La vie ne fait que commencer La veille au soir, Julie et sa meilleure amie Chloé s’étaient promis de commencer la journée par un jogging matinal. Même si c’est les grandes vacances à la fac et qu’elles auraient préféré faire la grasse matinée, il fallait bien se mettre au sport un jour. — Chloé, ne fais pas la marmotte, je te connais, tu adores traîner au lit jusqu’à midi, disait Julie la veille, et Chloé jurait qu’elle ne raterait pas le réveil. — Julie, t’inquiète, je me lèverai, quand il faut je deviens responsable, tu me connais, avait-elle rigolé en disant ça — qui parle de responsabilité, surtout pas elle. Julie se força à se lever de bonne heure, avant même que sa mère ne parte au travail, elle finissait son café en grommelant. — Maman, tu parles toute seule ? s’étonna Julie. — Je me plains, regarde : nouvelle blouse toute propre et déjà une tache de café… — Qui disait que je prends pas soin de mes affaires ? fit remarquer Julie, tu pouvais boire ton café en tee-shirt à la maison. — Je suis pressée, maintenant je dois me changer. Bref, ne remue pas le couteau dans la plaie dès le matin. D’ailleurs, pourquoi es-tu déjà debout ? — J’ai rendez-vous au parc pour courir avec Chloé, répondit Julie sérieusement. — Ne me fais pas rire, tu parles avec qui, ta Chloé doit encore rêver en ce moment, j’en suis sûre. Bon, j’ai une requête : ça fait longtemps que t’as pas vu mamie ? — Maman, on s’appelle tous les jours, hier encore on a papoté ! — Bien. Eh bien aujourd’hui tu vas lui rendre visite, lui apporter ces médicaments pour la tension et lui prendre des croissants avec de la confiture de fraises, elle m’a dit que sa tension faisait des siennes. Achète-lui aussi des viennoiseries, elle fête bien ses soixante-quatre ans. Tu es en vacances, tu as le temps, moi je file. — Ok, maman, j’irai ce matin, je me sens comme le petit chaperon rouge, sauf que maman n’a pas fait de galettes, pensa Julie en souriant, oh zut et le jogging alors ? Elle appela Chloé, qui décrocha d’une voix endormie. — Oui… oh Julie, j’ai raté le réveil, t’es déjà au parc ? Désolée, j’arrive… — T’inquiète, j’ai une mission : rendre visite à mamie. On remet à plus tard la course, j’ai un petit-déj à prendre, puis courses et pharmacie, et mamie habite à l’autre bout de Paris. — Cool, alors, je me recouche, répondit Chloé ravie en raccrochant. Julie rit : — Maman avait raison, Chloé est une vraie dormeuse, et moi aussi j’aurais bien traîné au lit… Une heure plus tard, Julie quittait l’appartement avec son sac à dos, la liste des médicaments, un peu d’argent et un parapluie — le ciel était gris. Il lui fallut encore une heure pour arriver chez sa grand-mère, sur la rive opposée. Il était presque midi lorsqu’elle sonna à la porte de Marie-Simone. La grand-mère ouvrit presque instantanément, et Julie resta interloquée sur le pas de la porte, se demandant si elle ne s’était pas trompée d’appartement. — Dis donc, mamie, quelle transformation ! s’exclama Julie, époustouflée. — Alors, tu me trouves rajeunie ? demanda fièrement Marie-Simone en tournant sur elle-même. — Mais mamie, ce look ! Cette coupe de cheveux canon, et cette couleur cendrée, avec une manucure en plus ! Franchement, t’es au top, mamie, on n’ose même plus t’appeler mamie ! s’amusait Julie. — Tu aimes vraiment, Julie ? — Mais carrément ! D’ailleurs maman dit que tu as des soucis de tension, j’ai apporté tes médicaments, des croissants et de la confiture de fraise. — Ah, les croissants et la confiture, c’est gentil, mais j’évite le sucre ces temps-ci, reprends-les pour toi. — Mamie, tu me fais marcher là ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Dis, tu serais pas tombée amoureuse ? Tu es rayonnante, ta fille se fait du souci et t’envoies balader… — Merci Julie, tu dois avoir mille choses à faire, tu ne restes pas un moment ? Julie, surprise, insista, elle n’avait pas l’habitude que sa grand-mère laisse filer aussi vite sa visite. — On partage