«Apparemment, tous mes efforts n’ont servi à rien, » lança la mère de mon mari d’un ton acerbe. — C’est Dieu qui te punit pour avoir détruit une famille ! enchaîna ma belle-mère. — Eh bien, souffre maintenant ! — Je n’ai rien détruit, répondit enfin Véra. Vadim voulait déjà divorcer. — Mais bien sûr ! Vouloir ou pas, il est resté avec Zoé près de 15 ans ! Et il l’a quittée à cause de toi, elle en est morte de chagrin et de désespoir. À 30 ans, Véra cumulait un mariage raté et quelques histoires tout aussi malheureuses, tout en rêvant d’une vraie famille, d’un enfant. Voilà pourquoi, quand son histoire avec Vadim a commencé, elle a retrouvé l’espoir. De cinq ans son aîné, grand, solide, chauffeur-livreur, Vadim lui a semblé cet homme fiable derrière lequel elle pourrait se sentir protégée. Au bout de deux semaines seulement, il parlait déjà de leur avenir, rêvait à voix haute d’un fils. Et Véra priait intérieurement pour que leurs rêves se réalisent enfin. Ce à quoi elle n’était absolument pas préparée, c’était d’apprendre, quatre mois plus tard, que son compagnon était marié. — Ne t’angoisse pas comme ça, répondit Vadim avec sérieux en remarquant son visage défait. Ça fait longtemps que je prévois de divorcer. Mais je n’avais nulle part où aller, personne chez qui partir. Je suis un homme, je n’allais tout de même pas retourner vivre chez ma mère ? — Tous les hommes mariés disent ça, répondit Véra tout bas, le cœur fendu. — Je ne suis pas «tous», coupa-t-il. Et il n’a pas menti. Deux mois après, il lui montrait son jugement de divorce et, deux mois plus tard, ils se mariaient. Même s’il avait une fille de son premier mariage, restée chez sa mère, Vadim soutenait ardemment Véra dans sa volonté d’avoir un enfant commun. Mais là, ça coinçait. Deux ans à essayer en vain, puis Véra a fini par consulter. Elle n’avait jamais eu de souci de santé, alors la révélation du médecin l’a surprise. — Vous n’êtes ni la première, ni la dernière, rassura-t-elle la gynécologue. Un traitement, et tout ira bien. Mais les traitements hormonaux furent difficiles à supporter pour Véra. Les sautes d’humeur, l’appétit d’ogre, les douleurs à l’estomac s’enchaînaient. Son mari remarquait bien ses changements et tentait d’en comprendre la raison. Pourquoi cet irascibilité, cette nervosité, parfois ces cris ? Mais Véra était déterminée à ne rien révéler. Et s’il la quittait en apprenant, sur quoi reposerait sa vie ? Personne ne devait savoir. Un jour, le mari rentra avec une adolescente. — Je te présente Dacha, ma fille, dit-il en me la présentant. Elle va désormais vivre avec nous, sa mère est décédée. — Pardon ? bredouilla Véra, choquée mais se contenant devant l’enfant. Euh… Entre, fais comme chez toi. Étrangement, Véra n’avait jamais vu la fille de Vadim, qu’il rencontrait à l’extérieur et assez rarement ; elle ne savait que cela et qu’il payait la pension. Véra ne voulait pas élever une autre fille, aussi tragique soit la situation d’une orpheline de 13 ans. Elle le dit franchement à son mari une fois seuls. — Tu veux que je la mette à la Ddass ? s’agaça Vadim. — Non, mais elle pourrait vivre chez ta mère. Tu m’as bien dit que Marie-Alexandrine adore sa petite-fille. — Ma mère est âgée et a des soucis de santé ! Pourquoi lui imposer un enfant ? Avec sa belle-mère, Véra n’avait aucune relation, juste quelques rencontres polies, jamais plus de dix fois. Et à 58 ans, Marie-Alexandrine semblait en pleine forme. — Et moi, tu me crois en pleine santé ? lança Véra par réflexe, avant de se corriger pour ne pas éveiller de soupçon. — Probablement. Juste un peu trop nerveuse. Tu devrais peut-être voir un médecin. — Vadim, je ne connais pas ta fille. Dacha non plus ne me connaît pas. — C’est une gentille fille. Vous allez vous