— On t’a oublié de le demander ! Accueille tes invités sans faire d’histoires ! — Déclara la belle-mère à sa belle-fille. Mais cette fois-ci, elle a eu ce qu’elle méritait.

Salut ma chère, écoute un peu ce qui mest arrivé lautre jour, cest vraiment du grand nimporte quoi.
«Tu as oublié de me demander! Accueille les invités et ne fais pas la tête!» sest écriée ma bellemère à ma bellefille. Mais cette foisci, elle a reçu ce quelle méritait.
«Comment ça, ça ne me concerne pas? Vous pensez quoi? Jhabite ici, cest mon appartement aussi, alors je vous dis NON!» jai lancé en bloquant la porte, essayant de ne pas laisser passer ma bellemère et ses convives.

«On a oublié de te demander qui on doit loger et où!» a rétorqué Madeleine Dupont avec un ton bien gras. «Accepte les invités et ne fais pas la tête. Allez, Lydie, Pierre, cest une blague, vous voyez.»
En souriant dun air faux, la vieille dame sest introduite, suivie dun couple de personnes âgées quon navait jamais vues.

«Pourquoi je devrais me battre avec vous?» aije demandé, incrédule.
«Pas la peine de se chamailler, ma chère, vous voyez Si Mathieu était là, vous nauriez même pas osé dire un mot contre nos proches. Mon fils est hospitalier, il respecte ses parents. Vous pourriez apprendre un peu de sa politesse.» a ajouté la bellemère en ricanant.

Cinq minutes plus tôt, Madeleine avait sonné à linterphone en bas de limmeuble, demandant à ma bellefille douvrir la porte. Sans réfléchir, jai pressé le bouton et je lai laissée entrer, bien que je ny comprenais rien, surtout que Mathieu était à lhôpital pour une appendicite.

Quand jai ouvert la porte, jai eu la surprise de voir Madeleine accompagnée dun homme et dune femme, leurs valises à la main.
«Voici ma cousine Lydie et son mari Pierre, ils sont venus rendre visite à la famille.»
«Bonjour,» aije répondu, un peu perdue face à leurs bagages.
«Ils viennent vivre avec vous,» a déclaré Madeleine. «Jaurais pu les loger chez moi, mais ma vieille amie de Nice, Zaza, vit déjà avec son petitfils. Alors, acceptez-les, Lydie et Pierre ont accepté de rester.»

Et là, je ne savais plus si appeler le gardien de quartier pour les expulser ou téléphoner dabord à Mathieu. Pendant ce temps, les nouveaux venus commençaient à déballer leurs valises, curieux de mon petit chezmoi.

«Cest chaleureux ici, assez spacieux. Dismoi, Éléonore, la station de métro nest pas loin?» a demandé Lydie. «On veut aller demain au centre, se balader, admirer les monuments et les bâtiments historiques.»

Je nai même pas eu le temps de répondre que Madeleine sest jetée dans la conversation.
«Non, cest à deux pas. Dix minutes à pied, tranquille. On a choisi cet appart avec mon fils, on a pensé à un parc, au métro, aux commerces et à lécole.» a-t-elle déclaré fièrement.
«Bravo, Madeleine! Vous avez tout prévu pour votre fils, études et logement,» a repris Lydie, comme si je nexistais pas.

«Je vais appeler Mathieu. Cest inadmissible de se comporter comme ça!» me suisje exclamée, pas du tout dhumeur à partager mon appartement avec des inconnus.
«Appellele, quil se réjouisse de voir ses parents, son oncle et sa tante quil na pas vus depuis longtemps. Dommage que Mathieu ne puisse les accueillir comme il faut,» a rétorqué la bellemère, un brin méprisante.

Jai donc appelé Mathieu, qui venait dêtre opéré. Il na pas répondu, sûrement endormi après lanesthésie. Je nai pas rappelé, pensant le faire plus tard.

En théorie, ce nétait pas difficile daccueillir la famille de mon mari, mais si tout avait été bien organisé, ma bellemère aurait pu me demander avant, pas envahir ma porte en force. Elle pense que lachat de lappartement, quon a financé à la banque avec un prêt, était «son » et «celui de mon mari». En réalité, nos parents ont tous contribué, mais elle sen souvient jamais.

