Mon mari a invité son ex-femme et ses enfants à notre réveillon de Nouvel An : j’ai fait ma valise et suis partie passer la fête chez ma meilleure amie — Tu plaisantes, Olivier ? Dis-moi que c’est une blague ! Ou alors, c’est le bruit de l’eau qui m’a rendue sourde ? Nathalie, les mains encore humides, se tourna lentement vers son mari. La cuisine était imprégnée du parfum de légumes bouillis, d’aneth frais et de clémentines — tous les arômes du jour de fête à venir. Il ne restait que six heures avant minuit. Sur la table s’étalaient les ingrédients de la salade russe, un canard aux pommes d’Antonov mijotait au four, et la terrine préparée la veille refroidissait au frigo. Olivier, nerveux, triturait le bouton de sa chemise à rayures, conscient du malaise tout en refusant de revenir sur sa décision. — Nath, s’il te plaît, ne commence pas… Sa voix était suppliante, presque coupable. — La plomberie de Laurence a lâché. Enfin, coupé l’eau et le chauffage. Tu te rends compte ? Le réveillon dans le froid, avec les enfants ? Je n’ai pas pu dire non. Ce sont mes enfants, quand même. — Les enfants, oui, ce sont les tiens. Mais Laurence, c’est ta fille aussi, maintenant ? Pourquoi elle ne va pas chez sa mère, ses amies ou à l’hôtel ? Avec la pension alimentaire que tu lui verses, elle peut s’offrir une suite ! — Sa mère est en cure, ses amies sont au ski… Et puis, c’est une fête familiale, Nath. Les garçons seront heureux de fêter avec leur père. On dîne, on regarde les feux d’artifice, c’est tout. La maison est grande, on tiendra. Nathalie observa l’appartement immaculé, décoré et parfumé. Elle avait rêvé ce réveillon autrement : chandelles, lumière douce, musique et leur intimité… Leur premier Nouvel An à Paris, enfin en amoureux. Rêve envolé en un instant. — On s’était promis cette soirée rien que nous deux, souffla-t-elle. Je ne me suis jamais opposée à tes fils, tu le sais… Mais inviter ton ex à notre table… Tu mesures ce que tu fais, Olivier ? — Tu exagères, répondit-il, tentant d’être rassurant. On est tous civilisés. Laurence est juste la mère de mes enfants. Ne sois pas égoïste, Nath. Ce n’est qu’un soir. Ils arrivent dans une heure. Confus, il quitta la cuisine. Nathalie resta, vidée, dans l’épais parfum de canard grillé. « Ne sois pas égoïste. » Ces mots lui firent plus mal qu’un objet lancé à la tête. Trois ans à être la femme idéale, à recevoir les enfants chaque week-end, à dépanner Laurence à toute heure. Et la reconnaissance ? Elle continua à découper les pommes de terre, espérant que la colère passerait. Après tout, le Nouvel An est aussi une nuit de miracles. Mais non. À l’heure dite, la sonnerie retentit. Nathalie avait enfilé sa petite robe noire, posé du rouge à lèvres. Olivier ouvrit à grand bruit, tout sourire. Dans l’entrée se ruèrent les garçons – Arthur et Denis, pieds sales sur le parquet. Puis Laurence, majestueuse, en robe rouge au décolleté plongeant, les bras chargés de paquets. Son parfum capiteux envahit tout. — Enfin ! Quelle galère, Paris sous la neige, le taxi c’est l’enfer ! Olivier, prends les cadeaux, il y a du vrai champagne, pas tes petites bulles habituelles. Nathalie les accueillit avec son plus beau sourire poli. — Bonsoir, Laurence. Salut les garçons. Laurence détailla la robe de Nathalie d’un regard acéré. — Salut, Nath ! Mais qu’est-ce qu’il fait chaud ici… Il faut aérer ! Et mes chaussons roses ? J’ai oublié la dernière fois… — Je vais chercher ça, Laurence, répondit Olivier en fouillant le placard. « Laurence »… Des chaussons à elle chez eux ? Et Olivier savait où ils étaient ? Les invités s’installèrent. Les garçons bondirent sur le canapé — le nouveau, celui dont Nathalie prenait soin. — Arthur, Denis, doucement ! s’exclama-t-elle. — Aucune importance, ce sont des enfants ! reprit Laurence, s’affalant sur le fauteuil. Olivier, donne-moi un verre d’eau. L’heure qui suivit fut un one-woman-show. Laurence inspectait la déco (« Tes boules sont tristounettes, à notre époque c’était plus fun »), la table (« Pourquoi tant de fourchettes ? Ce n’est pas Buckingham ! »), houspillait les enfants avant de les câliner. Olivier, obséquieux, suivait ses moindres demandes. Nathalie, elle, préparait le repas comme une employée invisible. — Nathalie ! cria Laurence. Ta salade russe… tu mets de la saucisse ? Oups, ringard ! Olivier adore avec du bœuf, tu le savais ? On a toujours fait comme ça ! — Olivier apprécie la mienne depuis trois ans… — Il est trop poli ! Pauvre Olivier, il se force… Olivier ne défendit pas sa femme. Un premier avertissement. Le second : la sortie du canard, doré à la perfection. — Servez-vous ! Canard aux pommes Antonov et pruneaux ! Les garçons grimacèrent. — Berk, c’est cramé ! Je veux de la pizza ! — Ce n’est que la croûte… tenta Nathalie. — Les enfants n’aiment pas ces trucs-là… renchérit Laurence, picorant du bout de la fourchette. Trop gras, trop de pruneaux… Commande plutôt une pizza, Olivier. Pour tout le monde. Olivier regarda