entendre. Et la conversation est close, j’ai tôt le travail demain. Véra se mordit la langue. Pas envie de se disputer. Le lendemain, elle essaya d’en parler à sa belle-mère qui la coupa net : — Tu as épousé un homme avec un enfant, tu savais à quoi t’attendre. De quoi tu te plains ? Elle raccrocha. Le soir même, Vadim cria sur elle malgré la présence de la fille dans la pièce d’à côté. — Tu ne peux pas me donner d’enfant, et en plus tu mens ! Je ne m’attendais pas à ça de toi. — Vadim, attends, explique-toi… — Arrête de faire l’innocente ! Ma mère m’a tout raconté, ton infertilité, ce traitement inutile ! Et tes scènes… Je ne veux plus jamais te voir ! — Laisse-moi t’expliquer, pleura Véra, mais Vadim n’écouta plus. Heureusement, Dacha était sortie faire des courses et n’assista pas à la scène. — Où sont les affaires de Dacha ? On part. Je demande le divorce pour de bon. Je croyais, naïf, que tu finirais par aimer ma fille. Je me suis trompé… — Mais je t’aime ! — Arrête, Véra… lança-t-il en fourrant les vêtements de Dacha dans des sacs. Véra fondit en larmes. C’est alors que Dacha rentra dans l’appartement. — C’est toi qui as tout raconté à mamie ? demanda Véra en pleurant. Je croyais qu’on était amies. — Je n’ai rien dit du tout ! s’effraya Dacha. De quoi vous parlez ? — Va dans la voiture, ma chérie, interrompit soudain Marie-Alexandrine sur le pas de la porte. Je t’avais bien dit de ne pas venir ici. C’est Véra qui t’a appris à ne pas obéir aux adultes ? — Mamie ! Arrête ! — Allons, ma fille, coupa Vadim, attends-nous dehors. Dacha obéit. — Pourquoi s’en prendre à l’enfant ? – interrogea la belle-mère, furieuse. Elle n’y est pour rien ! Je suis simplement venue déposer un pull et j’ai vu cette montagne de médicaments. J’ai suffisamment de bon sens pour comprendre à quoi ils servent. Marie-Alexandrine était allée fouiller, voilà tout. Mais peu importait. — C’est Dieu qui te punit pour avoir détruit une famille ! — reprit la belle-mère. Maintenant, tu n’as qu’à souffrir. — Je n’ai rien détruit, répondit enfin Véra. Vadim voulait déjà divorcer. — Bien sûr ! Vouloir ou pas, il est resté 15 ans avec Zoé ! À cause de toi, il l’a quittée et elle s’est perdue. Ma petite-fille est orpheline à cause de toi ! Sa vie foutue, sur ta conscience ! Vadim, perdu, passait son regard de l’une à l’autre, incapable d’intervenir. C’est Dacha qui mit fin aux hostilités. — Mamie, pourquoi tu mens ? s’exclama Dacha en ouvrant la porte : elle était restée derrière. C’est maman qui buvait déjà, c’est pour ça que papa voulait divorcer ! — Ma chérie, mais qu’est-ce que tu racontes ? — s’écria Marie-Alexandrine. Tu es bouleversée par la mort de ta mère… — Non ! Tu ne comprends rien ! Papa a bien fait de partir, on ne pouvait plus vivre avec elle ! Toujours ivre, elle criait sans arrêt… Je ne pouvais pas la quitter, c’était ma maman. Et Tata Véra est gentille ! Elle s’occupe de moi, m’apprend tout… — Dacha éclata en sanglots. Les trois adultes se précipitèrent pour la consoler. — On s’en fiche que tata Véra soit malade, ajoute la fillette en reniflant. Elle va guérir, je le sais ! Papa, pourquoi tu es parti ? Véra t’aime, et moi aussi… « Apparemment, tous mes efforts n’ont servi à rien, » soupira la belle-mère. J’ai même refusé de prendre Dacha, pensant que tu finirais par abandonner Vadim toute seule. Et j’ai enquêté sur tes médicaments… Mais regarde dans quel état est ma petite-fille. — Vous pouvez être fière, lâcha Véra avant d’emmener Dacha à la salle de bain. Vadim resta muet, confus. Le couple s’est réconcilié, Dacha est restée vivre avec eux, refusant catégoriquement d’aller chez sa grand-mère, à la grande joie de Véra. Depuis, ils ne voient plus beaucoup Marie-Alexandrine qui espère encore renouer des liens avec eux.

