Invités Indésirables : Une Visite Qui Dérange

Manon, tu imagines? Patrick et Amélie arrivent ce weekend! Romain sapprocha de sa compagne, le téléphone à la main, le sourire aux lèvres.

Sérieusement? Ça fait une éternité quon ne les a pas vus cinq ans? Elle ricarda. Tant mieux, on aura de quoi parler.

Ils veulent bien séchapper un peu. Patrick râle tout le temps que dans leur ville les choses ne font quempirer. Nous, on a réussi à sextraire, et eux, ils tournent encore en rond comme dans un marais.

Où vont-ils loger?

Honnêtement, je leur ai tout de suite proposé de rester chez nous. Tu ny vois pas dinconvénient? lança Romain en plissant les yeux.

Bon, sils ont déjà tout décidé sans moi, jaccepte. On leur offrira un weekend parisien complet: balades, visites, le tout pour quils voient comment on vit quand on sy met vraiment. répliqua Manon, le regard empli dune fierté partagée. Ils ont déménagé, trouvé du travail et ils sen sortent plutôt bien. On entendait encore ceux qui disaient que les provincaux navaient rien à attraper.

Lappartement brillait à larrivée des invités: Manman avait tout récuré, sorti le linge de lit tout frais du placard pour létendre dans le salon. Elle avait même acheté un plaid pour que les invités ne frissonnent pas, et deux nouvelles oreillers pour un confort optimal. Elle et Romain se préparaient comme sils accueillaient de la famille proche.

Samedi matin, le bip du interphone retentit. En moins dune minute, Patrick et Amélie se tenaient déjà dans le hall. Lui en survêtement démodé, elle en jean trop serré et tshirt trop jeune, lair maussade, irritée, scrutant le couloir.

Bonjour! Entrez, chers invités lança Romain.

Ah, cest encore mieux que ce que jimaginais, dit Patrick en retirant ses vieilles baskets et en exhibant des chaussettes trouées.

Amélie savança, jeta un œil autour delle et demanda:

Cest votre appartement?

Non, le nôtre. On la acheté à crédit, répondit Romain. Allez, on se dirige vers la table? Thé, café?

Café, lança Amélie.

Et moi, jaurais bien quelque chose de plus corsé. Patrick tapota lépaule de Romain.

Au bout dune heure, latmosphère se détendit. Les amis échangèrent leurs nouvelles.

Ici, cest une toute autre vie, confia Manon.

Lair même est différent, et les gens sourient davantage, acquiesça Amélie.

Pourquoi ils ne souriraient pas? Ici, on a au moins une raison de vivre, ajouta Patrick. Chez nous, pas de salaire, pas de boulot. Pff.

Manon déposa sur la table fruits et une tarte maison quelle avait préparée pour loccasion.

Écoute, Romain, commença Patrick pendant le dîner. Vous avez des postes à pourvoir dans votre boîte? Je suis preneur, jen ai ras le bol de bosser pour des clopinettes.

Je vais voir, hocha Romain. On recrute justement. Jy jetterai un œil, mais je ne promets rien.

Vous seriez prêts à déménager? Avec les enfants? sétonna Manon.

Eh bien Amélie goûta la tarte, réfléchissant. On aimerait bien tout bouger, mais vous savez, deux gosses, le plus grand vient juste dentrer à la crèche, on a mis du temps à se faire une place. Et puis, on na pas les sous pour le déménagement.

Si besoin, on peut faire venir le petit Patrick dans un appart de fonction, deux colocs par chambre, ça ne pose pas de problème, proposa Romain.

Manon scruta son mari, remarqua lombre dun doute, puis il sourit comme pour le chasser.

On ne voudrait pas vivre séparés, murmura Amélie. Tout dépend des perspectives et du salaire.

Lundi suivant, les invités repartirent. Patrick envoya son CV, Romain le fit passer; deux semaines plus tard, tout senchaîna.

Patrick fut embauché rapidement. Romain tint parole, avait parlé aux chefs, lavait recommandé. Il obtint un contrat dessai, pas le plus haut poste, mais un salaire correct et des perspectives.

Mon pote, je te suis redevable, dit Patrick un soir, rentrant avec une bouteille de vin. Cest ma chance. Chez nous, cest le néant. Allez, on va enfin vivre!

Lessentiel, cest de ne pas nous décevoir, répliqua Romain en décapsulant.

Manon observait tout de loin. Au début, tout semblait normal: Patrick passait de temps en temps, buvait du thé, racontait comment le travail se passait. Il ne restait pas longtemps, habitué à la chambre partagée avec ses collègues.

Patrick, comment va Amélie? Les enfants? demanda Manon, un brin formelle.

Les gosses vont bien. Je leur ai envoyé de largent pour de nouveaux jouets. Maman aide Mais ma femme nest pas ravie que je sois parti. Moi, je suis content, un peu de répit de son contrôle permanent, avoua Patrick après quelques verres.

