Ma sœur, Camille, venait tout juste de donner naissance à un petit garçon. Nous avions décidé, avec mon mari, daller lui rendre visite dans son appartement de Lyon pour rencontrer le nouveau-né. Son époux, Jean-Baptiste, affichait une joie exubérante, visiblement emporté par lexcitation de lévénement. Sa meilleure amie, Aurélie, saffairait dans la cuisine à préparer des croque-monsieur. Lair était chargé dune odeur tenace, presque écœurante.
Jai essayé tant bien que mal de remettre un peu dordre et de préparer quelque chose de chaud. Soudain, Jean-Baptiste a invité tous les membres de sa famille à dîner le soir-même. Mais où allait-on les recevoir ? Dans cette cuisine en désordre et saturée de croque-monsieur ? Mon mari, Paul, séchinait à gonfler des ballons tout en jetant des regards inquiets vers moi. Nous avons quitté lappartement deux heures plus tard. Chacun est monté dans sa propre voiture, prêts à partir pour la maternité. Jean-Baptiste, lui, a lancé quil ferait une halte chez le fleuriste sur la route.
Aux abords de lhôpital Mère-Enfant, toute la famille était réunie excepté le père du nourrisson. Camille nosait pas sortir, puisquil lui avait promis dapporter ses affaires nécessaires pour le départ. Nous avons patienté près dune heure, mais il napparaissait toujours pas.
La veille au soir, Camille avait enfin eu son autorisation de sortie. Mon mari et moi étions venus pour la ramener à la maison, pourtant, en arrivant, nous avons appris que Jean-Baptiste était déjà parti avec leur fils. Après quelques minutes dattente, voyant quil ne revenait pas, nous sommes partis bredouilles.
Plus tard, nous avons compris que Jean-Baptiste avait complètement oublié les affaires de Camille restées à lhôpital, puis avait laissé les fleurs dans la voiture, et pour finir, sétait retrouvé coincé dans les embouteillages de la Presquîle. À cause de sa négligence, ma sœur na pu quitter la maternité que deux heures après lhoraire prévu. Malgré cela, il sest montré dune insistance insupportable, refusant que lon parte sans goûter à peine à son accueil, comme si le bien-être de Camille passait loin derrière ses propres projets.
Toute la famille va fêter ça chez nous ce soir, jusquà tard ! a-t-il annoncé, le ton triomphal.
Dès notre arrivée, Camille sest réfugiée dans sa chambre, verrouillant la porte derrière elle. Elle sest endormie aussitôt. Le lendemain matin, sitôt réveillée, elle sest mise à ranger lappartement en silence. Jean-Baptiste, lui, na même pas soulevé la tête de loreiller, terrassé par la gueule de bois.
Je suis incapable dimaginer ce que jaurais ressenti si on mavait réservé un tel accueil. Jean-Baptiste nest pas un mauvais homme, mais il na même pas pris la peine de demander à Camille si elle avait envie de partager ce moment, ou non. Un vrai égoïste !