On se demande pourquoi je me donne encore tout ce mal, a lâché la mère de mon mari, lair franchement agacée.

Cest bien fait pour toi ! Cest la punition du Bon Dieu parce que tu as brisé une autre famille ! a-t-elle continué. Eh bien, souffre maintenant !

Je nai rien brisé du tout, a fini par murmurer Violette. Adrien voulait déjà divorcer.

Bien sûr ! Il ne voulait pas, mais il a vécu presque quinze ans avec Lucie ! a lancé la belle-mère. Et il la laissée à cause de toi, et elle a sombré et en est morte.

Avant davoir trente ans, Violette avait déjà connu un mariage raté et quelques histoires damour qui navaient pas marché non plus. Elle rêvait dune vraie famille, dun enfant.

Alors, quand elle a rencontré Adrien, tout a repris des couleurs à ses yeux.

Il avait cinq ans de plus quelle, grand, costaud, chauffeur-livreur il lui paraissait être cet homme solide, protecteur, derrière lequel on se sent en sécurité.

Au bout de deux semaines, il discutait déjà volontiers avec elle de leur futur ensemble. Il disait quil rêvait davoir un fils.

Violette priait en silence pour que tous leurs projets deviennent réalité.

Ce à quoi elle ne sattendait vraiment pas, cest dapprendre, après quatre mois, que lhomme quelle aime était marié.

Ce nest pas la peine de paniquer, lui a dit Adrien, remarquant sa tête décomposée. Ça fait longtemps que jenvisage le divorce, sauf que je navais personne dautre ni nulle part où aller.

Je ne vais quand même pas retourner chez ma mère, à mon âge !

Tous les hommes mariés racontent ça, Violette a répondu à mi-voix, au bord des larmes.

Je ne suis pas tous les hommes, a tranché Adrien.

Et il a tenu parole.

Deux mois plus tard, il lui montrait son jugement de divorce. Et deux mois après, ils se mariaient à la mairie.

Malgré le fait quAdrien ait déjà une fille de son premier mariage qui vivait chez sa mère, évidemment il na jamais cessé dencourager Violette à avoir un enfant avec lui.

Mais là, ça a coincé.

Deux ans à essayer sans succès Puis Violette a fini par consulter.

Nayant jamais eu de souci de santé, elle est tombée des nues quand la docteure lui a annoncé quil y avait un problème.

Vous nêtes ni la première ni la dernière, ce nest pas grave, lui dit la médecin. Un petit traitement et tout rentrera dans lordre, croyez-moi.

Le traitement, pourtant, sest révélé éreintant.

Les hormones chamboulaient son moral, elle avait des fringales terribles, lestomac en compote les jours suivants.

Adrien voyait bien quelle changeait, il essayait de comprendre : pourquoi tu ténerves tout le temps, tu cries parfois ?

Mais Violette na rien voulu lui expliquer.

Et si Adrien la quitte à cause de ça ? Elle ny survivrait pas. Et personne na besoin de savoir tout ça.

Un soir, Adrien rentre à la maison avec une adolescente.

Je te présente Camille, ma fille, il a désigné sa compagne. Et voilà Violette, ma femme.

Sa mère vient de décéder, alors elle va vivre avec nous.

Pardon ? a réagi Violette, saisie, mais elle sest retenue : pas le moment den parler devant lenfant. Installe-toi, je ten prie.

Étrangement, Violette navait jamais vu Camille, Adrien lui rendait visite dehors, pas à la maison, et très rarement. Elle savait juste quil payait la pension alimentaire.