Nathalie, penaud. — Nath, ça ne t’ennuie pas ? C’est la fête pour les enfants. Je commande… — Sérieusement ? J’ai mis des heures à mariner ce canard. C’est mon plat signature. — Ne te fâche pas, répondit Olivier, tentant de l’enlacer. Chacun ses goûts. On mangera tout. Et il commanda, en plaisantant avec Laurence sur le choix de la garniture. Nathalie s’assit, interdite. Son monde s’échappait. Son mari, dans SA cuisine, plaisantait avec son ex en critiquant sa cuisine. — D’ailleurs, se souvint Laurence, te rappelles-tu le Nouvel An 2015 ? La colo, le costume de Père Noël ? On avait tellement ri ! — Oui, et toi en Fée des Neiges, ton talon perdu dans la neige ! Ils se rappelèrent les vacances, la première voiture, les premiers pas d’Arthur. Insouciants, heureux. Un univers où Nathalie n’existait pas. Les enfants chahutaient, et un verre de vin se renversa sur la nappe blanche. Laurence haussa les épaules. — Olivier, nettoie ! Nathalie, mets du sel sinon la nappe est fichue. Mais bon, elle n’est pas en soie… Nathalie se leva. Personne n’y fit attention. Olivier obéissait à Laurence. Elle n’était qu’un accessoire, la maîtresse de maison invisible. Elle sortit, fit sa valise en silence : un jean, un pull, quelques sous-vêtements, son passeport. Une paire de bottines. Très calme, elle se changea, puis quitta l’appartement. Personne ne la vit s’éclipser, tous absorbés par la pizza. Dehors, la neige tombait sur Paris. Nathalie appela sa meilleure amie. — Marie, tu dors ? — Nath’, t’es folle ? Réveillon ! T’es la bienvenue, viens ! J’ouvre une bouteille ! Quarante minutes plus tard, elle était chez Marie et son mari, dans une cuisine chaleureuse, parfumée à la cannelle. — Alors, il a fait quoi ce crétin ? demanda Marie en servant du thé au citron. Nathalie raconta tout. Le robinet, les salades, le canard, les souvenirs… — Ce n’est pas leur venue le problème, mais lui, conclut-elle. Il est devenu leur majordome. Il m’a oubliée. J’étais la bonne dans ma propre maison. — Syndrome du gentil garçon, soupira Marie. Tu as bien fait. Sinon tu aurais été piétinée toute ta vie. Son portable vibra enfin. Des appels manqués, des textos. « Nathalie, t’es où ? On te perd ! » « Pizza froide, tu es au magasin ? » « Rappelle-moi, c’est une blague ? » « Reviens vite, Laurence s’inquiète ! » La dernière phrase la fit sourire. Il avait honte devant son ex, mais pas devant sa femme humiliée. — Ne réponds pas, conseille Marie. Qu’il se débrouille. Nathalie éteignit son téléphone. Ce soir-là, elle ne fit pas de vœu sous le carillon. Elle trinqua simplement avec sa plus chère amie, regarda « Le Dîner de Cons » et sentit une étrange légèreté : comme si un sac de plomb glissait enfin de ses épaules. Le 1er janvier, soleil et gel. Nathalie se réveilla au parfum de café chaud. Son portable affichait cinquante appels manqués, vingt messages. De la colère à la panique, puis à la plainte. « Les enfants ont cassé ton vase préféré. Désolé. » « Laurence déteste le canapé, trop dur. » « Ils sont partis. La maison est sens dessus dessous. Je ne sais pas par où commencer. » « Nathalie, pardon. Je suis nul. Reviens. » À midi, coup de sonnette chez Marie : Olivier, débraillé, bouquet de roses dégoulinant, tenait à lui parler. Marie lui barra l’entrée. — Eh ben, voilà le prince ! Que veux-tu ? — Marie, appelle Nathalie, s’il te plaît… Nathalie apparut. Face à Olivier, elle ne ressentit ni pitié, ni vengeance. Juste de la lassitude. — Nathalie, pardonne-moi, je t’ai blessée. Dès ton départ, tout a dégénéré. Laurence commandait, les enfants hurlaient, le sapin a sombré… On s’est disputés, ils sont partis en taxi au milieu de la nuit. Respirant fort, il la suppliait du regard. — Je me suis comporté comme un imbécile. Mon obsession de plaire m’a fait perdre l’essentiel. Toi, tu es ma famille. Je t’en supplie, reviens. Je vais tout changer. Nathalie fixait les roses flétries. — Tu m’as reléguée au rang de cuisinière ou de meuble. Tu as laissé une étrangère diriger chez moi. — C’est fini, je te jure ! Laurence, ce sera uniquement pour les enfants et en terrain neutre. Plus d’appels la nuit, plus d’invitations. J’ai compris. Nathalie le jugea sincère, effrayé. Mais pardonner ce sentiment d’effacement serait-il possible ? — Je ne reviens pas aujourd’hui. J’ai besoin de réfléchir. Je reste chez Marie quelques jours. Toi, réfléchis à la raison de tout ça : pourquoi l’avis de ton ex pèse plus que le mien. — Je t’attendrai, murmura-t-il. Je t’aime. Il déposa les roses, et repartit. Nathalie revint à la cuisine. Marie servait le thé. — Tu pardonneras ? demanda-t-elle. — Peut-être. Il est gentil, mais perdu. Si je reviens, tout sera différent. Désormais, je reprends ma place. Dans la ville enneigée, Nathalie le savait : désormais, l’histoire de sa famille serait écrite de sa main, et non par les fantômes du passé. Si cette histoire vous a touché, n’hésitez pas à liker et vous abonner à la page. Vos commentaires et soutiens comptent énormément pour moi.