un thé ? — Julie, je n’ai pas le temps, reprends tes croissants et ta confiture, tiens, je t’ai fait des crêpes aussi, tu repars avec un panier repas, s’amusa Marie-Simone. — Bon mamie, alors j’y vais… pensant pour elle-même : tout ça n’est pas net… Il y a anguille sous roche, sûrement un papy dans l’équation ? En descendant l’escalier, Julie réfléchissait. — Faut que je surveille cette histoire. Depuis quand mamie me met dehors ? C’est la faute d’un vieux monsieur, c’est sûr… Ou alors une sortie entre copines, théâtre, cinéma, voire café, elle me l’a déjà raconté. Arrivée dehors, Julie se planqua derrière les garages de la cour. Elle n’eut pas à attendre longtemps ; au bout d’une demi-heure, Marie-Simone sortit de l’immeuble. — Tiens, nouveau tailleur ! Où va-t-elle ? En route vers le parc… Quand sa grand-mère arriva à bonne distance, Julie se mit à la suivre discrètement. — Pourvu que mamie ne me remarque pas ! pensa-t-elle. Mais Marie-Simone était plongée dans ses pensées. Au parc, un homme aux cheveux argentés l’attendait avec un bouquet de fleurs. Julie se glissa derrière un lilas. Sa grand-mère s’approcha, l’homme lui offrit les fleurs et l’embrassa sur la joue ; elle fit de même. — Je rêve, c’est bien un amoureux ! La classe, mamie ! Je pensais qu’à cet âge il n’y avait plus d’idylle… Oh, il lui prend la main, c’est trop mignon. Elles prirent la direction d’un petit café, terrasse d’été. Julie observa la scène, mais soudain, elle percuta un jeune homme qui filmait la scène avec son portable. — Eh, t’es qui toi ? Pourquoi tu filmes ma grand-mère ? Tu n’as pas le droit ! Le garçon, surpris, bafouilla, puis répondit : — Je suis journaliste. Peut-être que je veux écrire un article sur l’amour à la retraite… Julie fit la moue. — L’amour… tu parles ! C’est rempli d’arnaqueurs, de nos jours. Ils veulent juste dépouiller les gentilles mamies de leur appartement. — Tu crois vraiment ça ? s’étonna le garçon. — J’en suis persuadée ! Et pourquoi t’as choisi ma mamie ? Je ne t’autorise pas à la filmer, c’est illégal. Et ce “fiancé” à côté, attention qu’il ne lui pique pas son deux pièces ! — Le garçon la regarda, vexé. — Si tu veux tout savoir, ce monsieur possède un grand trois-pièces en plein centre. Moi, j’habite chez lui en ce moment, mes parents refont leur appart. — C’est ton grand-père ? — Oui, c’est mon papi, Édouard. Il a beaucoup changé, il se rase tous les deux jours, a acheté des jeans neufs, même du parfum. J’ai vite compris qu’il y avait quelque chose ! Et si c’était une femme intéressée ? Il faut que je surveille, moi aussi… — Donc, celui qui est avec ma mamie, c’est ton papi ? Moi, c’est Julie, et toi ? — Arthur, répondit-il avec un sourire. Bon, on a tout découvert, alors on peut les laisser tranquilles. Moi je ne suis pas contre. — Moi non plus, avoua Julie en riant. — Dis Julie, tant qu’on y est, si on allait au ciné tous les deux ? demanda Arthur. Y’a un thriller au Gaumont. — Avec plaisir, répondit-elle. Trois mois plus tard, Marie-Simone appela sa fille : — Ma chérie, Julie est là ? — Oui, maman, pourquoi ? — J’ai une nouvelle à vous annoncer : mon ami Édouard m’a demandé en mariage, et j’ai accepté. Préparez-vous, je vous invite à la cérémonie ! — Mamie, cria Julie, mais pourquoi se marier à votre âge ? Vous n’allez plus avoir d’enfants ! — Julie, ma chérie, il faut vivre dans les règles ! Nous, la vieille génération, on fait comme il faut. L’amour, ça n’a pas d’âge, tu sais. Et puis, quand l’amour frappe à la porte, quel que soit ton âge, il faut foncer à la mairie ! — D’accord, maman. On va se préparer pour tes noces. — À propos, tu savais que Julie sort avec Arthur, le petit-fils d’Édouard ? demanda la grand-mère. — Je sais, elle a tout raconté. Elle l’adore, hein, Julie ? — Oui mamie, il est top, ton Édouard aussi ! rigola Julie. Peu après, tout le monde fêta le mariage de Marie-Simone et Édouard dans un petit café chaleureux. Le bonheur était dans l’air.

