Ma belle-sœur a exigé que je lui offre ma nouvelle fourrure : j’ai imaginé un cadeau bien meilleur pour elle

Allez, laisse-moi lessayer, tu ne vas pas être radine quand même ? Juste une minute, je veux juste voir ce que ça donne devant le miroir ! La voix claire et impérieuse de Sandrine coupa net le calme du vestibule, où flottait encore le parfum dun bon café et dune eau de toilette Hermès.

Je venais juste douvrir la porte du dressing pour suspendre avec soin mon acquisition sur un cintre. Cette fourrure, un vison noir baptisé diamant noir, nétait pas un simple habit. Cétait le symbole de deux années de privations, dheures supplémentaires, de missions terminées dans la douleur et de déjeuners sautés. Jen rêvais depuis que jen avais aperçu une similaire chez Max Chaoul, un soir dhiver, moi qui me gelais dans ma vieille parka sur lavenue de la République à Lyon.

Sandrine, sérieux ? On vient à peine darriver, tentai-je gentiment alors que sa main agrippait déjà la manche de ma précieuse. La fourrure, ça naime pas trop les manipulations, et puis il fait trop chaud ici.

Oh là là, madame est délicate, la fourrure naime pas ! me lança-t-elle en roulant des yeux, sur le ton caractéristique des grandes sœurs qui se donnent tous les droits. Sandrine était la sœur aînée de mon époux, Nicolas, et son statut lui servait toujours dexcuse. Attends, je ne vais pas aller trier des patates avec, je te signale. Je suis la sœur de ton mari, quand même, du même sang. Nico, vas-y, dis-lui !

Nicolas, en équilibre sur une jambe pour retirer ses chaussures tout en tenant un cabas Monoprix par les dents, me regarda, coupable. Il avait horreur des conflits, surtout entre les deux femmes de sa vie.

Prisca, laisse-la lessayer, ce nest pas bien grave La fourrure ne va pas se décomposer en une minute ! bredouilla-t-il, les yeux au sol. Sandrine veut juste voir.

Jeus du mal à retenir un soupir dagacement, mais javais trop de fierté pour lui arracher ma pièce des mains. Les doigts crispés, je laissai faire. Sandrine se jeta sur la fourrure comme une pie sur un ruban, la passa par-dessus ses épaules imposantes. Elle taillait du 46 quand moi je fais du 40. Le vison grinça légèrement sous la tension.

Cest un peu juste au niveau du buste, constata-t-elle, sattardant narcissiquement devant le miroir tout en tirant sur le col dun air possessif. Mais la coupe est chic, ça fait style. Tas payé combien ? Nico a claqué tout son treizième mois ou quoi ?

Je lai payée toute seule, répondis-je calmement en mapprochant pour intervenir au plus vite. Avec mes économies. Nicolas a tout juste fini de rembourser le prêt de la Clio, tu le sais bien.

Sandrine se dérida, caressant mon manteau tantôt à rebrousse-poil, tantôt à plat, ce qui me donnait presque la nausée.

Toute seule Tu parles, largent du couple, cest largent du couple. Tu las serré sur quelque chose, Nico. Moi je paie tout pour mes gamins, tu sais, je traîne ma vieille doudoune depuis cinq ans, jai même honte daller au bureau avec. Pourtant à la DRH, faut avoir de lallure, on na quune chance de faire bonne impression.

Elle finit par retirer ma fourrure et la jeta sur le banc du hall comme si elle sen débarrassait, sans même la raccrocher. Je la saisis aussitôt et la rangeai soigneusement dans sa housse.

La soirée sannonçait électrique. Sandrine nest pas venue pour rien : elle voulait prendre la température avant lanniversaire de belle-maman, Madame Jacqueline. Au dîner, alors quelle sapprêtait à sempiffrer dune troisième portion de gratin dauphinois, la discussion revint, comme par hasard, sur les manteaux.

Ils annoncent un hiver glacial ! sexclama-t-elle en plantant sa fourchette dans le fromage. Les infos parlent de moins quinze à Lyon ! Je vais attraper la mort avec ma doudoune. Et si je tombe malade, qui soccupera de mes enfants, hein ?

