Mon mari me prenait toujours sa mère en exemple – L’histoire d’une femme française, accusée de paresse, qui a tout sacrifié pour ressembler à sa belle-mère parfaite, avant de s’émanciper et de retrouver le bonheur auprès de sa fille après le divorce.

Mon époux me montrait toujours sa mère comme un exemple à suivre.

Tout flottait dans un brouillard épais, où les silhouettes prenaient la forme de souvenirs incertains. Javais vingt-cinq ans lorsque je me suis mariée à Paris ou peut-être était-ce à Lyon, car les rues changeaient dans mon rêve. Un an plus tard, une petite fille naissait, prénommée Célestine. Les premiers temps, entre nous, tout semblait léger, comme la brume matinale sur la Seine. Mais bientôt, mon mari me surnommait paresseuse, disant que je me reposais trop, enfermée dans mon congé maternité, alors que mon salaire, en euros, nétait quun peu inférieur au sien, même si les chiffres dansaient dans ma tête.

On raconte, dans larrière-cuisine des familles françaises, que le vrai visage du gendre apparaît après la noce, sous l’ombre longue d’une belle-mère. Jaurais dû le deviner, mais jétais aveugle et sourde, comme plongée dans une sieste où toutes les alarmes sonores sont étouffées.

Mon mari ne cessait dinvoquer les exploits de sa mère, Brigitte, qui, dans son souvenir, était la perfection incarnée. Elle jonglait avec un jardin en banlieue, faisait la comptabilité, élevait deux enfants, semblait posséder des bras infinis. Et moi, perdue dans ce rêve, je mépuisais à vouloir lui ressembler. Je laidais dans sa maison étrange, où toutes les pièces se réorganisaient sans cesse, jarrachais des mauvaises herbes sur une parcelle de terre qui était tantôt en Normandie, tantôt sur la Côte dAzur. Jaidais Célestine à faire ses devoirs pendant que la chaise vacillait sous moi. Je travaillais à temps plein, parfois de nuit, les heures filant comme des lucioles dans la brume. À mon travail, on exigeait toujours davantage, en échange de quelques centimes supplémentaires. Jacceptais des heures sup, parce que je navais pas le choix. Jétais dépendante de mon mari, qui me lançait ses piques en ricochet, et moi je faisais semblant de ne pas les entendre, par peur du divorce, pour ne pas priver ma fille dun père dont lamour était aussi insaisissable que la rosée.

On dit ici : plus on laisse passer, plus les autres prennent leur aise. Je lui expliquais, à lui, que jétais fatiguée, incapable daller encore chercher un autre boulot, mais il me répondait que puisque cest ainsi, il mettrait la même somme que moi pour le foyer, et le reste de son salaire, il le mettrait de côté pour lui. Touchant, pensait-il, à une équité mathématique, mais moi, jétouffais dans ce partage glacial. Notre couple tanguait déjà, mais là, une fissure irréversible souvrit.

Cest là, dans cette veille étrange, que jai compris : ça ne pouvait plus durer. Jen avais assez de ses reproches, de cette morale héritée de Brigitte, de son ton doctorant et lassé. La goutte deau fut sa menace : si je ne trouvais pas de «vrai travail», lui irait habiter chez sa mère. Et cette pensée est restée suspendue, accrochée à mes rêves pendant trois ans. Puis, un matin brumeux, jai eu lopportunité, grâce à une amie, de trouver un bon emploi, bien payé ses contours étaient flous mais rassurants. Je préfère taire ce que jai enduré jusque-là, alors que tout le monde autour de moi, en ré, en mi bémol, jugeait mes choix. Le divorce sest imposé. Nous avons partagé notre vie, nos euros, notre appartement haussmannien échangé contre le sien : nos biens divisés comme la baguette du petit déjeuner. Des disputes en échos dans des pièces vides.

Aujourdhui, je me réveille douce et paisible, Célestine à mes côtés, dans un appartement qui mappartient, avec un travail que jaime pas le summum de mes rêves, mais il me donne le nécessaire. Pourtant, la parenté continue de vouloir me recoller quelquun, comme si le bonheur était affaire de binôme. On me regarde, dans le marché du dimanche, comme une femme divorcée, un peu incomplète. Pour eux, le bonheur surgira avec un nouvel homme. Pourquoi donc ? Jen ai déjà eu un Je devrais peut-être porter, sur le front, une pancarte : « Jeune, jolie, pas intéressée par les rendez-vous. Je suis heureuse, seule avec ma fille. Inutile de venir tout gâcher avec un autre mariage. » Mon ex-mari, lui, paraît heureux, bercé à nouveau par les bras de sa mère.

Ainsi va mon rêve, étrange et vaporeux, où les familles françaises, les euros, et les ombres du passé valsent sous les lampadaires tièdes des boulevards silencieux.

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Mon mari me prenait toujours sa mère en exemple – L’histoire d’une femme française, accusée de paresse, qui a tout sacrifié pour ressembler à sa belle-mère parfaite, avant de s’émanciper et de retrouver le bonheur auprès de sa fille après le divorce.
Я была бесплатной домработницей для семьи, пока на юбилей не уехала за границу на бизнес.