Le miracle du Nouvel An Olga et Pierre ont décidé de passer la Saint-Sylvestre chez eux, en tête-à-tête. La santé ne leur permettait plus de partir, même en petit voyage, et ils n’avaient plus vraiment d’amis ou de famille à aller voir. Ils ont invité la sœur de Pierre, mais celle-ci a refusé : elle voulait fêter le Nouvel An seule, et rien n’a pu la faire changer d’avis. Tant pis ! Soudain, la sonnette a retenti dans l’appartement. Pierre, tout étonné, est allé ouvrir. Qui cela pouvait-il bien être ? C’était leurs voisins : un jeune couple – Alexis et Hélène – avec leur petite fille Véronique. « Voilà… Nous avons été appelés en urgence au travail. Pourriez-vous garder notre fille ce soir ? Dans une heure et demie, elle sera couchée, et demain matin nous serons revenus. L’emmener à l’hôpital serait lui gâcher la joie du réveillon. Elle attendait ce moment avec tant d’impatience, et là-bas, il n’y a même pas de sapin… Notre espoir repose sur vous. » Les deux parents portaient des airs désolés, et la petite était au bord des larmes – des larmes de fillette, juste avant le Nouvel An, c’est trop triste. Pierre se rappela d’une coutume africaine selon laquelle les enfants ne doivent jamais pleurer : toute la famille les distrait et les console, ce qui en fait les êtres les plus sereins du monde. Chez nous, par contre, on dit : « Laisse-le pleurer, ça lui passera — il n’en pleurera pas une larme d’or ! » « Donnez-nous votre Véronique. Tu veux venir chez nous ? On va voir ce qu’on a à la maison. Dis-moi sur tes doigts, tu as quel âge ? — Trois ans, bientôt quatre. » La petite s’exprimait avec un sérieux touchant. « Tu es déjà presque une grande. Entrez donc, ne restez pas sur le palier ! — Chez nous les invités sont toujours les bienvenus. » ajouta Olga. « On a un sapin, tout petit, mais le Père Noël trouvera bien où poser ses cadeaux. — Pour moi aussi ? demanda Véronique. — Puisque tu fêtes le Nouvel An avec nous, bien sûr ! » La fillette rassurée, les parents partirent en s’excusant. Véronique parcourut l’appartement en curieuse. « C’est quoi ton déguisement ? » lui demanda Pierre. « Je suis un flocon de neige ! À la maternelle, on dansait tous sous le sapin, et le Père Noël nous a apporté des cadeaux – surtout des sucreries. Je vous danse notre chorégraphie, si vous voulez ! Il suffit de sauter sur place et d’agiter les bras, les paroles disent quoi faire… » Sa chanson fit rire les deux adultes, qui répétèrent tant bien que mal les gestes, pour la plus grande joie de Véronique qui y croyait dur comme fer. Quand la danse fut terminée, on s’assit, on se rappela de vieux souvenirs – Olga, autrefois Snegourochka, croisée par Pierre lors d’un bal militaire, sa robe à fleurs et ses perles rouges… Et soudain, ils se rappelèrent : quarante-cinq ans de mariage aujourd’hui ! Pour fêter cela, Pierre attrapa sa guitare, chanta d’abord pour Véronique, puis chanta « Mon beau sapin » tous ensemble. « Qui aurait cru qu’on passerait une si belle soirée ? » s’exclama Olga. Véronique voulut attendre le Père Noël près du sapin… mais finit par s’endormir dans le fauteuil. On l’installa avec douceur dans la chambre, Pierre lui déposa un baiser sur le front. « Dors, petite princesse… Je me chargerai que le Père Noël n’oublie pas ton cadeau. » Au matin, Véronique découvrit sous le sapin une immense boîte : une poupée magnifique. « Il est venu, je l’ai encore raté ! Merci, Père Noël ! » cria-t-elle à la fenêtre. « Il t’a entendue, » sourit Pierre. Mais où donc le vieux général avait-il bien trouvé une poupée pareille en pleine nuit de Nouvel An ? Pour tous, même pour Olga, cela resta à jamais un mystère…

Écoute, laisse-moi te raconter ce qui nous est arrivé un Nouvel An, une vraie petite merveille, tu vas voir. Madeleine et Jacques Morel, un couple bien dans leur retraite, avaient décidé de passer le réveillon tranquilles, juste tous les deux, à la maison, à Lyon. Les années avaient fait leur chemin, la santé nétait plus vraiment de la partie pour bouger loin, et puis, tu sais, avec le temps, le cercle damis et de proches sétait tristement appauvri. Ils avaient bien essayé dinviter la sœur de Jacques, Françoise, mais elle avait catégoriquement refusé, préférant passer la soirée seule, va savoir pourquoi. On na pas insisté hein, chacun sa vie!

Et là, sans prévenir, voilà la sonnette qui retentit. Jacques se lève, tout perdu: qui ça peut bien être à une heure pareille?

