Refus de devenir la nourrice à titre gratuit pour ma nièce — ma belle-sœur m’accuse d’égoïsme

Je me souviens dun aprèsmidi où Marine, ma bellesœur, mavait demandé de récupérer sa fille à lécole. «Prends ma fille, Lise, ce ne sera pas difficile, nestce pas?» avait-elle lancé, pressée de ne pas rater son rendezvous manucure.

«Pas de souci,» aije répondu, mais elle a aussitôt ajouté: «Allez, on verra plus tard!Jai besoin dêtre à lheure, sinon mon manucure risque de ne plus prendre ma place. Tu la récupères à trois heures, daccord?»

Je me suis tenue ferme. «Attends, Marine,» aije dit. «Je peux bien prendre Clémence aujourdhui, mais je tai expliqué cent fois que je travaille de chez moi. Ça ne veut pas dire que je suis inactif»

«Après, plus tard,» atelle écarté dun geste, avant de raccrocher.

Nayant rien dautre à faire, je suis allée chercher la petite à lécole. Clémence est entrée dans mon appartement, a laissé ses baskets à lentrée et sest affalée sur le canapé, à côté de mon ordinateur portable.

«Maman Lise, metsmoi un dessin animé sur le grand écran,» at-elle exigé, «la tablette de maman est à plat.»

Jai jeté un œil à lhorloge. Dans quinze minutes, javais une présentation importante pour des clients, à laquelle je travaillais depuis deux semaines. Mon repas, commandé à la livraison, chauffait dans le microondes de la cuisine.

«Pas de dessin animé pour le moment,» aije dit. «Va plutôt lire un livre.»

«Je ne veux pas lire,» a répliqué Clémence avec un air boudeur. «À lécole on moblige, à la maison maman moblige, et maintenant vous aussi»

«Alors trouve-toi une autre occupation,» aije haussé les épaules.

La petite a bouffé son souffle et sest plongée dans son téléphone.

Il y a six mois, Marine et sa fille avaient emménagé un étage au-dessus du mien. Javais pensé que la proximité rendrait les dîners en famille plus chaleureux, que les soirées autour dun thé seraient plus fréquentes. Javais même préparé des croissants le jour de leur arrivée. Marine en a pris un, la senti, puis a dit: «Oh, ma Clémence ne mange pas de raisins secs, elle y est allergique.»

Bien sûr, il ny avait aucune allergie; une semaine plus tard, jai vu Marine engloutir les mêmes croissants de la boulangerie den face.

Ce fut le début dune série de petites sollicitations: «Je viens juste pour une minute», puis «Je dois prendre du sel», ou «Des œufs», ou «Peuxtu garder Clémence cinq minutes pendant que je file au supermarché?» Cinq minutes se transformaient en trois heures, le magasin était en fait un salon de beauté, et Clémence réussissait à renverser tout lappartement.

«Maman Lise, jai faim!» tiraitelle sur ma manche. «Maman a dit que tu me ferais des macaronis au fromage, comme jaime.»

Jai respiré profondément, compté jusquà dix dans ma tête, puis je lai installée à la petite table de la cuisine avec du papier et des crayons. «Dessine pendant que je termine la réunion, daccord?»

«Mais je veux manger tout de suite!» sest plaint la petite.

Jai lancé la présentation, essayant de garder un ton assuré, alors que Clémence chantonnait déjà la bandesonore de «La Reine des Neiges». Le directeur de projet a demandé, intrigué, ce qui se passait. Jai balbutié: «Ce sont les voisins,» en faisant des gestes pour que Clémence se taise. Elle a alors chanté plus fort, battant le rythme avec ses crayons. Jai coupé le micro, me tourné vers elle: «Clémence, plus doucement, cest une réunion importante!»

«Ma maman dit que ton travail, cest du vent!» at-elle lancé, lair innocent. Le directeur marmonnait quelque chose, mais je nentendais rien, le micro était coupé.

La négociation a échoué. Deux mois de travail partis en fumée. La prime qui devait financer lachat dun nouvel ordinateur mest échappée, comme un nuage qui passe. Je restais assise à la table de la cuisine, lécran de mon portable devant moi, pendant que Clémence réclamait ses macaronis au fromage.