Tu plaisantes, Paul ? Dis-moi que cest une mauvaise blague. Ou jai mal entendu à cause du bruit de leau ?

Éloïse ferme le robinet, essuie ses mains sur un torchon et se retourne lentement vers son mari. La cuisine embaume le poireau, lestragon et les clémentines les effluves des festivités à venir. Il reste six heures avant le réveillon. Sur la table sempilent des montagnes dingrédients pour la salade Piémontaise ; le canard aux pommes mijote dans le four, tandis quun pâté en croûte refroidit dans le frigo, après avoir passé toute la nuit à cuire.

Paul, effacé, se balance dans lencadrement de la porte, triturant un bouton de sa chemise un signe quil sait à quel point la situation est absurde, mais quil ne reculera pas.

Éloïse, je ten prie, commence pas la voix de Paul supplie, presque mendiante, Léa a eu une grosse fuite chez elle. Pas une inondation, non, mais pas deau et pas de chauffage. Tu imagines, le soir du Nouvel An, avec les enfants dans le froid ? Je pouvais pas refuser. Ce sont mes fils, après tout.

Les enfants, oui, ce sont les tiens, dit Éloïse dun ton tremblant, qui essaie de se maîtriser malgré la colère qui bouillonne. Et Léa ? Cest ta fille aussi ? Elle ne pouvait pas aller chez sa mère, chez des amies, ou même réserver un hôtel ? Avec la pension alimentaire que tu lui verses, elle peut se payer une suite royale.

Sa mère est au centre de cure, ses copines sont en province, dit Paul, le regard fuyant. Et puis, cest une fête familiale. Les garçons seront contents de passer le nouvel an avec leur père. On va juste diner, regarder les feux dartifice. Quest-ce que ça change ? On a un grand appart, il y a assez de place.

Le regard dÉloïse fait le tour de la cuisine. Oui, lappartement est spacieux, mais il sagit de leur cocon. Elle a passé des jours à faire le ménage, choisi soigneusement la nappe, orné le sapin, acheté pour Paul le parfum dont il rêvait. Elle simaginait un autre réveillon : des bougies, les guirlandes scintillantes, de la musique douce, juste eux deux. Leur premier nouvel an à Paris depuis leur mariage, sans voyage, sans invités. Et à présent, tout leur projet seffondre.

Paul, on en avait parlé, murmure-t-elle. Ce réveillon, cétait juste nous deux. Je nai rien contre tes garçons, tu le sais. Jai toujours accueilli Léo et Maxime les week-ends. Mais Léa Tu as invité ton ex à notre table. Tu vois ce que ça implique ?

Tu dramatises, répond Paul, cherchant à donner de lassurance à sa voix. On est civilisés. Léa est une femme correcte, cest juste la mère de mes fils. Sois pas égoïste, Éloïse. On ne peut pas être aussi dure la nuit du réveillon. Ils seront là dans une heure.

Il quitte la cuisine précipitamment, comme sil craignait quÉloïse lui lance la casserole. Elle reste debout, appuyée contre le plan de travail. Le canard crépite dans le four, mais elle na plus faim. « Sois pas égoïste. » Cette phrase la gifle plus que tout. Depuis trois ans, elle sefforce dêtre une épouse parfaite. Elle gère la maison, elle encourage la relation entre Paul et ses enfants, elle supporte même les appels nocturnes de Léa pour des histoires de plombier ou de chat malade. Et voilà la gratitude.

Machinalement, Éloïse continue de couper les pommes de terre, espérant que sa colère sapaise. Peut-être quil ny a rien de grave. Peut-être que Léa se comportera correctement. Après tout, cest la Saint-Sylvestre, le moment de la réconciliation.

Le miracle na pas lieu. La sonnette résonne pile cinquante minutes plus tard. Éloïse a à peine le temps dabandonner sa tenue de cuisine pour une robe élégante et un soupçon de maquillage. Paul file ouvrir, rayonnant comme une soupière bien astiquée.