Sur le palier, il trouve les voisins du dessus, les Dubois, toute la petite famille: Paul, Aurélie, et leur fille de trois ans, Capucine. Lair embêtés. Paul sexplique, tout essoufflé: «On nous rappelle durgence à lhôpital, impossible de laisser Capucine seule, et puis, lemmener aux urgences en pleine nuit, cest gâcher sa fête. Tu comprends, on na pas eu le cœur de lui priver du réveillon. Est-ce quelle peut rester chez vous? Dici une heure ou deux, elle sera au lit, et on sera de retour au petit matin Sil te plaît, Jacques, tu serais un ange.»

Franchement, ils avaient lair tellement paumés, et Capucine, sur le point de fondre en larmes Tu sais ce que cest, juste avant le Nouvel An, les larmes denfant, cest trop triste. Jacques pensa à un reportage quil avait vu: il paraît quil existe en Afrique une tribu où personne ne laisse jamais les enfants pleurer. Tout le village semploie à divertir les petits, et paraît-il, ils deviennent plus sereins et pacifiques. Ici, en France, on dit pour se donner bonne conscience: «Laisse-le pleurer, une larme dor ne va pas couler»

Alors, Jacques fait le plus grand des sourires à Capucine: «Viens donc, ma grande, tu veux bien rester avec nous? Allez, viens voir ce quon a à la maison. Tiens, tu veux me montrer sur tes petits doigts, tas quel âge?»
«Jai trois ans et demi, je vais sur mes quatre.» Elle répond dune voix toute claire.

«Ah mais tu es une vraie grande fille! Entrez, faites pas les timides sur le paillasson. Madeleine, on a de la visite!»
«Mais bien sûr, sois la bienvenue ma chérie. Regarde, on a même un sapin, tout petit mais bien décoré. Tu verras que le Père Noël trouve toujours un moyen de déposer ses cadeaux, ici aussi.»

«Vraiment? Pour moi aussi il va en laisser un?»
«Évidemment. Puisque tu vas fêter le Nouvel An avec nous, tu auras ton petit cadeau toi aussi.»
«Alors, daccord, jattends le Père Noël ici, je lui dirai merci pour mon cadeau. Tu crois quil sera fâché si je dors et que je ne le vois pas?»

Capucine, elle, y croyait dur comme fer. Elle se penche vers Madeleine et confie tout bas:
«Jespère quil ne vole pas ses cadeaux. Lan dernier, il men a apporté un tout neuf, avec létiquette du magasin et tout!»

Jacques éclate de rire: «Mais Capucine, voyons, le Père Noël, cest le plus honnête des grands-pères, il ne volerait jamais!»

Après que ses parents soient repartis, Capucine découvre le salon, un peu intriguée. Jacques la regarde avec tendresse:
«Dis-moi, cest quoi ce joli déguisement, sur toi?»
«Je suis un flocon! On a fait la danse des flocons à la crèche, et le Père Noël est venu nous apporter des bonbons et des chocolats. Vous voulez que je vous montre la danse? Vous devrez danser avec moi, hein!»

Franchement, Madeleine et Jacques navaient plus trop le rythme dans la peau, mais ils nont pas hésité longtemps. Capucine explique:
«Il suffit de sautiller et de tourner les bras comme ça, cest facile, suivez la chanson»

Elle entonne alors, très fière, sa comptine des flocons. Et les voilà tous les deux qui sagitent maladroitement, essayant de limiter. Pour Capucine, ils étaient parfaits, on aurait dit quils y croyaient à fond! Après ce petit numéro, ils se sont tous effondrés sur le canapé, morts de rire.

Jacques lance alors:
«Jen ai fait des métiers dans la vie, officier de gendarmerie, jusquà colonel, mais flocon de neige, alors celle-là, on me lavait jamais faite.»

Madeleine, elle, se souvient:
«Moi non plus! Bon, Sœur du Père Noël, jai déjà fait, plusieurs fois tu te rappelles, Jacques, la première fois quon sest rencontrés? Jétais déguisée en Sœur du Père Noël pour la fête du comité dentreprise»

Jacques rigole:
«Oui, tu mas tapé dans lœil ce soir-là! Je croyais que tu étais beaucoup plus jeune. Jai compris qui tu étais seulement après la première danse à la soirée du 14 juillet Depuis, je ne tai jamais quittée. Dailleurs, attends aujourdhui, ça fait pile 45 ans! Quel anniversaire. On fête ça, les filles? Je ressors la guitare, ça vous dit?»

Capucine tape dans ses mains, déjà impatiente. Jacques accorde sa vieille guitare, se met à chanter, tout doucement, le regard tendre rivé sur la petite.

«Tes yeux denfant,
Ont illuminé mon cœur,
Plein de vie, de douceur,
Ils portent le bonheur
Pour toi, jirais décrocher la lune,
Pourvu que tu gardes ton sourire»

Capucine, soulagée par la magie de la musique, réclame encore une chanson, sur le sapin cette fois:
«Dans la forêt, un sapin est né»

Madeleine sourit:
«Tu vois, je nimaginais pas le Nouvel An aussi joyeux. Je pensais quon allait somnoler devant la télé, regarder un peu les feux dartifice par la fenêtre et filer dormir. Mais là, quelle soirée! Des chants, de la danse On sest bien débrouillés, non?»

