«Tu veux vivre avec la bellemère et toccuper delle?»
«Cest bizarre, vous avez vraiment convenu de ça,» a lancé Marine à son mari, un brin agacée. «Tu ne trouves pas que tu»
«Quoi? Tu veux habiter chez ma mère et la prendre en charge?» a demandé Olivier, intrigué.
Marine sest détournée, lair contrarié.
«Premièrement, cest Deuxièmement, notre héritage nest pas ton affaire. Troisièmement, arrête dutiliser tes petits mots à la mode.»
Après le décès du père, ils ont partagé le patrimoine lors dun conseil de famille, dun commun accord.
Le fils aîné, Olivier, a reçu un deuxpièces où il vivait déjà avec Marine et leur petit garçon, Dany.
Le cadet, Jean, est resté dans le grand troispièces du centre de Lyon, dont un tiers appartenait à leur mère, Eugénie Lefèvre.
Eugénie était invalide de troisième catégorie, hypertendue et diabétique, donc elle avait besoin dêtre surveillée. La voiture est allée à Jean, car il fallait régulièrement lemmener chez le médecin.
Les économies des parents, environ trente mille euros, devaient rester à la mère. Elle toucherait les intérêts du livret, plus sa pension, donc aucun souci financier pour Eugénie.
«Cest étrange, vous avez accepté» a encore répété Marine, un peu vexée. «Tu ne crois pas que tu te la joues un peu trop?»
«Quoi? Tu veux toccuper de ma mère?» a repris Olivier.
Marine a haussé les épaules. «Ce nest pas à toi, cest notre héritage, et arrête tes expressions à la mode.»
Il aimait beaucoup Marine, même sil lui reprochait parfois son métier de coiffeuse, alors quil était ingénieur en électronique, mais son vocabulaire le dérangeait.
«Heureusement que notre famille na pas tout déchiré à cause de lhéritage,» a souri Jean, sans vraiment écouter.
Dix ans ont passé. Dans lappartement parental, Jean a installé sa femme Éléonore, et ils ont eu un fils, Victor. Éléonore, douce et discrète, sest vite entendue avec Eugénie, et les deux femmes se disputaient à peine.
Olivier, Marine et le grand Dany ne venaient que de temps en temps. Les adultes travaillaient dur, et le jeune Victor nétait pas très en forme, donc il passait du temps avec sa grandmère.
«Il a toujours des soucis,» se plaignait Olivier. «À lécole, ils ont mis le feu aux toilettes, on a volé son vélo, puis il a cassé des bouteilles au parc.»
«Ce nest pas un miracle, cest parce quon paye ses bêtises,» a soupiré Marine.
«Il manque simplement dattention,» a tenté dintervenir Jean.
«Facile à dire!Ta femme ne travaille pas, elle consacre tout à Victor, et nous, on sen sort comment?» a rétorqué la bellefille.
Jean navait plus dargument. En fait, ils avaient déjà décidé quÉléonore soccuperait du petit Victor : école, club déchecs, piscine Elle le conduisait ellemême partout. Victor était brillant, déjà champion dune olympiade de maths.
La vie de Jean se portait bien, sa carrière décollait, tandis quOlivier galérait un peu au boulot. Il gagnait correct pour Lyon, mais bien moins que son frère, surtout avec les frais de Dany, le petit voyou.
Un jour, Éléonore a remarqué que le frigo se vidait plus vite certains jours. Elle cuisinait toujours seule, donc elle savait exactement ce qui manquait.
«Maman, je suis contente que vous ayez de lappétit, mais vous navez pas oublié votre diabète?» a demandé doucement Éléonore à Eugénie.
«Ce nest pas moi,» a répondu la vieille dame, rougissant. «Cest Dany qui passe à la maison, je ne peux pas refuser de nourrir mon petitfils.»
«Bien sûr, mais tu ne nous avais jamais dit quil venait»
Éléonore nétait pas inquiète à cause des boulettes de viande que Dany aurait mangées, mais à cause de ses visites surprises.
«Il refuse de venir depuis quil a douze ans,» a rappelé Jean à son mari. «Il a maintenant dixsept ans, il a peutêtre compris que sa grandmère a besoin daide.»