Le soir, Pierre est rentré, épuisé mais satisfait de sa journée au bureau.

«Clémence est là?» at-il levé les sourcils. «Marine a encore demandé?»

«Ta sœur ne la pas demandé, elle la imposé!Et à cause de sa fille je viens de perdre un client!» aije éclaté.

«Ce nest quun client, tu en trouveras dautres. La famille, cest important, il faut aider.»

«Aider la famille, oui, mais qui maidera?»

«Écoute, tu restes à la maison, peu importe si cest avec ou sans enfant.»

«Une grande différence, Pierre,» aije rétorqué. «Je travaille de chez moi, mais cela ne veut pas dire que je ne travaille pas du tout!»

Il ma pris dans ses bras, essayant de me calmer. «Marine récupérera bientôt Clémence.»

Marine nest arrivée quà onze heures du soir, accompagnée dun nouveau copain, les deux visiblement éméchés.

«Oh Lise, tu es la meilleure!Clémence a mangé?Les devoirs?»

«Tout est en ordre, mais Marine, cest la dernière fois,» aije dit fermement.

«Oui, vas-y, dismoi,» at-elle rétorqué, désinvolte.

Jétais sur le point de ménerver quand Pierre est apparu dans le couloir.

«Lise, ne commence pas,», atil demandé doucement. «Marine, prends Clémence, il se fait tard.»

Marine a répliqué: «Je la prends, mais réfléchis, Pierre, vous navez pas denfants. Ta femme ne travaille pas, et tu me mets des ultimatums»

Nous essayions depuis deux ans davoir un enfant. Javais suivi trois cycles dhormonothérapie, deux interventions chirurgicales. Les médecins nous disaient que le temps, le calme et la sérénité étaient essentiels.

Quel calme pouvaitil y avoir quand chaque jour ma bellesœur me traitait comme une bonne à tout faire gratuite?

Jai passé la nuit à réfléchir. Jai décidé de partir chez ma mère, où tout était plus paisible. Pierre aurait aussi besoin de réfléchir à notre avenir.

Le matin, Pierre ma surprise en train de faire mes valises.

«Que faistu?»

«Je vais chez ma mère.»

«Pour longtemps?» sa voix trahissait linquiétude.

Je lai regardé droit dans les yeux et ai répondu: «Si possible.»

Il ma accompagnée jusquà la porte, puis, soudain, a fait une pause: «Lise, cest à cause de Marine, nestce pas?Cest ridicule.»

«Non, Pierre, ce nest pas drôle,» aije rétorqué. «Dis à ta sœur de chercher une autre nounou, ou quelle soccupe ellemême de sa fille.»

Et je suis partie.

Les deux premiers jours, Pierre mappelait chaque heure, mais je nai pas décroché. Le troisième jour, Marine ma sonné:

«Lise, arrête de jouer!Reviens, je nai plus personne pour garder Clémence!»

«Laissela à Pierre, il est toujours à la maison le soir.»

«Il travaille!Il a un travail important!»

«Et le mien, alors, il nest pas important?»

Elle a raccroché. Une heure plus tard, Pierre a rappelé: «Marine a emmené Clémence et est partie!Si tu refuses, je dois tout gérer!»

«Très bien, faisle à ta façon,» aije sarcastiquement répondu.

«Mais demain jai une présentation cruciale!»

«Jen ai aussi une. Et je lai ratée à cause de ta nièce.»

Pierre a marmonné quelque chose avant de raccrocher.

Cinq jours ont passé. Un matin, Pierre a appelé, tremblant, me suppliant de revenir.

«Pardonnemoi,» atil commencé. «Je nai pas compris à quel point cétait dur. Ces cinq jours avec Clémence Jai failli perdre la tête. Elle a sauté sur le canapé et a brisé mon ordinateur, a renversé du jus sur des documents importants, et hier, elle a voulu jouer à cachecache et à la course en même temps, ce qui ma fait arriver en retard à une réunion»

Il a soupiré lourdement.

«Marine a dit quelle ne laissera plus Clémence chez moi, parce que je ne sais pas gérer les enfants.»

Jai souri: «Et moi, je sais?»

