charlotte en resta bouche bée.
Puis les garçons amenèrent leur œuvre Charlotte la caressa longtemps, Agnès crut voir un sourire, puis elle étreignit chacun de ses frères, un à un.
Depuis ce jour, Charlotte et les garçons devinrent inséparables. Ils bavardaient des heures dans leur chambre, riaient. Mais dès quAgnès arrivait, Charlotte filait dans son coin, muette. Agnès en était exaspérée. Quest-ce qui nallait pas, bon sang ? Habillée, nourrie, chaussée Bah, quelle fasse sa tête, ça lui faisait moins de boulot.
Le jardinage commença ; plus le temps de penser à tout ça. Ils prenaient un porcelet de plus, il en fallait pour habiller quatre enfants. Lallocation de Charlotte, Agnès ordonna de ne pas y toucher :
Elle ne va pas tout vider. On la garde, ça lui servira, pour le jour où elle voudra une robe de mariée.
Luc acquiesçait toujours quand Agnès parlait raison, ce qui était souvent. Mais il ne comprenait pas pourquoi Charlotte restait indifférente à Agnès. Avec les garçons, oui, avec lui, ça allait, mais devant Agnès, Charlotte se fermait.

***
Un jour quAgnès plantait des fleurs, Raphaël, le fils des voisins, débarqua, essoufflé :
Madame Agnès ! On tape vos garçons !
Agnès se redressa :
Qui ça, mes garçons ?
Tous vos garçons !
Il fila. Agnès ramassa sa jupe, courut jusquà la rivière où étaient partis tous les enfants un peu plus tôt.
Elle aperçut la bagarre de loin : ses fils, serrés dos à dos, tout autour deux une meute, et Charlotte au centre Les hommes du village arrivaient, ceinture à la main. En les voyant, les garçons adverses senfuirent comme des lapins
Agnès compta ses enfants :
Mon dieu, quelle histoire
Martin avait larcade en sang, Julien un œil au beurre noir, Sébastien lépaule écorchée
Charlotte sanglotait.
Alors, racontez, quest-ce qui sest passé ?
Martin renifla :
On venait pour se baigner On sest déshabillés, Charlotte a enlevé son foulard, et ils ont commencé à la traiter de tous les noms. Alors
Et vous avez défendu votre sœur ?
Sébastien la fixa sérieusement :
On aurait dû laisser faire ?
Julien grogna :
Cest notre sœur, faut pas la laisser se faire embêter
Agnès se releva.
Rentrons à la maison
Elle traîna la troupe, rongée de reproches. Pourquoi cette épreuve chez eux ? Elle était sans doute mignonne, cette petite, mais elle aurait mieux fait de vivre ailleurs
Arrivée chez eux, Madame Dubois lattendait :
On raconte des trucs, au village Que tes garçons se font massacrer à cause de lintruse ?
Agnès sarrêta, une colère sourde montant.
À cause de qui ?
Les yeux de Madame Dubois sagrandirent :
À cause de lintruse Tu lappelles bien comme ça
Et toi, tes allée colporter ? Eh bien, écoute-moi bien, cest moi qui décide, et tas pas intérêt à recommencer !
Agnès brandit le doigt devant le nez de la vieille, si vivement quelle recula et faillit tomber.
Plus jamais ! Entendu ? Je te préviens !
Agnès claqua la barrière, et Madame Dubois se signa :
Sainte Mère cette petite finira par les rendre fous ! Cest qui, la grand-mère de celle-là ?
Madame Dubois chercha du regard, hésita, puis sen alla, là où le vent du village la pousserait.
Agnès ferma sa grille et éclata en sanglots. Pourquoi tout ça lui arrivait, à elle ? Ils étaient tranquilles, avant

Maman, pourquoi tu pleures ?
Les garçons et Charlotte nétaient pas encore rentrés. Agnès ne pleurait jamais devant eux du moins, elle faisait tout pour ne pas se montrer
Moi ? Oh, cest rien Ce sont les oignons, ils ne poussent pas ! Et ces fleurs, elles ne reprennent pas Mais allez, filez à la maison !
Les enfants fileront à lintérieur.
Le soir, Agnès et Luc discutèrent longtemps.
Luc, quest-ce quon fait ? On ne va pas toujours se battre pour elle
Luc secoua la tête :
Quils se battent ! Ils défendent leur sœur, cest normal
Mais si quelquun est blessé ?
Enfin, ce sont des gosses, tu dramatises
Agnès ny trouva pas dassurance, décida quelle réfléchirait seule. Luc avait la tête à la ferme, il tombait de sommeil en parlant.

