A quitté sa mère à cause de ses manigances intrigantes

Sophie! sécria la tante Marion, cousine éloignée de ma mère, en me surprenant à la porte du supermarché du quartier. Elle fut tout de suite prise dun coup de sac qui heurta ses jambes.

Faites attention, vous avez bloqué le passage lança, à toute vitesse, une femme pressée qui passait entre nous, puis sarrêta, me reconnut, et sexclama dun ton moqueur : Sophie? Marion? Vous navez aucune honte!

Pourquoi donc je serais sans vergogne? sétonna Marion. Sophie, cest évident, tu viens de voir le spectacle et tu veux te mêler de nos affaires. Et toi, pourquoi mastu traitée ainsi, Ophélie?

Tu ne sais pas, nestce pas? Lili a emprunté quarante euros à Lise il y a six mois et ne les a pas rendus, alors quon lui avait promis de les rembourser «dici la paie».

Attends, jai vraiment prêté? Jamais de la vie, surtout que mon mari gagne bien, que je perçois un salaire correct, et que mon fils, depuis deux ans, vit tout seul et ne dépend de personne. répliqua Ophélie, cherchant la logique.

Elle poursuivit : Cest Lise qui ma volée. Ce nest pas quarante, mais quinze euros, et ce nétait pas il y a six mois, mais il y a deux semaines, quand elle sest cassée le poignet. Tout ça à cause de Marion pointa du doigt Sophie, qui lâcha un petit rire.

Laissemoi deviner: tu las pillée, tu las menacée, tu as même mené ta mère à la mer? lança Ophélie, le goût amer dans la bouche.

Cette amertume nétait pas due au fait que ma mère senfonçait encore dans ses vieilles habitudes, mais à ce que javais cru son appel il y a deux semaines.

Javais cru lorsquelle mavait téléphoné du service durgence dun hôpital, où lon lavait transportée après une chute maladroite dans les escaliers. Elle sanglotait, mavouant que, du fait dune fracture du poignet, elle devrait porter un plâtre pendant au moins deux mois, dépendant entièrement de moi, sa fille unique, pour manger, boire et dormir.

Les travailleurs sociaux, au lieu de lui accorder lattention quelle méritait, lui facturaient leurs services à prix dor

Je navais pas entendu la dernière petite mensonge, mais tout le reste savérait vrai. Ma mère était réellement blessée, transportée durgence, et avait besoin de quelquun pour veiller sur elle. Qui dautre que sa fille unique ? Dautant plus quelle navait jamais fait de mal à ma mère.

Toute sa vie, elle avait enjolivés ses malheurs, se posant toujours en victime abandonnée, oubliée, malheureuse Mais nul nest parfait, nestce pas? Malgré ses défauts, ma mère mavait nourrie, abreuvée, chaussée, vêtue, était allée aux réunions parentsenseignants et avait acheté des médicaments avec des oranges pour ma fille malade.

Il ne restait donc plus quà prendre un mois de congé non payé, à retourner dans la ville natale de ma mère et à laider dans les tâches ménagères et les soins dhygiène.

Pendant ce mois, je comptais engager une aideménagère qui ferait aussi office daidesoignante. Si cela échouait, je tenterais de convaincre ma mère de venir vivre avec moi.

Dès les premiers jours dans la maison familiale, je me rappelais pourquoi javais quitté ce foyer il y a dix ans, en plein milieu de lété, après le collège. Javais embarqué pour le premier lycée disponible à Lyon, couru jusquau dortoir dune petite ville voisine, où je métais ensuite installée pour travailler. Même avec trois colocataires, jy trouvais plus dintimité que sous le même toit que ma mère.

Ma chère, cest ainsi? Des jeunes filles décents portentelles ce genre de vêtements? réprimandait ma mère dune trentaine dannées, agitant son linge comme un drapeau. Tu sais où travaillent ceux qui se parent de ces jupes à volants?

Ceux qui portent ces jupes ont au moins une vie privée. Toi, tu ne connais pas ce concept, va donc fouiller dans le tiroir du bureau, tu y trouveras bien plus! rétorqua-je, sans mattarder sur ses mots.

Je nétais plus une fillette de seize ans, je nétais plus dépendante delle, physiquement ou psychologiquement, et je pouvais donc affirmer mes limites. Je rappelais à ma mère que jétais venue pour aider à la maison, pas pour écouter ses lamentations.

Mais elle ne se contenta pas de cela. Chaque fois que je cherchais un moment de tranquillité, on frappait à la porte, criant quelle avait besoin dun produit de nettoyage, dun désodorisant ou de nimporte quel objet se trouvant dans la salle de bain. Il était impossible dattendre deux ou trois minutes que je parte.

