Destins Volés : Une Histoire à Découvrir

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Le téléphone sonna au petit matin, mais Valérie nétait pas encore sortie du sommeil.

Elle se préparait à rendre visite à son mari à lhôpital de Lyon, triait le linge propre et rassemblait le repas du jour. Elle savait pourtant que son époux mangeait à peine, quelle nallait pas vraiment le nourrir, mais chaque cuillerée quelle mettait dans ses mains lui semblait un petit miracle.

La veille, son mari avait posé sa main fine et musclée sur la sienne et, dune voix lourde, avait murmuré :

«Valérie, pardonnemoi tout; dans mon sac de mission il y a de largent, beaucoup, cest pour toi et Théo. Et il y a aussi une lettre, lisla»

«Pardonner quoi? Tu ne mas jamais blessée!» étouffa Valérie en retenant ses larmes, mais lorsquelle croisa le regard distant et piquant de son mari, elle chuchota dune voix tremblante :

«Si cest ce que tu désires, je te pardonne tout, pour chaque faute, volontaire ou non, mon cher!»

À ces mots, il grimaca, ferma les yeux, comme accablé par une douleur. Elle avait été son ange nourricier, son soutien, et ces dialogues la fatigueaient maintenant.

«Bientôt, on rentrera à la maison, tout ira bien,» mentit Valérie, espérant secrètement que ces mots deviendraient vérité.

Elle comprit cependant quil nétait plus que lombre dun homme, épuisé, presque endormi. Elle se leva doucement, sortit en silence, referma la porte derrière elle

Lorsque le téléphone retentit à laube, Valérie se figea. Lannonce tomba comme un couperet: son mari était décédé dans la nuit, épuisé par la maladie.

Ce nest quaprès les funérailles que Valérie se souvint du sac, oubliée jusque là.

Théo, son fils de onze ans, était en larmes, hystérique, refusant daccepter que son père ne reviendrait plus. Valérie, figée par le deuil, accomplissait les gestes les plus mécaniques, revivant les souvenirs avec Génés Dupont, son mari.

Ils sétaient mariés quand elle avait trente ans, ses amies déjà toutes unies. Génés lavait aimée dès le premier regard; elle navait pas compris alors la profondeur de ce sentiment qui, avec les années, devint une certitude. Il était fiable, doux, et elle, influencée par ses voisines, pensait quon ne croiserait jamais un homme pareil et quelle devait se contenter de ce qui était.

Alors elle accepta, séduite par son allure, son mystère, ce côté taciturne qui, à ses yeux, la fascinait. Il achetait des fleurs, des bijoux, et elle sentait son amour comme une chaleur enveloppante, même si ses amies lenviaient un peu.

Génés travaillait dur, partait souvent en déplacements, ce qui était très avantageux: il était le seul homme du service, les femmes avaient leurs enfants, les hommes leurs missions. Il rapportait à Valérie des souvenirs et des cadeaux de chaque voyage. Leurs enfants tardèrent à arriver, Théo étant encore petit quand le père les quitta.

Le dernier déplacement changea tout. Il se rendait à Marseille, sa ville denfance, rempli dallégresse à lidée de retrouver ses vieux camarades. Il voulait partager ses histoires avec Valérie, mais éclatait en rires nerveux, promettant de parler plus tard.

À Marseille, des ennuis survinrent, le retard sallongea, et à son retour il sembla un étranger, le regard dur, le visage froid. Il quitta dun coup son poste, déclara ne plus vouloir de ces tracas, et trouva rapidement un nouveau travail, décision prise à la hâte comme jamais auparavant.

Avec Valérie, il se montra distant, comme sils ne se connaissaient que depuis peu. Une énergie nouvelle lanimait, et elle eut la sensation de ne plus le reconnaître. Quelque chose de grave avait dû se produire lors de cette mission, le transformant, le rendant plus viril, et elle laimait dautant plus intensément.

Pour la première fois, Valérie sentit en lui lhomme quelle avait toujours rêvé davoir. Elle en tomba follement, jusquà découvrir quelle était enceinte. Elles plaisantaient alors sur le «quarantecinq» et les baies de framboise, comme un présage de bonheur.