«Lise, excusemoi!Jai parlé à Marine et je lui ai dit que tu ne garderais plus Clémence.»

«Et questce quelle a répondu?»

«Elle sest vexée.»

«Et toi?»

«Moi?Je porte les eaux de ceux qui se plaignent,» atil rétorqué. «Ses problèmes, ses enfants»

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Refus de devenir la nourrice à titre gratuit pour ma nièce — ma belle-sœur m’accuse d’égoïsme
MON MALHEUR, MON BONHEUR — Anne, jusqu’à quand comptes-tu boire ? Je suis épuisé de te sauver. Que dois-je faire pour que tu dis adieu à la bouteille, une bonne fois pour toutes ? Regarde-toi : tu ressembles à un arbre desséché, — je suppliais, une fois de plus, ma femme de retrouver la raison. Mais est-ce que cela a déjà arrêté quelqu’un ? Je savais que mes paroles ne servaient à rien. Anne va jurer, une fois de plus, qu’elle ne touchera plus une goutte d’alcool. Et la semaine d’après, tout recommencera… — Éric ! Ne t’inquiète pas pour moi. Ce n’est rien. Mon amie m’a appelée, on a bavardé. On s’est vues… — bredouillait ma femme. — Tu tiens à peine debout, Anne ! Va dormir. Anne a failli m’embrasser, a raté sa cible. Je me suis écarté, gêné par son haleine. Résignée, elle est allée se coucher sans même se changer. …Parfois, je portais ma femme jusqu’au lit comme une sirène inerte, ramassée à même le sol. Quel tableau… Je passais la journée suivante à errer seul dans notre appartement. Quand Anne se réveillait, elle venait vers moi d’un pas hésitant, les yeux baissés : — Pardonne-moi, Éric. Je n’ai pas tenu le coup. C’est la faute de mon amie, elle inventait des toasts absurdes et m’obligeait à boire cul sec. Je restais silencieux et agacé. Anne se mettait alors à faire le ménage frénétiquement, à nettoyer la vaisselle, à lessiver le linge… — Éric, qu’est-ce que tu veux pour déjeuner ? Dis-moi, je ferai tout ! — Anne retrouvait des accents charmants, presque enfantins. Le déjeuner se déroulait dans une ambiance pleine d’humour, la cuisine était délicieuse, généreuse. Ensuite, nous allions nous promener, acheter des douceurs. On essayait de savourer la vie. La nuit était à nous : passionnée, douce, brûlante. J’avais le temps de me languir de ses caresses, de ses mots tendres… L’idylle durait une à deux semaines, puis Anne redevenait irritable, imprévisible, rancunière. Je savais que le moment approchait où elle allait replonger et boire comme un trou. Les crises reprenaient, les accusations, les larmes. Ce scénario familial se répétait depuis des années. …Anne et moi, nous nous sommes rencontrés à l’âge de sept ans. Nous étions à l’école ensemble. En première, je lui ai avoué mon amour fou. Elle m’a répondu avec la même intensité. Nous aurions pu avoir un enfant. Mais Anne a préféré poursuivre ses études. Et moi, à vrai dire, je n’étais pas pressé de devenir papa. J’ai même été soulagé quand Anne m’a annoncé en revenant de la clinique : — C’est fini. Je ne veux pas m’encombrer, ni t’encombrer, avec des couches et des biberons. On a la vie devant nous ! Nos chemins se sont alors séparés pendant dix ans. Anne s’est mariée, j’ai pris femme aussi. Cinq ans plus tard, nous nous sommes retrouvés à une réunion d’anciens élèves. J’ai littéralement perdu la tête pour Anne. Elle était exquise. Une déferlante de souvenirs sucrés m’a envahi. J’aurais voulu la prendre dans mes bras, ne jamais la lâcher. Mais la soirée s’est vite terminée. Nous avons échangé nos numéros, puis nous nous sommes à nouveau séparés pour cinq ans. Je n’ai jamais cessé de penser à Anne, de la jalouser en secret. Mais j’avais une femme, une fille. La vie suivait son cours. Un jour, Anne m’appelle, bouleversée : — Éric, il faut qu’on se voie. J’ai foncé la rejoindre, sans poser de questions. Anne était déjà