Le couloir se remplit de vacarme. Les garçons Léo, dix ans, et Maxime, sept débarquent en trombe et filent dans le salon, leurs baskets laissent des traces sur le parquet blond. Léa arrive derrière eux, fière et imposante.

Elle porte une robe écarlate à décolleté, ses bras chargés de grands sacs. Son parfum sucré et entêtant envahit le vestibule, effaçant la fraîcheur de la clémentine.

Enfin ! sexclame-t-elle en secouant la neige de sa doudoune sur le sol. Paris est bouché, jai obligé le chauffeur à rouler plus vite ! Paul, prends les sacs ce sont les cadeaux des garçons et du bon champagne. Pas celui que tachètes dhabitude.

Éloïse apparaît avec un sourire poli.

Bonsoir, Léa. Salut les garçons !

Léa balaie Éloïse du regard, sattardant sur sa robe sobre et raffinée.

Salut, Éloïse, lâche-t-elle. Oh, il fait chaud ici ! On devrait ouvrir une fenêtre. Où sont mes chaussons roses ? Ceux que je laisse ici à chaque fois que je passe prendre largent ?

Je vais les chercher, Léa, tout de suite, bredouille Paul en fouillant le meuble à chaussures.

« Léa ». Éloïse sent la tension monter. Il y a des chaussons réservés à lex-femme dans leur appartement ? Et Paul sait où ils sont ?

Les invités sinstallent au salon. Les garçons allument la télévision et sautent sur le canapé. Éloïse grimace cest un canapé tout neuf, blanc cassé, elle le nettoie chaque semaine.

Léo, Maxime, calmement sil vous plait, demande-t-elle doucement.

Laisse-les ! ce sont des enfants ! intervient Léa en saffalant dans un fauteuil. Ils doivent se défouler. Paul, tu peux mapporter de leau ? Jai la gorge sèche.

La prochaine heure devient le théâtre dune seule actrice. Léa est partout, inspecte le sapin (« Elles sont tristes tes boules, on en mettait de bien plus marrantes avant »), critique le dressage de la table (« On nest pas à Versailles, pourquoi toutes ces fourchettes ? »), tance bruyamment ses fils puis les câline. Paul tourne autour delle, obéissant à tout, du coussin à la télécommande ou au chargeur de téléphone. Il évite le regard dÉloïse.

Éloïse dresse la table, se sentant comme serveuse dans une fête qui nest pas la sienne.

Éloïse ! crie Léa du salon. Tu mets de la mortadelle dans la Piémontaise ? Oh lhorreur ! Paul adore quand cest avec du veau. Tu ne savais pas ? Nous faisions toujours comme ça.

Paul mange la mienne avec plaisir depuis trois ans, riposte Éloïse depuis la cuisine en déposant le saladier avec bruit.

Cest quil est poli ricane Léa. Mon pauvre Paul, il doit se forcer mais il mange !

Paul esquisse un sourire crispé, ne dit rien. Pas un mot pour défendre sa femme, ne relève pas que « Éloïse cuisine très bien ». Il se tait devant son ex, pensant ainsi préserver lambiance.

Premier signal dalarme. Le second retentit quand Éloïse sort le canard du four. Doré, brillant, chef-dœuvre culinaire, quelle dépose au centre de la table.

Servez-vous. Canard aux pommes et pruneaux.

Les garçons se précipitent, font la grimace.

Beurk, cest brûlé ! lance Maxime. Je veux pas manger ça ! Papa, on veut des pizzas !

Ce nest pas brûlé, cest la peau tente Éloïse dexpliquer.

Oh, les enfants ne mangent pas ça intervient Léa, repoussant la cuisse de canard du bout de sa fourchette. Trop gras. Et ces pruneaux Qui met ça avec de la viande ? Paul, commande des pizzas aux enfants. Et pour moi, je vais pas risquer le canard. Jai lestomac fragile.

Paul la regarde, penaud.

Éloïse, tu veux bien ? Il faut que ce soit aussi leur fête. Jappelle tout de suite, ils livrent vite.

Tu es sérieux ? La voix dÉloïse tremble. Jai mis quatre heures à préparer ce plat. Il a mariné depuis hier. Cest mon meilleur plat.

Ne le prends pas mal tente Paul, en venant la prendre dans ses bras, mais Éloïse se dégage. Chacun ses goûts. On mange la viande, et la pizza. Il y aura plus de choix.

Il prend son téléphone et se tourne vers Léa : Tu veux champignons ou chorizo ?

Éloïse sassoit, achée. Elle se sent étrangère dans sa propre maison, pendant que son mari discute garniture de pizza avec son ex, qui dénigre son dîner.

Au fait, dit soudain Léa en se servant du champagne sans demander, Paul, tu te rappelles le réveillon 2015 ? À la campagne ? Avec ton costume du Père Noël qui tombait en morceaux ? On était morts de rire !

Oui, je me souviens ! Paul rigole, détendu. Et toi en Fée des Neiges tu as cassé ton talon dans la neige !

