Les traîtres, je ne les laisse pas revenir !

Mais où est Béa? On la voit jamais! Elle a disparu, la petite, où elle a bien pu se planquer chuchote quelquun au milieu de la foule des proches qui se sont entassés sur les escaliers de la maternité.

Si le «Vasya» était un vrai papa, on aurait eu moins de doute dans les voix, mais là, «Béa» nest quun diminutif de Béatrice, un prénom féminin. Le fait que Béatrice se volatilise sans même tenir le petit colis contenant sa fille au creux des bras, cest vraiment louche.

Elle sest enfuie! Cette maudite! sécrie la mère de Béatrice quand elle remet à son gendre Victor, le bébé et les papiers avec la dernière lettre de la femme qui a fugué.

Dans la lettre, tout était écrit comme dans ces missives que les pères laissent quand ils partent: «Je ne suis pas prête, ne me cherchez pas, je ne renonce pas à ma fille, je paierai la pension, mais cest tout, je ne reviens plus.» Pas dadresse de retour, aucune explication sur pourquoi une femme respectable, qui rêvait dêtre mère il y a six mois à peine, choisirait de disparaître comme ça.

Victor, tinquiète pas. Un jour elle reviendra les sens en place, elle se rendra compte de tout, et elle reviendra, tente de la rassurer la bellemaman de Béatrice.

Sa fille aînée, Hélène, ne dit rien de tout ça, son instinct lui souffle que Béa ne reviendra pas. Quand elle a limpression que quelquun agit délibérément, cest toujours avec la conscience de ses actes. Si elle a décidé de partir, elle le fera à fond.

Ten fais pas pour le langage, Hélène, linterrompt la mère quand la fille laisse entendre que Béa ne reviendra peutêtre jamais. Elle reviendra, il suffit dun mois ou deux, et son cœur de mère se réveillera.

Les papiers de divorce arrivent trois mois plus tard. Béatrice ne vient pas aux audiences, refuse la garde de Léa, et la petite finit par rester avec son père Victor.

Hélène commence à rendre visite à la sœur de Béatrice, Louise, pour laider avec le bébé et pour faire un peu de conversation avec Victor. En fait, les deux femmes ont un point commun: la sœur de Hélène a elle aussi été larguée, pas tout de suite après la naissance du fils, mais un an plus tard, par son fiancé.

Ils comptaient se marier quand le petit André aurait trois ans et que Hélène finirait son congé maternité. Mais Maxime, lancien mari de Louise, sest enfui, laissant sa femme Clara noyée dans les problèmes. Au moins, la paternité dAndré a été reconnue par le tribunal, et Hélène touche une pension, même minime.

Elle craignait que le mari dellemême, Victor, quitte sa sœur avec le bébé. Elle guettait le moindre signe dalerte chez Victor, sans jamais en parler à sa sœur ou à sa mère

Elle sest rendue compte que le problème, ce nétait pas le bon personnage à surveiller. Qui aurait pu deviner que la sœur serait la vraie source de troubles?

Bon, ils ne lont pas forcée à mettre au monde lenfant, elle la voulu. Victor, au contraire, proposait dattendre cinq ans pour économiser un peu et transformer leur deuxpièces en troispièces, mais Béa le pressait, pressait

Et voilà le résultat: elle a lâché Léa, toute petite, sans défense, sans maman.

Peutêtre que le fait quHélène soit déjà mère a compté, peutêtre que le sang les a liées, mais elle a fini par voir Léa comme sa propre fille.

Victor, à quelques reprises, a remis Léa à Hélène en disant «aller chez maman les bras». Il a même proposé à Hélène de déménager avec son fils chez eux, sous prétexte quil y avait assez de place, et quelle pourrait prendre des colocataires pour rembourser le crédit, au lieu de quémander à sa mère.

Quand la mère de Béa a appris que Hélène avait emménagé chez Victor, elle a essayé de leur faire la leçon. «Regarder le mari de ta sœur, cest mal», a-telle dit, mais Victor a repoussé la bellemaman, affirmant que ça ne le concernait pas.