Oui, perdre sa mère à 13 ans, cest terrible, mais Violette ne se voyait pas élever lenfant des autres.

Elle la dit à Adrien une fois seuls.

Tu suggères de la placer à la DDASS ? a répliqué Adrien, furieux.

Mais pas forcément ! Elle pourrait aller chez ta mère.

Tu disais toi-même que Colette adore sa petite-fille.

Ma mère, cest une femme âgée avec ses soucis de santé. Tu veux lui confier une ado ?

Entre Violette et Colette, franchement, il ny avait jamais eu daffinité. Dix rencontres maximum, courtoises, sans plus, et Colette, du haut de ses 58 ans, navait rien dune vieille grabataire.

Et moi, tu penses que je vais super bien ? sest vexée Violette. Mais elle sest reprise tout de suite : pas question de donner à Adrien des raisons de douter.

Je pense que oui. Mais tu es sacrément nerveuse, tu devrais peut-être voir un médecin

Adrien, je la connais à peine, ta fille !

Elle est adorable. Vous allez vous entendre. Allez, stop, je me lève tôt demain.

Violette sest tue. Elle ne voulait pas se fâcher avec lui.

Le lendemain, elle a tenté den toucher deux mots à sa belle-mère, qui la vite envoyée paître :

Tu as épousé un homme avec une fille. Tu aurais dû réfléchir avant. Et elle a raccroché.

Le soir, Adrien a carrément crié, alors même que Camille était dans la chambre dà côté.

Franchement, jen ai marre ! On divorce. Camille reste avec toi, je louerai un appart et je viendrai la chercher.

Il a ramassé quelques affaires et claqué la porte.

Violette était tétanisée à lidée quil la quitte.

Mais bon Il finira bien par revenir. En attendant, elle vivrait seule avec Camille.

La petite était vraiment adorable : calme, gentille, un brin timide.

Toujours à laider à la maison, sa chambre passe le contrôle façon armée, jamais un mot plus haut que lautre, et ce sourire tellement doux.

Au bout dune semaine, Violette sest surprise à apprécier la compagnie de Camille. Et les voilà complices.

Camille aimait cuisiner et apprenait volontiers avec Violette.

Le soir, elles regardaient des films ensemble et prévoyaient leur programme du lendemain.

Pas de nouvelles dAdrien, mais Colette appelait sa petite-fille tous les jours.

Violette a vite compris que sa belle-mère tâchait de savoir si la belle-fille maltraitait la petite. Mais Camille, enjouée, ne cessait de raconter à sa grand-mère à quel point tout allait bien.

Hormis labsence dAdrien, Violette sinquiétait désormais de la scolarité de Camille.

Avant, elle allait au collège près de chez elle et sa mère, qui louaient un petit deux-pièces, mais maintenant, cétait à lautre bout de la ville.

Violette a essayé dappeler Adrien, sans réponse. Mais le soir-même, le voilà de retour, et ça a explosé.

Tu narrives même pas à me faire un enfant, et en plus tu nes quune menteuse ! Je naurais jamais cru ça de toi

Adrien, attends, de quoi tu parles ?

Ne fais pas linnocente ! Ma mère ma tout dit ! Pour ta stérilité et tes traitements inutiles !

Et en plus, tu me fais la comédie ! Je ne veux plus te voir !

Adrien, laisse-moi texpliquer, je ten prie, Violette avait les larmes aux yeux. Mais il ne voulait rien entendre.

Heureusement, Camille était partie faire les courses et na rien vu.

Où sont les affaires de Camille ? On part. Cette fois, cest fini, je demande le divorce.

Je pensais que tout sarrangerait, que tu maimes, que tu allais accepter ma fille.

Je taime, Adrien, je tassure

Ne commence pas, Violette Adrien fourrait les affaires de Camille dans des sacs, décidé.

Violette pleurait toutes les larmes de son corps.

Cest à ce moment-là que Camille est revenue.

