Paris, le 20 juillet
Ma femme et moi vivons à Paris depuis maintenant plusieurs années. Je me suis installé ici il y a quinze ans, à l’origine pour mes études. Une fois mon diplôme en poche, jai trouvé un emploi stable et cest ici aussi que jai rencontré Juliette, celle qui allait devenir ma femme.
Après un an de relation, nous nous sommes mariés. Au début, nous partagions lappartement des parents de Juliette pour économiser en vue de notre propre chez-nous. Aujourd’hui, nous avons enfin notre petit appartement de deux pièces, même si, à vrai dire, il reste encore six ans de remboursement avant de le considérer entièrement à nous.
Et, comme le veut la tradition, les visites familiales ne tardent jamais. Tout le monde tient à découvrir Paris, mais, évidemment, personne ne souhaite dépenser de largent pour un hôtel. Il paraît tellement plus simple de loger chez de la famille
Cet été, avec Juliette, nous avions prévu nos vacances en Bretagne. Nous avions réservé notre séjour depuis un moment et devions partir le 16 juillet. Deux jours avant notre départ, alors que nos valises étaient presque prêtes, ma cousine Amandine mappelle et annonce quelle prévoit de passer chez nous le 18 juillet.
Je lui explique que nous serons absents, en vacances sur la côte Atlantique. Sa réponse fuse : «Quelles vacances ? Annule donc ! On ne sest pas vus depuis un an !» Je lui répète gentiment que ce nest pas possible, que tout est réservé. Elle raccroche, vexée.
Le 16, nous roulons vers les embruns bretons. Le 18 au soir, mon téléphone sonne. Cest Amandine, un brin furieuse :
Vous êtes où ? On est chez vous, devant la porte. On sonne, personne nouvre !
Amandine, je tavais prévenue : nous sommes à la mer, en Bretagne.
Je pensais que tu plaisantais
Non, je te lavais dit sérieusement.
Et maintenant, on fait quoi ?
Il y a beaucoup dhôtels, dauberges de jeunesse Vous pouvez vous loger sans problème.
Mais on na pas les moyens de payer une chambre sur Paris !
Écoute, je ne peux rien faire à distance. À vous de décider : rentrer chez vous ou trouver une solution. Vous êtes grands !
Elle a raccroché sèchement, et depuis, plus aucune nouvelle. À notre retour, jai appris grâce aux autres membres de la famille quelle sétait plainte auprès de tous. Selon elle, je suis un monstre dégoïsme, parti me détendre sur la côte au lieu d’accueillir mes proches. Et naturellement, bien des cousins prennent son parti et me blâment.
Je reste assez perplexe Quai-je donc fait de mal ? Vouloir passer mes vacances avec ma femme, après avoir prévenu en avance de mon absence ?
Je crois que, désormais, jen retiendrai ceci : en France aussi, il est important de saffirmer et de fixer ses propres limites, même face à la famille. Chacun sa vie, après tout.
