Nous sommes venus te rendre visite, mais tu n’es pas là : Quand la famille débarque à Paris sans prévenir, et qu’on t’accuse d’être égoïste parce que tu es partie en vacances à la mer malgré les avertissements

Nous sommes venus te rendre visite, mais tu nes pas là.

Je vis avec mon mari dans une grande ville, quelque part entre la Seine et les immeubles rêveurs qui frôlent les nuages. Jai débarqué à Paris il y a quinze ans pour mes études, jai plongé dans lagitation des amphis, puis décroché un poste. Cest ici que jai rencontré mon futur mari, un soir étrange où la Tour Eiffel semblait flotter au-dessus de la ville.

Un an après notre rencontre, nous nous sommes mariés dans une petite mairie noyée sous le parfum des croissants.

Au début, nous habitions chez les parents de mon mari dans leur appartement baigné des histoires de famille et de camembert, mettant chaque euro de côté pour un petit nid. Aujourdhui, nous avons un deux-pièces aux murs couleur lavande à nous, cest peut-être exagéré puisque six années de crédit nous attendent encore.

Et puis, comme dans tous les songes familiaux, voilà que débarquent les cousins.

Chacun veut voir Paris, mais personne ne veut payer lhôtel. Rester chez les proches, cest payer en sourires et non en euros.

Cet été, entre les ombres allongées et la brume chaude, mon mari et moi avions posé nos congés pour enfin écouter le chant étrange des vagues sur la Côte dAzur.

Notre départ était prévu pour le 16 juillet, les valises dansaient déjà près de la porte.

Mais soudain, le 15 juillet, ma cousine Capucine appelle au beau milieu de la nuit :
On arrive chez vous le 18 !

Je lui ai soufflé que nous partions, justement, pour la mer. Que lappartement serait vide, désert, empreint de notre absence.

Elle a rétorqué dune voix lourde, comme un cor de brume :
Mais quel départ ? Renoncez ! Nous ne nous sommes pas vus depuis un an.

Jai expliqué que non, impossible, les billets étaient pris, les rêves déjà en route.

Elle a raccroché, ses mots suspendus entre deux horizons.

Nous sommes partis.

Le soir du 18, le téléphone sest mis à gémir. Jai décroché, la voix de Capucine résonnait étrange, floue :
Où êtes-vous ? On est devant votre porte, on sonne, mais rien, le silence, juste la ville qui ronfle.

Qui donc peut ouvrir, dis-moi, alors que nous sommes enlacés par les vagues du Midi ? Je tai prévenue, Capucine, la mer nous a happés.

Je croyais que tu plaisantais, que cétait une blague

Non, cest vrai, nous sommes loin.

Et maintenant, que faire ? demande-t-elle, sa voix petite, comme une chanson égarée.

Paris regorge dhôtels, de pensions, de coins oubliés Posez vos valises, inventez-vous un rêve.

Nous navons pas assez deuros pour loger ailleurs

Alors je ne sais pas. Retournez dans votre province ou laissez-vous porter par la ville. Vous êtes adultes, maîtres de vos songes.

Elle a raccroché, sest évaporée dans la toile de la nuit, sans plus jamais rappeler.

Le lendemain, elle a raconté à toute la famille que jétais une horrible parisienne, que javais préféré la Côte dAzur au parfum des retrouvailles, que javais fui les siens.

Les autres cousins ont applaudi son récit, eux aussi perdus dans cette logique étrange des rêves où on accuse sans comprendre.

Et moi, dans cette comédie mystérieuse, je me demande encore où est la faute ? Où est la limite entre famille et liberté ?

Parce que jai voulu m’évader, juste un été, avec mon mari ? Navais-je pas prévenu, navais-je pas soufflé la vérité dans leurs oreilles endormies par la ville ?

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