Lorsque Théo naquit, Valérie se sentit comblée: un fils, un mari qui laimait plus que jamais. Pendant dix années, ils furent inséparables, profitant de chaque instant, il ne partait plus longtemps loin delle.

Puis, la maladie frappa Génés, à un stade avancé, incurable.

«Maman, mon sac à dos est déchiré, regarde mes chaussures,» interrompit Théo les sombres pensées de Valérie. Elle devait se ressaisir pour son fils.

«Je vais réparer ton sac, garde les vieilles bottes, la paie arrive dans une semaine,» répondit-elle, se rappelant la parole de son mari à propos de largent caché dans son sac de mission.

Se demandant sil navait pas rêvé sous leffet de la maladie, elle décida de vérifier.

Au fond du placard, sous des piles de vêtements, elle déterra un vieux sac en cuir, jamais ouvert depuis des années. En louvrant, elle faillit laisser tomber les liasses de billets liés par des élastiques: des euros, empilés comme un trésor inattendu. Doù venait cette fortune?

À côté, un enveloppe contenait la fameuse lettre. En la lisant, chaque ligne la transportait dans un brouillard dillusions, comme si sa réalité seffritait. Elle la lut trois fois, sans parvenir à lassimiler, puis appela Théo pour se changer les idées.

«Mon garçon, on va au centre commercial; papa a mis de côté de largent pour quon puisse sacheter des chaussures, un sac et même quelques chemises,» annonçatelle.

Théo, à la fois joyeux et triste à lévocation de son père, suivit sa mère. Elle cacha le sac, préservant les billets pour digérer le contenu de la lettre.

Dans le bus, les mots du courrier tournaient en boucle dans son esprit:

«Je taimais, ma chère Valérie, et il taimait aussi. Nous étions deux frères jumeaux, Génés était le cadet, et moi, Victor, laîné de quinze minutes. Génés, toujours plus faible, se battait pour me surpasser, ce qui me rendait fou. Il a étudié à Paris, y est resté ; moi, je voulais tout, jai pris un mauvais chemin, jai fini prisonnier. Notre mère na pas vu nos destins saccomplir. Ils mont incarcéré, et Génés a annoncé son mariage avec la plus belle fille du mondetoi. Il ma envoyé des photos, et jai compris que tout méchappait. La jalousie ma dévoré, pensant que mon frère volait ma vie. Puis, quand jai appris quil navait jamais parlé de son frère, mon cœur sest brisé. Il est revenu en ville, a demandé pardon, on a bu à la fraternité, puis il sest effondré, faible depuis lenfance. Jai appelé les secours, la police, et ils ont décidé de changer nos papiers. Je suis devenu Victor, sans amis, sans femme, libéré de prison, mais perdu. Pardonnemoi, Valérie, je nai jamais eu le courage de te dire la vérité, peur de te perdre. Jai vendu lappartement où nous sommes nés, largent de la vente est ici. Ton mari, Victor, je veux que tu saches mon vrai nom»

Valérie resta longtemps sans savoir comment accepter ce déluge de révélations, comment lexpliquer à son fils qui navait jamais entendu parler de ces secrets. Elle décida finalement de ne pas tout dire à Théo; il aimait son père, et ces vérités resteraient dans son cœur comme un murmure lointain.

Valérie se rendait parfois aux cimetières de Lyon et de Marseille, se recueillait auprès des tombes de Victor et de Génés, parlait de sa vie, pleurait, appelait chacun par son vrai nom afin que leurs âmes puissent enfin se reposer.

Leurs destins, volés et reconfigurés, sétaient fondus en un seul fil indestructible, impossible à défaire.