Ah, les relations à distance, cest toujours ça Vous finirez par vous manquer, ricana Manon.

Patrick sen alla.

Le weekend suivant, il revint, cette fois avec Amélie et les enfants.

On est de passage pour le weekend, annonça Amélie comme si tout était planifié. Vous nous manquiez! Les enfants nont pas vu leur papa depuis longtemps!

Manon resta bouche bée. Ça faisait un an, deux ou deux semaines? Pas la peine de les mettre dehors.

Entrez, jai une poule rôtie, dit-elle en souriant. Vous avez où logé?

À lhôtel, soupira Amélie. Le plaisir coûte cher, on na pas les moyens, mais il faut bien se voir de temps en temps, sinon il oubliera à quoi je ressemble et reviendra avec quelquun dautre.

Amélie, qui vaisje amener? demanda Romain, déjà dans son rôle dhôte routinier.

Rouge ou blanc? répliqua Manon, un brin ironique.

Écoutez, on ne restera pas longtemps. Vous pourriez garder les enfants pendant quon se trouve un moment à deux? Dans un petit studio, cest dur de faire de la romance avec des marmots.

Romain haussa les épaules. Il comprenait Patrick, mais garder les gamins de voisines, ce nétait pas son truc.

Daccord, juste une fois, concéda-til. Allez, faites comme chez vous.

Vous voyez, on dit quon paie beaucoup pour la garde denfants, ça pourrait même couvrir un appartement, plaisanta Manon.

Patrick et Amélie rirent, prirent la route, laissant les enfants avec Romain et Manon.

Rien de catastrophique narriva. Les jeunes étaient épuisés, mais se sentaient presque des héros davoir aidé leurs amis.

Les visites devinrent une habitude. Amélie venait presque chaque semaine, demandant toujours à garder les enfants, parfois pour une demijournée, parfois pour tout le weekend.

Mon mari vit à Lyon, expliquaitelle. Jai besoin de ces moments. Vous navez pas denfants, alors profitezen!

Manon, exaspérée, finit par dire stop.

La crèche ferme, on a dautres projets.

Vous partez? sétrangla Amélie, puis eut une idée lumineuse. Parfait, donneznous les clés. On habitera chez vous un peu, une semaine, deux. Les hôtels, cest trop cher, mon mari ne veut pas dépenser autant.

Non, ça ne passe pas. On part pour un jour, puis on revient. Mais où nous loger?

Vous avez deux chambres, on ne dérangera pas. On est presque de la famille.

Après cette discussion, Manon et Romain sembrasèrent presque.

Tu as entendu ce quelle nous a demandé? On doit bouger les meubles pour quils soient à laise!

Peutêtre quelle stresse, les enfants, les déménagements le syndrome prémenstruel, qui sait?

Ce nest pas du stress, cest de larrogance! On nest pas obligés de les accueillir! Je suis contre. Appelle Patrick et dislui de calmer sa femme.

Ça ne semble pas très juste.

Ils se comportent bien, non?

Romain haussa les épaules, puis appela Patrick. Amélie recula un peu, comme si elle changeait de tactique, et lutta à nouveau par messages:

«Salut, tu peux me rendre un service? Je dois vérifier son téléphone Il nécrit à personne?»

Quand Romain refusa, elle insista:

«Alors va le voir, assuretoi quil ny a pas de vêtements de femme dans sa chambre.»

«Romain Sérieusement! Parlelui, il se distant Jai limpression quil a quelquun!»

Au début Romain répondait brièvement, puis il lignora. Mais Amélie ne lâchait rien: appels, messages vocaux, larmes, textos à trois pages, émoticônes implorantes. Romain gardait tout secret, effaçait les conversations, séclipsait dans une autre pièce pour répondre.

Un soir, alors quil était absorbé par son téléphone, Manon sapprocha, jeta un œil par-dessus son épaule et lut le long message dAmélie:

«Va le voir demain, il mignore. Je suis sûre quil a trouvé quelquun. Vérifie son portable.»

Manon senflamma.

Tu caches quelque chose? Elle est maintenant ton amie? Ou tu joues les espions pour Patrick?

Pas du tout! Juste quelle me harcèle, elle écrit, téléphone, se plaint Je pensais cest la femme dun ami, je devrais aider.

Aider? Elle tutilise comme coursier! Et toi, tu restes muet, laissant faire. Tout ça parce que tu ne sais pas dire non. Tu las autorisé, maintenant tu en paies le prix. Et en plus tu te caches comme un chat qui a fait une bêtise! Pas honteux?

Oui, pardon. Jaurais dû tout te dire et mettre un terme à ce cirque. Romain effaça les messages, bloqua son numéro.

Après ça, Amélie réussit à joindre Romain une dernière fois, il lui dit quil ne jouera plus à ses «vérifications». Elle se vexa, laccusant de la saboter.