La vie ne fait que commencer

La veille au soir, Camille sétait mise daccord avec sa meilleure amie, Églantine, pour commencer la journée par un petit jogging matinal. Cétait les vacances dété à la fac, alors elles navaient pas vraiment envie de se lever tôt, mais il fallait tout de même se remettre un peu au sport.

Églantine, ne rate pas le réveil ! Je te connais, tu adores traîner au lit jusquà midi, plaisantait Camille la veille. Églantine promit solennellement.

Camille, je te jure que je ne vais pas louper mon réveil. Quand il faut, je me tiens à carreau, tu sais bien, répondit Églantine en riant delle-même question sens des responsabilités, elle était loin dêtre un modèle.

Camille fit un gros effort pour se lever tôt, avant même que sa mère ne parte au travail. Celle-ci buvait son dernier café, la mine un peu pressée, et râlait dans la cuisine.

Maman, tu parles toute seule ? sétonna Camille.

Oui, regarde-moi ça Jai mis un chemisier tout neuf, et hop, déjà une tâche de café dessus !

Tu vois, tu me fais tout le temps la leçon parce que je fais pas attention à mes fringues, lança Camille, taurais pu boire ton café dans ton vieux t-shirt à la maison.

Je suis à la bourre, et maintenant il va falloir me changer. Bon, ne men rajoute pas, pas de reproches dès potron-minet ! Dis, pourquoi tu tes levée aussi tôt ? demanda la mère, en changeant rapidement de chemisier.

On a prévu un footing au parc avec Églantine, répondit sérieusement Camille.

Tu me fais bien rire, vas-y donc compter sur ta copine, parierais quà lheure quil est, elle dort encore comme une marmotte ! Dailleurs, à propos, tu nas pas vu ta grand-mère depuis un moment ?

Mais si, je lui ai parlé hier au téléphone, on discute tous les jours, maman

Voilà, mais aujourdhui, tu vas lui rendre visite. Achète-lui ses médicaments pour la tension, elle ma dit que ça montait un peu ces temps-ci. Prends aussi des croissants et de la confiture de fraise, elle adore ça. Elle a déjà soixante-quatre ans ! Tu es en vacances, tu as tout ton temps. Je file ! conclut sa mère en claquant la porte.

Daccord, jirai voir Mamie ce matin, pensa Camille, amusée, comme le Petit Chaperon Rouge, mais sans le panier de gâteaux de Maman Mince, et le jogging alors ?

Elle appela Églantine, qui répondit dune voix encore toute ensommeillée.

Allô Oh, Camille, jai complètement loupé le réveil, tes déjà au parc ? Désolée, attends, je me lève

Pas la peine de courir, on remet ça. Ma mère ma missionnée, je dois aller voir Mamie. Jai tout un tas de trucs à faire avant petit déjeuner, courses, pharmacie et puis Mamie habite de lautre côté de la ville.

Ah ben, super, je vais pouvoir retourner dormir, répondit Églantine toute heureuse, avant de raccrocher.

Maman avait raison, rigola Camille. Églantine la dormeuse Ceci dit, moi aussi je serais bien restée au lit.