Je suis nerveuse, je retente dappeler Mathieu, mais les bips ne cessent pas. Pas envie de le presser, il est déjà à lhôpital.

«Bon, je vous laisse, mes chers, jai aussi des invités à gérer.» a conclu Madeleine, en partant. Elle a laissé Lydie et Pierre à ma porte, me forçant à décider si je les garde pour la nuit ou si je les expulse. Jai peur de la réaction de Mathieu, je ne veux pas me disputer avec lui maintenant quil est malade.

«Pas de souci, on a déjà dîné. Il suffit de nous mettre à létage pour la nuit,» ont-ils répondu.

Finalement, Mathieu a rappelé.
«Chérie, comment ça va?»
«Cest le chaos!» aije chuchoté depuis le balcon, fermant la porte derrière moi pour ne pas que les invités entendent. «Ta mère a encore tout foiré!»
«Quoi?Quel problème?»
«Elle a amené sa cousine Lydie et son mari Pierre à vivre chez nous!Ils viennent dun village du Sud, je les ai vus pour la première fois, et elle les a plantés ici pendant que je suis au lit.»

«Je vois» a répondu Mathieu, un peu confus. «Je vais lui dire de les reprendre, ça ne sert à rien de les garder.»
«Je ne les laisserai pas sortir à la nuit; ils sont déjà là,» aije rétorqué. «Ce nest pas mon problème.»

Le matin, en partant au travail, jai dit à la bellefamille que la porte pouvait se fermer derrière eux.
«Vous ne nous donnez pas les clés?Comment on rentre?On attend que tu reviennes?» ont-ils protesté.
«Vous nentrerez plus,» aije répliqué, et je suis partie.

Madeleine a tout de suite appelé :
«Pourquoi navezvous pas donné les clés à Lydie et Pierre? Vous aviez dit quils allaient habiter chez vous!»
«Mathieu ne ta pas appelé?» aije répliqué.
«Il a appelé, mais je lui ai dit que recevoir des invités, surtout des proches, cest votre devoir. Ne le stressez pas, laissezle se reposer.»

Jai raccroché, espérant que les invités de ma bellemère ne reviendraient plus. Mais le soir, en rentrant, jai trouvé Pierre et Lydie dans la cuisine, en train de grignoter du fromage et du saucisson, et de boire du vin depuis des heures.

«Éléonore, faisnous quelque chose à manger!On est morts de faim,» a chantonné Lydie, légèrement éméchée.
«On reste ici grâce à ta gentillesse, on na même pas de clé!», a ajouté Pierre, en titubant.

Jai sorti mon portable et appelé la police, signalant des personnes indésirables qui refusaient de partir.

«Madeleine, ramène tes proches avant que la police narrive,» aije dit.
«Tu as appelé les flics?Pas possible!» sest étonnée la bellemère.
«Pas encore, jai dabord appelé le gardien. Si vous ne les récupérez pas dici trente minutes, ils finiront en cellule.»

Une fois les envahisseurs sortis, jai poussé un soupir de soulagement. La bellemère sest mise à crier : «Quelle ingrate! On la accueillie dans la famille et elle se comporte comme une égoïste!»

Seule, je me suis dit quil fallait bien rendre la pareille. Jai donc appelé ma propre mère.
«Maman, comment ça va avec papa?Donnemoi le numéro de nos cousins de la campagne de Tillon.»
«Pourquoi ça?Ils ne font jamais autre chose que de gueuler,» a répliqué ma mère, intriguée.
«Ils adorent le fromage! Je veux les inviter chez moi,» aije lancé.

Après quelques jours, on a sonné à la porte de Madeleine. Elle a ouvert et a trouvé devant elle une bande de gens un peu rustiques, qui sentaient le vieux rhum.

«Bonjour,» ont-ils dit poliment, en répandant une odeur de whisky.

Jai un peu déplacé la vieille dame, puis jai fait entrer mes cousins.
«Allez, entrez, faites comme chez vous. Ce sont mes cousins du village, ils sont un peu bourrus, mais ils sont travailleurs,» aije expliqué.