Cest toi, Camille ? Tu as tout raconté à ta grand-mère ? Violette, en larmes, se tourne vers elle. Je pensais quon était devenues amies

Mais jai rien dit, moi ! Camille, paniquée. Je ne comprends même pas de quoi vous parlez.

Va à la voiture, chérie, Colette est apparue dans lentrée. Je tavais dit de ne pas venir ici.

Cest Violette qui ta appris à désobéir aux anciens ?

Mamie ! Mais tu racontes nimporte quoi !

Bon, Camille, la coupée Adrien, va nous attendre en bas.

Camille a obéi sans un mot.

Pourquoi tu ten prends à Camille ? a lancé la belle-mère, furieuse. Elle na rien à voir là-dedans !

Je suis passée une fois vous voir, pour déposer un pull à Camille, et jai vu toute cette montagne de pilules. Jai eu la curiosité de chercher ce que cétait.

Pas trop difficile à deviner que Colette avait fouiné dans la chambre de Violette. Mais Violette na pas polémiqué.

Après tout, limportant nétait pas là.

Cest bien fait pour toi ! a remis ça la belle-mère. Cest le prix à payer pour avoir détruit un foyer ! À toi de payer maintenant !

Jai rien détruit, a soufflé Violette. Adrien voulait divorcer bien avant moi.

Cest ça ! Nempêche, il est resté quinze ans avec Lucie !

Il la quittée à cause de toi, et après elle sest laissée couler.

Ma petite-fille est orpheline ! Sa vie foutue sur ta conscience !

Adrien alternait du regard entre sa mère et sa femme, perdu pour dire un mot.

Mais cest Camille qui a interrompu la scène.

Mamie, pourquoi tu mens ?! elle a ouvert brusquement la porte. Elle nétait jamais partie, elle avait tout entendu. Maman buvait bien avant, cest pour ça que papa voulait divorcer !

Ma petite, tu ne sais pas ce que tu dis, Colette a levé les bras au ciel. Tu nas pas la tête à ça depuis la mort de ta mère, je comprends

Non ! Tu comprends rien ! Papa a eu raison de partir cétait invivable !

Toujours ivre, elle criait tout le temps, sur lui comme sur moi. Moi, jaurais aimé partir aussi, mais cétait ma mère

Tatie Violette est gentille ! Elle prend soin de moi, elle parle calmement, elle mapprend plein de choses Et Camille sest effondrée, en larmes.

Les trois adultes se sont précipités pour la consoler.

Même si tatie Violette est malade, reniflait Camille, elle va guérir, je le sais ! Papa, pourquoi tu es parti ? Violette taime, et moi aussi

Je vois bien que je me suis fait des illusions pour rien, a grogné Colette. Jai refusé de prendre Camille chez moi, je pensais que tu tiendrais pas le coup et que tu demanderais le divorce.

Et toute cette histoire de médicaments Résultat, ma petite-fille est malheureuse.

Ouais, bravo, vraiment na pu sempêcher Violette. Puis, prenant Camille par les épaules, elle la emmenée à la salle de bains pour quelle sessuie les yeux.

Adrien restait là, sans voix.

Le couple sest finalement réconcilié, Camille a continué à vivre avec eux, refusant net daller chez sa grand-mère au plus grand soulagement de Violette.

Tous trois ne voient Colette quoccasionnellement, mais elle na pas perdu espoir de retisser un lien avec eux un jour.