Ils se rappellent le bon vieux temps, séquences souvenirs : la mer, la première voiture, les premiers pas de Léo. Ils rient, sinterrompent, les yeux brillent. Cest leur univers. Il ny a pas de place pour Éloïse. Elle observe cet ancien couple autour de sa table décorée et se sent fantôme. Meuble.

Les garçons tournent autour du buffet, lun bouscule un verre de Bordeaux. Il tombe sur la nappe immaculée quÉloïse a repassée avec soin. La tâche rouge sétale, sanglante.

Oh, bon ! sexclame Léa. Paul, quest-ce que tu fais ? Essuie ! Et Éloïse, tu mets le vin au bord de la table avec des enfants ? Tu as du sel ? Il faut saupoudrer, sinon cest fichu. Enfin, une nappe simple : cest pas grave si elle est fichue.

Calmement, Éloïse se relève. Les rires du salon sont lointains. Paul obéit à Léa, il saupoudre le sel, pas un regard pour sa femme, pas un mot de réconfort. Seulement le souci de faire plaisir à son « ancienne » famille.

À ce moment, Éloïse comprend : elle nexiste plus ici. Physiquement présente, mais pour Paul, à cet instant, elle nest rien. Il y a Léa, les fils, et sa culpabilité face à eux. Elle nest quun élément normatif pour que tout fonctionne, pour servir, pour faire joli.

Sans bruit, elle quitte le salon. Personne ne remarque son absence. Léa continue de raconter ses séjours chez la belle-mère, Paul rit.

Éloïse se réfugie dans la chambre. Là, tout est sombre, paisible, éclairé par la lumière orange du boulevard. Elle sort un petit sac du placard. Les mains ne tremblent pas, au contraire, la peine laisse place à une froide sérénité. Elle agit vite, avec méthode : un jean, un pull chaud, des affaires propres, la trousse de toilette, le chargeur. Passeport.

Elle remet sa robe sur le lit, enfile des bottes. Le miroir lui renvoie une femme épuisée, mais décidée.

Au même instant, la sonnette retentit : la pizza arrive.

Yes, la pizza ! crient les enfants.

Paul, règle le livreur, jai que des grosses coupures ! ordonne Léa.

Éloïse traverse le couloir; Paul, de dos, paie le livreur à lentrée. Elle attend quil se retourne, boîtes de pizza en main, et alors…

Super ! La pizza est là ! senthousiasme-t-il.

Éloïse saisit la poignée, glisse dehors et referme la porte sans bruit. Le clic du verrou se mêle au brouhaha. Elle commande lascenseur et, une fois en bas, souffle enfin.

Il neige dru, de gros flocons. Paris bruisse de feux dartifice, rires dans les rues. Éloïse sort son téléphone et compose un numéro.

Sophie, tu dors ? demande-t-elle dès que son amie décroche.

Non, tes folle ? Il est dix heures, cest le réveillon ! On débouche une bouteille avec Olivier. Quest-ce qui tarrive ? Tu as une voix de fantôme

Jai quitté Paul. Je peux venir ?

Mon Dieu Bien sûr ! Olivier, mets une assiette de plus, Éloïse arrive ! Tes où ? Je commande un taxi !

Quarante minutes plus tard, Éloïse est dans la cuisine chaleureuse de Sophie on sent la cannelle et la sécurité. Olivier, le mari de Sophie, disparaît discrètement dans le salon « régler la chaîne TV », laissant les deux amies seules.

Raconte, Sophie verse du thé chaud au citron. Quest-ce quil ta fait ?

Éloïse lâche tout : la fuite deau, la Piémontaise, les souvenirs ex-conjugaux, le canard que personne na touché.

Tu vois, ce nest même pas quils sont venus dit-elle en serrant la tasse. Cest lui. Il est devenu leur domestique. Il ma oubliée. Jétais là, en train de servir, pendant quils jouaient à la famille heureuse. Pourquoi je reste si son coeur est encore chez eux ?

Un classique, soupire Sophie. Monsieur veut être parfait pour tout le monde, au final il trahit celle qui compte vraiment. Tu as bien fait de partir. Si tu restes, il pensera que tu tolères tout. Quon peut técraser pour le bon plaisir de son ex.

Le téléphone dÉloïse vibre enfin, une heure après son départ ils ont remarqué son absence lors du dîner.

Cest Paul qui appelle. Éloïse refuse.

Re-appel. Et encore.

Des messages pleuvent.

« Tu es où ? Tu as disparu. »

« Tes partie faire des courses ? La pizza refroidit. »

« Réponds, cest pas drôle. Les invités demandent où est la maîtresse de maison. »

« Tu fais la tête ? Tu es partie ? Éloïse, cest puéril ! Reviens, ça met Léa mal à laise ! »

Éloïse lit le dernier message, sourit tristement. Léa soffusque, pas sa femme humiliée, mais son ex qui parade désormais.

Ne réponds pas conseille Sophie. Quil se débrouille avec sa « Léa » et le désordre.

Éloïse coupe son téléphone.

Cette nuit de la Saint-Sylvestre, elle ne fait pas de vœu sous les douze coups de minuit. Elle savoure juste du champagne avec ses amis, regarde « Le Père Noël est une ordure », et respire une étrange légèreté. Comme si le sac de lassitude quelle trainait depuis trois ans sétait enfin décollé de ses épaules.

