Cest quoi ce déguisement? Tu penses vraiment quen enfilant ce vulgaire tissu tu vas charmer quelquun? Tu nas aucun scrupule? Tu nas pas seulement des habits bon marché, mais la tête vide aussi. lança avec mépris Étienne, se leva brusquement et quitta la pièce. Élodie resta seule, entourée des convives qui ne venaient que dapercevoir sa nouvelle robe.
À cet instant, elle eut limpression que le sol se dérobait sous ses pieds. La petite robe, il y a quelques minutes encore considérée comme sublime, se transforma en chaîne oppressante. Elle comprenait son corps comme étranglé, chaque bouton, chaque ourlet, la pressait avec une insupportable gêne. Elle voulait la déchirer, la jeter loin, hors de vue.
Les invités, embarrassés et mal à laise, cherchant des excuses pour partir, se dispersèrent, laissant Élodie dans un silence lourd, chargé de tension.
Ce comportement était habituel pour Étienne. Quand Élodie se promenait à la maison en teeshirt simple, sans maquillage, il se montrait neutre, parfois même aimable. Mais dès quelle osait revêtir un vêtement qui soulignait sa silhouette, il devenait une autre personne. Ses insultes publiques visaient à la rabaisser devant les autres.
Cest quoi ce minishort? Ce genre de chose est fait uniquement pour les jambes! De vraies jambes, pas tes «godasses» tordues. Tu thabitues à ce que je supporte ce cauchemar, mais les gens ne le toléreront pas! Change de tenue, ne nous fais pas souffrir! lança-til.
Quand Élodie choisissait un habit ajusté, ses remarques devenaient plus cinglantes :
Cest quoi ce défilé de charcuterie? Élodie, tes plis ressemblent à une vieille serviette enroulée! Nous sommes tous choqués, félicitetoi, tu as vraiment attiré lattention. Mais arrête, sinon tes «contours de saucisson» hanteront tes amies pendant des nuits entières!
Dans ces moments, Étienne essayait de faire lidiot, comme si ses paroles nétaient que de simples plaisanteries à ne pas prendre au sérieux. Son rire retentissait, attendant que tout le monde approuve ses «blagues».
Au début, Élodie tenta de discuter. Elle choisissait des vêtements qui, à son sens, ne susciteraient aucune critique. Mais Étienne trouvait toujours matière à saccrocher. Si la tenue passait inaperçue, il sen prenait à son maquillage.
Regarde tes sourcils, ils nexistent même pas! Pourquoi les dessiner à la mine? Et tes lèvres? Les gars, vous avez vu ça? Des lèvres comme des raviolis! Si cest beau, alors je suis sûrement chef cuisinier en Sibérie.
Toutes les tentatives dÉlodie pour se conformer à ses exigences ne faisaient qualimenter ses railleries. Il se moquait de ses séances au gym, qualifiait les salons de beauté de gaspillage dargent, et chaque nouvelle pièce de son dressing déclenchait une tempête de mécontentement. Il condamnait même les simples teeshirts, les jugeant trop attirants aux yeux des autres hommes.
Élodie se convainquait que son mari était simplement trop jaloux, quil ne voulait pas quelle shabille joliment de peur dattirer dautres regards. Mais ses remarques sarcastiques ne cessaient jamais, même lorsquelle ne portait que des vêtements confortables à la maison. Après un an de vie commune, la jeune épouse réalisa que son mariage était devenu un véritable calvaire. Malgré cela, elle aimait toujours Étienne et ne voulait pas briser la famille. Avant le mariage, il était un tout autre homme, et elle cherchait désespérément à comprendre ce qui avait changé. Chaque effort de dialogue se soldait par des railleries et des moqueries.
Élodie sétait mariée alors quelle était encore étudiante en dernière année à lUniversité de Paris. Après son diplôme, elle comptait chercher un emploi, mais elle rencontra rapidement le premier signe davertissement du comportement de son mari.
Un travail? la coupa Étienne avec dureté. Je sais ce que ce sera: tu ne feras que faire tourner tes robes au bureau et séduire les chefs. Aucun bureau, compris? Tu es mariée, reste à la maison. Tes devoirs: la propreté, la cuisine pour plusieurs jours à lavance. Entrée, plat et dessert tout doit être prêt! Tu veux travailler seulement pour être «fatiguée» et ne rien faire à la maison.