Une heure plus tard, Camille sortit de chez elle, sac à dos, liste des courses et parapluie à la main le ciel était menaçant. Arrivée au bout dune heure chez sa grand-mère, le midi approchait. Camille sonna chez Madeleine Durand.

Mamie ouvrit si vite que Camille recula dun pas, presque surprise de sêtre trompée dappartement.

Bonjour Mamie, mais cest quoi cette métamorphose ?! sexclama-t-elle, bouche bée devant sa grand-mère.

Cest bien moi, répondit fièrement Madeleine Durand. Je ne fais pas plus jeune, Camille ?

Elle tourna lentement sur elle-même, pour que Camille puisse la voir sous toutes les coutures.

Mamie, mais cette coupe ! Trop stylée ! Et où sont passés tes cheveux châtains ? Ce blond argenté, cest super chic. Et le vernis ! Vraiment, Mamie, je vais plus oser tappeler «Mamie», plaisanta Camille.

Tu aimes vraiment, ma chérie ?

Bien sûr ! Ah, et maman dit que tu as eu des soucis de tension, jai amené tes médicaments, et des croissants, plus de la confiture de fraise !

Les croissants et la confiture, cest gentil, mais jévite le sucre en ce moment, garde-les pour toi.

Mamie, mais quest-ce qui tarrive ? Taurais pas des papillons dans le ventre, par hasard ? Je dis ça, vu comme tu rayonnes, et maman se fait du souci

Merci ma Camille, tu dois avoir mieux à faire, non ?

Camille nen revenait pas. Dhabitude, sa grand-mère la retient jusquau soir, et là, elle semblait presque la pousser dehors. Juste pour en être sûre, elle tenta :

On ne prend pas un thé ensemble ?

Oh, à peine le temps ! Prends tes croissants et la confiture, et aussi des petits fromages blancs, tiens, je te fais un paquetage, éclata-t-elle de rire.

Bon Daccord, Mamie, fit Camille en prenant les victuailles, se disant quil se passait décidément quelque chose. Serait-ce un amoureux ? Mamie aurait-elle quelquun ?

En descendant les escaliers, Camille réfléchissait à cette nouvelle énigme.

Il va falloir que je mène lenquête Mamie qui mexpédie, cest bien la première fois ! Y doit bien avoir un papy dans laffaire Ou alors elle sort avec ses copines au théâtre, au cinéma, ou boire un café. Elle men parle souvent.

Sortant de limmeuble, Camille guetta et décida de sinstaller discrètement derrière les garages du quartier. Elle nattendit pas longtemps : une demi-heure plus tard, Madeleine, toute élégante dans un tailleur neuf, sortit de limmeuble, direction le parc.

Ah ! Où file-t-elle comme ça ? se demanda Camille, qui la suivit à distance prudente.

Espérant que Mamie ne la repère pas, elle la vit sarrêter dans le parc, rejointe par un homme aux cheveux argentés, un bouquet de fleurs à la main. Camille se planqua derrière un massif de lilas. La grand-mère et lhomme échangèrent des fleurs, un bisou sur la joue, puis se prirent tendrement la main.

Eh bien ! Je ne me suis pas trompée Mamie amoureuse ! À son âge ! Et lui qui lui tient la main, ils sont trop mignons pensa-t-elle, en saccroupissant derrière les branches.

Cest alors quelle remarqua, à quelques pas, un jeune homme sortant son téléphone pour filmer la scène.

Hé toi, tes qui ? Pourquoi tu filmes ma grand-mère ? Qui ta donné ce droit ? semporta Camille.

Le garçon, surpris, répondit après un instant dhésitation :

Je je suis journaliste. Je voulais faire un reportage sur lamour chez les seniors.

Camille souffla bruyamment.

Lamour ? Nimporte quoi ! Il y a tellement darnaqueurs de nos jours, qui veulent profiter de nos pauvres grand-mères, leur piquer leur appartement

Tu crois vraiment à ça ? sétonna le garçon.