Le premier janvier est radieux et glacial. Éloïse se réveille chez Sophie, odeur de café dans lair. Elle rallume son portable : cinquante appels manqués, vingt messages. Le ton change, du sec au suppliant, puis au plaintif.

« Les enfants ont cassé ton vase préféré. Désolé. »

« Léa râle, le canapé est trop dur, elle fait la tête. »

« Ils sont partis. Il y a du chantier partout. Je ne sais pas où commencer. »

« Éloïse, mon amour, pardonne-moi. Je suis totalement idiot. Rappelle-moi. »

À midi, quelquun sonne. Paul est là, hagard, la chemise froissée, des cernes énormes, les cheveux en bataille. Il tient un gros bouquet de roses acheté sûrement au kiosque du coin à prix dor.

Sophie croise les bras, impassible, à la porte.

Alors Roméo, tu te pointes ? Tu veux quoi ?

Sophie, laisse-moi voir Éloïse. Je sais quelle est là. Il faut que je lui parle.

Éloïse arrive dans le couloir. Voyant son mari, elle ne ressent ni pitié ni vengeance, juste de la fatigue.

Éloïse ! Paul fait un pas, freiné par son regard froid. Pardon. Jai compris. Cétait lenfer. Dès que tu es partie, tout a dégénéré. Léa a pris les commandes, les garçons étaient insupportables, la déco renversée Je voulais bien faire, garder tout sous contrôle, au final Léa ma hurlé dessus et jai appelé un taxi pour eux au beau milieu de la nuit.

Il cherche les yeux de sa femme.

Éloïse, je réalise à quel point je tai blessée. Jai été lâche. Jai voulu être parfait pour eux, et jai trahi la femme qui partage ma vie. Tu es ma vraie famille. Je ten supplie, pardonne. Reviens. Lappartement est vide sans toi. Jai tout rangé ou presque.

Éloïse regarde les roses, leurs gouttes tombent sur le sol.

Tu mas pas seulement blessée, Paul. Tu mas révélée à ma place : entre la cuisinière et le porte-manteau. Tu as laissé une étrangère diriger chez moi et me déprécier.

Je te jure, jamais plus ! promet Paul. Je coupe les contacts avec Léa, juste pour les garçons, ailleurs, jamais chez nous. Plus de coups de fil tardifs, plus dinvitations. Je changerai. Je te le promets.

Éloïse se tait. Elle sent quil est sincère. Il est réellement perdu, repentant. Mais pourra-t-elle oublier la solitude quelle a ressentie au réveillon ?

Je ne rentre pas ce soir finit-elle par dire. Jai besoin de temps. Je reste ici encore quelques jours. Toi rentre chez nous. Et réfléchis. Pas à comment me récupérer, mais à pourquoi tu en es arrivé là. Pourquoi lavis de ton ex compte plus que les sentiments de ta femme.

Je tattendrai murmure Paul, baissant la tête. Je taime, Éloïse. Vraiment.

Il dépose les fleurs et repart. La porte se referme.

Éloïse retourne à la cuisine ; Sophie verse du thé frais.

Alors ? Tu lui pardonnes ? demande lamie.

Je ne sais pas, Sophie. Peut-être. Avec le temps. Paul est quelquun de bien, mais perdu. Si je retourne, ce sera une autre histoire. Je ne laisserai plus jamais quon me fasse passer après. Jamais.

Elle se poste devant la fenêtre. Paris se drape de neige, immaculée, comme une page blanche. La vie continue, et Éloïse sait désormais : cest elle qui tiendra le stylo qui écrit son histoire, pas les fantômes du passé.