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Destins Volés : Une Histoire à Découvrir
La vie ne fait que commencer La veille au soir, Julie et sa meilleure amie Chloé s’étaient promis de commencer la journée par un jogging matinal. Même si c’est les grandes vacances à la fac et qu’elles auraient préféré faire la grasse matinée, il fallait bien se mettre au sport un jour. — Chloé, ne fais pas la marmotte, je te connais, tu adores traîner au lit jusqu’à midi, disait Julie la veille, et Chloé jurait qu’elle ne raterait pas le réveil. — Julie, t’inquiète, je me lèverai, quand il faut je deviens responsable, tu me connais, avait-elle rigolé en disant ça — qui parle de responsabilité, surtout pas elle. Julie se força à se lever de bonne heure, avant même que sa mère ne parte au travail, elle finissait son café en grommelant. — Maman, tu parles toute seule ? s’étonna Julie. — Je me plains, regarde : nouvelle blouse toute propre et déjà une tache de café… — Qui disait que je prends pas soin de mes affaires ? fit remarquer Julie, tu pouvais boire ton café en tee-shirt à la maison. — Je suis pressée, maintenant je dois me changer. Bref, ne remue pas le couteau dans la plaie dès le matin. D’ailleurs, pourquoi es-tu déjà debout ? — J’ai rendez-vous au parc pour courir avec Chloé, répondit Julie sérieusement. — Ne me fais pas rire, tu parles avec qui, ta Chloé doit encore rêver en ce moment, j’en suis sûre. Bon, j’ai une requête : ça fait longtemps que t’as pas vu mamie ? — Maman, on s’appelle tous les jours, hier encore on a papoté ! — Bien. Eh bien aujourd’hui tu vas lui rendre visite, lui apporter ces médicaments pour la tension et lui prendre des croissants avec de la confiture de fraises, elle m’a dit que sa tension faisait des siennes. Achète-lui aussi des viennoiseries, elle fête bien ses soixante-quatre ans. Tu es en vacances, tu as le temps, moi je file. — Ok, maman, j’irai ce matin, je me sens comme le petit chaperon rouge, sauf que maman n’a pas fait de galettes, pensa Julie en souriant, oh zut et le jogging alors ? Elle appela Chloé, qui décrocha d’une voix endormie. — Oui… oh Julie, j’ai raté le réveil, t’es déjà au parc ? Désolée, j’arrive… — T’inquiète, j’ai une mission : rendre visite à mamie. On remet à plus tard la course, j’ai un petit-déj à prendre, puis courses et pharmacie, et mamie habite à l’autre bout de Paris. — Cool, alors, je me recouche, répondit Chloé ravie en raccrochant. Julie rit : — Maman avait raison, Chloé est une vraie dormeuse, et moi aussi j’aurais bien traîné au lit… Une heure plus tard, Julie quittait l’appartement avec son sac à dos, la liste des médicaments, un peu d’argent et un parapluie — le ciel était gris. Il lui fallut encore une heure pour arriver chez sa grand-mère, sur la rive opposée. Il était presque midi lorsqu’elle sonna à la porte de Marie-Simone. La grand-mère ouvrit presque instantanément, et Julie resta interloquée sur le pas de la porte, se demandant si elle ne s’était pas trompée d’appartement. — Dis donc, mamie, quelle transformation ! s’exclama Julie, époustouflée. — Alors, tu me trouves rajeunie ? demanda fièrement Marie-Simone en tournant sur elle-même. — Mais mamie, ce look ! Cette coupe de cheveux canon, et cette couleur cendrée, avec une manucure en plus ! Franchement, t’es au top, mamie, on n’ose même plus t’appeler mamie ! s’amusait Julie. — Tu aimes vraiment, Julie ? — Mais carrément ! D’ailleurs maman dit que tu as des soucis de tension, j’ai apporté tes médicaments, des croissants et de la confiture de fraise. — Ah, les croissants et la confiture, c’est gentil, mais j’évite le sucre ces temps-ci, reprends-les pour toi. — Mamie, tu me fais marcher là ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Dis, tu serais pas tombée amoureuse ? Tu es rayonnante, ta fille se fait du souci et t’envoies balader… — Merci Julie, tu dois avoir mille choses à faire, tu ne restes pas un moment ? Julie, surprise, insista, elle n’avait pas l’habitude que sa grand-mère