J’ai préservé la bonté dans mon cœur

Après la fin du troisième cycle, Clémence sinscrivit à lInstitut de formation des maîtres dans une petite ville de la Creuse. Elle était laînée de la famille, son petit frère était Émile, qui allait encore à lécole primaire.

Les parents de Clémence étaient des gens bienveillants, ils lui avaient enseigné la politesse et la bonté. Personne nimaginait que le destin pouvait les frapper: la mère décéda subitement.

Clémence se sentit perdue.
«Comment vaisje vivre sans maman?», se demandaitelle, même si son père était encore là, mais la mère occupait toujours le centre de son univers.

Le père, anéanti, serrait les enfants contre lui lors des funérailles, les larmes coulaient en silence, il aimait sa femme dun amour profond. Peu à peu, la vie reprit sans elle, mais la douleur restait vive. Émile, en CE2, tentait de soutenir sa sœur et son père.

Clémence était en dernière année détudes quand le père séteignit. Aucun deux ne sy attendait; ils ne venaient à peine de se remettre du premier choc. Il ne restait plus à Clémence que son frère Émile.

Après les obsèques, les deux frèressœurs restèrent enlacés, muets, trop épuisés pour pleurer ou parler.

Clémence devait terminer son cursus tout en soutenant Émile. Un pensionnat aurait pu accueillir le petit, mais elle ne pouvait supporter lidée de le laisser seul. Aucun grandparent nétait présent, ils nétaient plus que deux personnes liées dun même sang.

Si elle se retrouvait seule, elle aurait trouvé un emploi et finirait ses études, mais la responsabilité envers Émile était écrasante. Au funérailles, sa cousine aînée Nadège lavait consolée:

«Ne ten fais pas, Clémence, si tu as besoin de quoi que ce soit, mon mari et moi vous aiderons, toi et Émile.»

Nadège connaissait bien la peine dun orphelin; elle avait ellemême perdu sa mère et navait jamais connu son père.

Sa mère lavait alors rassurée:

«Nadège, tu pourras vivre chez nous.»

Nadège, son mari et leurs deux enfants vivaient à la périphérie de Bourges, tandis que Clémence et Émile partageaient le petit appartement familial.

Clémence se souvint des paroles de Nadège et saisit cette lueur despoir. Elle lappela:

«Nadège, je termine mes études, mais je ne peux pas abandonner le dernier semestre. Pourraistu garder Émile quelques temps? Je viendrai le weekend, il ne manquera pas de nourriture.»

Nadège répondit:

«Mon mari refuse catégoriquement daccueillir un enfant qui nest pas le nôtre.»

Émile se retrouva donc menacé par un internat austère, et la peur de la séparation se renforça.

«Ce ne sera pas ainsi,» se dit-elle, «cest un miracle que je viens davoir dixhuit ans, je ne le laisserai à personne.»

Elle parla sérieusement à son frère:

«Émile, il faut que je termine mon diplôme. Peuxtu te débrouiller tout seul cinq jours, je reviendrai le weekend?»

«Ne tinquiète pas, je suis assez grand, je pourrai le faire,» répondit Émile, même sil ressentait lui aussi langoisse.

Les weekends, Clémence cuisait, lavait, rangeait; chaque départ pour linternat la remplissait dune angoisse sourde, les larmes prêtes à éclater quand elle voyait son frère partir. Mais Émile grandissait, étudiait bien, et ne décevait pas sa sœur.

Le temps passa. À la fin de ses études, Clémence obtint un poste dinstitutrice en école primaire à Orléans, ce qui allégea son fardeau. Émile termina le lycée et entra à lécole militaire de SaintCyr.

«Je suis si fière de toi, mon petit frère,» lenlaçatelle, «quelle force! Nos parents auraient été heureux.»

«Sans toi, je naurais jamais pu tenir le cap. Ton soutien a fait de moi létudiant que je suis,» déclara Émile, les yeux brillants. «Même sans parents, tu as remplacé leur bienveillance. Je taimerai toujours.»

