«L’amie jurée» Les histoires où le mari quitte sa femme pour sa meilleure amie ne manquent pas – et c’est souvent compréhensible. Votre meilleure copine, presque de la famille, connaît tout de votre foyer : les habitudes, les anniversaires, les goûts de votre mari. Même si vous êtes très différentes, la complicité née de tant d’années d’amitié suffit parfois à faire chavirer un homme, et un jour, il peut quitter le navire familial sans prévenir. C’est ce qui m’est arrivé… …Marine – mon ancienne camarade de classe – était mon amie depuis toujours. Jamais je ne l’aurais soupçonnée de vouloir jouer les briseuses de ménage. Elle le disait souvent : « Ton Christophe ne m’attire pas du tout ». Je riais : « Tant mieux alors ! ». Mariés jeunes – j’avais 17 ans, lui 19 – on croyait vivre heureux toute la vie. Marine venait tout le temps à la maison, toujours apprêtée, alors que moi, j’enchaînais tâches domestiques en peignoir. Ma mère me mettait en garde : les copines célibataires sont comme une bombe à retardement. Je n’écoutais pas. Avec le temps, mon mari s’impatientait quand Marine débarquait. Je croyais qu’il en avait assez de nos papotages. En fait, il était déjà tombé sous le charme de « Marine la mandarine ». Un été, je pars en vacances avec les enfants, laissant Christophe faire des travaux à la maison. À mon retour, aucun signe de passage masculin : même le citronnier avait soif. Sauf un tube de rouge à lèvres – bien trop voyant pour ne pas deviner son appartenance… Confusion, colère, trahison : Marine m’avoua calmement sa liaison avec mon mari. La suite ? Chacun a refait sa vie, ou presque. Des années plus tard, j’ai une amie très mariée et un nouveau compagnon. Christophe, lui, a changé de femme. Quant à Marine… elle reste seule. Alors oui, il faut des amies dans la vie. Mais mieux vaut se méfier, même des meilleures, et ne pas tout révéler de son bonheur conjugal… Marine, quant à elle, n’a jamais fondé de famille.

«LAMIE MAUDITE»

Il existe dinnombrables histoires où le mari senfuit avec la meilleure amie de sa femme. Cest presque compréhensible.
Votre copine, cest comme une sœur, toujours la bienvenue dans votre maison, intégrée à votre famille. Elle connaît les rites, les habitudes, la date danniversaire de votre mari et de vos enfants. Depuis longtemps, elle a observé, analysé, savouré les préférences de votre époux.
Même si vous êtes différentes, une étrange complicité vous relie, tissée au fil des années. Et ce « quelque chose » suffit parfois pour un matin, sans raison, quil fasse un signe de la main en quittant tout.

Cest ce qui est arrivé chez moi
Mélisande mon ancienne camarade de lycée, avec qui je partageais mille souvenirs. Jamais, ô grand jamais, je naurais cru quelle puisse jouer le rôle dun orage. Mais jaurais dû men douter
Elle répétait souvent, lœil malicieux :
Ton Fabien ne mattire pas du tout, crois-moi !
Jen riais, confiante :
Tant mieux, alors ! Quil en soit ainsi !

Je me suis mariée jeune, presque sur un coup de tête à la sortie du lycée. Lui, dix-neuf ans ; moi, dix-sept. Les statistiques sur les mariages précoces ne nous faisaient pas sourciller. Naïvement, on pensait finir nos jours ensemble, côte à côte, sous le même tilleul bicentenaire.
Mélisande passait souvent chez nous, observait ma félicité domestique comme si elle nageait dans une eau tiède inconnue. Deux enfants sont venus égayer la maison. Les années déroulaient leur fil. Mélisande continuait, éternelle promise, alors que des prétendants, il y en avait eu. Mais ils sévaporaient tous comme la buée du matin.
Elle était presque de la famille. Toujours tirée à quatre épingles : bouche laquée, ongles nacrés, robes à léchancrure audacieuse. À côté, en tablier, un balai dans une main, une louche dans lautre, je faisais bien pâle figure… Cest aujourdhui, à la lumière des souvenirs, que janalyse tout cela. À lépoque, rien ne semblait étrange.

