Quand jai su que les parents de mon fiancé allaient rentrer, jai commencé à faire le ménage.
Depuis deux ans, je partage ma vie avec mon amoureux. Il ma demandé en mariage, et sans hésiter, jai accepté. Pourtant, quelque chose me dérangeait : il ne semblait pas pressé de quitter le nid familial pour quon vive ensemble.
Il logeait dans lappartement spacieux de ses parents, trois pièces baignées de souvenirs, tandis que moi, joccupais une chambre à la cité universitaire. Je suis convaincue quavant de se marier, il faut partager le quotidien, sapprivoiser, sadapter. Je lui en ai parlé maintes fois, mais il feignait toujours lincompréhension, comme si mes paroles sévaporaient dans lair du matin.
Et puis, le hasard a tissé son étrange toile : ses parents devaient sabsenter pendant deux semaines et, pour la première fois, nous pouvions habiter ensemble, seuls dans lappartement silencieux où les horloges semblaient ralentir leur battement.
Je me suis appliquée à devenir la parfaite maîtresse de maison. Je cuisinais de bons petits plats, nettoyais chaque pièce, veillais au moindre détail, comme si les rayons de lune surveillaient ma minutie. Chaque jour, jessayais démerveiller mon fiancé avec des spécialités françaises, tourtes et éclairs au citron, espérant quil se sente comblé.
Mais il y avait une ombre, un « mais » qui sattardait. Je lui ai demandé sil pouvait passer laspirateur. Il ma répondu avec froideur que ce nétait pas un travail pour un homme. Dans sa famille, disait-il, les hommes sèment la prospérité matérielle, mais ne prêtent main forte dans la maison. Jai gardé le silence, pensant que la routine du vivre-ensemble finirait par adoucir ses idées anciennes.
Avant le retour des parents, jai frotté le parquet jusquà ce quil brille comme un miroir deau. Je voulais que tout soit parfait, alors jai préparé un gâteau, un gratin dauphinois, puis je suis rentrée chez moi, le cœur en suspens.
Le lendemain, Sébastien ma annoncé que sa mère était loin dêtre satisfaite. Elle estimait que je nétais pas une bonne ménagère. Jai été prise de court, presque étourdie. La première fois que jétais venue ici, lappartement était bien plus poussiéreux ! Pourquoi me dénigrer ainsi ? Elle na même pas goûté à mes plats, les jugeant fades et naïfs. Jai été blessée, profondément, comme si mon rêve fondait sous le soleil.
Je crois simplement quelle ne veut pas laisser partir son fils, quelle cultive des espoirs différents pour lui Peut-être connaît-elle une jeune fille mieux assortie, plus docile, issue dun autre quartier de Paris ? Pourquoi ce soupçon me vient-il ? Car, depuis le retour de ses parents, Sébastien sest éloigné comme un nuage effiloché dans le vent. On se voit rarement, on se parle peu. Je nai plus la certitude que notre mariage aura lieu.
Quen penses-tu, toi ?



