«Tu pourrais au moins faire ton lit, prince héritier !» – Quand la belle-fille élabore un plan ingénieux pour se débarrasser des beaux-parents (Épisode final) — «Je pars en cure thermale et Stéphane reste chez vous», déclara la belle-mère à l’heure de réserver son billet retour. Cela faisait déjà deux semaines qu’elle squattait avec son fils chez le couple…

Tu pourrais au moins faire ton lit, mon prince ? lança ma belle-sœur, inventant un plan malin pour faire partir la famille de son mari.

Journal de bord Dernier Acte

Lorsque le moment arriva dacheter les billets de retour, ma belle-mère déclara soudain :
Je pars en cure, et François reste avec vous.
Cela faisait déjà deux semaines quelle et son fils, mon petit frère, séjournaient chez moi à Lyon. Durant ce temps, elle avait réussi à casser la machine à laver et à déclencher une inondation dans la salle de bains.

Mme Renée, pourquoi ne pas attendre un peu ? Mon épouse et moi travaillons beaucoup, nous ne pourrons pas veiller suffisamment sur François, tenta dargumenter Isabelle, ma femme, qui était loin dêtre emballée à lidée de garder un adolescent de quinze ans à la maison. François était poli, certes, mais il avait lâge où nimporte quelle idée pouvait lui traverser lesprit. Sans compter quon ne pouvait pas décemment lui confier lappartement.

Ma chérie, aujourdhui cest mon anniversaire, laissons les disputes pour une autre fois, veux-tu ? intervins-je, priant pour une soirée paisible. Isabelle céda, bien quà contrecœur.
Nous avions réservé une table dans une petite brasserie pour 20h. En rentrant du bureau, Isabelle espérait avoir le temps de sapprêter. Quelle ne fut pas sa surprise en restant bloquée devant la porte de notre appartement !

Le souci venait du fait que nous navions que deux jeux de clés, lun deux étant avec ma mère pour quelle puisse sortir avec son fils sans nous attendre à la maison.

Mme Renée, tenez mes clés, mais sil vous plaît, faites en faire un double avait-elle gentiment demandé le premier jour. Hélas, Renée ny pensa ni le premier, ni le second jour.

On rentre toujours le soir, et puis vous rentrez en même temps à la maison, cest inutile. Il ny a aucune serrurerie dans le quartier et je nai pas envie de traverser Lyon juste pour une clé, répondit ma mère, légèrement bougonne.

Isabelle soupira et décida dattendre la fin du séjour de nos invités pour réclamer les clés. Mais elle ne se doutait pas que ma mère la piégerait ainsi. Voilà quelle se retrouvait bloquée devant la porte, obligée dappeler Renée, qui ne répondit quun quart dheure plus tard.

Je suis au téléphone, ce nest pas le moment, lança-t-elle sèchement.
Et moi, je suis dans lescalier avec toutes mes affaires. Vous êtes où ?! cria Isabelle, à bout de patience.
Tu es déjà là ?
Oui, cest lanniversaire de votre fils aujourdhui ! On doit être au restaurant dans deux heures !
Il fallait le dire plus tôt
Je vous lai dit.
Eh bien, jai mal entendu. Attends, on arrive, François et moi, dici vingt minutes. On sort du supermarché.

Isabelle dut sasseoir sur un banc devant limmeuble pour attendre quon lui ouvre. Heureusement, jarrivai avant ma mère.

Mais quest-ce que tu fais dehors ? Avec ce froid !
Va voir ta mère, grogna Isabelle.

Je haussai les épaules, préférant éviter la dispute. Isabelle se hâta de se préparer.
Elle fait quoi, maman ? marmonnai-je. Lheure avançait, bientôt nos amis allaient arriver au restaurant et nous nétions pas partis
Enfin, la porte souvrit brusquement, ma mère fit son entrée en trombe.

Quest-ce qui sest passé ?! sécria Isabelle depuis le couloir, croyant à un drame. Elle aperçut ma mère, rayonnante, tenant un bouquet de ballons à moitié crevés.

Pourquoi font-ils des halls si étroits ! protesta-t-elle, les ballons étaient éparpillés au sol.
Maman ?!
Joyeux anniversaire, mon fils ! dit-elle avec un large sourire.
Merci
Tu nenvisages pas demmener tout ça au restaurant ? soupira Isabelle.
Pourquoi pas ? Un peu de gaité pour la soirée ! On sest donnés du mal avec François à ramener tout ça !
Je pense que les ballons survivront mieux ici, répondit Isabelle.

La préparation reprit dans lagitation la plus totale et, évidemment, nous arrivâmes en retard. Mais la soirée fut agréable, et même la mésaventure des couverts sales à la brasserie ne gâcha pas lambiance. Ma mère, apparemment très regardante à la maison sur la propreté, se contenta de nettoyer sa fourchette avec du gel hydroalcoolique et se lança dans son repas tout sourire.

