Moi aussi, je rêve d’être heureuse Merci du fond du cœur pour votre soutien, pour les likes, l’intérêt, vos commentaires sur mes histoires, pour votre abonnement et un immense MERCI de la part de moi et de mes cinq matous pour tous vos dons. Partagez, s’il vous plaît, les récits qui vous ont touchés sur les réseaux sociaux – ça fait aussi très plaisir à l’auteure ! À un peu plus de quarante ans, une femme se sent vidée de tout intérêt pour la vie. Elle travaille comme sage-femme dans une maternité parisienne, et son métier est la seule chose qui lui apporte encore un peu de joie. Elle vit seule. Son mari, policier, est mort en service. Leur histoire n’a duré que deux ans. Leur fils est né trois mois après sa disparition. Elle l’a élevé seule ; il est adulte à présent, marié, vit et travaille à Lyon, a sa propre vie, tout va bien pour lui. Gleb – qu’on appellera ici Guillaume – vient parfois voir sa mère pour de courts séjours, il l’appelle souvent, mais elle, elle se retrouve seule… Ses collègues lui envient sa liberté – elle vit “pour elle-même” –, mais Lyuba (ici rebaptisée Louise) se sent ronger par la solitude. Eux racontent pendant les pauses déjeuner les anecdotes sur leurs familles, leurs bonheurs et leurs tracas. Elle n’a rien à raconter : le vide. Elle n’a même pas envie de rentrer chez elle… Louise écoute distraitement les conversations des autres, elle hoche la tête, s’étonne parfois de ce qu’elle entend, tout en se surprenant à les envier au fond d’elle-même. Sa liberté ne lui apporte aucun réconfort. Elle garde en mémoire son mari, son regard amoureux, ses mains. Cette brève histoire d’amour, jeune et fauchée trop tôt, reste une blessure à vif dans sa mémoire, une douleur qui ne veut pas cicatriser. La vie n’a de goût que lorsqu’elle exerce son métier. Il y a quelques jours, elle a assisté une jeune maman, presque une adolescente, qui vient de donner naissance à une adorable fillette. Mais la jeune fille, le visage tourné vers le mur, reste muette et indifférente. — Bonjour, maman, lance Louise, comme il est d’usage d’appeler tendrement les jeunes accouchées heureuses, mais à ces mots la jeune fille se braque, sans ouvrir les yeux : — Laissez-moi, on n’a rien à se dire. Je l’ai déjà dit, je ne veux pas de cet enfant. Je ne veux pas la voir, je ne la prendrai pas, j’ai d’autres projets… Louise essaie d’ajouter quelque chose, mais la jeune fille se détourne et ne dira plus un mot. Lorsque Louise, bouleversée, quitte la chambre, l’infirmière de garde hausse les épaules, désigne la maman qui refuse son bébé et tourne un doigt sur la tempe en signe d’incrédulité: — On en a vu d’autres, tu sais… Il y en avait une, elle voulait piquer un homme marié, croyait qu’il avait de l’argent – en fait, il était fauché, alors elle a laissé tomber l’enfant… Il y en a, des comme ça. Louise a déjà connu de telles histoires au fil de ses vingt ans de métier, mais d’habitude, les jeunes mamans finissent par revenir sur leur refus, en larmes, et repartent avec leur bébé. Mais cette jeune fille semble décidée — elle n’en veut pas. Ne sachant trop pourquoi, Louise décide d’aller voir la nouvelle-née abandonnée. À peine franchit-elle la porte qu’elle croise le pédiatre, le docteur Constantin Lévesque (francisation de Konstanin Lvovitch). Dans la nurserie, tout est calme ; les bébés viennent de manger, ils dorment paisiblement. Louise s’approche avec précaution du berceau de la petite fille dont personne ne veut. Soudain, la minuscule remue les cils et ouvre les yeux – graves, profonds, presque sages. Louise se fige : la petite va pleurer et réveiller tout le service ! Mais non, elle la fixe en silence, de ses prunelles sérieuses, comme si elle comprenait déjà tout de la vie. — Quelle adorable petite… Louise sursaute en entendant derrière elle la voix douce de Constantin Lévesque. Parfois, à la salle de repos, les collègues taquinaient Louise, lui disant que le pédiatre n’est pas insensible à son charme. Elle en souriait – il est un excellent médecin, mais elle n’éprouve rien de plus. — Elle est craquante, n’aie pas peur, murmure le médecin en caressant la petite, lançant à Louise un regard étrange, qui la trouble… Dès lors, Louise entre presque chaque jour dans la nurserie. Elle a l’impression que la petite commence à la reconnaître, et cette sensation nouvelle met en elle une chaleur qu’elle pensait disparue à jamais. — Tu traînes toujours chez les bébés ? la charrient les collègues, c’est le pédiatre que tu viens voir ? — Mais non, c’est la petite abandonnée, Louise y tient beaucoup. — Tu comptes l’adopter ? La mère a signé les papiers hier, elle est partie ! — Fais attention, tu vas t’attacher, et bientôt elle partira… Adopter ! Voilà sans doute ce qui la réchauffe, inconsciemment, depuis quelques jours. Cette idée — soufflée par une collègue — fait soudain vibrer tout son être. Le temps presse : les bébés abandonnés restent maximum un mois dans le service avant d’être confiés à la pouponnière – parfois ailleurs en France ou adoptés par une autre famille. Effrayée à l’idée de perdre la petite, Louise monte un dossier d’adoption. Elle coche toutes les cases, mais être célibataire donne l’avantage aux couples. C’est là que germe dans son esprit une idée folle. Elle sait qu’elle plaît à Constantin Lévesque – il vit seul, loue un studio en banlieue, passe plus de deux heures à se rendre à la maternité. Et il lui faut un mari rapidement : après, au pire, ils pourront toujours divorcer… — Docteur Lévesque, une proposition à vous faire : et si je vous louais une chambre, juste à côté de l’hôpital ? Et, euh… accepteriez-vous d’être mon mari, juste le temps des formalités ? Parce que seule je crains qu’on ne me confie pas la petite que j’aimerais tant adopter… — Offre surprenante, mais… d’accord, sourit le médecin, une lueur malicieuse dans les yeux. Soudain, il s’approche, l’embrasse doucement. Louise, décontenancée, croise le regard curieux d’une collègue passée par là. Des commérages en perspective ! — C’était pour rendre notre histoire crédible, plaisante Constantin, et Louise n’a rien à objecter… Le soir venu, alors qu’elle s’endort, Louise se surprend à penser tendrement à “sa” petite, qu’elle considère déjà comme sa fille. Elle repense aussi au baiser inattendu de Constantin… et doit s’avouer à elle-même que ce moment l’a troublée… agréablement. Ils se marient vite fait, fêtent l’événement dans le service avec leurs collègues. Tous sont sincèrement heureux pour eux, surtout qu’ils ont déjà déposé la demande d’adoption. Maintenant, Louise est une femme mariée, une petite fille grandit auprès d’eux, et elle n’a plus le temps d’être triste. Son “Kostia” à elle – Constantin – est un homme bien, elle l’a toujours su. Désormais, l’amour renaît dans son cœur. Elle a de nouveau envie de vivre, d’élever sa fille, d’aimer – pleinement – cet homme à qui c’est elle qui a eu l’audace de demander la main. Constantin, Marina et Louise – une famille. Louise avait si profondément désiré être heureuse… qu’elle a fini par l’être, pour de vrai !