Capucine, elle, na pas tenu le coup: à peine installée sur un fauteuil près du sapin, les yeux se sont fermés tout seuls. Madeleine lui a aménagé un coin douillet dans la chambre damis, et Jacques, tout attendri par ce petit corps endormi, la portée délicatement, la embrassée sur le front:
«Dors bien, princesse. Ne tinquiète pas, je marrange pour que le Père Noël passe chez nous cette nuit.»

Le lendemain matin, en se réveillant, Capucine a filé illico sous le sapin. Et là, énorme surprise: une grande boîte, et dedans, une magnifique poupée.
«Oh, il est vraiment venu! Jai encore raté sa visite Merci, Père Noël!» a-t-elle crié par la fenêtre.

Est-ce que le vieux colonel a jamais révélé où il avait trouvé cette poupée, en pleine nuit de réveillon? Ça, cest resté le petit secret de Jacques et Madeleine et pour Capucine, ce fut un vrai miracle du Nouvel An.

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Le miracle du Nouvel An Olga et Pierre ont décidé de passer la Saint-Sylvestre chez eux, en tête-à-tête. La santé ne leur permettait plus de partir, même en petit voyage, et ils n’avaient plus vraiment d’amis ou de famille à aller voir. Ils ont invité la sœur de Pierre, mais celle-ci a refusé : elle voulait fêter le Nouvel An seule, et rien n’a pu la faire changer d’avis. Tant pis ! Soudain, la sonnette a retenti dans l’appartement. Pierre, tout étonné, est allé ouvrir. Qui cela pouvait-il bien être ? C’était leurs voisins : un jeune couple – Alexis et Hélène – avec leur petite fille Véronique. « Voilà… Nous avons été appelés en urgence au travail. Pourriez-vous garder notre fille ce soir ? Dans une heure et demie, elle sera couchée, et demain matin nous serons revenus. L’emmener à l’hôpital serait lui gâcher la joie du réveillon. Elle attendait ce moment avec tant d’impatience, et là-bas, il n’y a même pas de sapin… Notre espoir repose sur vous. » Les deux parents portaient des airs désolés, et la petite était au bord des larmes – des larmes de fillette, juste avant le Nouvel An, c’est trop triste. Pierre se rappela d’une coutume africaine selon laquelle les enfants ne doivent jamais pleurer : toute la famille les distrait et les console, ce qui en fait les êtres les plus sereins du monde. Chez nous, par contre, on dit : « Laisse-le pleurer, ça lui passera — il n’en pleurera pas une larme d’or ! » « Donnez-nous votre Véronique. Tu veux venir chez nous ? On va voir ce qu’on a à la maison. Dis-moi sur tes doigts, tu as quel âge ? — Trois ans, bientôt quatre. » La petite s’exprimait avec un sérieux touchant. « Tu es déjà presque une grande. Entrez donc, ne restez pas sur le palier ! — Chez nous les invités sont toujours les bienvenus. » ajouta Olga. « On a un sapin, tout petit, mais le Père Noël trouvera bien où poser ses cadeaux. — Pour moi aussi ? demanda Véronique. — Puisque tu fêtes le Nouvel An avec nous, bien sûr ! » La fillette rassurée, les parents partirent en s’excusant. Véronique parcourut l’appartement en curieuse. « C’est quoi ton déguisement ? » lui demanda Pierre. « Je suis un flocon de neige ! À la maternelle, on dansait tous sous le sapin, et le Père Noël nous a apporté des cadeaux – surtout des sucreries. Je vous danse notre chorégraphie, si vous voulez ! Il suffit de sauter sur place et d’agiter les bras, les paroles disent quoi faire… » Sa chanson fit rire les deux adultes, qui répétèrent tant bien que mal les gestes, pour la plus grande joie de Véronique qui y croyait dur comme fer. Quand la danse fut terminée, on s’assit, on se rappela de vieux souvenirs – Olga, autrefois Snegourochka, croisée par Pierre lors d’un bal militaire, sa robe à fleurs et ses perles rouges… Et soudain, ils se rappelèrent : quarante-cinq ans de mariage aujourd’hui ! Pour fêter cela, Pierre attrapa sa guitare, chanta d’abord pour Véronique, puis chanta « Mon beau sapin » tous ensemble. « Qui aurait cru qu’on passerait une si belle soirée ? » s’exclama Olga. Véronique voulut attendre le Père Noël près du sapin… mais finit par s’endormir dans le fauteuil. On l’installa avec douceur dans la chambre, Pierre lui déposa un baiser sur le front. « Dors, petite princesse… Je me chargerai que le Père Noël n’oublie pas ton cadeau. » Au matin, Véronique découvrit sous le sapin une immense boîte : une poupée magnifique. « Il est venu, je l’ai encore raté ! Merci, Père Noël ! » cria-t-elle à la fenêtre. « Il t’a entendue, » sourit Pierre. Mais où donc le vieux général avait-il bien trouvé une poupée pareille en pleine nuit de Nouvel An ? Pour tous, même pour Olga, cela resta à jamais un mystère…
Je ne suis pas ici en tant que servante, mais en tant que votre amie !