Ma belle-mère a offert mes affaires à des proches, alors j’ai déménagé avec mes meubles.

Madame Renée Dubois, ma bellemaman, distribuait mes affaires à ses proches, et jai fini par emménager avec les meubles.

Madame Dubois, vous navez pas vu la boîte contenant mes bottes dautomne? Je les ai rangées sur létagère haute au printemps, jen suis sûre jai crié, le cœur battant, au milieu du couloir, debout sur le petit escabeau, les yeux cherchant parmi les étagères à moitié vides.

Renée Dubois, une femme corpulente et bruyante, sortit de la cuisine en sessuyant les mains sur son tablier. Son visage affichait une bienveillance trompeuse, comme si elle venait de nourrir les affamés du monde entier.

Ah, les bottes marron? Je les ai données à Cécile, la nièce de ma cousine de Béziers. Elle est passée la semaine dernière, se plaignait que ses souliers étaient usés, la semelle était toute crasse. Et toi, ma chère Élise, elles traînaient sans servir. Tu as acheté des neuves, noires, alors pourquoi garder deux paires? Tu voulais les faire saler?

Je perdis léquilibre sur lescabeau. En descendant, une colère froide commençait à bouillonner en moi.

Renée, cétaient des bottes italiennes. Je les ai achetées il y a trois ans pour quinze cents euros. Elles étaient en parfait état, je les gardais comme paire de secours sous mon manteau. Vous naviez aucun droit de les donner!

Oh, ça commence! sexclama Renée en roulant des yeux, un torchon à la main. «Italiennes», «quinze cents» Toujours à compter les sous, ma fille. Il fait froid, lhiver approche, et tu tinquiètes pour un vieux soulier. Chez nous on se serre les coudes, on donne la dernière chemise. Toi, tu restes là comme une poule sur son perchoir. Cécile, dailleurs, elle est mère célibataire!

Mais alors, cest mes bottes! ma voix trembla. Pourquoi ne mavezvous pas demandé?

Pourquoi demander? Tu nétais jamais à la maison, toujours au travail. Cécile devait venir, et je lai vue, elle ne les porte jamais, elles prennent la poussière. Jai fait le ménage, libéré de lespace. Ça te fait du bien, non?

À ce moment, la porte dentrée claqua. Antoine, mon mari, rentra du travail. En voyant ma posture tendue et le visage renfrogné de ma bellemaman, il poussa un soupir lourd en se glissant ses bottes.

Questce qui se passe encore? On vous entend se chamailler depuis le couloir.

Antoine, dis à ta femme de ne pas me lancer des regards! sélança Renée. Jai fait une bonne action, aidé un orphelin, et elle me fait un scandale pour de vieilles bottes! Pitié, comprenezvous?

Je tournai la tête vers Antoine, cherchant un allié.

Antoine, elle a donné mes bottes en cuir à sa nièce sans même demander. Cest normal, selon vous?

Antoine se frotta le nez, visiblement épuisé. Il était toujours entre le marteau de la mèreinlaw et le burin de la femme.

Écoute, ma chérie, elle voulait bien faire. On achètera de nouvelles bottes, meilleures encore. Ça ne coûtera pas un bras. Pas la peine de se prendre la tête pour des chaussures.

Tu penses que cest acceptable? murmuraije. Aujourdhui les bottes, demain le manteau?

Ça nest pas une exagération. Ma mère est une bonne personne, elle a lhabitude de partager. Dans son village, cest ainsi quon fait. Elle na pas pensé aux conséquences, alors pardonnela.

Je regardai Antoine puis Renée qui saffairait à faire résonner les casseroles. Il était clair que la discussion naboutirait à rien. Antoine choisit à nouveau de rester neutre, de se cacher le visage comme un autruche, tant que la mèreinlaw ne se fâchait pas.

Nous vivions déjà deux ans dans lappartement de Renée Dubois. Dès le mariage, elle avait insisté: «Pourquoi dépenser votre argent en loyer? Vivez chez moi, lappartement est petit mais suffisant. Mettez vos économies de côté pour une hypothèque». Jétais dabord hésitant, mais Antoine me convainquit. Largument économique était solide.

Lappartement était «vieilli». Aucun travaux depuis les TrenteGlorieuses, les meubles étaient usés, les fenêtres laissaient passer le vent. Habituée à la propreté, je me suis lancé dans la rénovation. En tant que logisticien dans une grande entreprise, je gagnais bien et pouvais financer les travaux.

En deux ans, grâce à nos économies et à mes achats, nous avons transformé le lieu: nouvelles fenêtres, nouveaux papiers peints, un réfrigérateur géant, une machine à laversécher, un canapé orthopédique, un lit complet, une cuisine intégrée, une télévision plasma, un microondes, une machine à café. Jai même choisi rideaux, tapis et vaisselle avec soin, créant un nid douillet.