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«Apparemment, tous mes efforts n’ont servi à rien, » lança la mère de mon mari d’un ton acerbe. — C’est Dieu qui te punit pour avoir détruit une famille ! enchaîna ma belle-mère. — Eh bien, souffre maintenant ! — Je n’ai rien détruit, répondit enfin Véra. Vadim voulait déjà divorcer. — Mais bien sûr ! Vouloir ou pas, il est resté avec Zoé près de 15 ans ! Et il l’a quittée à cause de toi, elle en est morte de chagrin et de désespoir. À 30 ans, Véra cumulait un mariage raté et quelques histoires tout aussi malheureuses, tout en rêvant d’une vraie famille, d’un enfant. Voilà pourquoi, quand son histoire avec Vadim a commencé, elle a retrouvé l’espoir. De cinq ans son aîné, grand, solide, chauffeur-livreur, Vadim lui a semblé cet homme fiable derrière lequel elle pourrait se sentir protégée. Au bout de deux semaines seulement, il parlait déjà de leur avenir, rêvait à voix haute d’un fils. Et Véra priait intérieurement pour que leurs rêves se réalisent enfin. Ce à quoi elle n’était absolument pas préparée, c’était d’apprendre, quatre mois plus tard, que son compagnon était marié. — Ne t’angoisse pas comme ça, répondit Vadim avec sérieux en remarquant son visage défait. Ça fait longtemps que je prévois de divorcer. Mais je n’avais nulle part où aller, personne chez qui partir. Je suis un homme, je n’allais tout de même pas retourner vivre chez ma mère ? — Tous les hommes mariés disent ça, répondit Véra tout bas, le cœur fendu. — Je ne suis pas «tous», coupa-t-il. Et il n’a pas menti. Deux mois après, il lui montrait son jugement de divorce et, deux mois plus tard, ils se mariaient. Même s’il avait une fille de son premier mariage, restée chez sa mère, Vadim soutenait ardemment Véra dans sa volonté d’avoir un enfant commun. Mais là, ça coinçait. Deux ans à essayer en vain, puis Véra a fini par consulter. Elle n’avait jamais eu de souci de santé, alors la révélation du médecin l’a surprise. — Vous n’êtes ni la première, ni la dernière, rassura-t-elle la gynécologue. Un traitement, et tout ira bien. Mais les traitements hormonaux furent difficiles à supporter pour Véra. Les sautes d’humeur, l’appétit d’ogre, les douleurs à l’estomac s’enchaînaient. Son mari remarquait bien ses changements et tentait d’en comprendre la raison. Pourquoi cet irascibilité, cette nervosité, parfois ces cris ? Mais Véra était déterminée à ne rien révéler. Et s’il la quittait en apprenant, sur quoi reposerait sa vie ? Personne ne devait savoir. Un jour, le mari rentra avec une adolescente. — Je te présente Dacha, ma fille, dit-il en me la présentant. Elle va désormais vivre avec nous, sa mère est décédée. — Pardon ? bredouilla Véra, choquée mais se contenant devant l’enfant. Euh… Entre, fais comme chez toi. Étrangement, Véra n’avait jamais vu la fille de Vadim, qu’il rencontrait à l’extérieur et assez rarement ; elle ne savait que cela et qu’il payait la pension. Véra ne voulait pas élever une autre fille, aussi tragique soit la situation d’une orpheline de 13 ans. Elle le dit franchement à son mari une fois seuls. — Tu veux que je la mette à la Ddass ? s’agaça Vadim. — Non, mais elle pourrait vivre chez ta mère. Tu m’as bien dit que Marie-Alexandrine adore sa petite-fille. — Ma mère est âgée et a des soucis de santé ! Pourquoi lui imposer un enfant ? Avec sa belle-mère, Véra n’avait aucune relation, juste quelques rencontres polies, jamais plus de dix fois. Et à 58 ans, Marie-Alexandrine semblait en pleine forme. — Et moi, tu me crois en pleine santé ? lança Véra par réflexe, avant de se corriger pour ne pas éveiller de soupçon. — Probablement. Juste un peu trop nerveuse. Tu devrais peut-être voir un médecin. — Vadim, je ne connais pas ta fille. Dacha non plus ne me connaît pas. — C’est une gentille fille. Vous allez vous entendre. Et la conversation est close, j’ai