Le lendemain, lors du petit déjeuner, ma mère révéla quelle devait finalement partir seule à la cure :
Le travail paiera ma cure, mais pas celle de François.
Alors, ne partez pas, tenta Isabelle, déjà inquiète.
Je ne peux pas rater ce rendez-vous annuel ! Et je pars déjà pour une semaine au lieu de trois
Maman, François va sennuyer ici, tentai-je.
Je lui donnerai des tâches quotidiennes, et vous naurez quà surveiller. De toute façon, il suffit que je voie le directeur de létablissement, il cédera sûrement pour une deuxième place mais ce nest pas un échange de coups de fil, il faut négocier sur place.

Isabelle ne pouvait quacquiescer, désabusée.

Finalement, on convint que François resterait deux-trois jours. Ma mère partit le soir-même, nous laissant la fameuse liste de tâches plus longue que le périphérique parisien : cours danglais à 15h par visioconférence, promenade, puis conférence à la bibliothèque municipale François, lui, navait quune hâte : « Vivement que maman parte ! »

Je rassurai Isabelle, mais elle insista :
Pendant que ton frère est là, tu devrais prendre quelques jours de congé pour le surveiller.
Il a quinze ans, il va bien se débrouiller et puis ta mère nous a à loeil, répondis-je, espérant quIsabelle ne sen formalise pas.

Las, le lendemain, François ne répondit pas à linterphone. Isabelle, cette fois-ci prévoyante, avait fait faire un double des clés elle-même et put entrer.

Le désordre régnait : la vaisselle sempilait, la soupe avait tourné, restée hors du frigo. François était accroché à son PC, coupé du monde par ses écouteurs.

François, où est le technicien pour la nouvelle machine à laver ?
Ils nont pas livré.
Pourquoi ce bazar ?!
Dhabitude, cest maman qui range
Tu veux bien faire ton lit, ton altesse ? Ou cest tabou, à Lyon ? sagaça Isabelle.

Il la regarda interloqué. Jeus du mal à retenir un sourire. Le lendemain, la scène se reproduisit, François nayant toujours pas assumé le moindre effort.

Quand la cuisine empestait à cause dun plat oublié sur le feu, et devant la passivité de François, on atteignit un point de rupture. Isabelle, furieuse, dut appeler le voisin pour laider à monter la nouvelle machine à laver en échange de quarante euros.

Ma mère nous téléphona alors, exigeant un rapport :
Mme Renée, vous pouvez parler à votre fils, il est grand, répondit Isabelle avec un ton sec.
Je comptais sur vous !
Et la deuxième place à la cure ?
Toujours pas réglé. Et je suis un peu souffrante jai attrapé froid dans le train. Il vaut mieux quil reste chez vous encore un moment. Ça ne vous gêne pas ?
Isabelle était hors delle.

Je tentai de relativiser :
Oh, il reste dans sa chambre. Presque invisible.
Justement ! Il ne lève pas le petit doigt ! Et jai dû payer le voisin pour la machine ! râla-t-elle.

La situation empira : jeans et t-shirts éparpillés, chasse deau jamais tirée, et lincident des pâtes carbonisées finit deffriter la patience dIsabelle. Un après-midi, elle rentra à limproviste : la casserole calcinée fumait sur le balcon, les fenêtres grandes ouvertes pour chasser lodeur.

Tu te rends compte, il a failli mettre le feu à lappartement ! lançai-je, à mon retour du bureau.
Jignorais combien de temps il fallait cuire les pâtes murmura François.

Jétais prêt à lenvoyer direct au premier TGV, mais ma mère insista au téléphone :
Je vais lui parler et je prendrai son billet moi-même.
Mais Isabelle ne me croyait plus trop.
Ta mère se moque de nous. Quand elle ma appelée, elle avait lair ravie, il y avait de la musique derrière
Je tavoue que je suis sceptique aussi, elle ne tombe jamais malade

On comprit vite que Renée navait aucune intention de reprendre François avant la fin des vacances. Isabelle élabora alors son plan.

Au centre de cure dAix-les-Bains, ma mère profita de ses après-midis avec un certain Monsieur Lambert. Il pleuvait des cordes, ce qui ne décourageait personne. Un matin, Isabelle débarqua sans prévenir, trempée jusquaux os dans son imperméable bleu marine.

Elle repéra tout de suite Renée, accrochée au bras de Monsieur Lambert, sourire aux lèvres, visiblement en pleine forme.