Sandrine, tas pensé à tacheter une doudoune neuve ? demanda Nicolas en lui servant du thé. Les membranes sont top maintenant

La membrane, cest bien pour aller skier. Moi, je veux une allure, reprit-elle en soufflant. Jenvisage de refaire ma vie, crois-tu quun homme sérieux va me remarquer en doudoune ? Les vrais hommes ne voient que la fourrure. Franchement Prisca, tes maligne. Maintenant tu sors comme une reine. Moi je ressemble à Cosette.

Je me contentais de boire mon thé en silence. La complainte de Sandrine, je la connaissais par cœur. Elle aimait se poser en victime, mais ses finances étaient loin dêtre lamentables, avec un CDI correct à la mairie et une pension de son ex qui la couvrait aisément. Le problème ? Sandrine dépensait tout en petits plaisirs, incapable déconomiser.

Après son départ, Nicolas soupira longuement en débarrassant la table.

Prisca, ne le prends pas mal Elle na pas la vie facile, deux enfants, elle rame Elle a un brin de jalousie, cest humain.

La jalousie, cest stérile, rétorquai-je en classant les assiettes. Jai bossé comme une folle pour cette fourrure. Elle aussi, pouvait mettre de côté si elle arrêtait Uber Eats et les taxis à tire-larigot.

Tu as raison, murmura-t-il, me prenant par lépaule. Mais écoute, pendant que tu étais sous la douche, elle a laissé entendre

Je marrêtai net, une assiette en main.

Laisser entendre quoi ?

Elle a dit que tu avais déjà un beau manteau en cuir retourné Ta fourrure, tu ne vas pas la porter tous les jours. Elle a bientôt 35 ans, un anniversaire rond, tu pourrais la lui prêter pour la saison, voire lui offrir ?

Jai reposé mon assiette avec fracas.

Tu es sérieux, Nicolas ?

Quest-ce que tu veux que je te dise ? Cest ma sœur, elle a froid, tu es généreuse, je sais.

Oui, généreuse, mais pas idiote. Elle coûte trois mille euros cette fourrure ! On noffre pas des trucs pareils à la légère, surtout à quelquun qui ne fait pas attention. Qui plus est, elle ne rentre même pas dedans. Quelle sachète la sienne, point final.

Daccord, nen parlons plus, tempéra-t-il en levant les mains. Mais tu sais comment est Sandrine Maintenant, elle va saouler tout le monde, y compris maman.

Il ne croyait pas si bien dire. Dès le lendemain, la tactique familiale commença. Coup de fil de belle-maman, Jacqueline.

Ma douce Prisca, comment vas-tu ma chérie ? égrenait-elle dune voix mielleuse toujours mauvais signe. Jai eu Sandrine elle est très peinée.

Peinée, pourquoi donc ?

Elle voulait tant partager ta joie hier, et tu las comment te dire humiliée, voir fanfaronné avec ta fourrure, la pauvre, elle na que sa doudoune élimée

Jacqueline, je nai rien fanfaronné, répliquai-je, retenant un soupir. Cest Sandrine qui sest jetée sur mon manteau. Et sa veste est parfaitement correcte. Et puis, la fourrure, cest mon achat, payé de ma poche.

Toujours cette obsession de largent ! Les liens du sang sont plus précieux ! Vous êtes jeunes, stables, pas denfants, alors que Sandrine peine. Elle fête bientôt ses trente-cinq ans Tu pourrais lui faire plaisir, lui donner ce manteau ! Je suis certaine que Nicolas ten offrira un autre, tu es si ambitieuse Sandrine mérite aussi de se sentir belle.

Je ne donnerai pas ma fourrure, non.

Quelle dureté, Prisca Je ne pensais pas ça de toi On ta accueillie comme une fille, mais tu gardes tout pour toi. Garde-la donc dans ta tombe, ta fourrure !

