Le mari serra sa femme contre lui, l’enlaça tendrement et lui murmura à l’oreille :

Sébastien se blottit contre sa femme, la serra dans ses bras et lui chuchota à loreille:
Bonjour, Maëlys.
Puis il ronfla doucement, sombrant de nouveau dans le sommeil.

Maëlys séveilla en sursaut, les yeux grands ouverts, craignant le moindre mouvement. Un frisson glacial parcourut son corps, comme si une terreur invisible lavait saisie. Comment cela pouvaitil arriver? Tout sétait bien passé la veille, non?

Sébastien se remua, bâilla:
Maëlys, tu es si froide que même mon sommeil sen est échappé. Tout va bien? Il fait beau dehors, pourtant tu grelottes sous la couette. Je vais te préparer un thé.

Il se dirigea vers la cuisine, fredonnant un air entraînant, comme si de rien nétait.

Maélys resta un moment allongée, puis, dune démarche traînée, se leva pour se rafraîchir le visage. Ses jambes semblaient plombées, un bourdonnement blanc résonnait dans sa tête. Elle se dit quun thé chaud pourrait vraiment aider.

Sébastien, tout en faisant des crêpes, lança:
Je veux une crêpe.

Maélys le fixa, sombre.
Ce matin, tu mas appelée Maïlys.

Quoi, ma chérie?

Sébastien, arrête de faire lenfant. Ce matin, tu mas appelée Maïlys.

Tu tes bien entendu, ma douce. Maëlys, Maïlys cest le sommeil qui joue des tours. Tu es si froide et maussade? Ah, les femmes! Elles se créent leurs propres drames. Allez, je file au travail le ventre vide.

Maélys erra dans la maison, cherchant à se ressaisir, arrosa les plantes, fit des crêpes, shabilla en hâte et partit à la clinique de son mari. Peutêtre avaitelle vraiment entendu: Maëlys, Maïlys cétait bien cela.

Dans le cabinet de Sébastien, une nouvelle secrétaire attendait. La vue de Maélys la fit tressaillir, rappelant les angoisses matinales. La jeune femme, aux boucles rousses flamboyantes et à la poitrine généreuse, annonça:
Monsieur Sébastien Yvon est occupé aujourdhui, il ne reçoit pas. Je peux vous proposer un rendezvous la semaine prochaine.

Mieux vaut que tu prennes ce rendezvous pour toi, ça te sera plus utile,! sécria Maélys, surprenante.

Pardon? demanda la secrétaire, les yeux agrandis. Qui êtesvous?

Une femme au grand chagrin. Maélys Victorine, lépouse de Sébastien Yvon. Allezvous en, il y a des gens qui traînent ici.

Soudain, lintercom retentit la voix joyeuse de Sébastien:
Maïlis, apportemoi un café. Maïlis?

Maélys ricana:
Daccord, je le fais.

Maélys? balbutia Sébastien en voyant sa femme arriver avec le plateau. Il y a un problème?

Voici ton café, et jai apporté une crêpe. Tu recevras ta paperasse de divorce par courrier. Bon appétit.

Maélys, mon dieu, questce qui se passe? semporta le mari, exaspéré. Tu ressembles à une sorcière sur son balai depuis le matin.

Une sorcière, tu dis? Elle est assise dans la salle dattente. Pourquoi ses cheveux ne sontils pas coiffés? Un dentiste respectable et une secrétaire vulgaire, cest bon marché, Sébastien Yvon.

Maélys, arrête. Assez. Je ne supporte plus tes crises. Saistu quoi? Je passe une semaine à la campagne. Attends que tu te calmes, puis appellemoi.

Trop tard, Sébastien. Je ne tolérerai plus linfidélité. Dismoi simplement pourquoi, pour que je sache.

Sébastien soupira, prit une gorgée de café et grimassa:
Varvara a démissionné. Jai embauché Maïlys sur sa recommandation.

Il y a longtemps?

Il y a un mois, réponditil dun ton réticent.

Pourquoi ne men astu jamais parlé? Tu partageais toujours tes nouvelles.

Je ne pensais pas que Maïlys resterait longtemps. Elle est excellente.

Je nen doute pas.

Au travail! sexclama Sébastien, rouge de colère. Elle excelle au travail!

Et pas seulement.

Cétait un accident! Je nai rien voulu!

Si tu naurais pas voulu, tu naurais pas trahi. Aujourdhui je range mes affaires et je pars.

Où? trembla Sébastien. Je tai dit, je passe une semaine à la campagne, calmetoi. Maëlys, je ne veux pas divorcer!

Mais il faut. Je ne supporte plus dentendre mon nom sortir de ta bouche. Maëlys, Maïlys. Ta secrétaire rousse restera gravée dans mon esprit. Ne détruis pas mon équilibre, jai déjà assez de stress au boulot, les enfants, tout.