Excusez-moi, madame, où procède-t-on à lenregistrement des curistes ? lança Isabelle, guettant la réaction.
Isabelle ?! sétrangla ma mère.
Eh bien, voilà notre vacancière ! La météo est bonne, non ?
Mais que fais-tu ici ?
Je me repose, comme vous voyez.
Avec ton mari ?
Évidemment. Paul arrive ce soir.
Et François ?
Il garde la maison.
Seul ? Ce nest pas possible !
Ne vous en faites pas. On a assuré lappartement. Et puis, je vous avais prévenue
Sur ce, Isabelle me fit signe et fila vers laccueil. Mon arrivée nétait plus quune formalité, histoire de prouver que le plan était mené à bien.

Ma mère, un brin déconfite, prit son téléphone :
Paul ? Peux-tu ramener François ? Je ne veux plus le laisser seul
Daccord, on repart ce soir.

Ainsi se terminait lexpérience de François comme « chef de la maison ». Ma mère mit fin à son idylle de vacances, un peu vexée mais soulagée. Isabelle avait enfin trouvé le repos mérité. Je retiens de cette aventure quaccueillir la famille à la maison, cest une belle marque de confiance, mais il ne faut jamais oublier de bien cacher les clés et surveiller de près la cuisson des pâtes !

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«Tu pourrais au moins faire ton lit, prince héritier !» – Quand la belle-fille élabore un plan ingénieux pour se débarrasser des beaux-parents (Épisode final) — «Je pars en cure thermale et Stéphane reste chez vous», déclara la belle-mère à l’heure de réserver son billet retour. Cela faisait déjà deux semaines qu’elle squattait avec son fils chez le couple…
SANS ÂME… Claudine Vassilievna rentra chez elle. Elle revenait du salon de coiffure, fidèle à ce petit plaisir malgré ses 68 ans tout juste fêtés, entre brushing soigné, manucure périodique, et papotage avec sa coiffeuse qui lui apportaient un surplus d’énergie et de bonne humeur. — Claudie, une parente à toi est passée, je lui ai dit que tu ne rentrerais que plus tard. Elle a promis de repasser, — lui annonça son mari, Yves. — Quelle parente ? Je n’ai plus de famille… Probable que c’est une vague cousine venue quémander quelque chose. Il fallait lui dire que j’étais partie à l’autre bout du monde, — grogna Claudine, lassée. — Oh, à quoi bon mentir ? Elle a l’air d’être de ta famille : grande, digne, un petit air de ta mère, paix à son âme. Je ne pense pas qu’elle vienne demander quoi que ce soit. Une femme très distinguée, très bien habillée, — tenta de la rassurer Yves. Environ quarante minutes plus tard, la parente sonna à la porte. Claudine lui ouvrit elle-même. La ressemblance avec sa défunte mère était flagrante ; l’allure était élégante, manteau raffiné, bottes et gants assortis, délicates boucles d’oreilles en diamant — dans ce domaine, Claudine était connaisseuse. Elle l’invita à la table déjà dressée. — Faisons connaissance, puisque nous sommes famille. Je suis Claudine — sans les formalités — nous avons sensiblement le même âge, non ? Voici Yves, mon mari. Par quel côté fais-tu partie de la famille ? — demanda l’hôtesse. La femme hésita, rougit un peu : — Je suis Galina… Galina Vladimirovna. Nous avons en effet peu de différence d’âge. J’ai eu 50 ans le 12 juin. Cette date ne vous dit rien ? Claudine blêmit. — Je vois que vous réalisez. Oui, je suis votre fille. Ne vous inquiétez pas, je ne vous demande rien. Je voulais simplement voir ma mère biologique. J’ai vécu toute ma vie dans l’ignorance. Je ne comprenais jamais pourquoi ma mère ne m’aimait pas. Soit dit en passant, elle est décédée depuis huit ans. Mon père, lui, vient de partir il y a seulement deux mois. C’est lui, dans ses derniers instants, qui m’a parlé de vous. Il vous demande de lui pardonner, si vous le pouvez, — expliqua Galina, émue. — Je ne comprends plus rien ! Tu as une fille ? — s’étonna Yves. — Apparemment, oui. Je t’expliquerai plus tard, — répondit Claudine. — Donc tu es ma fille ? Parfait ! Tu as vu ce que tu voulais ? Si tu espères que je vais me repentir et demander pardon, tu te mets le doigt dans l’œil. Je n’ai rien à me reprocher, — répliqua-t-elle à Galina. — J’espère que « papa » t’a tout raconté ? Si tu penses éveiller en moi un instinct maternel, c’est raté, pas une once ! — Puis-je revenir vous voir ? J’habite dans la banlieue, on a une grande maison à deux étages. Venez donc chez nous, avec Yves, ça vous ferait de l’air. J’ai apporté des photos de votre petit-fils et d’arrière-petite-fille, si vous