Le pire, voire le plus cocasse, était le chant matinal. Dès que je dormais comme une morte, ma mère mettait la télé sur une chaîne musicale et se lançait dans son concert. Un matin, le voisin du dessus, exaspéré, se rendit chez elle et lui expliqua, en mode «amateur dopéra», où et comment elle devait crier, faute de réveiller toute la famille avant laube. Après cette scène, elle cessa de chanter, mais les autres désagréments persistaient.

Malgré tout, je gardais la tête haute, me rappelant quelle nétait quune vieille femme malade, qui avait besoin de mon aide. Je finirais par trouver la bonne aideménagère, ou jendurerais encore un peu de son séjour jusquà son rétablissement, puis joublierais tout cela pendant de longues années.

Les pensées de lavenir me hantaient: si le crépuscule de ma mère approchait, le poids de son soin retomberait de nouveau sur mes épaules, tout comme le besoin dun contact rapproché. Je repoussais ces idées de toutes mes forces.

Plus tard, Ophélie et Marion, amies de Valérie, me dirent que je ne laidais pas du tout, que javais perdu mon travail, que je ne pouvais même plus me nourrir, vivant aux frais de ma mère retraitée. Elles ajoutèrent mille autres détails, presque diaboliques, me présentant comme la complice la plus fidèle de ma mère.

Elles racontèrent leurs ragots dans un petit café du coin, baissant les yeux, incapables de masquer leur gêne, tandis que je leur montrais, pour prouver mon innocence, les factures de ma carte bancaire attestant les nombreux achats coûteux que javais faits pour ma mère ces deux dernières semaines.

Ophélie évoqua aussi lhistoire de Marion, qui aurait emprunté quarante euros à la pauvre et malade Lise, mais qui, en réalité, nen avait jamais vu ni entendu parler, et qui ne penserait jamais à demander de largent à Lise, sachant que cette dernière gagnait bien moins que leurs familles.

Maman, il faut que lon parle déclaraije, une heure et demie plus tard, franchissant le seuil de lappartement parental, accompagnée dOphélie et de Marion.

Sous la pression, ma mère avoua quelle se dépréciait régulièrement auprès de ses connaissances pour susciter leur compassion, afin dobtenir de lattention.

Je pourrais pardonner bien des choses à ma mère, attribuer à ses travers le simple fait dêtre étrange, davoir des habitudes particulières ou un désir inconscient de se divertir dans sa situation. Mais la diffamer ainsi non, jamais je ne pourrais accepter dêtre rabaissée de la sorte.

Le lendemain, je lui dis adieu, la laissant désormais aux services sociaux, aux livraisons à domicile et à toute autre aide, sans jamais plus la solliciter. Si elle devait rester mauvaise, il valait mieux quelle le reste, plutôt que de me paraître mauvaise à ses yeux. Le maximum quelle pourrait espérer, cétait une petite aide financière, en guise de gratitude pour la vie quelle ma donnée.

Pour le reste, comme on dit, il existe MasterCard, la mutuelle, ou la pension plus une «allocation» de ma part. Quelle se plaigne donc dune «mauvaise fille».