tôt le travail demain. Véra se mordit la langue. Pas envie de se disputer. Le lendemain, elle essaya d’en parler à sa belle-mère qui la coupa net : — Tu as épousé un homme avec un enfant, tu savais à quoi t’attendre. De quoi tu te plains ? Elle raccrocha. Le soir même, Vadim cria sur elle malgré la présence de la fille dans la pièce d’à côté. — Tu ne peux pas me donner d’enfant, et en plus tu mens ! Je ne m’attendais pas à ça de toi. — Vadim, attends, explique-toi… — Arrête de faire l’innocente ! Ma mère m’a tout raconté, ton infertilité, ce traitement inutile ! Et tes scènes… Je ne veux plus jamais te voir ! — Laisse-moi t’expliquer, pleura Véra, mais Vadim n’écouta plus. Heureusement, Dacha était sortie faire des courses et n’assista pas à la scène. — Où sont les affaires de Dacha ? On part. Je demande le divorce pour de bon. Je croyais, naïf, que tu finirais par aimer ma fille. Je me suis trompé… — Mais je t’aime ! — Arrête, Véra… lança-t-il en fourrant les vêtements de Dacha dans des sacs. Véra fondit en larmes. C’est alors que Dacha rentra dans l’appartement. — C’est toi qui as tout raconté à mamie ? demanda Véra en pleurant. Je croyais qu’on était amies. — Je n’ai rien dit du tout ! s’effraya Dacha. De quoi vous parlez ? — Va dans la voiture, ma chérie, interrompit soudain Marie-Alexandrine sur le pas de la porte. Je t’avais bien dit de ne pas venir ici. C’est Véra qui t’a appris à ne pas obéir aux adultes ? — Mamie ! Arrête ! — Allons, ma fille, coupa Vadim, attends-nous dehors. Dacha obéit. — Pourquoi s’en prendre à l’enfant ? – interrogea la belle-mère, furieuse. Elle n’y est pour rien ! Je suis simplement venue déposer un pull et j’ai vu cette montagne de médicaments. J’ai suffisamment de bon sens pour comprendre à quoi ils servent. Marie-Alexandrine était allée fouiller, voilà tout. Mais peu importait. — C’est Dieu qui te punit pour avoir détruit une famille ! — reprit la belle-mère. Maintenant, tu n’as qu’à souffrir. — Je n’ai rien détruit, répondit enfin Véra. Vadim voulait déjà divorcer. — Bien sûr ! Vouloir ou pas, il est resté 15 ans avec Zoé ! À cause de toi, il l’a quittée et elle s’est perdue. Ma petite-fille est orpheline à cause de toi ! Sa vie foutue, sur ta conscience ! Vadim, perdu, passait son regard de l’une à l’autre, incapable d’intervenir. C’est Dacha qui mit fin aux hostilités. — Mamie, pourquoi tu mens ? s’exclama Dacha en ouvrant la porte : elle était restée derrière. C’est maman qui buvait déjà, c’est pour ça que papa voulait divorcer ! — Ma chérie, mais qu’est-ce que tu racontes ? — s’écria Marie-Alexandrine. Tu es bouleversée par la mort de ta mère… — Non ! Tu ne comprends rien ! Papa a bien fait de partir, on ne pouvait plus vivre avec elle ! Toujours ivre, elle criait sans arrêt… Je ne pouvais pas la quitter, c’était ma maman. Et Tata Véra est gentille ! Elle s’occupe de moi, m’apprend tout… — Dacha éclata en sanglots. Les trois adultes se précipitèrent pour la consoler. — On s’en fiche que tata Véra soit malade, ajoute la fillette en reniflant. Elle va guérir, je le sais ! Papa, pourquoi tu es parti ? Véra t’aime, et moi aussi… « Apparemment, tous mes efforts n’ont servi à rien, » soupira la belle-mère. J’ai même refusé de prendre Dacha, pensant que tu finirais par abandonner Vadim toute seule. Et j’ai enquêté sur tes médicaments… Mais regarde dans quel état est ma petite-fille. — Vous pouvez être fière, lâcha Véra avant d’emmener Dacha à la salle de bain. Vadim resta muet, confus. Le couple s’est réconcilié, Dacha est restée vivre avec eux, refusant catégoriquement d’aller chez sa grand-mère, à la grande joie de Véra. Depuis, ils ne voient plus beaucoup Marie-Alexandrine qui espère encore renouer des liens avec eux.
Demain, direction chez ma future belle-mère. Mes amies mariées, en tentant de me rassurer, m’ont presque fait mourir de peur :