Ce qui a étonné Hélène, cest que Victor na rien nié. Un peu éméché, il a fini par admettre quil voulait épouser Hélène et même adopter son fils.

Tout sera clair, Hélène. Tu élève ma fille comme si cétait la tienne, je considère ton fils comme le mien. On ne se fait pas la tête, on se débrouille ensemble, cest plus simple pour nous deux. Il a ajouté quil pouvait gagner de largent, mais quil ne savait pas comment gérer les couches, les rhumes, les soupes pour bébé. Hélène, elle, était douée avec les enfants, même si, avant son congé maternité, elle était auxiliaire de puériculture dans une crèche privée, donc pas riche.

Il y avait bien sûr une proposition très pragmatique de Victor: vivre à deux, se soutenir, et peutêtre que ce petit bonheur damour à la «marche aux champs» nétait plus ce quelle cherchait. Elle avait déjà connu un amour de conte, mais il ne lavait pas rendue heureuse à part son fils.

Alors, pourquoi pas être un peu plus réaliste? Victor était bienveillant, ne buvait pas, ne fumait pas, aidait financièrement, et Léa sétait habituée à lappeler «maman» depuis deux ans.

Peutêtre que tout ce qui arrive, cest pour le mieux.

La mère nest pas venue au mariage personne ne lattendait vraiment. Ils ont signé, trinqué un verre avec les potes, reçu les vœux de bonheur et sont retournés à lappartement de Victor, où ils vivaient à quatre.

Rien na vraiment changé, à part le fait que les enfants partagent maintenant la même chambre et les adultes ont lautre.

Hélène et Victor sont aussi des gens, ils ont le droit au bonheur et à une petite vie à eux.

Un jour, la porte sest ouverte. Victor attendait le livreur, quand soudain la porte sest ouverte et Béatrice, lexfemme, a foncé sur son cou.

Chéri, je suis de retour! sestelle exclamée. Victor la repoussée dun geste ferme, lui a demandé dun ton sec: «Tu nes pas content?»

Que je le sois? a rétorqué Victor, amusé.

Il avait déjà pensé à ce quil dirait quand elle reviendrait, mais à la fin, il na pu que demander pourquoi elle était revenue.

Je veux parler à ma fille. Jaimerais quon reparle, même si je sais que jai mal agi. a-telle.

Non, je me suis refait une vie, je ne rouvre pas la porte aux traîtres, a-til répliqué.

Tu parles dHélène? Vous nétiez jamais vraiment ensemble. Comment peuxtu méchanger contre elle? Hélène, ma sœur! a crié Béatrice.

Hélène venait de sortir de la douche, elle a vu la porte du petitcoin entrouverte, les gamins qui observaient la scène comme sils étaient derrière un rempart.

Béatrice a aperçu Léa, la prise dans ses bras, et sest mise à crier.

Léa, ma petite, comme tu as grandi!

Au même moment, André sest jeté sur Béatrice, lui mordant la jambe, et elle, à moitié en collants, à moitié en jupe courte, a poussé un cri strident, a lâché Léa par terre et sest plaquée contre la blessure.

Les enfants se sont enfuis vers André, qui a protégé sa petite sœur, pendant que Béatrice, les yeux pleins de rage, a lancé: «Serpent! Tu as détourné ma fille contre moi! Je ne te laisserai pas faire!»

Au final, le juge avait déjà refusé la garde de Léa à Béatrice, qui navait jamais réellement cherché à la connaître. La mère, essayant de faire un «coup de poker», na rien changé.

Victor et Hélène ont finalement rompu tout contact avec la mère de Béatrice, ont déménagé à Lyon sans laisser dadresse. Aujourdhui ils vivent heureux, trois enfants à la maison, et Léa ne raconte quà ses amis les plus proches quelle est la fille dune vraie sorcière, mais que sa maman Hélène est une fée bienveillante qui la sauvée.

André confirme lhistoire en disant que son père est peutêtre un mauvais sorcier, parce quil a abandonné la fée gentille.

Heureusement, le bon père les a retrouvés, et maintenant ils forment une famille unie: maman, papa, petite sœur et petit frère. Parce quune bonne histoire doit toujours finir bien.

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