Où vastu? Restetu dans lappartement?

Pourquoi auraisje besoin de ton appartement? Jai ma propre maison.

Dans ce coin reculé? Une vieille bâtisse en bois?

Cest ma maison. Point final.

La demeure, héritée des parents, exhalait la mélancolie. Maélys sentit les larmes monter, submergée par les souvenirs et lodeur de renfermé.

Sa vieille amie Nelly, assise près delle, lança:
Tu ne pourras pas rester ici, Maëlys, reviens à lappartement. Tu trouveras une solution: vends la maison, prends un prêt immobilier, et tout ira mieux.

Ne regarde pas làdessus, laissons tomber. Je ne pourrai pas. Et toi, tu pourrais?

Je ne sais pas. Si jétais à ta place

Maélys ouvrit toutes les fenêtres, laissant entrer lair frais.

Dailleurs, cest un bel endroit pour vivre avec le temps. La maison est solide, à quinze minutes de Lyon en voiture. Le quartier sest développé, les réseaux sont déjà là. Je suis ici depuis cinq ans sans jamais y mettre les pieds.

Oui, mais le travail

Tu peux loger dans le débarras?

Sasha est partie chez ma mère pour les vacances. Tu pourrais rester dans sa chambre jusquà lautomne.

La chambre dune ado, cest sacré!

Mais sens cette odeur! Lherbe, le village, lenfance.

Oui, lherbe a poussé, il faut la tondre. Tu ny arriveras pas toute seule.

Je men occuperai. Je peux engager une équipe pour retourner le terrain. Jai des économies. Jai vécu ces cinq dernières années grâce à largent de Sébastien qui a ouvert son cabinet dentaire. Il considérait mon salaire comme un passetemps, me conseillant déconomiser pour les loisirs.

Un bon mari, en tout cas, soupira Nelly.

Je pensais la même chose, mais cest lourd.

Je comprends. Vingt ans ensemble, pas mal dur?

Pas plus que les abeilles dans le nid. Laissemoi!

Cruelle, tu sais? Je pensais que tu pleurerais.

Tu ne verras jamais la fin de ce stress.

Peutêtre. Bon, tu voulais me soutenir? Prends le seau, on va puiser de leau. Je vais nettoyer les sols, les fenêtres, dépoussiérer.

Tu ne devrais pas rester dans cet hôtel. Tu vas vraiment toccuper de la maison?

Pourquoi pas? Cest la maison de mes parents, je ne veux pas la démolir ni la vendre.

Engager des architectes, des ouvriers, mettre tout en ordre, ça aurait du sens. Cest notre logement commun.

Je ne veux plus y rester.

Tu ne comptes pas la partager?

Je suppose que Sébastien nous la laissera, à notre fille, puisquil a une résidence de campagne. Mais cest à Polina de décider. En fait, cest son appartement, je nen ai pas besoin.

Il a fait un énorme pavillon, il aurait pu nous le laisser. Il y a les toilettes, leau.

Tout sera là. Arrête de te plaindre, ton soutien était limité.

Et le puits?

Je naime pas les puits. Jaimerais bien me promener, explorer les environs.

Le puits nétait plus, remplacé par une nouvelle maison derrière une haute clôture.

Je ne suis pas surprise, répondit Nelly. Des années ont passé, les maisons salignent comme des dominos.

Doù ça vient?

Fais le tour. Ils ont une clôture sur trois côtés, le tien na que des piquets. Ils cherchaient le propriétaire, voilà que tu apparaîtras.

Peutêtre la clôture nest pas encore terminée.

Oh, regarde, une voiture arrive. Les propriétaires semblent

Tu ne comprends rien, Nelly. Jai un divorce à gérer, pas de place pour les hommes.

Alors pourquoi te tienstu là, immobile?

Je vais demander à ce monsieur où est la conduite deau.

Bien.

Un homme, les mains dans les poches, se tenait près de sa voiture, silencieux. Maélys, perplexe, narriva pas à saisir pourquoi Nelly le qualifiait d«inintéressant».

Besoin de quelque chose? demanda lhomme.

Du bois à fendre, répondit Maélys.

Vous êtes la propriétaire de cette maison?

Exactement. Il y avait autrefois une conduite, jai besoin deau.

Vous pouvez puiser dans mon puits.

Il ny a plus dautres conduites ici?

Non, plus depuis longtemps.

Daccord, je vais à mon puits.

Pourquoi pas aller directement?

Je naime pas les puits, compris?

Vous avez de leau potable? murmura Nelly.

Oui, je lai. Dépêchetoi de rentrer, tu nes pas normale.

Le lendemain, Maélys fut réveillée par le cri aigu dun cochon. Le souvenir denfance la hanta, mais aucune odeur de pâtisseries ne flottait dans la maison. Aucun bruit de porte, rien. Des larmes remontèrent.

Un autre cri retentit, cette fois dans le jardin.

