Il n’est jamais trop tard pour élever un enfant

15octobre2025

Ce soir, en refermant la porte de ma chambre, je nai même pas eu le temps de dire «merci». Ma fille a simplement demandé : «Maman, tu as préparé mes vêtements pour lécole?» Elle a hoché la tête, a refermé la porte et est partie. Jai senti mon cœur se serrer à ce silence, comme si je venais de laisser filer un instant précieux. En jetant un œil à lhorloge, jai bondi du canapé : mon mari doit bientôt rentrer du travail et le dîner mattend.

Dans le berceau, ma petite Capucine pleure. Elle a passé la journée à lutter contre le sommeil et son emploi du temps sest complètement dérouté. Maintenant quelle est réveillée, il est évident quelle passera la soirée à faire la tête. «Allez, ma petite, réveilletoi, on va jouer», aije murmuré avec un sourire, installant son parc à côté du plan de travail. Tout en préparant le repas, je jetais de temps à autre un œil sur elle.

«Maman, il me faut mille euros,» a crié Manon en entrant dans la cuisine. «Demain cest lanniversaire de ma copine, je veux lui acheter quelque chose.»
«Je te transfère tout de suite,» aije répondu en remuant les légumes.
«Oui, oui.»
«Et un merci, alors?» aije laissé échapper, irritée.
«Merci,» a marmonné Manon, le visage renfrogné, avant de filer hors de la pièce.

Quand ma fille a atteint ladolescence, son caractère sest vraiment assombri. Elle ne voit plus en moi quune servante, voire un distributeur de billets. Pourtant je suis convaincue quau fond elle reste douce et attentionnée, que cest simplement une période compliquée.

Peu après, mon mari est revenu. Après les salutations, il sest planté devant son ordinateur. «Allez manger,» aije crié, sentant la fatigue menvahir. Même Capucine continuait à faire la petite peste, réclamant sans cesse à être prise dans les bras. Le repas sest déroulé dans un silence ponctué de téléphones et de gémissements.

«Demain je retrouve les copains au bistrot, on boira une bière et on regardera le foot,» a annoncé Nicolas.
«Ce soir je vais chez une amie, on ne fête pas son anniversaire, on se fera simplement une soirée entre filles.»

Jai soupiré. Personne ne ma demandé mes projets, comme si mes envies nexistaient pas. Qui garderait Capucine pendant que je sortirais? Jai donc répondu dun ton qui, je le sais, na pas vraiment été entendu : «Daccord,» alors même que le silence retombait.

À la tombée de la nuit, je me sentais épuisée, mais je me suis convaincue dêtre simplement surmenée. Jai couché Capucine, puis je me suis allongée, laissant le sommeil memporter. Au petit matin, jai compris la raison : je tombais malade. Depuis que jai eu Capucine, je navais pas réellement ressenti la fièvre. Ma gorge brûlait chaque fois que jessayais de parler, ma tête martelait, tout mon corps était engourdi. Jai enfin atteint le thermomètre qui affichait 38,9°C. «Parfait,» aije murmuré, ironie cruelle.

Nicolas et Émilie sétaient déjà levés. Lui partait au travail, elle à lécole. Capucine dormait toujours. À peine avaisje reposé la tête sur loreiller que Nicolas a frappé à la porte. «Où est le petitdéjeuner?» a-t-il demandé dun ton agacé. «Je suis malade, faitesvous votre repas,» aije soufflé. «Très bien» a-t-il rétorqué.

Alors que Nicolas et Manon arpentaient la maison, je narrivais pas à retrouver le sommeil. Le moindre bruit semblait une provocation. Dès quils sont partis, Capucine sest réveillée. Incapable de manger seule, je me suis arrachée les médicaments et je suis allée à la cuisine, chaque demiheure avec lenfant me paraissant une éternité. Les yeux me picotaient, la migraine persistait.

Manon est rentrée de lécole, furieuse que je naie pas préparé le déjeuner. «Manon, je suis malade, préparetoi quelque chose et sil te plaît, amuse Capucine un moment pendant que je dors.»
«Je ne peux pas!» sest exclamée ma fille aînée, «Je me prépare pour lanniversaire de mon amie!»
«Manon, jai vraiment besoin daide. Grandmère est partie et ne pourra pas veiller sur Émilie.»
«Maman, je ne tai jamais demandé davoir une deuxième fille, débrouilletoi!» a craché Manon.

