« Sors de chez moi ! » ai-je lancé un jour à ma belle-mère, lorsquelle sest permis une fois de trop de mhumilier.
Aujourdhui, je repense souvent à cette peur presque irrationnelle que jai longtemps ressentie envers la colère de ma belle-mère. Javais déjà été mariée une première fois, bien avant de la connaître. Avec le recul, jy vois presque un soulagement. Mon premier mari, Lucien, avait grandi dans un orphelinat, sans famille pour le soutenir. Notre union na duré que cinq ans ; jai fini par demander le divorce. À lépoque de notre mariage, jétais encore étudiante à luniversité. Mais, au bout dun an, Lucien a commencé à boire, accumulant des dettes, et en tant quépouse, je me retrouvais engagée dans ses problèmes financiers. Jai dû abandonner mes études pour travailler à temps plein, rembourser ses créanciers tout en regardant ma jeunesse sétioler.
Ma première histoire conjugale ne ma apporté que des tracas, et lorsque je suis enfin parvenue à tourner la page, jai enfin pu respirer. Deux années de solitude mont été nécessaires pour me rétablir, recoller les morceaux de moi-même.
Puis, jai rencontré Étienne. Lui, navait jamais été marié ni même connu de relation sérieuse. Tout est allé très vite entre nous ; il ma demandée en mariage et jai accepté. Vint alors le fameux dîner avec sa mère, la tristement célèbre Geneviève.
Dès la première rencontre, devant la porte de son appartement à Lyon, je me souviens encore de son air fermé. Elle a marmonné un vague « bonjour » et sest éloignée, me laissant plantée là avec mes incertitudes. Jai failli penser que cétait moi mon allure, ma façon de mexprimer mais non, jétais vêtue sobrement, jessayais dêtre polie. À table, Geneviève me fixait du regard sans dire un mot, ce qui ma mise très mal à laise.
Lorsque jai rougi sous son inspection, elle a pris la parole sèchement :
Alors, comme ça, tu es sans diplôme ?
Son rictus et la pointe de dédain dans sa voix sont restés gravés en moi.
Jai hésité, puis jai répliqué paisiblement, en buvant une gorgée de thé :
Jai dû interrompre mes études, mais je compte bien les reprendre.
Geneviève a haussé la voix :
Cest cela, des projets détudes ! Et quand tu deviendras épouse, tu comptes ty remettre, peut-être ? Qui va soccuper des enfants, cuisiner pour mon fils, tenir la maison ? On dirait une princesse de contes !
Elle a pouffé, reposant sa tasse avec agacement.
Tu ne conviens pas à Étienne, tu sais, il mérite mieux. Quand je te regarde, tu nas rien de particulier, ni physiquement, ni intellectuellement.
Là, jai senti mes joues senflammer de honte et me suis levée précipitamment pour me réfugier dans la salle de bains, où je nai pu retenir mes larmes. Une étrangère mattaquait sans raison, et mon fiancé restait silencieux. Heureusement, nous sommes repartis assez rapidement chez nous.
Je navais plus aucune envie de retourner chez elle. Mais elle, elle venait chez nous à Paris, souvent, et ne ratait jamais une occasion de me rabaisser, de me glisser des remarques acides.
Un jour, désespérée, je suis allée consulter un psychologue. Quelques séances mont suffi pour comprendre à quel point Geneviève était manipulatrice, et que jen étais la victime tout simplement parce que je lautorisais à me traiter ainsi.
Alors, lors de sa visite suivante, au première insulte, je nai pas hésité une seconde ; je lui ai dit de quitter immédiatement mon appartement.
Depuis, nos chemins ne se croisent plus. Cela mest égal. Quant à Étienne, il na rien ajouté et je ne lui en veux pas : il ne pourra jamais comprendre ce que jai enduré auprès de sa mère.