Maman me mettait en garde :
Mélisande te jalouse, fais attention. Une amie célibataire, cest une bombe à retardement. On ne sait jamais quand ça nous éclate à la figure.
Je répondais, insouciante :
Jalouser quoi ? Jai même pas le temps de regarder le ciel.

Maman avait raison !
Quand Mélisande venait, Fabien sagaçait soudain, filait vers une autre pièce. Jai cru quil en avait assez de nos bavardages. Alors, jai espacé les rendez-vous. La famille avant tout ! Ce nest quaprès que jai saisi : mon mari était déjà sous le charme de Mélisande aux yeux dorage. Chaque visite pour lui se transformait en supplice muet. Comme on dit : la voisine paraît toujours plus enchanteresse

Un été, je suis partie à Arcachon avec les enfants. Fabien avait promis de repeindre la cuisine pendant notre absence.
En rentrant, jai compris que mon mari nétait pas passé ici depuis longtemps. Le ficus sur la commode sétait desséché, les feuilles toutes tombées, trahissant un abandon de plusieurs lunes. Aucun chantier, rien de changé.
Je me suis demandé qui avait pu souffler un vent froid sur mon bonheur.
Sur le rebord de la fenêtre, à côté du ficus défunt, trônait un tube de rouge à lèvres dun écarlate venimeux. Je savais demblée à qui il appartenait. La coupable Mélisande ! Mes jambes se sont ramollies, jai dû masseoir, la tête bourdonnante.

Reprenant mes esprits, jai filé chez Mélisande. Jespérais encore une farce, un malentendu quelle dissiperait dun éclat de rire. Mais…
Elle ma ouvert la porte sans minviter à entrer.
Tu peux mexpliquer ce que ton rouge à lèvres fait chez moi ?
Tu nas pas encore compris ? Fabien et moi, cest sérieux. Depuis longtemps, déclara-t-elle, impassible.

Je suis rentrée chez moi. Sur le chemin, je me revoyais labsence, je la voyais, elle, Mélisande, sonnant, mon mari ouvrant Un geste, un frôlement, une phrase sur la barbe qui, disait-elle, rend les hommes plus séduisants Un baiser clandestin, des mains qui hésitent Cette scène me tournait dans la tête, vertigineuse et sans logique.

Quimporte… On quitte même les épouses tendres, même les liens bénis de léglise se brisent. Lhomme est une étrange boussole qui cherche toujours le nord ailleurs. On croit que la femme dautrui est cygne gracieux tandis que la sienne nest que sel et absinthe. Cest encore plus cruel, quand lhistoire se tisse avec la meilleure amie.
Un jour, javais croisé Julie, une ancienne connaissance. Elle sest mariée tard, à vingt-huit ans, a eu un fils, adoré de son père autant, si ce nest plus, que delle-même. Son mari, vieux bohème du cœur, partait souvent pour mieux revenir, poussé par lamour paternel. Julie supportait ces allers-retours depuis des années. Où puisait-elle la patience ? Peut-être dans la couture, son art et sa passion. Elle croulait sous les commandes et les clientes. Les années passaient.

Chaque fois, je lui lançais :
Julie, pas de nouveau mariage ?
Oh non, jamais plus, répondait-elle.
Mais cette fois, elle maccueillit dun clin d’œil :
Devine quoi ? Sylvain est revenu ! Après seize ans dhiver ! Jai repris mon mari égaré. À qui servirait-il ? À qui servirais-je ? Maintenant, au moins, il y a quelquun pour me tendre un verre deau. Lessentiel, cest la famille ! À quoi bon courir après les passions déchaînées, les amours sucrées et les soupirs lyriques ?

Peut-être avait-elle raison : ils se sont retrouvés, inséparables, depuis sept ans.
La vie passée est une rivière échappée, on ne la remonte pas. Lamitié brisée ne se recoud pas, même avec le fil dor.