Renée accueillait les changements avec enthousiasme, se pavanant auprès des voisines: «Regardez, les travaux! Quelle beauté!». Mais elle continuait à se considérer propriétaire de tout ce qui apparaissait.

Lhistoire des bottes nétait pas la première, mais la plus marquante. Dautres objets avaient disparu: un jeu de serviettes turques offert à la voisine Valérie, un shampoing de marque à Cécile, un paquet de thé de luxe à la médecin du quartier. Chaque fois que jessayais de défendre mes limites, on mécrasait sous le «cest ma maison, tout est commun».

Après le scandale des bottes, jai installé une serrure sur la porte de la chambre. Renée a explosé:

Vous vous enfermez contre votre propre mère? Quy avezvous à cacher? Quelle honte! Je vous aime, mais vous mettez des serrures comme dans les HLM!

Antoine, le visage sombre, a supplié:

Élise, enlève la serrure. Maman est bouleversée, elle se sent trahie.

Nous ne lui faisons pas confiance, Antoine, répliquaije fermement. Je ne veux pas découvrir un jour que mon sousvêtement a été donné à la charité.

Un mois passa tranquillement, la serrure fonctionnait, je portais la clé autour du cou comme une petite fille. Renée cessait de piquer les affaires, mais ne minvitait plus à prendre le thé.

Puis, un voyage daffaires de trois jours ma pris. Dans la précipitation, jai fermé la porte sans tourner le loquet. En plein vol, je me suis rappelé lerreur, mais je me suis rassurée: «Quy atil à craindre pendant trois jours?».

De retour, le silence régnait. Antoine était encore en service, Renée regardait une série dans sa chambre. Jai pénétré la chambre et jai senti que quelque chose clochait. Le meuble où je rangais mon maquillage, acheté avec mon bonus, était disparu. Seules des empreintes restaient sur le linoléum. Tous mes produits de beauté, mes bijoux, mon miroir éclairé, tout avait disparu.

Jai fondu hors de la pièce, criant :

Où est mon meuble?

Renée a sursauté, le téléviseur à la main, puis a feint lindignation.

Questce que tu cries à la porte? Tu reviens, saluemoi dabord.

Où est mon meuble, ma trousse de maquillage?

Oh, ne crie pas comme ça! a-t-elle haussé les épaules. Ma sœur Géraldine a une nièce qui se marie, elle na pas dargent, le père boit, la mère est malade. Ce petit meuble ne servait à rien, il ramassait la poussière. Jai offert ça à la jeune fille, cétait un beau cadeau!

Jai senti mes jambes fléchir. Je me suis appuyée contre le cadre.

Vous avez donné mon mobilier? Ma chère cosmétique? Vous lavez offert?

Ce nest pas à des étrangers! Cest à la famille! a rétorqué Renée, se levant du canapé comme pour se défendre. Tu achèteras à nouveau, tu as les moyens. Mais la jeune doit commencer sa vie. Et ce meuble était chez moi, donc je peux en disposer. Vous vivez ici gratuitement, sans payer de loyer, vous pourriez même dire merci au lieu dêtre avares!

Gratuitement? aije murmuré. Nous payons les charges, nous avons rénové, nous achetons la nourriture. Ce mobilier est à moi, jai les factures.

Tes factures! a éclaté Renée. Tes papiers ne servent à rien. Dans ma maison, ce sont mes règles. Si ça ne te plaît pas, passe ton chemin! Le meuble était destiné à la petite, cest tout!

Je nai rien répliqué, je suis retournée dans la chambre, le cœur glacé, comprenant que cétait la fin.

Lorsque Antoine est entré, il a vu le vide.

Salut, je suis fatigué atil commencé, puis sest arrêté en voyant lendroit où se tenait le meuble. Où est le videtableau? Tu las déplacé?

Ma mère la donné à la nièce de Géraldine, avec ma trousse, aije déclaré, dune voix plate.

Antoine a cligné des yeux.

Vraiment? Ce nest pas possible. Maman! atil crié dans le couloir.

Renée a surgit, les mains sur les hanches.

Quoi «Maman»? Oui, je lai donné. Cest fini. Pas la peine de faire tout un drame. Antoine, dis à ta femme de se calmer, ce nest rien! Une petite chose!

Antoine a regardé sa femme, puis sa mère.

Maman, cest excessif. Ce sont les affaires dÉlise, elles sont chères. Comment les reprendre? La nièce serait blessée

Je nai rien dit. Jai simplement déclaré :

Rien à reprendre. Quelle en profite. Santé.

Renée a souri, satisfaite.

Voilà, tu as compris. Cest une affaire de famille.

Les deux jours suivants, je me suis comportée comme une sainte : je suis allée au travail, jai cuisiné, jai souri. Antoine a soupiré: «Enfin, cest réglé, la vieille a repris le dessus». Renée se pavane, convaincue de son invincibilité.