Cette colère ma explosée. Javais tout donné : cuisine, ménage, lessive, achats, jamais de limites, jamais de cris pour de mauvaises notes. Et que reçusje en retour? Un rejet presque total. Quand Manon est partie pour la fête, jai voulu la retenir, la punir, mais je navais plus la force de crier.

Heureusement, Capucine sest rendormie, me permettant de prendre un peu de repos. Jespérais que la soirée mapporterait un peu de répit, mais rien ne sallégeait. Jai appelé Nicolas, lui demandant dannuler ses plans. «Nicolas, je ne tiens plus, je suis à bout,» aije supplié.
«On attendait ce soir depuis longtemps,» a-t-il répliqué, «Je ne peux pas tout annuler.»
«Demande à Manon.»
«Elle est à la fête et ma même dit quelle navait pas demandé davoir une sœur.» aije lancé, à bout de nerfs.

Jai raccroché, la colère me donnant une énergie inattendue. Je suis habituellement douce, jessaie de ne pas déranger les autres, je pense que, parce que je suis en congé maternité, tout doit être à ma charge. Jai chargé mes épaules de tout le quotidien, convaincue que, dans la difficulté, ma famille viendrait à mon secours. Mais le moment le plus dur est arrivé, et personne ne sest précipité. Tout le monde semble croire que je leur dois tout, et aujourdhui ils mont vraiment contrariée.

Jai tenu le soir avec Capucine, et dès que je lai couchée, je me suis effondrée sur le lit, épuisée. Mon mari, Nicolas, et notre fille aînée sont arrivés, bavardant joyeusement en cuisine, inconscients que javais déclaré la guerre à leurs petites attentions.

Le matin suivant, je me sentais bien mieux, les médicaments et le sommeil mavaient soulagée. Nicolas est entré doucement, demandant comment jallais. «Normalement,» aije répondu. «Alors tu prépares le petitdéjeuner?»
«Non.»
«Pourquoi?» a insisté il, fronçant les sourcils.
«Désormais je ne cuisine que pour moi et Capucine. Vous vous débrouillerez.»
«Tu tes fâchée?» sest installé Nicolas au bord du lit. «Allez, ce nest pas grave. Hier je suis revenu tôt pour vous aider.»
«Pour quoi? Nous dormions déjà quand tu es rentré.» aije rétorqué, immobile.
«Eh bien, si vous nétiez pas couchés» a marmonné. Il a haussé les épaules, découragé.

Quand Manon et Nicolas sont partis, je me suis levée, préparé un simple petitdéjeuner pour moi et Capucine, puis nous sommes allées à la pharmacie. Laprèsmidi, jai de nouveau couché ma fille pour la sieste. À son retour de lécole, Manon a demandé ce quon dînerait. «Je ne sais pas,» aije répondu, «Capucine a déjà mangé.»
«Et moi?» a protesté Manon.
«Tu ten occuperas, je ne peux plus compter sur ton aide.»

Manon et Nicolas espéraient que lorage finirait avant le soir. Loffense était trop forte.
«Maman, il faut que je lave ma chemise,» a apporté Manon en soirée, déposant son vêtement sur le canapé sans même le placer dans le panier. Le lendemain, elle courait partout à la recherche de la même chemise.
«Maman, où lastu mise?» a demandé.
«Je ne lai pas touchée, elle traîne sur le canapé.»
«Jen ai besoin aujourdhui!» a crié.
«Je tai déjà dit de ne plus compter sur mon aide.» aije rétorqué.
«Ce nest pas juste!» a hurlé la fille.

Puis mon mari sest plaint de ne pas trouver ses chemises repassées. «Dans notre famille, chacun pour soi, nestce pas?» aije haussé les épaules.

Pendant un mois, jai évité toutes les tâches, ne veillant que sur Capucine. Mon mari et Manon ont dû apprendre à cuisiner, à faire la lessive, à repasser. La maison était dans un désordre complet, mais comme je navais plus réellement besoin de rien, je supportais le chaos sans me laisser entraîner.

Après un mois, Manon et Nicolas ont cédé. Ils ont préparé le dîner, mont invitée à la table et se sont excusés. Je nai pas tout de suite cru à la sincérité de leurs remords, mais je savais quils avaient tiré une leçon. Maintenant ils comprennent que je ne laisse pas les rancœurs senfoncer, et que leurs mauvaises actions finiront par se retourner contre eux.

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