assise sur un banc du parc, elle regardait nerveusement autour d’elle. Je suis arrivé par derrière, lui couvrant les yeux. — Éric ? — Anne a deviné, plaçant ses mains sur les miennes. — Bravo — je lui ai offert un bouquet — Anne, que se passe-t-il ? — Elle semblait sur le point de pleurer. — J’ai divorcé. Mon mari me reprochait de ne pas avoir d’enfants. Il disait que j’étais stérile, comme un désert. Il voulait des héritiers… — et Anne s’est effondrée en larmes. Je l’ai rassurée tant bien que mal. D’une certaine façon, c’était aussi mon histoire si elle était « un désert ». …Bref, peu après, nous nous sommes mariés, Anne et moi. J’ai quitté ma famille. Ce n’était pas parfait de toute façon. Mon riche beau-père ne cessait de me rabaisser et de rappeler que j’étais un bon à rien. Il disait : — Mon garçon, il te faut une autre compagne. Je ne tolérerai pas que ma petite-fille mange des glaces bas de gamme ou porte des vêtements d’occasion ! Prends femme à ta mesure. Il râlait, comme une mouche insupportable. On dit souvent en France : il faut se méfier d’un beau-père trop riche, pire qu’un démon. Ma première femme s’est rangée du côté de son père. Elle n’était jamais satisfaite. …J’ai réuni mes quelques affaires et suis parti vivre dans un studio meublé de peu. Il y avait une armoire, un lit, une table, une chaise. Ça me suffisait. Quand Anne est entrée dans ma vie, j’ai voulu l’habiller, la gâter comme une reine. J’ai eu la chance de trouver un emploi bien rémunéré. Peu à peu, nous avons acheté un appartement, choisi avec soin chaque meuble, acquis une belle voiture étrangère. Je rendais souvent visite à ma fille de mon premier mariage, lui apportant des vêtements exclusifs, des jouets haut de gamme venus de l’étranger. Mon ex-beau-père ricana : — Le pauvre devenu prince… Ma première femme ne s’est jamais remariée. Il faut croire que la crème des prétendants était partie… Je n’ai pas laissé Anne travailler. À elle la maison, à moi le reste. Anne cuisinait divinement, présentait ses plats avec goût. Elle se consacrait beaucoup à elle-même : coiffeur, manucure, esthéticienne. J’encourageais toujours ces attentions. J’adorais quand les hommes se retournaient sur notre passage. Je me sentais fier de ma femme élégante. Je lui déroulais le tapis rouge. Mais ce bonheur n’a pas duré. Anne a commencé à boire. Elle était souvent joyeuse, mais je sentais qu’il y avait un malaise. Pour la distraire, je lui ai trouvé un emploi. Au bout d’un mois, Anne a dû partir — personne ne voulait d’une collègue ivre. Anne n’avait pas besoin de compagnons de beuverie. Elle buvait seule, jusqu’à perdre la raison. Son jeune frère est même décédé devant chez lui — overdose. Après le travail, je traînais pour ne pas rentrer. Je n’avais pas envie de retrouver ma femme saoule. Mes supplications n’avaient aucun effet. Anne refusait toute aide médicale : — Ne fais pas de moi une alcoolique ! Tu ne comprends pas, Éric ! Je suis en prison psychiatrique, sans enfant ! Toi au moins, tu as une fille… Ce jeu dangereux commençait à me lasser. J’ai fini par me réfugier dans les bras d’une jeune femme. 25 ans, fraîche, belle, éperdument amoureuse de moi. J’ai quitté Anne pour elle. Pendant deux ans, j’ai observé la descente aux enfers d’Anne. Elle touchait le fond. Personne pour l’arrêter. Personne, sauf moi. Comme on dit chez nous, quand on se noie, personne n’est là pour prendre la main. Mon chemin est lié à celui d’Anne, qu’il soit droit ou tortueux, nul ne le sait. Séparé d’elle, je me suis morfondu, rongé par la culpabilité. Car je l’aime toujours, cette femme tourmentée. Après un dernier baiser à ma belle compagne, je suis revenu auprès de mon Anne perdue. Elle est mon malheur, mon bonheur…