La nuit, Agnès fut réveillée par un chuchotement étrange Comme une prière. Elle se glissa dehors. Cétait dans le grand salon. Doucement, elle vit Charlotte, agenouillée devant une petite statuette cachée derrière un vase :
Petit Jésus, je sais que tu es gentil Tu mas aidée plein de fois, pour que papa et maman dorment Sil te plaît, pour la dernière fois, aide-moi. Que les fleurs de ma tante poussent, quelle arrête dêtre triste Comme ça, elle pourra peut-être maimer Dis-lui que je ferai une bonne fille, que jaiderai, que je demanderai jamais rien, jen ai déjà trop Si jamais elle veut bien de moi, quelle devienne ma maman Je te donnerai tout, même ma plus jolie robe, et toutes mes sucreries
Charlotte se releva. Agnès senfuit, la main sur la bouche pour ne pas éclater en sanglots.
Le lendemain, devant la boulangerie, Agnès fut accostée par plusieurs femmes :
Alors, Agnès, on fait quoi maintenant ? À cause de ta petite, nos garçons se battent !
Agnès voulut répondre mais une autre lâcha :
Elle devrait être au foyer, cest sa place.
Agnès posa son cabas, fit face à la femme :
Ta vache a encore beuglé, Sylvie ? Tu dis que Charlotte a sa place au foyer ? Pourtant elle na rien fait de mal, pas comme ta fille lan dernier qui a fauché tout largent de Monsieur Etienne pour sacheter des bonbons !
Agnès accula la femme, devenue livide.
Réfléchis avant douvrir la bouche, et surveille donc ta fille. Ou tu crois que je sais pas qui a lancé la bagarre à la rivière ?
Elle fit volte-face vers les autres :
Alors ? Cest qui la prochaine que ma fille dérange ?
Enfin, Agnès, cest pas ta fille, cest lintruse
Je vous préviens : cest ma fille. Et si jentends encore une fois ce mot «intruse» dans le village, moi je vous arrache les cheveux !
Agnès prit son cabas et rentra, laissant les commères sans voix. Puis lune murmura :
Agnès a raison On ferait mieux de surveiller nos langues, au lieu dagresser une gosse qui a déjà assez souffert
Cest encore Madame Dubois qui fout la pagaille, où est-elle ?
Mais elle était déjà loin, partie dès quAgnès posa son cabas. Elle pensait aider Agnès, croyant que Charlotte était un fardeau, mais cétait tout le contraire
Soudain, Agnès rebroussa chemin vers la boutique. Les femmes sécartèrent, mais elle passa sans un regard. La boulangère, témoin muet, demanda :
Vous avez oublié quelque chose, Madame Agnès ?
Oui Dis-moi, Jeanne, tas des rubans à cheveux, des jolis ?
Jen ai, bleus, rouges, regardez
Les roses, là ?
Oh, ils sont chers, mais quest-ce quils sont beaux !
Agnès sourit.
Je prends les roses !
Les femmes la regardèrent, se turent.
Agnès rentra. Les garçons étaient partis.
Charlotte, où sont les garçons ?
À la rivière.
Et toi ? Tavais peur ?
Non Je ne veux pas quon se dispute à cause de moi
Agnès sentit son cœur se serrer.
Charlotte, viens.
La petite sapprocha.
Regarde ce que jai acheté pour toi
Charlotte ouvrit de grands yeux devant les rubans soyeux. Elle les effleura dun doigt.
Cest pour moi ?
Oui Viens, on va essayer de les nouer.
Elles sinstallèrent longtemps. Les cheveux courts de Charlotte séchappaient, mais enfin Agnès soupira, satisfaite.
Voilà, file voir dans la glace !
Charlotte contempla son reflet.
Cest joli Merci
Agnès sassit sur le lit, prit la main de la fillette.
Charlotte Je peux te demander quelque chose ?
Oui ?
Si un jour tu veux mappeler maman, sache que ce serait mon plus grand bonheur. Et les garçons quils se battent, cest pour défendre leur sœur.
Une larme glissa du long cil de Charlotte, puis une autre. Et puis, elle se blottit contre Agnèslétreignant fort :
Je peux déjà tappeler maman ?
Agnès pleura, Charlotte aussi, en sanglots.
Bien sûr, ma douce Tout ira bien, tu verras. On ira à lécole toutes belles, tu apprendras à faire des tartes, tu veux ? On peut en préparer une tout de suite
Charlotte, reniflant, hocha la tête :
Oui Pour les garçons et papa
Cette nuit-là, encore des murmures. Agnès sortit de la chambre ; Charlotte, agenouillée devant la petite statue, murmurait :
Petit Jésus, merci Demande juste pour ceux qui sont aussi seuls que moi Moi, jai une maman, elle est trop forte, elle va tout arranger !
Agnès sourit dans la nuit, retourna se coucher auprès de Luc, le cœur léger. Peut-être que le ciel avait enfin entendu ses prières Elle qui avait tant pleuré de navoir que des garçons, rêvant dune princesse La voilà, sa princesse à elle, grande déjà, sans couches ni bavoirs.

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