Aujourdhui, jai un second mari et une amie « très » mariée. Cela m suffit.
Fabien sest séparé de Mélisande au bout dun an pour voguer vers dautres rives, où il vit toujours.
Bien sûr, il faut des amies pour le cœur, pour partager un verre de bordeaux ou une tarte tatin entre filles.
Mais il faut rester lucide, prudente, surtout avec « la meilleure ».
Choisissez soigneusement les confidences sur votre félicité familiale sinon, le malheur vous talonnera
Quant à Mélisande, elle demeure seule, traversant la vie comme une ombre sur les quais de la SeineOn croit que les plaies du cœur dessèchent, quelles ne donnent plus rien mais parfois, il y pousse une fleur étrange. Un parfum doux-amer flotte désormais dans ma mémoire lorsque je pense à Mélisande, pas tout à fait de la rancune, pas tout à fait du pardon non plus. Parfois, lenvie me prend de rire toute seule devant la glace, en pensant à ce que la vie ose tisser avec ses fils emmêlés.

Aujourdhui, au lieu dun balai ou dune louche, jempoigne la plume. Jécris, des histoires dombre et de lumière, celles qui savent consoler les vieilles douleurs, celles qui savent faire danser les regrets. Mon mari rit de mes lubies, mes enfants me taquinent, mes nouvelles amies me semblent délicieusement inoffensives ou bien cest moi qui ai appris à ne plus ouvrir chaque porte sans regarder par le judas.

Jai compris que les épreuves ne volent jamais que ce quelles laissent derrière, et quaprès le fracas, il vient toujours une forme de paix. Plus prudente, peut-être. Plus précieuse. Mais dans chaque famille, chaque cœur grandi par la trahison, il reste une place pour un éclat de confiance, même timide, même rapiécé. Le bonheur est une broderie fragile il faut choisir ses fils, et, surtout, ses aiguilles.

Alors, je savoure ce renouvellement, ce quotidien un peu cabossé mais à moi. On ne choisit pas toujours son histoire, mais on écrit la suite. La mienne ségrène désormais sans Mélisande ni drame, juste un soupçon de sagesse et beaucoup de tendresse. Et quand on me demande si je crois encore à lamitié, je souris en versant du thé : oui, mais désormais, je garde ma tasse bien en main.

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«L’amie jurée» Les histoires où le mari quitte sa femme pour sa meilleure amie ne manquent pas – et c’est souvent compréhensible. Votre meilleure copine, presque de la famille, connaît tout de votre foyer : les habitudes, les anniversaires, les goûts de votre mari. Même si vous êtes très différentes, la complicité née de tant d’années d’amitié suffit parfois à faire chavirer un homme, et un jour, il peut quitter le navire familial sans prévenir. C’est ce qui m’est arrivé… …Marine – mon ancienne camarade de classe – était mon amie depuis toujours. Jamais je ne l’aurais soupçonnée de vouloir jouer les briseuses de ménage. Elle le disait souvent : « Ton Christophe ne m’attire pas du tout ». Je riais : « Tant mieux alors ! ». Mariés jeunes – j’avais 17 ans, lui 19 – on croyait vivre heureux toute la vie. Marine venait tout le temps à la maison, toujours apprêtée, alors que moi, j’enchaînais tâches domestiques en peignoir. Ma mère me mettait en garde : les copines célibataires sont comme une bombe à retardement. Je n’écoutais pas. Avec le temps, mon mari s’impatientait quand Marine débarquait. Je croyais qu’il en avait assez de nos papotages. En fait, il était déjà tombé sous le charme de « Marine la mandarine ». Un été, je pars en vacances avec les enfants, laissant Christophe faire des travaux à la maison. À mon retour, aucun signe de passage masculin : même le citronnier avait soif. Sauf un tube de rouge à lèvres – bien trop voyant pour ne pas deviner son appartenance… Confusion, colère, trahison : Marine m’avoua calmement sa liaison avec mon mari. La suite ? Chacun a refait sa vie, ou presque. Des années plus tard, j’ai une amie très mariée et un nouveau compagnon. Christophe, lui, a changé de femme. Quant à Marine… elle reste seule. Alors oui, il faut des amies dans la vie. Mais mieux vaut se méfier, même des meilleures, et ne pas tout révéler de son bonheur conjugal… Marine, quant à elle, n’a jamais fondé de famille.
Léna ! Il faut qu’on parle sérieusement…