«Quoi?Tu as amené qui?» sest plainte Madeleine, dégoûtée.

«Je pars en mission, Mathieu est à lhôpital. Accueillir les proches, cest votre devoir, comme vous le dites, alors allezy,» aije rétorqué.

Mes cousins sont restés quelques jours, ont apporté des bouteilles de vin et du fromage, et ont même aidé à nettoyer.

Le lendemain, Mathieu ma appelé depuis lhôpital.
«Ma mère est furieuse contre toi, elle ne veut plus que tu sois dans lappartement.»
«Parfait, cest ce que je voulais.» aije répondu, un petit sourire aux lèvres. «Je lui montrerai qui elle doit respecter.»

Et voilà, les parents de ma bellemère nont pas repris la route depuis plus de 24heures. Cest fini, enfin.

Je te raconterai la suite la prochaine fois, mais croismoi, cétait un vrai feuilleton à la française. À bientôt!

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— On t’a oublié de le demander ! Accueille tes invités sans faire d’histoires ! — Déclara la belle-mère à sa belle-fille. Mais cette fois-ci, elle a eu ce qu’elle méritait.
Un soir après le divorce Lorsque Katia sortit du tribunal, elle fut surprise de ne ressentir ni agitation ni désespoir comme le matin – au contraire, des pensées tout à fait étrangères lui traversaient l’esprit : la coiffure étrange de la juge, la douceur inhabituelle de ce jour d’octobre, ce que faisait Sasha à cet instant, s’il embêtait beaucoup sa grand-mère. Sergueï la rattrapa à l’arrêt de bus : — Voilà, enfin, tout est terminé… Comment va le petit ? — Bien, répondit brièvement Katia. — Alors je file. On m’attend. « Elle t’attend », pensa Katia, mais toujours sans émotion. C’était comme un choc, quand on ne ressent pas la douleur d’une blessure grave tout de suite. Elle viendrait plus tard… Katia ne prit pas le bus, elle se dirigea à pied vers la gare. Marcher dans ces rues familières l’apaisait, lui donnait l’impression que rien n’avait changé, qu’elle rentrait simplement chez elle comme avant… Mais elle aurait mieux fait de monter dans le minibus. En arrivant près de la gare routière, Katia vit le bus rouge et blanc familier s’éloigner lentement du quai. Elle courut, fit signe de la main, mais le chauffeur ne la vit pas ou ne voulut pas s’arrêter. « Quelle journée, se dit-elle. Et maintenant, que faire ? » Elle appela chez elle, apprit que Sasha était sage, et expliqua qu’elle avait raté le bus. Elle serait là demain matin. « Je raconterai tout le reste à la maison », dit-elle à sa mère avant de raccrocher. *** — Katia, ça fait une éternité ! s’exclama Nadia en ouvrant la porte. Elle avait beaucoup changé depuis leur dernière rencontre : devenue blonde, amincie. L’ancienne camarade de classe ressemblait à un mannequin, surtout à côté de Katia, vêtue simplement. — Nadia, laisse-moi dormir ici, dit l’invitée. Tu comprends, je viens de divorcer et j’ai raté le bus. Elle lâcha la nouvelle dès le seuil, pour éviter les questions inévitables sur Sergueï et Sasha. Qu’on demande pour le petit, ça ne la dérangeait pas. Katia était fière de son fils – il était le meilleur, le plus intelligent (comme chaque mère le pense de son enfant). — Entre, ne reste pas sur le pas de la porte, bavarda Nadia, prenant Katia par la main et la menant doucement dans la chambre, comme une malade. — On va dîner. — Et Maxime, il est où ? demanda Katia. — En déplacement. Tant mieux, il ne nous dérangera pas. On va papoter comme au bon vieux temps. Ça fait combien de temps qu’on ne s’est pas vues ? — Plus d’un an, je crois. Depuis mon congé maternité… — Alors, il grandit bien ton petit gars ? Nadia dressait la table rapidement. Elle sortit une bouteille de vin blanc – il fallait fêter les retrouvailles. La conversation peinait à démarrer. Elles évoquaient leurs