Jen suis sûre ! Et pourquoi choisir ma grand-mère pour ton sujet ? Il y en a dautres ! Je tinterdis de la filmer, cest illégal, cest MA grand-mère, et ce fiancé, là, quil ne pense pas lui voler son deux-pièces

Le garçon la regarda avec une pointe doffense.

Pour ton information, «le fiancé» a un trois-pièces place de la République ! Pour tout dire, je vis chez lui en ce moment, mes parents font des travaux.

Cest ton papy ?!

Oui, mon grand-père, Édouard Martin. Je le trouve vachement changé dernièrement : il se rase tous les deux jours, il sest acheté un nouveau jean, il ma même embarqué choisir du parfum ! Quand jai vu ça, jai eu des soupçons. Sauf que voilà, je me suis dit : et si une croqueuse de diamants veut son appart Ça arrive plus souvent quon croit !

Attends Donc, à côté de ma Mamie, cest ton papy. Moi cest Camille, et toi ?

Antoine, répondit-il en souriant. Et franchement, si cest pour être heureux, quils se voient, ça me convient.

Tu sais quoi ? Moi aussi, je suis pour. Quils profitent ! Mamie la bien mérité

Camille, tant quà faire, tu veux quon aille au cinéma ensemble ? Il y a un nouveau thriller

Avec plaisir, répondit-elle, amusée par la situation.

Trois mois plus tard, Madeleine appela sa fille :

Ma chérie, Camille est à la maison ?

Oui, elle est là, répondit la mère de Camille. Quest-ce quil y a ?

Je vous annonce une grande nouvelle. Édouard Martin ma fait une demande en mariage, et jai accepté. On sest fixé une date et jespère vous voir au mariage !

La mère mit le haut-parleur. Tu as entendu, Camille ?

Mamie, trop contente pour toi ! Mais, sérieux, pourquoi vous marier à votre âge ? Vous nallez pas avoir de bébés, non ?

Ma petite, il faut rester dans les clous. Notre génération, on préfère faire les choses dans les règles. Pas comme vous, à tout zapper au bout de quinze jours ! Avec Édouard, cest du solide.

Mais maman, Camille na pas tort Vous pourriez vivre ensemble comme ça !

Ma fille, retiens ceci : le meilleur moment pour se marier, cest quand lamour frappe à ta porte, peu importe lâge. Lamour na pas dâge, ça, tout le monde le sait. À mon âge, la vie ne fait que commencer, ajouta Madeleine en riant. Si lamour vient, on le saisit à bras le corps.

Daccord maman, alors on vous félicite et on va préparer ça avec Camille.

Dailleurs ma chérie, tu sais que Camille fréquente Antoine, le petit-fils dÉdouard ?

Oui, elle me la dit, et elle est ravie ! Hein Camille ?

Oui, mamie, Antoine est super, tout comme ton Édouard, sexclama Camille en riant.

Bientôt, le mariage fut fêté dans un petit café chaleureux. Tout le monde était entouré de bonheur. Camille comprit alors que la jeunesse, ce nest pas une question dâge mais desprit, et quil nest jamais trop tard pour recommencer à aimer ou à vivre de nouveaux départs. La vie commence chaque fois quon le décide, à tout âge et à chaque génération.