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Mon mari a invité son ex-femme et ses enfants à notre réveillon de Nouvel An : j’ai fait ma valise et suis partie passer la fête chez ma meilleure amie — Tu plaisantes, Olivier ? Dis-moi que c’est une blague ! Ou alors, c’est le bruit de l’eau qui m’a rendue sourde ? Nathalie, les mains encore humides, se tourna lentement vers son mari. La cuisine était imprégnée du parfum de légumes bouillis, d’aneth frais et de clémentines — tous les arômes du jour de fête à venir. Il ne restait que six heures avant minuit. Sur la table s’étalaient les ingrédients de la salade russe, un canard aux pommes d’Antonov mijotait au four, et la terrine préparée la veille refroidissait au frigo. Olivier, nerveux, triturait le bouton de sa chemise à rayures, conscient du malaise tout en refusant de revenir sur sa décision. — Nath, s’il te plaît, ne commence pas… Sa voix était suppliante, presque coupable. — La plomberie de Laurence a lâché. Enfin, coupé l’eau et le chauffage. Tu te rends compte ? Le réveillon dans le froid, avec les enfants ? Je n’ai pas pu dire non. Ce sont mes enfants, quand même. — Les enfants, oui, ce sont les tiens. Mais Laurence, c’est ta fille aussi, maintenant ? Pourquoi elle ne va pas chez sa mère, ses amies ou à l’hôtel ? Avec la pension alimentaire que tu lui verses, elle peut s’offrir une suite ! — Sa mère est en cure, ses amies sont au ski… Et puis, c’est une fête familiale, Nath. Les garçons seront heureux de fêter avec leur père. On dîne, on regarde les feux d’artifice, c’est tout. La maison est grande, on tiendra. Nathalie observa l’appartement immaculé, décoré et parfumé. Elle avait rêvé ce réveillon autrement : chandelles, lumière douce, musique et leur intimité… Leur premier Nouvel An à Paris, enfin en amoureux. Rêve envolé en un instant. — On s’était promis cette soirée rien que nous deux, souffla-t-elle. Je ne me suis jamais opposée à tes fils, tu le sais… Mais inviter ton ex à notre table… Tu mesures ce que tu fais, Olivier ? — Tu exagères, répondit-il, tentant d’être rassurant. On est tous civilisés. Laurence est juste la mère de mes enfants. Ne sois pas égoïste, Nath. Ce n’est qu’un soir. Ils arrivent dans une heure. Confus, il quitta la cuisine. Nathalie resta, vidée, dans l’épais parfum de canard grillé. « Ne sois pas égoïste. » Ces mots lui firent plus mal qu’un objet lancé à la tête. Trois ans à être la femme idéale, à recevoir les enfants chaque week-end, à dépanner Laurence à toute heure. Et la reconnaissance ? Elle continua à découper les pommes de terre, espérant que la colère passerait. Après tout, le Nouvel An est aussi une nuit de miracles. Mais non. À l’heure dite, la sonnerie retentit. Nathalie avait enfilé sa petite robe noire, posé du rouge à lèvres. Olivier ouvrit à grand bruit, tout sourire. Dans l’entrée se ruèrent les garçons – Arthur et Denis, pieds sales sur le parquet. Puis Laurence, majestueuse, en robe rouge au décolleté plongeant, les bras chargés de paquets. Son parfum capiteux envahit tout. — Enfin ! Quelle galère, Paris sous la neige, le taxi c’est l’enfer ! Olivier, prends les cadeaux, il y a du vrai champagne, pas tes petites bulles habituelles. Nathalie les accueillit avec son plus beau sourire poli. — Bonsoir, Laurence. Salut les garçons. Laurence détailla la robe de Nathalie d’un regard acéré. — Salut, Nath ! Mais qu’est-ce qu’il fait chaud ici… Il faut aérer ! Et mes chaussons roses ? J’ai oublié la dernière fois… — Je vais chercher ça, Laurence, répondit Olivier en fouillant le placard. « Laurence »… Des chaussons à elle chez eux ? Et Olivier savait où ils étaient ? Les invités s’installèrent. Les garçons bondirent sur le canapé — le nouveau, celui dont Nathalie prenait soin. — Arthur, Denis, doucement ! s’exclama-t-elle. — Aucune importance, ce sont des enfants ! reprit Laurence, s’affalant sur le fauteuil. Olivier, donne-moi un verre d’eau. L’heure qui suivit fut un one-woman-show. Laurence inspectait la déco (« Tes boules sont tristounettes, à notre époque c’était plus fun »), la table (« Pourquoi tant de fourchettes ? Ce n’est pas Buckingham ! »), houspillait les enfants avant de les câliner. Olivier, obséquieux, suivait ses moindres demandes. Nathalie, elle, préparait le repas comme une employée invisible. — Nathalie ! cria Laurence. Ta salade russe… tu mets de la saucisse ? Oups, ringard ! Olivier adore avec du bœuf, tu le savais ? On a toujours fait comme ça ! — Olivier apprécie la mienne depuis trois ans… — Il est trop poli ! Pauvre Olivier, il se force… Olivier ne défendit pas sa femme. Un premier avertissement. Le second : la sortie du canard, doré à la perfection. — Servez-vous ! Canard aux pommes Antonov et pruneaux ! Les garçons grimacèrent. — Berk, c’est cramé ! Je veux de la pizza ! — Ce n’est que la croûte… tenta Nathalie. — Les enfants n’aiment pas ces trucs-là… renchérit Laurence, picorant du bout de la fourchette. Trop gras, trop de pruneaux… Commande plutôt une pizza, Olivier. Pour tout le monde. Olivier regarda Nathalie, penaud. — Nath, ça ne t’ennuie pas ? C’est la fête pour les enfants. Je