Mais je nai que vingtdeux ans! Je ne veux pas devenir femme au foyer! Jai limpression de dégénérer si je reste enfermée! protesta Élodie.
Ne tinquiète pas, avec ton «esprit» tu ne dégénéreras nulle part! Ta tête est vide, aucun rêve sauf ceux de tes «chimères» et de tes salons de beauté.
Pourquoi tu me traites ainsi? Je nai rien fait de mal. Avant le mariage, tu étais différent! ditelle, la voix brisée.
Et comment suisje censé me comporter si tu es comme ça? Tu te ridiculises, moi aussi. Avant le mariage tu ne te comportais pas ainsi. Réfléchis à qui est fautif! lança Étienne avec sarcasme.
Quels salons! Tu ne me donnes même pas dargent pour ça! rétorquaelle.
Exactement! Pas de dépenses inutiles. Tu ne sais même pas gérer tes finances! répliquail.
Cest pour ça que je veux travailler! Gagner mon propre argent.
Quoi? Gagner? Si jamais tu trouves un job, tout largent ira dans ma poche! Souvienstoi bien de ça, il ny aura jamais dindépendance! rétorquail brutalement.
Le plus terrible pour Élodie était quelle navait personne à qui se confier. Sa mère avait supporté pendant des années un mari encore plus cruel que celui dÉlodie, nhésitant même pas à lever la main. Ainsi, Élodie pensait que ses problèmes étaient insignifiants. Au moins, Étienne ne buvait pas, ne frappait pas
Elle navait personne pour lui dire que labsence de vices néquivalait pas à la perfection dun homme. Ses amies, majoritairement célibataires, lenviaient, croyant quelle menait une vie idéale. Elles ne savaient rien de la réalité, car Élodie masquait toujours ses souffrances.
Un jour, alors quelle passait ses journées à regarder des séries, elle observa les couples jeunes à lécran. Les hommes y prenaient soin de leurs épouses, ne les rabaissaient pas, les soutenaient, les aimait. Parfois, ils rencontraient des personnages rappelant Étienne, mais le plus souvent, ces figures étaient les antagonistes.
Finalement, Élodie rassembla le courage de dire à Étienne tout ce qui la rongeait. Dès quelle ouvrit la bouche, il se ferma, le visage sombre, la colère bouillonnant.
Ah! Tu as lu des contes de princesses soumises et tu veux menseigner comment vivre? Toutes ces absurdités de la télé te sont entrées dans la tête! criatil. Je ne te laisserai pas me ridiculiser, ni salir ma réputation! À partir de maintenant, plus de télévision, plus dinternet, plus tes «idées». Si tu tennuies, jappellerai mes «amis normaux». Cest clair?
Mais je nai rien dit de mal, je voulais juste partager mes pensées, murmura Élodie, observant son mari arracher les câbles et couper le routeur.
Tu veux encore te maquiller comme pour un spectacle nocturne, ou thabiller comme pour une foire bon marché? Assez! Je te reformerai! Tant que tu ne seras pas «normale», tu resteras confinée à la maison! poursuivitil, furieux.
Cette nuit-là, Élodie ressentit la peur la plus profonde. Elle comprit quÉtienne pouvait tenir ses menaces, alors elle décida dagir sans attendre. Au crépuscule, elle rassembla ses affaires et quitta la maison. Son sauveur inattendu fut un ami dÉtienne, Guillaume, qui ne sattendait pas à ce quÉtienne en arrive là. Guillaume et sa femme, témoins depuis longtemps de linjustice dÉtienne envers Élodie, lui offrirent refuge et aide.
À cet instant, Élodie réalisa quon ne pouvait pas changer un homme. Elle ne voulait plus sacrifier ses meilleures années dans un mariage toxique, vivant constamment dans la peur.
La décision de divorcer arriva rapidement, sans hésitation. Même lorsque Étienne la harcela par téléphone, la raillant, Élodie resta ferme, refusant toute manipulation.
Après le divorce, la vie dÉlodie changea. Elle trouva un emploi, bâtit sa carrière et, pour la première fois, se sentit libre.
Étienne, quant à lui, épousa bientôt une jeune femme discrète et timide. Élodie espère quun jour, cette nouvelle épouse trouvera la force de fuir, car elle a compris que des hommes comme Étienne ne changent presque jamais.
