Pourquoi Kirill ne dit plus à sa femme ce qu’il souhaite pour le dîner ?

Cher journal,

Ce matin, en partant pour le travail à la SNCF, jai demandé à ma femme Élise ce quelle aimerait que je prépare pour le dîner.
Pourquoi ne pas me demander ce que je veux manger ? ai-je lancé en la saluant.
Je comptais improviser, comme dhabitude, a-t-elle répondu dun ton détaché. Mais si tu préfères, je peux préparer quelque chose de précis.

Je nai pas voulu parler dun plat en particulier, lenjeu était le geste même.
Ce nest pas une question de « veux-tu ou non », a-t-il rétorqué, le fait même de demander compte. Tu ne sais pas comment poser la question ? Nestce pas intéressant pour toi ?
Honnêtement, ça ne mintéresse pas du tout, a concédé Élise. Quy atil de nouveau à demander ?
Ah, ça suffit ! sest exclamé mon côté grincheux. On ne se posait plus la question avant, alors que ça nous faisait bien rire.

Je me suis surpris à réfléchir : «Je ne veux pas être ce mari autoritaire qui ne laisse pas sa femme sexprimer. La vie à deux, cest surtout faire des compromis.»
Daccord, a-t-elle fini par dire, que diraistu de quelques boulettes de viande ?
Lesquelle préfèrestu ? Porc, agneau ou bœuf ? Tu veux que je te fasse des boulettes de poisson ?
Nimporte lesquelles, sauf de poisson ! a riposté mon frère dâme. Tu sais que je ne supporte pas les boulettes de poisson depuis lenfance.

Élise, un peu perdue, sest rappelée les récits que je lui racontais autrefois sur les boulettes de poisson qui mavaient fait étouffer à la cantine. Elle a pensé que je finirais par râler toute la semaine, comme je le faisais déjà avec le citron.

Et en accompagnement ? Pommes de terre, pâtes ou riz ? Une petite part de quinoa, peutêtre ?
Fais frire les pommes de terre, a insisté mon cœur de chef, mais juste assez pour obtenir une belle croûte, pas les faire mijoter.

Bien sûr, mon chéri, répond Élise en souriant, je les dorerai à la perfection.

Je nai pas hésité à rappeler que cétait à elle de sinquiéter.
«Pourquoi devraisje men faire? Cest à toi de ten soucier,» aije pensé, tout en voyant mon ton se durcir un instant. Jai ensuite adouci le tout.
Ma chère, si tu peux, prépare-moi une petite salade de tomates et de concombres, sil te plaît.
Avec de lail et de laneth ?
Exactement, et un peu de crème fraîche.
Et les pommes de terre, noublie pas laneth et loignon.

Tout était prévu comme je le voulais. En partant de notre appartement du 12ᵉ arrondissement, jai senti quune petite tension persistait entre nous, sans vraiment savoir pourquoi. Au bureau, je suis resté distrait, la pensée dÉlise me tenant compagnie.

«Ce soir, je parlerai sérieusement avec elle,» me suisje promis. «Je découvrirai si jai pu la blesser sans men rendre compte.»

À la cantine, je me suis attardé à mâcher lentement mes boulettes, mon assiette de pommes de terre et ma salade, observant Élise qui dévorait un poulet grillé nappé de sauce tomate, un large sourire aux lèvres.

Pourquoi tu manges du poulet au lieu des boulettes ?
Jai eu envie de poulet ce soir, a-telle expliqué. Quand tu as parlé des boulettes, jai pensé que tu nen voulais pas et jai opté pour le poulet. Jai même ajouté de lail, cest délicieux. Ça ne te plaît pas ?
Non, ce nest pas le problème, aije répondu, un peu déçu. Je pensais que nous partagerions le même plat.

Élise a ri, le bec plein de poulet.
Désolée, je voulais que tout le monde se sente content. Tu manges ce que tu aimes, je mange ce que jaime. Nestce pas merveilleux ?

Jai demandé si je pouvais goûter un morceau de poulet.
Non, atelle rétorqué, le poulet est pour moi. Les boulettes, la salade et les pommes de terre, tout ça, cest à toi.

Je suis resté à regarder sa deuxième cuisse de poulet, si savoureuse quelle semblait absorber toute mon attention. Les boulettes restaient coincées dans ma gorge, un sentiment denvie.

Jai volontairement fait le poulet un peu trop cuit, pour que la croûte craque, atelle fièrement annoncé.

Je lai remerciée dun hochement de tête et, en terminant ma dernière boulette, jai esquissé un sourire.

Le lendemain matin, en partant de nouveau, Élise ma demandé ce que je voulais pour le dîner.
Du poulet grillé, atje répondu, comme celui dont je rêvais toute la nuit, sans accompagnement, juste la sauce tomate.

Elle a acquiescé et, ce soir-là, jai mangé du poulet sans appétit, tandis quelle se régalait dun ragoût dagneau.

Toute la semaine, elle ma surpris avec des plats variés : du poisson pané, des côtelettes dagneau, même du filet de truite. Chaque matin, je me demandais pourquoi elle ne me demandait plus jamais mon avis.

Pourquoi ne mastu pas dit ce que tu voulais ce matin ?
Jai préparé des escalopes pour toi, atelle répliqué.

Je nai plus eu le courage de répondre, laissant les mots se perdre.

Depuis ce jour, je nai plus jamais exprimé mon désir pour le dîner à Élise.

Conclusion : communiquer, même les petites envies, est le ciment de la vie à deux. Sans échange, le quotidien devient un silence pesant qui finit par étouffer lamour.

Fin du jour.

Оцените статью
Pourquoi Kirill ne dit plus à sa femme ce qu’il souhaite pour le dîner ?
Ссора из-за маминых колец: как мелочь может разжечь страсти