commande… — Sérieusement ? J’ai mis des heures à mariner ce canard. C’est mon plat signature. — Ne te fâche pas, répondit Olivier, tentant de l’enlacer. Chacun ses goûts. On mangera tout. Et il commanda, en plaisantant avec Laurence sur le choix de la garniture. Nathalie s’assit, interdite. Son monde s’échappait. Son mari, dans SA cuisine, plaisantait avec son ex en critiquant sa cuisine. — D’ailleurs, se souvint Laurence, te rappelles-tu le Nouvel An 2015 ? La colo, le costume de Père Noël ? On avait tellement ri ! — Oui, et toi en Fée des Neiges, ton talon perdu dans la neige ! Ils se rappelèrent les vacances, la première voiture, les premiers pas d’Arthur. Insouciants, heureux. Un univers où Nathalie n’existait pas. Les enfants chahutaient, et un verre de vin se renversa sur la nappe blanche. Laurence haussa les épaules. — Olivier, nettoie ! Nathalie, mets du sel sinon la nappe est fichue. Mais bon, elle n’est pas en soie… Nathalie se leva. Personne n’y fit attention. Olivier obéissait à Laurence. Elle n’était qu’un accessoire, la maîtresse de maison invisible. Elle sortit, fit sa valise en silence : un jean, un pull, quelques sous-vêtements, son passeport. Une paire de bottines. Très calme, elle se changea, puis quitta l’appartement. Personne ne la vit s’éclipser, tous absorbés par la pizza. Dehors, la neige tombait sur Paris. Nathalie appela sa meilleure amie. — Marie, tu dors ? — Nath’, t’es folle ? Réveillon ! T’es la bienvenue, viens ! J’ouvre une bouteille ! Quarante minutes plus tard, elle était chez Marie et son mari, dans une cuisine chaleureuse, parfumée à la cannelle. — Alors, il a fait quoi ce crétin ? demanda Marie en servant du thé au citron. Nathalie raconta tout. Le robinet, les salades, le canard, les souvenirs… — Ce n’est pas leur venue le problème, mais lui, conclut-elle. Il est devenu leur majordome. Il m’a oubliée. J’étais la bonne dans ma propre maison. — Syndrome du gentil garçon, soupira Marie. Tu as bien fait. Sinon tu aurais été piétinée toute ta vie. Son portable vibra enfin. Des appels manqués, des textos. « Nathalie, t’es où ? On te perd ! » « Pizza froide, tu es au magasin ? » « Rappelle-moi, c’est une blague ? » « Reviens vite, Laurence s’inquiète ! » La dernière phrase la fit sourire. Il avait honte devant son ex, mais pas devant sa femme humiliée. — Ne réponds pas, conseille Marie. Qu’il se débrouille. Nathalie éteignit son téléphone. Ce soir-là, elle ne fit pas de vœu sous le carillon. Elle trinqua simplement avec sa plus chère amie, regarda « Le Dîner de Cons » et sentit une étrange légèreté : comme si un sac de plomb glissait enfin de ses épaules. Le 1er janvier, soleil et gel. Nathalie se réveilla au parfum de café chaud. Son portable affichait cinquante appels manqués, vingt messages. De la colère à la panique, puis à la plainte. « Les enfants ont cassé ton vase préféré. Désolé. » « Laurence déteste le canapé, trop dur. » « Ils sont partis. La maison est sens dessus dessous. Je ne sais pas par où commencer. » « Nathalie, pardon. Je suis nul. Reviens. » À midi, coup de sonnette chez Marie : Olivier, débraillé, bouquet de roses dégoulinant, tenait à lui parler. Marie lui barra l’entrée. — Eh ben, voilà le prince ! Que veux-tu ? — Marie, appelle Nathalie, s’il te plaît… Nathalie apparut. Face à Olivier, elle ne ressentit ni pitié, ni vengeance. Juste de la lassitude. — Nathalie, pardonne-moi, je t’ai blessée. Dès ton départ, tout a dégénéré. Laurence commandait, les enfants hurlaient, le sapin a sombré… On s’est disputés, ils sont partis en taxi au milieu de la nuit. Respirant fort, il la suppliait du regard. — Je me suis comporté comme un imbécile. Mon obsession de plaire m’a fait perdre l’essentiel. Toi, tu es ma famille. Je t’en supplie, reviens. Je vais tout changer. Nathalie fixait les roses flétries. — Tu m’as reléguée au rang de cuisinière ou de meuble. Tu as laissé une étrangère diriger chez moi. — C’est fini, je te jure ! Laurence, ce sera uniquement pour les enfants et en terrain neutre. Plus d’appels la nuit, plus d’invitations. J’ai compris. Nathalie le jugea sincère, effrayé. Mais pardonner ce sentiment d’effacement serait-il possible ? — Je ne reviens pas aujourd’hui. J’ai besoin de réfléchir. Je reste chez Marie quelques jours. Toi, réfléchis à la raison de tout ça : pourquoi l’avis de ton ex pèse plus que le mien. — Je t’attendrai, murmura-t-il. Je t’aime. Il déposa les roses, et repartit. Nathalie revint à la cuisine. Marie servait le thé. — Tu pardonneras ? demanda-t-elle. — Peut-être. Il est gentil, mais perdu. Si je reviens, tout sera différent. Désormais, je reprends ma place. Dans la ville enneigée, Nathalie le savait : désormais, l’histoire de sa famille serait écrite de sa main, et non par les fantômes du passé. Si cette histoire vous a touché, n’hésitez pas à liker et vous abonner à la page. Vos commentaires et soutiens comptent énormément pour moi.
На следующее утро Андрей долго стоял перед зеркалом. Он не мог заполнить свое отражение — серые тени под глазами, бледное лицо, а на прикроватной тумбочке — свернутое записка с адресом, который она ему оставила.