Jean essayait de calmer sa femme, même sil nétait pas sûr de ses propres arguments. La vieille Eugénie était souvent seule, et un peu de compagnie ne ferait pas de mal.
Finalement, Jean a décidé de demander à Olivier et Marine ce qui se passait. Olivier était en déplacement, et Marine lui a répondu sèchement: «Si la charcuterie te manque, disle! Dany ne vient que parce quil sennuie.»
Il na pas voulu sénerver, mais il a surveillé les visites. Dany arrivait toujours en semaine, en journée, quand personne nétait à la maison. Selon la mère, il restait une heure ou une heure et demie, mangeait, racontait des nouvelles, puis repartait.
Trois mois plus tard, un soir, Marine a appelé Jean, en larmes.
«Jean, je ne sais plus quoi faire! Olivier ne répond pas, et la police a arrêté Dany!»
La police a découvert que le groupe de mineurs, après avoir consommé de la drogue, sétait amusé à vandaliser le parc : bancs brisés, poubelles renversées, insultes Heureusement, personne na été blessé. Le parc a demandé une indemnité, et les voleurs ont été libérés, leurs parents recevant largent.
Quand on a demandé doù venait largent, les ados ont haussé les épaules : «Cest Dany qui a payé!»
«Il est même devenu le parrain du groupe,» a lancé lun deux.
Marine a eu un choc.
«Tu voles aussi?»
«Non, cest ma grandmère qui me donne,» a bafouillé Dany.
Jean, outré, a demandé: «Alors pourquoi venir chez nous?Pas honteux de quémander de largent à une retraitée?»
«Vous avez déjà tout: appartement, voiture, argent,» a répliqué la bellefille, puis a ajouté: «Merci pour laide, on y va, Dany.»
Jean était sous le choc, mais il na pas voulu se lancer dans la dispute. Il attendait le retour dOlivier pour en parler tous ensemble.
Lorsque la discussion a repris, Marine sest emportée: «Tu demandes à ta mère si mon fils a exigé de largent?On peut bien aider le petitenfant, mais pas seulement pour vous.»
«Nous ne prenons rien sur largent de maman,» a rétorqué Jean. «Demandelui, on ne prend pas un centime.»
«Vous avez déjà assez de moyens!Certains ont besoin dun petit coup de pouce!» a insisté la bellefille.
Olivier, à bout, a éclaté: «Questce que tu racontes?Cest toi qui as demandé à ton fils de venir.»
Il a toujours pensé que sa grandmère était pauvre, et que ses enfants devaient la soutenir.
«Et si cest vrai, alors quoi?» a tenté de le déstabiliser Marine. «Je lui ai juste expliqué que sil rendait visite à la vieille, elle pourrait lui laisser une part de lappartement.»
«Tu as perdu la tête?» a rétorqué Olivier, tandis que Jean et Éléonore restaient bouchebée.
«Arrêtez les regards,» a supplié Marine. «Ma mère lui donne déjà de largent, je nai rien dit à Dany.»
Dany a confirmé, mais a reçu un coup de poing dOlivier et a été envoyé dans sa chambre. Ils ont décidé de ne rien dire à Eugénie, pour ne pas déclencher une crise hypertensive.
Ils ont strictement interdit à Dany de prendre de largent à la grandmère, même sil devait venir les voir.
Un aprèsmidi, Jean a dit à Éléonore, pensif, «Tu sais, Dany me rappelle quelquun»
«Qui ça?» a haussé les épaules Éléonore. «Ça arrive.»
«Il me ressemble à cet âge, mais je ne sais pas qui,» a avoué Jean. «Cest comme si»
«Tu sous-entends quil nest pas le fils dOlivier?» a demandé Éléonore.
«Oui Avant le mariage, jai vu Marine embrasser un autre homme. Elle ma supplié de garder le secret.»
Jean a passé un mois à ruminer, sans savoir sil devait intervenir.
Éléonore a finalement cherché les résultats dun test ADN. Les proches se rendaient régulièrement chez eux chaque semaine, et les résultats ont confirmé que Dany nétait pas le fils dOlivier.
Jean a tout raconté à son frère. Olivier a divorcé de Marine. On a dit à Eugénie que Dany était parti étudier dans une autre ville, et le temps dira ce qui arrivera.