laisse filer aussi vite sa visite. — On partage un thé ? — Julie, je n’ai pas le temps, reprends tes croissants et ta confiture, tiens, je t’ai fait des crêpes aussi, tu repars avec un panier repas, s’amusa Marie-Simone. — Bon mamie, alors j’y vais… pensant pour elle-même : tout ça n’est pas net… Il y a anguille sous roche, sûrement un papy dans l’équation ? En descendant l’escalier, Julie réfléchissait. — Faut que je surveille cette histoire. Depuis quand mamie me met dehors ? C’est la faute d’un vieux monsieur, c’est sûr… Ou alors une sortie entre copines, théâtre, cinéma, voire café, elle me l’a déjà raconté. Arrivée dehors, Julie se planqua derrière les garages de la cour. Elle n’eut pas à attendre longtemps ; au bout d’une demi-heure, Marie-Simone sortit de l’immeuble. — Tiens, nouveau tailleur ! Où va-t-elle ? En route vers le parc… Quand sa grand-mère arriva à bonne distance, Julie se mit à la suivre discrètement. — Pourvu que mamie ne me remarque pas ! pensa-t-elle. Mais Marie-Simone était plongée dans ses pensées. Au parc, un homme aux cheveux argentés l’attendait avec un bouquet de fleurs. Julie se glissa derrière un lilas. Sa grand-mère s’approcha, l’homme lui offrit les fleurs et l’embrassa sur la joue ; elle fit de même. — Je rêve, c’est bien un amoureux ! La classe, mamie ! Je pensais qu’à cet âge il n’y avait plus d’idylle… Oh, il lui prend la main, c’est trop mignon. Elles prirent la direction d’un petit café, terrasse d’été. Julie observa la scène, mais soudain, elle percuta un jeune homme qui filmait la scène avec son portable. — Eh, t’es qui toi ? Pourquoi tu filmes ma grand-mère ? Tu n’as pas le droit ! Le garçon, surpris, bafouilla, puis répondit : — Je suis journaliste. Peut-être que je veux écrire un article sur l’amour à la retraite… Julie fit la moue. — L’amour… tu parles ! C’est rempli d’arnaqueurs, de nos jours. Ils veulent juste dépouiller les gentilles mamies de leur appartement. — Tu crois vraiment ça ? s’étonna le garçon. — J’en suis persuadée ! Et pourquoi t’as choisi ma mamie ? Je ne t’autorise pas à la filmer, c’est illégal. Et ce “fiancé” à côté, attention qu’il ne lui pique pas son deux pièces ! — Le garçon la regarda, vexé. — Si tu veux tout savoir, ce monsieur possède un grand trois-pièces en plein centre. Moi, j’habite chez lui en ce moment, mes parents refont leur appart. — C’est ton grand-père ? — Oui, c’est mon papi, Édouard. Il a beaucoup changé, il se rase tous les deux jours, a acheté des jeans neufs, même du parfum. J’ai vite compris qu’il y avait quelque chose ! Et si c’était une femme intéressée ? Il faut que je surveille, moi aussi… — Donc, celui qui est avec ma mamie, c’est ton papi ? Moi, c’est Julie, et toi ? — Arthur, répondit-il avec un sourire. Bon, on a tout découvert, alors on peut les laisser tranquilles. Moi je ne suis pas contre. — Moi non plus, avoua Julie en riant. — Dis Julie, tant qu’on y est, si on allait au ciné tous les deux ? demanda Arthur. Y’a un thriller au Gaumont. — Avec plaisir, répondit-elle. Trois mois plus tard, Marie-Simone appela sa fille : — Ma chérie, Julie est là ? — Oui, maman, pourquoi ? — J’ai une nouvelle à vous annoncer : mon ami Édouard m’a demandé en mariage, et j’ai accepté. Préparez-vous, je vous invite à la cérémonie ! — Mamie, cria Julie, mais pourquoi se marier à votre âge ? Vous n’allez plus avoir d’enfants ! — Julie, ma chérie, il faut vivre dans les règles ! Nous, la vieille génération, on fait comme il faut. L’amour, ça n’a pas d’âge, tu sais. Et puis, quand l’amour frappe à la porte, quel que soit ton âge, il faut foncer à la mairie ! — D’accord, maman. On va se préparer pour tes noces. — À propos, tu savais que Julie sort avec Arthur, le petit-fils d’Édouard ? demanda la grand-mère. — Je sais, elle a tout raconté. Elle l’adore, hein, Julie ? — Oui mamie, il est top, ton Édouard aussi ! rigola Julie. Peu après, tout le monde fêta le mariage de Marie-Simone et Édouard dans un petit café chaleureux. Le bonheur était dans l’air.