Jaimerais moi aussi trouver le bonheur

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Une femme un peu au-delà de la quarantaine avait peu à peu perdu goût à la vie.

Sophie travaillait comme sage-femme à la maternité de lhôpital de Tours. Seul son travail lui apportait encore un peu de réconfort, car elle vivait seule.

Son mari, policier, était décédé dans lexercice de ses fonctions. Leur vie commune navait duré que deux brèves années, et leur fils était né trois mois après ce drame. Elle lavait élevé seule ; il était depuis longtemps adulte, marié, travaillant à Lyon. Il menait sa propre vie, tout allait bien pour lui.

Pierrick, son fils, rendait parfois visite à sa mère, discutait souvent au téléphone, mais elle restait seule le reste du temps

Ses collègues de la maternité lui enviaient sa liberté : « Elle vit pour elle, quelle chance ! » Mais, au fond, la solitude rongeait Sophie. À la pause déjeuner, les autres racontaient leurs familles, les joies et les soucis du quotidien.

Elle, elle navait rien à raconter. Son appartement lui semblait vide ; elle navait même pas envie dy rentrer

Sophie écoutait poliment, opinait, sétonnait parfois face à certaines histoires, mais, dans son for intérieur, elle admettait éprouver un peu de jalousie.

Cette vie en solitaire ne lui plaisait plus depuis longtemps.

Elle gardait un souvenir intact de son mari, de son regard, de ses bras. Leur amour, si court et interrompu brutalement, avait laissé dans son âme une plaie béante, jamais refermée.

Au travail seulement, elle retrouvait un sens et une saveur à la vie.