Jacqueline raccrocha furieuse. Je restai devant mon portable, les mains tremblantes. On macceptait pour tout : accompagner belle-maman chez le médecin, rénover son balcon, aider les neveux, mais refuser de céder mes sacrifices me mettait tout à coup hors-clan.

Le soir, Sandrine passa à lattaque sur le groupe WhatsApp familial : images de citations sur légoïsme, la vraie famille, la tristesse de se sentir seule. Puis, message vocal privé :

Prisca, réfléchis. OK, offrir ta fourrure, cest exagéré Si tu me la vends ? Dix fois moins cher, en plusieurs fois ? Allez, en famille Et ça ne te va pas ce noir, cela te tristesse, alors que sur moi, c’est top !

Jai écouté deux fois, écœuré mais franchement admiratif devant autant de toupet. Avoir ce culot de retourner la situation en se posant en victime Cest là quun plan sest dessiné dans mon esprit aussi vite quun flash.

« Tu veux une fourrure, Sandrine ? » me suis-je murmuré devant la fenêtre en scrutant mon reflet. « Tu vas en avoir une, la plus authentique, la plus robuste »

Jai appelé Nicolas, encore au boulot.

Chéri, jai réfléchi Peut-être ai-je été un peu dure.

Ah bon ? répondit-il, visiblement soulagé. Tu es sérieuse ?

Oui. Se disputer pour un manteau, quelle bêtise. Je compte offrir une fourrure à Sandrine pour son anniversaire.

Tu es un ange ! sécria-t-il. Je préviens maman tout de suite, elle va être folle de joie !

Attends, ne donne pas trop de détails. Juste, le problème du cadeau est réglé, tu seras ravie. Dis-lui que cest une vraie fourrure, bien chaude, de qualité.

Promis, je bouche. Quelle surprise !

Je raccrochai. Direction Leboncoin. Pas vison, ni zibeline. Je tapai mouton, vintage, authentique. Il ne me fallut pas plus de trois jours pour repérer lobjet du crime.

Lannonce disait : Vends manteau en véritable mouton, maison Duvivier, année 1980, état impeccable. Taille 48-50. Très chaud, increvable.

Sur la photo : une monstruosité brune, énormes épaules, col châle qui pouvait avaler un chien, boutons dignes dun jeu de palet. Elle semblait faite pour lère glaciaire.

Jai traversé Lyon pour la récupérer. La vendeuse, une charmante retraitée de Sainte-Foy, était ravie.

Prenez, prenez ! Ce nest pas de la pacotille ! Mon défunt époux lavait achetée pour un hiver à Chambéry. On dormait presque dehors avec ! Ma fille râle, elle trouve cela affreux mais elle na jamais eu froid aux os, elle !

Quand je lai enfilée, jai bien cru meffondrer sous le poids. Sept kilos au bas mot, un parfum tenace de naphtaline et de souvenirs. Mais franchement, résistante.

Je la prends, conclus-je, sortant trois billets de vingt euros. (Elle ne ma coûté que soixante euros)

De retour à la maison, jai réalisé un paquet cadeau royal. Papier doré, rubans éclatants, carte personnalisée. Jaérais énergiquement le monstre sur le balcon rien à faire, ça sentait toujours lancien, mais cétait parfait.

Voilà, vrai mouton, hyper chaud, et le vintage encore à la mode ! soupirai-je, satisfaite.

Le jour J, la fête danniversaire de Sandrine eut lieu dans une brasserie élégante près de la Place Bellecour. Ma belle-sœur, parée dune robe moulante et coiffure brushing, rayonnait en imaginant déjà son cadeau. Les rumeurs tinrent salon Prisca cède enfin sa fourrure !.

Ma belle-mère maccueillit en héroïne, me serrant à métouffer.

Ma petite, tu as un cœur en or ! Sandrine na pas dormi de joie, elle tattend, tu nimagines pas !

Fidèle à moi-même, javais mis mon beau manteau en laine. Nicolas déposa lénorme paquet à ruban sur la table.

Allez, grande sœur, joyeux anniversaire ! lança-t-il. Voilà le cadeau tant attendu.