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La vie ne fait que commencer La veille au soir, Julie et sa meilleure amie Chloé s’étaient promis de commencer la journée par un jogging matinal. Même si c’est les grandes vacances à la fac et qu’elles auraient préféré faire la grasse matinée, il fallait bien se mettre au sport un jour. — Chloé, ne fais pas la marmotte, je te connais, tu adores traîner au lit jusqu’à midi, disait Julie la veille, et Chloé jurait qu’elle ne raterait pas le réveil. — Julie, t’inquiète, je me lèverai, quand il faut je deviens responsable, tu me connais, avait-elle rigolé en disant ça — qui parle de responsabilité, surtout pas elle. Julie se força à se lever de bonne heure, avant même que sa mère ne parte au travail, elle finissait son café en grommelant. — Maman, tu parles toute seule ? s’étonna Julie. — Je me plains, regarde : nouvelle blouse toute propre et déjà une tache de café… — Qui disait que je prends pas soin de mes affaires ? fit remarquer Julie, tu pouvais boire ton café en tee-shirt à la maison. — Je suis pressée, maintenant je dois me changer. Bref, ne remue pas le couteau dans la plaie dès le matin. D’ailleurs, pourquoi es-tu déjà debout ? — J’ai rendez-vous au parc pour courir avec Chloé, répondit Julie sérieusement. — Ne me fais pas rire, tu parles avec qui, ta Chloé doit encore rêver en ce moment, j’en suis sûre. Bon, j’ai une requête : ça fait longtemps que t’as pas vu mamie ? — Maman, on s’appelle tous les jours, hier encore on a papoté ! — Bien. Eh bien aujourd’hui tu vas lui rendre visite, lui apporter ces médicaments pour la tension et lui prendre des croissants avec de la confiture de fraises, elle m’a dit que sa tension faisait des siennes. Achète-lui aussi des viennoiseries, elle fête bien ses soixante-quatre ans. Tu es en vacances, tu as le temps, moi je file. — Ok, maman, j’irai ce matin, je me sens comme le petit chaperon rouge, sauf que maman n’a pas fait de galettes, pensa Julie en souriant, oh zut et le jogging alors ? Elle appela Chloé, qui décrocha d’une voix endormie. — Oui… oh Julie, j’ai raté le réveil, t’es déjà au parc ? Désolée, j’arrive… — T’inquiète, j’ai une mission : rendre visite à mamie. On remet à plus tard la course, j’ai un petit-déj à prendre, puis courses et pharmacie, et mamie habite à l’autre bout de Paris. — Cool, alors, je me recouche, répondit Chloé ravie en raccrochant. Julie rit : — Maman avait raison, Chloé est une vraie dormeuse, et moi aussi j’aurais bien traîné au lit… Une heure plus tard, Julie quittait l’appartement avec son sac à dos, la liste des médicaments, un peu d’argent et un parapluie — le ciel était gris. Il lui fallut encore une heure pour arriver chez sa grand-mère, sur la rive opposée. Il était presque midi lorsqu’elle sonna à la porte de Marie-Simone. La grand-mère ouvrit presque instantanément, et Julie resta interloquée sur le pas de la porte, se demandant si elle ne s’était pas trompée d’appartement. — Dis donc, mamie, quelle transformation ! s’exclama Julie, époustouflée. — Alors, tu me trouves rajeunie ? demanda fièrement Marie-Simone en tournant sur elle-même. — Mais mamie, ce look ! Cette coupe de cheveux canon, et cette couleur cendrée, avec une manucure en plus ! Franchement, t’es au top, mamie, on n’ose même plus t’appeler mamie ! s’amusait Julie. — Tu aimes vraiment, Julie ? — Mais carrément ! D’ailleurs maman dit que tu as des soucis de tension, j’ai apporté tes médicaments, des croissants et de la confiture de fraise. — Ah, les croissants et la confiture, c’est gentil, mais j’évite le sucre ces temps-ci, reprends-les pour toi. — Mamie, tu me fais marcher là ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Dis, tu serais pas tombée amoureuse ? Tu es rayonnante, ta fille se fait du souci et t’envoies balader… — Merci Julie, tu dois avoir mille choses à faire, tu ne restes pas un moment ? Julie, surprise, insista, elle n’avait pas l’habitude que sa grand-mère laisse filer aussi vite sa