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A quitté sa mère à cause de ses manigances intrigantes
UNE SURPRISE TRÈS SPÉCIALE POUR MA FEMME De retour d’un séminaire d’entreprise, Marie déposa son énorme bouquet sur la commode, quitta ses escarpins éreintants pour enfiler ses chaussons – elle aurait mieux fait d’opter pour des bottes. L’eau inondait bien plus que le palier. Au fond de l’appartement, un chat miaulait d’une voix étouffée. Quelque chose claquait, grondait et fumait. – Alexandre, qu’est-ce qui se passe ? Son mari apparut quelques secondes plus tard, en caleçon, pieds nus, barbouillé de suie, visage éraflé et arborant un œil au beurre noir. La tête enturbannée dans une serviette à la manière d’un turban. – Ma chérie, déjà rentrée ? Je ne t’attendais pas si tôt, je croyais que tu serais la dernière au cocktail – tu es directrice, tout de même ! Soulagée, Marie s’affala, épuisée, sur le pouf et ordonna : – Raconte… Qu’as-tu encore fait, mon bandit ? – Euh… Mon trésor…, balbutia Alexandre d’un air penaud, …surtout ne t’inquiète pas… – Je me suis inquiétée quand un caïd m’a menacée dans les années 90. J’ai stressé lors du krach financier, lors de la crise. Depuis, plus rien ne m’atteint. Résume-moi ce qui s’est passé ici ! – Tu vois, j’ai voulu te faire plaisir, te souhaiter ta fête d’une façon originale. J’ai pris mon après-midi, j’ai fait le ménage, lancé une lessive, préparé un dîner spécial. Je suis allé aux Halles acheter du veau – c’est là que tout a dérapé… – Le veau ? précisa Marie. – Non, la machine à laver ! Mais pas tout de suite. J’ai mis le rôti au four, commencé à nettoyer… Là, le chat… – Il est vivant ? – Bien sûr ! Froissé mais entier. Promis, il n’y était pas quand j’ai lancé la machine, je te le jure ! Ensuite, il s’est retrouvé dedans… Comment ? Mystère, peut-être… par osmose ? Marie ferma les yeux, exaspérée : – Continue… Cela devient captivant. Mais d’abord, montre-moi le chat. Je veux vérifier. – Chérie, impossible… Il faut aller le voir. – Ses pattes sont toujours en place ? Essuyant sa joue griffée, Alexandre fit la moue : – Oui… Sauf qu’elles sont temporairement immobilisées, pour sa sécurité. – On verra ça après. Ensuite ? – Pendant que le chat se lavait, j’ai senti l’odeur du brûlé en cuisine. J’ouvre le four, je me brûle les doigts, la viande flambe, je verse de l’huile – j’ignorais que ça prendrait feu ! Cheveux roussis, fumée, début d’incendie… Et là, le chat hurle. Je cours à la machine : ses yeux derrière le hublot, il panique. Le four flambe, la machine refuse de s’ouvrir. Le chat crie, la plaque prend feu, je tente le pied-de-biche. Immédiatement, la machine s’est vidangée dans l’appartement, mais au moins le chat est libre… – Et ensuite, ce monstre a semé la panique, brisé deux vases, souillé le tapis, arraché les rideaux, griffé le papier peint, éclaté la bouteille sur la table ; les voisins du dessous tapaient sur les tuyaux, promettant de le castrer. Ou peut-être moi ? En tout cas, tout va bien, ne t’affole pas… Marie, larmes aux yeux de rire, se leva et inspecta l’appartement. Le carnage était digne du récit d’Alexandre, agrémenté de détails à hérisser les cheveux d’une âme moins aguerrie. Mais Marie n’était pas n’importe qui : vingt ans à la tête d’une grande entreprise lui avaient forgé un solide blindage face au stress. L’essentiel : pas de petits-enfants ce soir, et ni chat ni mari n’ont péri malgré Alexandre. Bon, le chat était attaché au radiateur, les quatre pattes ligotées, museau ficelé d’une vieille écharpe – mais vivant, pas roussi, c’est déjà ça. Alexandre se justifia précipitamment : – Tu comprends, chérie, il refusait de sécher au radiateur. Je n’ai pas pu l’essorer, il se débattait, alors j’ai dû l’attacher, et lui bâillonner le museau pour éviter que les voisins ne rameutent les pompiers. On a même parlé de sorcière pour me jeter un sort ! Détachant le chat, Marie le consola, épongea ses poils avec la serviette sur le crâne dégarni d’Alexandre et libéra la pauvre bête. – T’es vraiment un monstre, Alexandre. Il aurait pu s’étouffer ! Enfin, après une lessive pareille, plus rien ne lui fait peur – un peu comme à moi… S’asseyant, Marie câlina le chat, regardant expressivement son mari : – Eh bien ? – Hein ? Je dois me pendre tout de suite ou tu préfères le faire toi-même ? – Oh… – soupira-t-elle. – Aujourd’hui, c’est la Journée des femmes, tu sais… Souriant tout à coup, Alexandre file dans la pièce d’à côté, revient cérémonieusement, mains dans le dos. Il s’agenouille devant sa femme, prononce gravement : – Marie, mon soleil… On est ensemble depuis trente ans, et tu me surprends chaque jour… Tu es la femme la plus belle, la plus énigmatique, la plus raffinée, tendre, patiente, attentionnée et aimante… Mère et grand-mère exemplaire. Je te souhaite une merveilleuse fête des femmes, reste comme tu es, toujours ! Il tend une boîte avec une bague en or et un bouquet de roses froissées et un peu épluchées, balbutiant d’un air gêné : – Les fleurs étaient belles, au départ. Le chat n’a pas supporté la compétition. Ne sois pas fâchée, ni contre lui. Il est innocent, franchement. Je voulais juste te faire plaisir. Pressant la tête d’Alexandre contre ses genoux, Marie respira les roses et sourit : – En plus, elles sentent bon. Même pas le roussi. N’essaie plus rien d’extraordinaire, Alexandre, ok ? Les fleurs suffisent, la maison ne survivra pas à une autre fête comme ça. Les voisins non plus. – C’est que je me disais… À ton travail, ils t’offrent des cadeaux et des bouquets luxueux, j’avais envie de t’étonner, de mettre un peu de piment, de l’étincelle… – Pari réussi, mon pauvre chéri, rit Marie. Il y en a eu, de l’étincelle… Qu’importe ce qu’il se passe au boulot, toi, tu l’as fait avec tout ton amour. Allez, mes malheureux, rangeons tout ça et allons calmer les voisins, parce que la sorcière pourrait bien arriver. Et elle doit avoir un mari, elle aussi… Peut-être voulait-il lui aussi faire une surprise. On ne sait jamais, après tout ça…