années d’école, les camarades, ce qu’ils étaient devenus, mais évitaient les sujets personnels. Peut-être à cause du vin bu à jeun, ou parce qu’elle pouvait enfin parler à quelqu’un d’autre que ses parents ou sa sœur, Katia ressentit soudain le besoin de se confier. Nerveusement, elle froissait une serviette en papier, racontant à son amie son histoire triste, qu’elle n’avait jamais partagée avec personne. *** Après le collège, Katia n’avait pas trouvé de travail dans sa branche. Dans son village, c’était impossible, et même au chef-lieu, compliqué. Une voisine lui proposa d’aller tenter sa chance à Paris : là-bas, on cherchait toujours des bras, et les salaires étaient meilleurs. Les filles devinrent serveuses dans un petit café. Le travail était dur, mais les patrons payaient bien. Au bout d’un moment, Katia fut promue manager (le métier de son diplôme). Mais elle eut des soucis de logement. Elle ne restait jamais longtemps dans les chambres louées. Les propriétaires étaient tous particuliers : une vieille dame un peu folle, un oncle qui draguait ouvertement les jeunes locataires… Cela dura jusqu’à ce qu’un collègue lui propose de louer ensemble un deux-pièces et de partager le loyer. Après réflexion, Katia accepta. Elle et Sergueï étaient de bons amis, à l’époque Katia voyait quelqu’un d’autre. Mais sans s’en rendre compte, l’amitié et la colocation devinrent une romance. Grand, beau, Sergueï conquit le cœur de Katia. Presque chaque jour, il lui offrait des fleurs, des cadeaux, ils partirent ensemble à la mer. Katia se sentait heureuse comme jamais. Mais ce bonheur fut de courte durée. Après quelques mois de vie commune, Sergueï changea. Il rentrait du travail taciturne, triste, et à toutes ses questions sur son humeur, il répondait : « Ne t’inquiète pas, tout va bien ! » Mais Katia sentait que quelque chose n’allait pas. Elle insista jusqu’à ce que Sergueï avoue qu’il aimait une autre. — Je l’aime tellement… Je ne peux pas vivre sans elle, se plaignait-il. — Et moi alors ? Katia n’arrivait pas à croire que son amoureux parlait sérieusement. — Tu es merveilleuse ! Mais je t’aime autrement, comme une sœur. Katia, dis-moi, en tant que femme, que dois-je faire ? — Va au diable ! s’écria-t-elle, se réfugiant dans la salle de bain pour qu’il ne voie pas ses larmes. Ils ne se parlèrent pas pendant quelques jours. Puis Sergueï fit le premier pas vers la réconciliation. Il s’avéra que l’objet de sa passion ne lui rendait pas ses sentiments. Et Katia était toujours là – gentille, aimante, attentionnée. Elle pardonna tout, mais au fond d’elle, l’inquiétude s’installa. Katia hésitait – rester avec Sergueï et vivre sur le fil, ou mieux valait-il être seule ? Tout se décida lors de la visite médicale obligatoire pour le travail. Elle revint bouleversée. — Sergueï, il faut que je te dise quelque chose, annonça-t-elle en entrant. — Nous allons avoir un enfant… — Alors, marions-nous, répondit-il simplement. *** Le mariage eut lieu dans son village. Katia travailla à Paris jusqu’à son congé maternité. Elle revint chez ses parents pour accoucher. L’accouchement fut difficile, mais son petit garçon fut la récompense de toutes ses épreuves. Sergueï prit un mois de congé et vécut avec eux, aidant sa femme en tout. Mais le temps passa, il retourna à Paris. Au début, il appelait Katia tous les jours, ils parlaient longtemps, il venait chaque week-end voir Katia et leur fils. Puis il vint moins souvent, prétextant le prix des billets. Les appels se firent rares. Et six mois plus tard, lors d’une visite au village, Sergueï dit à Katia : — Il faut qu’on parle en tête à tête. Katia tenait son fils dans les bras. Son cœur battait plus vite, comme si elle pressentait