Sandrine éclata de joie, se rua sur le paquet, griffant à demi folie le papier.

Merciii ! Enfin ! Jen rêvais ! Cest pas possible !

Les regards des invités fusaient, les copines de Sandrine trépignaient. Elle arracha le couvercle et découvrit le col dours de la fourrure. Elle glissa deux doigts, tira dun coup : le manteau dévoila sa masse et laura de sa décennie.

Un silence de cathédrale emplit la salle tandis quelle brandissait lobjet, bras tendus, sur le point de défaillir sous le poids.

Quest-ce que cest que ça ? gémit-elle, blafarde.

Une véritable fourrure, Sandrine, rétorquai-je avec le sourire. Mouton, pièce unique. Tu avais froid, maintenant tu es armée pour tenir jusquau Pôle Nord et cest ample zéro souci de fermeture. Le vintage, tu sais, cest so Paris en ce moment

Un murmure séleva, suivi de petits rires étouffés venant des cousines. Des Ça, cest du solide ! séchangèrent dans le coin des anciens. Les joues de Sandrine virèrent à lécarlate.

Cest une blague ? Je voulais ta fourrure en vison ! siffla-t-elle.

Eh bien, tu voulais une fourrure pour affronter lhiver et le standing, tu as la Rolls du manteau chaud. Mon vison, cest pour Paris-Roubaix en limousine, pas pour grelotter à larrêt de bus. Ici, tu ne risques rien.

Ce truc sent la cave et pèse une tonne ! hurla-t-elle en jetant la pièce dans la boîte. Maman, regarde ça !

Jacqueline faillit sétouffer.

Enfin, Prisca On pensait à ta belle pièce ou au pire une similaire !

Une fourrure moderne comme la mienne coûte trois mille euros, répondis-je calmement pour toute la table. Je ne suis pas milliardaire. Et offrir ce quon a de cher, ce nest pas une obligation. Alors jai cherché la fourrure la plus chaude possible. Si la mode compte plus que le confort, alors je ny peux rien.

Nicolas, après un moment de flottement, éclata de rire.

Elle na pas tort ! Tu te rappelles, chez Mamie, on sasseyait dessus lhiver, cétait indestructible ! Si tu veux du vrai chaud, cest parfait !

Sandrine, voyant son fan-club prendre la chose à la rigolade, fondit en larmes et senfuit. Ma belle-mère la suivit, me foudroyant du regard.

Cest un peu dur, marmonna une tante.

Plutôt juste, répliqua Nicolas, retrouvant son aplomb. Il me serra la main : Merci, ma belle. Belle leçon. Tu es brillante et bien trop patiente.

La soirée finit sans éclat. Sandrine, revenue les yeux rouges, ignora ostensiblement notre table, la boîte en carton trônant dans un coin. De retour à la maison, Nicolas osa :

Prisca cette fourrure, tu las trouvée où ?

Top secret ! Mais la dame ma assuré que joffrais chaleur et longévité.

Jai été soufflé Mais honnêtement, Sandrine a eu la leçon quelle méritait. Si elle voulait juste lutter contre le froid, elle serait ravie. Mais le vrai but, cétait de te taxer une pièce hors de prix. Bravo davoir déjoué ça.

Le lendemain, Sandrine mit lannonce en ligne : Superbe manteau vintage, cadeau exceptionnel, ne convient pas à mon style. Ça ma fait sourire.

Évidemment, le climat avec belle-sœur et belle-mère sest rafraîchi mais au moins, plus personne nosa me demander un essayage ou un prêt. On savait désormais que mon imagination savait aussi bien trouver une paire de bottes en caoutchouc vintage pour rendre service.

Sandrine a finalement acheté une doudoune dernier cri en membrane. Elle a avoué ­ à demi mot quelle na jamais eu aussi chaud.

Cette histoire ma appris quen famille, la générosité nest pas une question dobjets, mais de respect des efforts de chacun, et quil faut parfois pour poser des limites user dun brin dhumour et dune bonne dose de créativité.

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