voulez jeter un œil ? — demanda timidement Galina. — Non. Je ne veux pas. Ne reviens pas. Oublie-moi. Adieu, — trancha Claudine. Yves appela un taxi pour Galina et l’accompagna jusqu’à la voiture. Quand il revint, Claudine avait déjà débarrassé la table et regardait calmement la télévision. — Quelle froideur ! Tu aurais fait un excellent général, mais tu n’as vraiment pas de cœur ? Je le soupçonnais depuis longtemps, mais à ce point… — lui lança Yves. — On s’est rencontrés quand j’avais 28 ans, c’est ça ? Eh bien, mon cher, mon âme, on me l’a retirée et piétinée bien avant. J’étais une fille de la campagne qui rêvait de percer en ville, major de promo, la seule de ma classe à entrer à la fac. J’avais 17 ans quand j’ai rencontré Vladimir. Je l’aimais à la folie. Il avait douze ans de plus, ça m’était égal. Après mon enfance pauvre, la vie étudiante en ville, c’était un conte de fées. Ma bourse ne suffisait à rien, j’avais toujours faim, alors j’acceptais avec bonheur les invitations au café. Il ne m’a rien promis mais, avec un tel amour, je ne doutais pas d’un mariage à venir. Un soir il m’a invitée à sa maison de campagne, j’y suis allée sans hésiter. Après, j’étais persuadée de l’avoir « lié » à moi pour toujours. Nos rendez-vous là-bas sont devenus réguliers. Rapidement, j’ai compris que j’étais enceinte. Je l’ai annoncé à Vladimir. Il semblait ravi. Comme ma grossesse allait bientôt se voir, je lui ai demandé quand nous allions nous marier. J’avais déjà 18 ans, on pouvait officialiser. — Je t’ai promis le mariage ? Non. Et je ne le ferai pas. D’ailleurs, je suis déjà marié… — répondit-il calmement. — Mais et l’enfant ? Et moi ? — Toi, tu es jeune, en bonne santé. Prends un congé à la fac. Pour l’instant, rien ne se verra, continue tes études, puis ma femme et moi t’installerons chez nous. On n’arrive pas à avoir d’enfant. Peut-être parce qu’elle est plus âgée… Quand tu auras accouché, on prendra l’enfant. Les modalités ne te regardent pas. J’ai des relations à la mairie ; elle est chef de service à l’hôpital. Pour l’enfant, t’inquiète pas, on te paiera. À l’époque, la gestation pour autrui, personne n’en parlait. J’étais sans doute la première mère porteuse sans le savoir. Quelle alternative avais-je ? Retourner au village, déshonorer ma famille ? J’ai vécu dans leur belle maison jusqu’à l’accouchement. La femme de Vladimir ne m’adressait pas la parole, la jalousie, peut-être. J’ai accouché d’une fille à domicile, avec une sage-femme. Je ne l’ai pas allaitée, on l’a aussitôt emmenée. On m’a raccompagnée une semaine après, Vladimir m’a donné de l’argent. Je suis retournée à la fac, puis à l’usine ; j’ai fini chef d’atelier… Beaucoup d’amis, mais personne ne voulait m’épouser, jusqu’à toi. J’avais déjà 28 ans, sans vraiment vouloir me marier, mais c’était le moment. Le reste, tu le sais. On a eu une belle vie, trois voitures, une maison pleine, un jardin entretenu. On partait en vacances chaque année. Notre usine a survécu à la crise des années 90, nos machines étaient uniques. L’usine est encore bardée de barbelés et surveillée. Retraite anticipée. On a tout. Mais pas d’enfants, et alors ? Quand je vois les enfants d’aujourd’hui… — conclut Claudine. — On n’a pas eu une belle vie. Je t’aimais, j’ai essayé de réchauffer ton cœur toute ma vie, sans succès. Pas grave pour les enfants, mais tu n’as jamais eu de tendresse, même pour un chat ou un chien. Quand ma sœur t’a demandé d’aider sa fille, tu as refusé de l’héberger même une semaine. Aujourd’hui, ta propre fille vient chez toi et tu l’accueilles de cette façon ? Ta fille ! Ton sang ! Franchement, si on était plus jeunes, je demanderais le divorce. Mais c’est trop tard. Avec toi, c’est glacial, — protesta Yves, furieux. Claudine prit peur, jamais son mari ne lui avait parlé ainsi. Cette fille a bouleversé sa vie paisible. Yves est parti vivre à la maison de campagne. Ces dernières années, il y élève trois chiens errants qu’il a recueillis. On ne sait plus combien il y a de chats. Il rentre rarement. Claudine sait qu’il rend visite à Galina et qu’il adore sa petite-fille. — Il a toujours été un doux rêveur, il le restera, qu’il vive à sa guise, — pense Claudine. Elle n’a jamais éprouvé le désir de mieux connaître sa fille, ni son petit-fils, ni son arrière-petite-fille. Elle part seule à la mer. Elle se ressource, profite de la vie et se sent parfaitement bien.