Une matinée, elle avait assisté à laccouchement dune toute jeune fille. Un minuscule bébé, adorable. La jeune maman, presque une enfant, semblait pourtant indifférente ; elle restait tournée face au mur, silencieuse.

Bonjour, jeune maman, lança Sophie, usant du terme affectueux réservé aux heureuses parturientes.

Mais les mots parurent glacer la jeune femme, qui répondit sèchement, sans ouvrir les yeux :

Partez, je nai rien à vous dire, ninsistez pas. Je vous lai dit, je ne veux pas de ce bébé. Je ne veux pas le voir et je ne le garderai pas. Jai dautres projets

Sophie tenta de poursuivre la conversation, sans succès : la jeune fille se détourna et ne prononça plus un mot.

À sa sortie, anéantie, Sophie croisa le regard de linfirmière de garde, qui haussa les épaules avec une mimique éloquente.

Déjà vu, lui glissa-t-elle. Une autre jeune femme voulait séduire un homme marié et la cru riche. Finalement il ne létait pas, et elle a abandonné le bébé Ça arrive plus souvent quon ne croit.

Sophie, forte dune expérience de vingt ans à la maternité, avait déjà vécu de tels renoncements ; cependant, presque toutes finissaient par revenir sur leur décision au dernier moment, dans des sanglots. Mais cette jeune femme-là paraissait décidée, inébranlable.

En proie à une inquiétude soudaine, Sophie sentit le besoin daller observer la fillette abandonnée. Au seuil de la nurserie, elle faillit heurter le pédiatre, le Dr. Antoine Lefèvre. Un silence paisible régnait : les nouveau-nés dormaient après la tétée.

Sophie sapprocha doucement du berceau de la petite sans prénom. Soudain, les cils du bébé frémirent et elle ouvrit ses yeux clairs.

Sophie demeura immobile, ne voulant pas réveiller tous les petits. Mais lenfant la fixait de ses prunelles profondes et sérieuses, dune sagesse étrange, comme si elle comprenait tout.

Tu es une gentille fille

La voix du Dr. Lefèvre la surprit. Il venait darriver tout près delle, en silence.

Les collègues de Sophie aimaient à la taquiner sur le fait quAntoine nétait pas insensible à son charme. Elle nen avait jamais tenu compte, gardant avec lui une simple complicité professionnelle.

Quelle adorable petite, naie pas peur, dit tendrement le médecin en caressant le front du bébé. Puis il adressa à Sophie un regard interrogateur qui la troubla.

Dès lors, Sophie se mit à passer quasi chaque jour par la nurserie.

Elle avait la sensation que le bébé la reconnaissait déjà. Les regards de la fillette ranimaient, chez elle, une tendresse quelle croyait éteinte.

Tu passes ton temps en pédiatrie maintenant ? se mirent à plaisanter ses collègues. Cest pour voir le docteur, hein ?

Non, répondit lune, cest pour le bébé, la petite abandonnée, Sophie sy attache de plus en plus.

Tu comptes ladopter ou quoi ? Hier la mère a signé les papiers dabandon et elle est partie

Fais attention, tu vas ty habituer, et bientôt elle partira

Adopter cette enfant ? La simple pensée alluma une émotion neuve dans son cœur.

Lidée nétait même pas clairement formulée et voilà quen lentendant, elle se logeait dans son âme. Mais il fallait faire vite : on gardait les enfants sans famille à la maternité pendant un mois, après quoi ils étaient envoyés dans un foyer daccueil peut-être même dans une autre ville, et dautres adoptants pourraient lemporter.

Boulevardée par la peur de la perdre, Sophie lança la demande dadoption. Son dossier était solide, mais le fait quelle soit célibataire donnait la priorité aux familles constituées.

Soudain, Sophie eut une inspiration audacieuse.

Elle savait depuis longtemps que le Dr. Lefèvre lui portait de laffection. Il vivait en banlieue, dans un petit appartement, ce qui lui imposait plus de deux heures de trajets quotidiens.

Il lui fallait un mari, tout du moins sur le papier ; il serait toujours possible de divorcer plus tard…

Antoine, jai une proposition à vous faire Voulez-vous louer une chambre chez moi, pas loin de lhôpital ? invita-t-elle le soir même.

Mais à une condition, demanda-t-elle, pourriez-vous mépouser provisoirement ? Jaimerais adopter cette petite fille, mais seule, ce sera difficile dobtenir la garde.

Cest très inattendu, murmura-t-il, mais jaccepte, répondit Antoine dans un sourire mystérieux.