visite. — On partage un thé ? — Julie, je n’ai pas le temps, reprends tes croissants et ta confiture, tiens, je t’ai fait des crêpes aussi, tu repars avec un panier repas, s’amusa Marie-Simone. — Bon mamie, alors j’y vais… pensant pour elle-même : tout ça n’est pas net… Il y a anguille sous roche, sûrement un papy dans l’équation ? En descendant l’escalier, Julie réfléchissait. — Faut que je surveille cette histoire. Depuis quand mamie me met dehors ? C’est la faute d’un vieux monsieur, c’est sûr… Ou alors une sortie entre copines, théâtre, cinéma, voire café, elle me l’a déjà raconté. Arrivée dehors, Julie se planqua derrière les garages de la cour. Elle n’eut pas à attendre longtemps ; au bout d’une demi-heure, Marie-Simone sortit de l’immeuble. — Tiens, nouveau tailleur ! Où va-t-elle ? En route vers le parc… Quand sa grand-mère arriva à bonne distance, Julie se mit à la suivre discrètement. — Pourvu que mamie ne me remarque pas ! pensa-t-elle. Mais Marie-Simone était plongée dans ses pensées. Au parc, un homme aux cheveux argentés l’attendait avec un bouquet de fleurs. Julie se glissa derrière un lilas. Sa grand-mère s’approcha, l’homme lui offrit les fleurs et l’embrassa sur la joue ; elle fit de même. — Je rêve, c’est bien un amoureux ! La classe, mamie ! Je pensais qu’à cet âge il n’y avait plus d’idylle… Oh, il lui prend la main, c’est trop mignon. Elles prirent la direction d’un petit café, terrasse d’été. Julie observa la scène, mais soudain, elle percuta un jeune homme qui filmait la scène avec son portable. — Eh, t’es qui toi ? Pourquoi tu filmes ma grand-mère ? Tu n’as pas le droit ! Le garçon, surpris, bafouilla, puis répondit : — Je suis journaliste. Peut-être que je veux écrire un article sur l’amour à la retraite… Julie fit la moue. — L’amour… tu parles ! C’est rempli d’arnaqueurs, de nos jours. Ils veulent juste dépouiller les gentilles mamies de leur appartement. — Tu crois vraiment ça ? s’étonna le garçon. — J’en suis persuadée ! Et pourquoi t’as choisi ma mamie ? Je ne t’autorise pas à la filmer, c’est illégal. Et ce “fiancé” à côté, attention qu’il ne lui pique pas son deux pièces ! — Le garçon la regarda, vexé. — Si tu veux tout savoir, ce monsieur possède un grand trois-pièces en plein centre. Moi, j’habite chez lui en ce moment, mes parents refont leur appart. — C’est ton grand-père ? — Oui, c’est mon papi, Édouard. Il a beaucoup changé, il se rase tous les deux jours, a acheté des jeans neufs, même du parfum. J’ai vite compris qu’il y avait quelque chose ! Et si c’était une femme intéressée ? Il faut que je surveille, moi aussi… — Donc, celui qui est avec ma mamie, c’est ton papi ? Moi, c’est Julie, et toi ? — Arthur, répondit-il avec un sourire. Bon, on a tout découvert, alors on peut les laisser tranquilles. Moi je ne suis pas contre. — Moi non plus, avoua Julie en riant. — Dis Julie, tant qu’on y est, si on allait au ciné tous les deux ? demanda Arthur. Y’a un thriller au Gaumont. — Avec plaisir, répondit-elle. Trois mois plus tard, Marie-Simone appela sa fille : — Ma chérie, Julie est là ? — Oui, maman, pourquoi ? — J’ai une nouvelle à vous annoncer : mon ami Édouard m’a demandé en mariage, et j’ai accepté. Préparez-vous, je vous invite à la cérémonie ! — Mamie, cria Julie, mais pourquoi se marier à votre âge ? Vous n’allez plus avoir d’enfants ! — Julie, ma chérie, il faut vivre dans les règles ! Nous, la vieille génération, on fait comme il faut. L’amour, ça n’a pas d’âge, tu sais. Et puis, quand l’amour frappe à la porte, quel que soit ton âge, il faut foncer à la mairie ! — D’accord, maman. On va se préparer pour tes noces. — À propos, tu savais que Julie sort avec Arthur, le petit-fils d’Édouard ? demanda la grand-mère. — Je sais, elle a tout raconté. Elle l’adore, hein, Julie ? — Oui mamie, il est top, ton Édouard aussi ! rigola Julie. Peu après, tout le monde fêta le mariage de Marie-Simone et Édouard dans un petit café chaleureux. Le bonheur était dans l’air.
Le Retour à la Vie