Qui est là? Jappelle la police!

Pas de panique, cest le voisin. Je viens récupérer Hector.

Maélys, en peignoir, sortit sur le pas de la porte.

Quel Hector? Vous me faites perdre la tête.

Hector! sécria lhomme en senfonçant dans le haie.

Un petit cochon noir surgit des broussailles.

Une race locale?

Honnêtement, je ne my connais pas en porcs.

Pourquoi ce cochon?

Il nest pas à moi. Il sest perdu, sest installé dans mon hangar. Jai parcouru le village, personne ne le réclame. Je le ramènerai chez vous, il ne faut pas le tuer.

Comment avezvous atterri dans ce village?

Avec quoi? répondit lhomme, irrité. Ici, lair pur, le calme, la ville pas loin. Vous nêtes pas rurale, je vois.

Doù sortezvous cette idée?

Dabord, cest la première fois que je vous vois, puis votre jardin est envahi, et vous êtes jolie.

Assez, monsieur, passons à autre chose. Jai un divorce dans une semaine, je suis à cran, je peux devenir violente. Jai grandi ici, chaque famille avait son cochon. Cessez de fixer mes mains, je peux abattre un bouleau avec une hache de sapin.

Hector, on y va, cest dangereux ici. Ne vous énervez pas, je nai pas encore bâti la clôture, le cochon aime votre pelouse.

Je ne blesse pas les enfants ni les animaux. Au revoir.

Le lendemain, un gémissement de chien réveilla Maélys. Entre cochon, voisins, chiens, elle était venue ici pour se retrouver, pour réfléchir.

Elle navait rien accompli la veille : errait dans les champs, fit un tour au supermarché du coin, mais navait même pas commandé lexcavation du terrain. Lherbe pousserait, tant pis.

Le gémissement retentit sous la fenêtre. Maélys sortit, découvrit un chiot tremblant.

Le voisin, lent à ouvrir le portail, apparut enfin, vêtu dun pyjama semblable au sien. Hector grognait à ses pieds.

Cest votre chiot?

Comment le savezvous?

Vous navez pas de clôture, les porcs viennent, peutêtre les chiens aussi.

Vous ne voudriez pas garder un chiot? Jai besoin dun chien à la maison. Jallais à la SPA cette semaine.

Je nai jamais eu de chien. Vous avez déjà géré le cochon.

Eh bien, je le considère comme votre cadeau de voisinage. Donnezlui un nom.

Armand, ça sonne bien.

Pas Armand, je mappelle Armand. Ce serait bizarre dappeler mon chien comme moi.

Alors appelezle Choup. Hector est déjà là, il grogne.

Choup et Hector? Parfait! Merci. Et vous, comment vous appelezvous?

Maélys.

Beau prénom.

Je je reste ici, hésitante. Le cochon, le chiot, et mon chagrin.

Vous partirez toujours à temps. Prenons soin du chiot. Je vous apprendrai les bases, vous aurez votre propre chien pour protéger la maison, proposa le voisin.

Nelly, qui nétait jamais à court de remarques, lavait prévenue de ne jamais épouser un homme nommé «Goremichko», sinon le drame sabattrait. Maélys trouvait son nom amusant, et se débattait dans une maison sans eau, avec les toilettes à lextérieur.

Soudain, la voix de Sébastien résonna depuis le grenier:
Cest une soirée pyjama?

Voici,
Sébastien, voici Armand. Armand, cest Sébastien, mon mari, futur exmari. Pourquoi êtesvous ici? Comment mavezvous trouvée?

Que cherchestu? Ta porte est grande ouverte, le portail aussi. Tu as pensé à divorcer, pas vrai? Mais je te vois toujours là.

Depuis quand?

Depuis longtemps, répondit Armand, sérieux. Maélys ne voulait pas te contrarier. Mais puisque tout est arrivé quelle date pour le divorce? Nous nous marierons à nouveau ce jourlà, chérie?

Maélys hocha la tête, incertaine.

Daccord, intervint Sébastien. Ma fille est passée chez moi, pensait que la maison était vide, elle est venue avec son petit ami. Parle avec elle. Elle tappelle sûrement.

Sébastien fit un geste et sortit par le portail. Maélys le fixa, interrogeant le voisin.

Pourquoi faire ça?

Votre maison est vieille, sans eau, sans gaz, toilettes dehors, vous viendrez toujours chez moi. Vous amenez les animaux de la rue chez moi. Alors déménagez chez moi. Je ne pourrai pas vous enlever. Je suis daccord, ma femme et moi sommes séparés depuis longtemps. Je ne veux pas dFinalement, Maélys, le cœur lourd mais résolue, prit le chemin dun nouveau départ, laissant derrière elle les ombres du passé.

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Le mari serra sa femme contre lui, l’enlaça tendrement et lui murmura à l’oreille :
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