Il sapprocha et déposa un baiser doux sur la joue de Sophie.

Surprise, elle en perdit ses mots et quelquun les vit passer, ce qui néchapperait pas aux ragots.

Cest pour la crédibilité, plaisanta Antoine. Pour que personne ne doute

Cette nuit-là, alors quelle sendormait, Sophie pensa à la fillette, ce bébé déjà si cher à son cœur. Mais aussi à ce baiser dAntoine, inattendu et doux et elle dut bien admettre quil ne lui avait pas déplu

Ils se marièrent sans délai, fêtant leur union entre collègues, dans la salle commune de la maternité. Tout le monde se réjouit, et lon savait déjà que le couple avait rempli un dossier dadoption pour la petite.

Désormais, Sophie était une femme mariée, une maman comblée avec une petite Charlotte qui grandissait chaque jour. Finie la tristesse : le temps lui manquait même pour la mélancolie.

Antoine était lhomme respectable et bon quelle avait toujours vu en lui. Mais cette union arrangée avait fini par réveiller une vraie tendresse, un début damour.

La vie retrouvait ses couleurs, lenvie revenait : grandir avec sa fille, goûter au bonheur, aimer aimer cet homme quelle avait choisi de prendre pour époux.

Antoine, Charlotte et Sophie une famille.

Sophie désirait tellement le bonheur quà force, elle la trouvé véritablement !

Moralité : Parfois, laudace et louverture du cœur à la tendresse peuvent transformer le manque et la solitude en un avenir rempli damour et de lumière.