un malheur. Et elle ne se trompait pas. Le cauchemar vécu un an plus tôt se répétait mot pour mot. — Je l’aime tellement, je ne peux pas vivre sans elle… disait Sergueï. Katia ne demanda plus : « Et moi alors ? » Elle se tut. Elle lâcha seulement : — As-tu pensé à ton fils ? Il a besoin de son père. — Je n’abandonnerai pas Sasha. Il est le deuxième dans ma vie. Après elle. Et toi, tu es la troisième… — Tu vois, j’ai même la médaille de bronze, sourit amèrement Katia. Puis elle fit une crise. Sa mère accourut, affolée par les cris. Katia poussait son mari vers la porte : — Va retrouver ta maîtresse ! Et ne reviens plus jamais ici ! Dans la chambre, son fils s’était réveillé et pleurait. Sur le seuil, Sergueï se retourna : — Je demande le divorce ? demanda-t-il, comme si son accord ou son refus pouvaient changer quelque chose. *** Après la seconde trahison de son mari, Katia sombra dans la dépression. Elle ne se souvient plus si elle mangeait, dormait, elle errait comme dans un brouillard… Sans ses parents, sa sœur, et surtout son petit Sasha, elle aurait pu commettre l’irréparable. Elle se sentit particulièrement mal en recevant la convocation au tribunal. Ce jour-là, elle alla dans le village voisin voir une voyante, pour demander conseil. Devait-elle accepter le divorce ? La loi lui permettait de refuser, car son fils n’avait pas encore un an. La vieille femme tira les cartes et dit à Katia : « Ton mari a été ensorcelé par une autre. Je peux faire en sorte qu’il revienne. Mais tu ne seras pas heureuse avec lui. Ce n’est pas ton homme. Il t’a trahie une fois, il recommencera. » — Et aujourd’hui, on nous a divorcés, conclut Katia son récit. — Maintenant, je ne sais pas comment vivre. Comment Sasha va-t-il le prendre ? Que lui dirai-je quand il demandera : “Où est mon papa ?” — Tu es bête, Katia ! s’assombrit soudain Nadia. — Tu devrais te réjouir d’être encore jeune, de ne pas avoir sacrifié tes plus belles années pour lui. Tu as la santé, l’intelligence, tes parents t’aident… Et des hommes, il y en aura encore assez pour notre génération. — Facile à dire, ton Maxime n’est pas parti voir ailleurs… — Tu ne me croiras pas, mais s’il le faisait, je lui ferais même un signe d’adieu. Ces derniers temps, il rentre presque tous les jours “éméché”, et commence à vouloir savoir qui commande à la maison… J’en ai assez de ses reproches, mais je n’ai nulle part où aller. Mes parents sont loin, ma fille est petite, je n’ai pas de travail… — Existe-t-il seulement des hommes honnêtes et normaux ? s’échappa Katia. — Qui sait ? répondit Nadia en haussant les épaules, puis elle alla dans la chambre voisine voir si l’enfant ne s’était pas réveillée. Katia resta assise à la table, la tête dans les bras. Une lourde, grise désespérance, comme un brouillard d’automne, envahissait son cœur. *** Le lendemain matin, en descendant du bus, elle aperçut tout de suite deux silhouettes familières : sa mère tenait Sasha dans les bras. En voyant Katia, le petit tendit les bras vers elle et babilla joyeusement. — Bonjour, mon trésor ! dit-elle en le serrant dans ses bras, et il s’accrocha fort à son cou, tout en lui ébouriffant les cheveux. — Regarde ce que je t’ai rapporté, lui tendit-elle une petite voiture achetée au kiosque de la gare. — C’est de la part de papa ( “Et Sergueï n’a même pas envoyé de bonbons”, pensa-t-elle). — Pa-pa-pa, gazouilla Sasha, et Katia sentit de nouvelles larmes monter à ses yeux. — Comment vas-tu, ma fille ? demanda sa mère avec compassion. — Tout va bien, répondit Katia en souriant. « Je dois être forte. Je tiendrai pour eux », se répétait-elle comme une incantation. Et à voix haute : — Allons à la maison, maman. Vous m’avez tellement manqué…