Clémence, émue, le serra fort.

«Émile, maintenant je ne crains plus que tu restes seul,» souritelle. «Nous avons survécu, nous avons grandi.»

Émile poursuivit ses études à Paris, tandis que Clémence envisagea de suivre une formation à distance pour devenir professeure dhistoire. Elle navait plus le temps de penser à sa propre vie sentimentale, bien que deux prétendants lui fussent proposés. Lun deux, charmant mais trop différent, fut refusé rapidement, tout comme un autre qui déclara:

«Ton frère ne mintéresse pas»

Clémence mit fin à tout contact avec lui.

Ses collègues la présentaient à leurs amis, persuadés quelle ferait une excellente épouse grâce à son caractère doux et patient. Elle ne criait jamais, jamais ne perdait son sangfroid.

À vingtneuf ans, elle rencontra son futur époux, Olivier, avocat. Elle enseignait alors lhistoire au lycée et son rêve sétait réalisé. Un jour, le directeur de létablissement lappela:

«Madame Clémence, vous devez être entendue dans le cadre dune enquête concernant un élève.»

En se rendant au commissariat, elle rencontra Olivier, qui défendait lélève. Leurs échanges furent courts, mais suffirent à créer une étincelle.

Après la réunion, Olivier linterpella:

«Madame Clémence, puisje vous proposer de prendre un café?»

«Avec plaisir,» acceptat-elle, séduite par son sourire rassurant.

Dans un petit café du Marais, il raconta:

«Jai trentedeux ans, je fus marié, puis divorcé. Jai un fils qui vit avec sa mère à Lyon. Elle ne veut plus que je men mêle.»

Clémence lécouta, compatissante, et accepta de poursuivre la relation.

Ils se virent souvent, Olivier la conduisit un jour au bord du lac dAnnecy, où il lui offrit un bouquet de roses et une boîte contenant une bague.

«Clémence, accepteraistu de devenir ma femme?»

Elle acquiesça, le cœur débordant de joie. Ils se marièrent, sinstallèrent dans un charmant mas en Auvergne, acheté pour fonder leur foyer. Un an plus tard, leur fils Armand vint au monde.

Les vacances étaient loccasion pour Émile, revenu de SaintCyr, de rendre visite à sa sœur. Il sentendit immédiatement avec Olivier.

«Clémence, tu rayonnes de bonheur,» déclarail, «tu mérites toute cette joie.»

«Et toi, quand te marieras?» répliqua Clémence en riant.

«La prochaine fois, jarriverai avec ma femme, promis,» réponditil en éclatant de rire.

Les années sécoulèrent paisiblement. Olivier était un mari fiable, aimant, et Armand grandissait, brillant à lécole et pratiquant le football.

Un jour, Nadège appela, le visage pâle:

«Clémence, mon fils a eu un accident. Une femme est décédée, la police veut me poursuivre. Jai besoin de ton aide.»

Clémence expliqua la situation à Olivier, qui prit le dossier en main. Grâce à son travail, les frais davocat furent évités et la famille put recevoir une indemnité.

Nadège, en larmes, se prosterna devant sa cousine:

«Pardonnemoi, Clémence, cest ma faute; jai menti à mon mari en disant que le garçon ne pouvait pas rester chez vous. Je nai pas tenu la promesse faite à notre mère, qui ma élevée comme sa propre fille.»

Clémence la pardonna, le cœur rempli de magnanimité.

Ainsi, à travers toutes les épreuves, la bonté et la persévérance de Clémence avaient transformé la tragédie en résilience. Elle comprit que la vraie richesse ne se mesure pas en euros, mais en lamour partagé et la capacité à tendre la main lorsque le destin se montre cruel.

**Le véritable trésor de la vie consiste à garder la lumière du cœur allumée, même quand les ombres sallongent.**

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