Vendredi, nous partons à la campagne avec Géraldine, a annoncé Renée un soir. On ira cueillir des pommes. Antoine, tu nous conduiras? Et tu resteras pour réparer le portail.

Bien sûr, maman, a répondu Antoine, la bouche pleine dune boulette. Élise, tu viens?

Non, je suis épuisée, je veux dormir et faire le grand ménage chez moi.

Daccord, faisle, les coins sont sales depuis longtemps, a dit Renée, indifférente.

Vendredi soir, Antoine a chargé la mère et la tante dans la voiture et est parti.

Dès que le véhicule a disparu, jai sorti mon téléphone.

Allô, Serge? Jai besoin dune équipe de déménageurs, un camion de cinq tonnes, comme convenu. Jattends.

Une demiheure plus tard, un camion sest arrêté devant limmeuble. Quatre hommes costauds sont montés. Jai brandi un dossier contenant factures et garanties pour tout ce que javais acheté ces deux dernières années.

Messieurs, travaillez vite et soigneusement, leur aije ordonné.

Le grand déménagement a commencé. Dabord le canapé dangle velours que Renée aimait tant regarder la télé. La pièce sest vidée, le silence a envahi le salon. Puis le téléviseur plasma a été retiré, ne laissant que le trou du support. Ensuite la cuisine : les placards, le plan de travail, le réfrigérateur chromé ont disparu, révélant les vieux papiers peints jaunis. Le microondes, la bouilloire, la cocotte en fonte ont été empaquetés.

De la buanderie, la machine à laversécher a été désassemblée, même le rideau de douche et le tapis que javais achetés. Les serviettes, les peignoirs, les produits dentretien ont tout disparu.

Dans la chambre, le lit orthopédique sest transformé en un matelas emballé, le dressing a été vidé. Enfin, les rideaux et les lustres ont été démontés.

Madame, on doit dévisser les ampoules? a plaisanté un des déménageurs.

Dévissezles, aije répondu. Jai acheté des LED, les vieilles «ampoules à incandescence» sont dans le carton, remettezles, il ne faut pas que la pièce soit dans le noir complet.

En quatre heures, lappartement était redevenu le «logement dantan», avec ses murs décrépits, le linoléum taché, une vieille chaise dans la cuisine et un placard soviétique dans la chambre de Renée. Lendroit était méconnaissable, bien plus misérable que la version décorée que javais créée.

Jai parcouru les pièces, lécho de mes pas résonnait dans le vide. Aucun regret, aucune pitié, seulement un soulagement immense, comme si javais enlevé un poids de mes épaules.

Jai laissé les clés sur la petite console du hall, accompagné dun mot: «Jai libéré de lespace, comme vous le vouliez. Au revoir». Puis jai pris le taxi pour mon nouveau studio, que javais loué le même jour en prétendant rester «parfaitement» docile.

Le soir du dimanche, je déballais mes cartons dans ma nouvelle cuisine. Javais éteint mon téléphone la veille, mais je lai rallumé. Des notifications ont afflué: cinquante dAntoine, vingt de Renée, dix de numéros inconnus (probablement la tante Géraldine).

Antoine a appelé.

Allô? aije répondu calmement.

Questce que tu as fait!? Tu es folle! On est arrivés et il ny a plus rien! Aucun meuble, aucun télé! Où dormir? a hurlé Antoine, la voix grésillante.

Jai repris mes affaires, Antoine.

Quelles affaires!Tout! Même les toilettes! (Je nai pas touché les WC, mais il paraît que la panique était à son comble)! Maman a failli sévanouir! On a appelé les secours! La télé est partie, le frigo aussi, la bouffe est sur le balcon! On ne peut pas dormir!

Vous avez un vieux canapé à la campagne, apportezle, aije suggéré. Le télé était «Rubis», il était là.

Tu te fous de nous! a explosé Renée dans le combiné. Voleuse! Je vais porter plainte! Restitue le mobilier, bordel!

Faitesle! aije répondu froidement. Jai chaque vis, chaque clou, chaque facture de ma carte bancaire. Le commissaire de police sera ravi. Jenverrai aussi une plainte pour le vol de mon table à coiffeur, mes bottes, mon manteau (que vous comptiez aussi donner) et mes boucles doreilles en or, que je nai pas retrouvées.

Un silence lourd a suivi. Ils ne savaient pas que javais remarqué les boucles.

Antoine, la voix tremblante, a imploré:

Pourquoi? Tu es folle, tu nous envoies balader. Reprends le mobilier, on na plus rien, on va mourir dans le froid.

Antoine, jai déposé le dossier de divorce en ligne. Le juge le fera rapidement, pas denfants, les biens sont partagés: je garde le mien, je te rends le tien (Ainsi, je refermai la porte de mon passé et avançai sereinement vers mon avenir.

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Ma belle-mère a offert mes affaires à des proches, alors j’ai déménagé avec mes meubles.
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