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Moi aussi, je rêve d’être heureuse Merci du fond du cœur pour votre soutien, pour les likes, l’intérêt, vos commentaires sur mes histoires, pour votre abonnement et un immense MERCI de la part de moi et de mes cinq matous pour tous vos dons. Partagez, s’il vous plaît, les récits qui vous ont touchés sur les réseaux sociaux – ça fait aussi très plaisir à l’auteure ! À un peu plus de quarante ans, une femme se sent vidée de tout intérêt pour la vie. Elle travaille comme sage-femme dans une maternité parisienne, et son métier est la seule chose qui lui apporte encore un peu de joie. Elle vit seule. Son mari, policier, est mort en service. Leur histoire n’a duré que deux ans. Leur fils est né trois mois après sa disparition. Elle l’a élevé seule ; il est adulte à présent, marié, vit et travaille à Lyon, a sa propre vie, tout va bien pour lui. Gleb – qu’on appellera ici Guillaume – vient parfois voir sa mère pour de courts séjours, il l’appelle souvent, mais elle, elle se retrouve seule… Ses collègues lui envient sa liberté – elle vit “pour elle-même” –, mais Lyuba (ici rebaptisée Louise) se sent ronger par la solitude. Eux racontent pendant les pauses déjeuner les anecdotes sur leurs familles, leurs bonheurs et leurs tracas. Elle n’a rien à raconter : le vide. Elle n’a même pas envie de rentrer chez elle… Louise écoute distraitement les conversations des autres, elle hoche la tête, s’étonne parfois de ce qu’elle entend, tout en se surprenant à les envier au fond d’elle-même. Sa liberté ne lui apporte aucun réconfort. Elle garde en mémoire son mari, son regard amoureux, ses mains. Cette brève histoire d’amour, jeune et fauchée trop tôt, reste une blessure à vif dans sa mémoire, une douleur qui ne veut pas cicatriser. La vie n’a de goût que lorsqu’elle exerce son métier. Il y a quelques jours, elle a assisté une jeune maman, presque une adolescente, qui vient de donner naissance à une adorable fillette. Mais la jeune fille, le visage tourné vers le mur, reste muette et indifférente. — Bonjour, maman, lance Louise, comme il est d’usage d’appeler tendrement les jeunes accouchées heureuses, mais à ces mots la jeune fille se braque, sans ouvrir les yeux : — Laissez-moi, on n’a rien à se dire. Je l’ai déjà dit, je ne veux pas de cet enfant. Je ne veux pas la voir, je ne la prendrai pas, j’ai d’autres projets… Louise essaie d’ajouter quelque chose, mais la jeune fille se détourne et ne dira plus un mot. Lorsque Louise, bouleversée, quitte la chambre, l’infirmière de garde hausse les épaules, désigne la maman qui refuse son bébé et tourne un doigt sur la tempe en signe d’incrédulité: — On en a vu d’autres, tu sais… Il y en avait une, elle voulait piquer un homme marié, croyait qu’il avait de l’argent – en fait, il était fauché, alors elle a laissé tomber l’enfant… Il y en a, des comme ça. Louise a déjà connu de telles histoires au fil de ses vingt ans de métier, mais d’habitude, les jeunes mamans finissent par revenir sur leur refus, en larmes, et repartent avec leur bébé. Mais cette jeune fille semble décidée — elle n’en veut pas. Ne sachant trop pourquoi, Louise décide d’aller voir la nouvelle-née abandonnée. À peine franchit-elle la porte qu’elle croise le pédiatre, le docteur Constantin Lévesque (francisation de Konstanin Lvovitch). Dans la nurserie, tout est calme ; les bébés viennent de manger, ils dorment paisiblement. Louise s’approche avec précaution du berceau de la petite fille dont personne ne veut. Soudain, la minuscule remue les cils et ouvre les yeux – graves, profonds, presque sages. Louise se fige : la petite va pleurer et réveiller tout le service ! Mais non, elle la fixe en silence, de ses prunelles sérieuses, comme si elle comprenait déjà tout de la vie. — Quelle adorable petite… Louise sursaute en entendant derrière elle la voix douce de Constantin Lévesque. Parfois, à la salle de repos, les collègues taquinaient Louise, lui disant que le pédiatre n’est pas insensible à son charme. Elle en souriait – il est un excellent médecin, mais elle n’éprouve rien de plus. — Elle est craquante, n’aie pas peur, murmure le médecin en caressant la petite, lançant à Louise un regard étrange, qui la trouble… Dès lors, Louise entre presque chaque jour dans la nurserie. Elle a l’impression que la petite commence à la reconnaître, et cette sensation nouvelle met en elle une chaleur qu’elle pensait disparue à jamais. — Tu traînes toujours chez les bébés ? la charrient les collègues, c’est le pédiatre que tu viens voir ? — Mais non, c’est la petite abandonnée, Louise y tient beaucoup. — Tu comptes l’adopter ? La mère a signé les papiers hier, elle est partie ! — Fais attention, tu vas t’attacher, et bientôt elle partira… Adopter ! Voilà sans doute ce qui la réchauffe, inconsciemment, depuis quelques jours. Cette idée — soufflée par une collègue — fait soudain vibrer tout son être. Le temps presse : les bébés abandonnés restent maximum un mois dans le service avant d’être confiés à la pouponnière – parfois ailleurs en France ou adoptés par une autre famille. Effrayée à l’idée de perdre la petite, Louise monte un dossier d’adoption. Elle coche toutes les cases, mais être célibataire donne l’avantage aux couples. C’est là que germe dans son esprit une idée folle. Elle sait qu’elle plaît à Constantin Lévesque – il vit seul, loue un studio en banlieue, passe plus de deux heures à se rendre à la maternité. Et il lui faut un mari rapidement : après, au pire, ils pourront toujours divorcer… — Docteur Lévesque, une proposition à vous faire : et si je vous louais une chambre, juste à côté de l’hôpital ? Et, euh… accepteriez-vous d’être mon mari, juste le temps des formalités ? Parce que seule je crains qu’on ne me confie pas la petite que j’aimerais tant adopter… — Offre surprenante, mais… d’accord, sourit le médecin, une lueur malicieuse dans les yeux. Soudain, il s’approche, l’embrasse doucement. Louise, décontenancée, croise le regard curieux d’une collègue passée par là. Des commérages en perspective ! — C’était pour rendre notre histoire crédible, plaisante Constantin, et Louise n’a rien à objecter… Le soir venu, alors qu’elle s’endort, Louise se surprend à penser tendrement à “sa” petite, qu’elle considère déjà comme sa fille. Elle repense aussi au baiser inattendu de Constantin… et doit s’avouer à elle-même que ce moment l’a troublée… agréablement. Ils se marient vite fait, fêtent l’événement dans le service avec leurs collègues. Tous sont sincèrement heureux pour eux, surtout qu’ils ont déjà déposé la demande d’adoption. Maintenant, Louise est une femme mariée, une petite fille grandit auprès d’eux, et elle n’a plus le temps d’être triste. Son “Kostia” à elle – Constantin – est un homme bien, elle l’a toujours su. Désormais, l’amour renaît dans son cœur. Elle a de nouveau envie de vivre, d’élever sa fille, d’aimer – pleinement – cet homme à qui c’est elle qui a eu l’audace de demander la main. Constantin, Marina et Louise – une famille. Louise avait si profondément désiré être heureuse… qu’elle a fini par l’être, pour de vrai !
Elle a refusé de jardiner au potager de sa belle-mère et est devenue immédiatement la ennemie numéro un