Mes parents ne méritent rien dautre que du mépris. Je regrette dêtre née dans une famille pareille.
Je me doute bien quen disant ça, je ne vais gagner la sympathie de personne au contraire, je sens que je vais me faire clouer au pilori, mais il fallait que je le dise. Expliquez-moi : pourquoi les gens sans le sou, qui nont strictement rien accompli dans leur vie, décident davoir des enfants ? Dans quel but ? Pour reproduire la misère, encore et encore ? À quoi pensent-ils en nous mettant au monde ? Ce qui va arriver à leurs enfants ne semble jamais les effleurer !
Je viens de ce monde-là mes parents nont strictement rien bâti durant toute leur existence. Ni diplômes, ni métier, ni même un petit deux-pièces à leur nom. Leur unique réussite, cest davoir donné naissance à moi et à mes quatre sœurs. Voilà toute leur production locale ! Pour quoi faire ? Oui, je sais, ça ne sonne pas très joyeux de dire que je ne me réjouis pas d’être née, mais cest bien la vérité.
Toute mon enfance, on na cessé de mhumilier parce que jétais pauvre, parce que ma mère était concierge et mon père simple ouvrier. Les professeurs eux-mêmes y allaient de leurs petites prophéties : « Toi, tiras pas loin, tu vas finir sur le trottoir ou pire, au pied dun lampadaire. » Quest-ce que javais bien pu leur faire ? Seulement naître de parents qui ne rentraient pas dans le moule. Jen ai tellement voulu à mes parents que je nai plus aucun contact avec eux.
Malgré tout ça, jai serré les dents, retroussé les manches, je me suis battue, jai fait des études. Jai payé chaque centime de mes frais de scolarité moi-même, en donnant des cours, en faisant tous les petits boulots possibles. Aujourdhui, jai trouvé ma place dans la vie ; on ne peut pas dire que je manque de quelque chose. Mais ma misère, elle, ne me quitte pas, elle me colle à la peau.
La cerise sur le gâteau ? Mon fiancé, lui, vient dune famille dorée sur facture, le genre à lire Le Monde en buvant leur café du matin, surdiplômés, raffinés jusquau bout des ongles. Je me sens toujours de trop, jai presque honte de leur parler. Alors, je fais quoi ? Même si javance, la pauvreté reste là, comme une vieille chanson triste, surtout quand je me rappelle tous ces jours gris où on me la rappelait, à chaque coin de rue.