Si tu continues, jen parlerai à Patrick

Puis elle disparut.

Patrick apprit les échanges grâce à Manon. Il était furieux, voyant jusquoù ça était allé. Un soir, il confronta Romain:

Elle ta vraiment vidé les poules, hein? Désolé quelle simmisce. Jen avais espéré moins de drames à distance.

Deux mois passèrent. Amélie et Patrick sévanouirent de la vie de leurs amis.

Romain et Manon revinrent à leur routine, prirent des vacances, rendirent visite à leurs parents.

En rentrant à Paris, ils croisèrent Amélie dans la rue, elle ne les salua même pas. Plus tard, on apprit quils sétaient séparés. La rumeur disait quAmélie avait trouvé quelquun pendant que son mari était à Moscou La jalousie la trahie, comme on le dit souvent.

Ainsi sachève cette petite saga dinvités un peu envahissants, de bons coups de main, et de quiproquos à la française.

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Invités Indésirables : Une Visite Qui Dérange
Ah non, ma chérie, les ennuis, c’est toi qui les as : cet appartement n’est pas à toi ! Ma tante du côté maternel n’a jamais eu d’enfants, mais elle possédait un magnifique appartement de trois pièces en plein centre-ville, en plus de sérieux problèmes de santé. Son mari était un collectionneur passionné : leur appartement ressemblait à un petit musée parisien. Ma petite sœur, Ludivine, a un mari fainéant et deux enfants. Ils logeaient tous les quatre dans une chambre d’un foyer étudiant. Dès qu’elle a appris les soucis de santé de ma tante, Ludivine s’est précipitée chez elle pour se plaindre de sa propre situation difficile. Je dois préciser dès le départ que notre tante a un caractère bien trempé et ne mâche pas ses mots – elle sait recadrer quand il le faut. Plusieurs années durant, elle a invité mon mari et moi à venir vivre chez elle, en nous promettant de nous léguer son appartement. Mais nous avions déjà notre propre logement et avons donc décliné cette « généreuse offre ». Nous lui apportions régulièrement des courses et ses médicaments par devoir familial, non pour espérer récupérer son logement. Pourtant, après l’arrivée de ma sœur chez notre tante, Ludivine et sa petite famille ont emménagé chez elle après quelques jours. Entre ma sœur et moi, ça n’a jamais été le grand amour : elle m’a toujours enviée – mon mari attentionné et travailleur, un fils adorable, un bon emploi, un salaire confortable, et déjà un appartement à moi. Elle ne m’appelait que quand elle voulait me demander de l’argent, sans jamais rembourser ses dettes. Après la naissance de mon deuxième enfant, je n’avais plus le temps de voir autant ma tante, même si mon mari continuait à lui déposer de temps en temps des gourmandises. Quand mon bébé avait six mois, j’ai enfin pu passer la voir. Arrivée devant la porte, j’ai entendu des cris, et j’ai reconnu la voix de Ludivine : — Tant que tu n’auras pas signé de donation, tu n’auras rien à manger ! Retourne dans ton trou à rat et ce soir, tu restes dans ta niche ! J’ai sonné. Ludivine a refusé de m’ouvrir, me claquant presque la porte au nez : — Même pas en rêve ! Tu ne mets pas un pied ici, cet appartement n’est pas pour toi ! Ce n’est qu’en menaçant d’appeler la police qu’elle a daigné me laisser entrer. J’ai découvert ma tante très affaiblie, vieillie de dix ans. Lorsqu’elle m’a vue, elle a fondu en larmes. — Pourquoi tu pleures ? Allez, raconte-lui comme tu es heureuse avec nous, et demande-lui de nous lâcher la grappe ! D’ailleurs, même pas capable de ramener ton bébé… a hurlé Ludivine. Dans la chambre de ma tante, il ne restait plus qu’un lit. Même l’armoire avait disparu, toutes ses affaires entassées à même le sol. Plus aucune pièce de collection, adieu les bijoux fantaisie : il était clair que ma sœur et son mari vidaient l’appartement pour en tirer le moindre centime. Prétextant une envie pressante, je suis allée discrètement envoyer un SMS à mon mari : « Il faut sauver tata, elle ne peut pas rester avec Ludivine ! ». Puis j’ai raconté à ma tante tous les événements marquants de l’année passée. À l’évocation de la naissance de mon petit, je lui ai glissé « Attends encore un peu » en lui serrant la main et en lui lançant un clin d’œil complice. Elle a tout de suite compris. Ludivine tentait de me pousser vers la sortie, son mari rôdait, me demandant si je ne traînais pas trop parce que, soi-disant, mon bébé me réclamait. Mon mari est arrivé une heure plus tard… accompagné d’une agente de la police municipale. Ludivine a mis du temps à ouvrir, surprise. J’ai alors expliqué à l’agente la situation dramatique : — Voici la victime, j’ai moi-même entendu qu’on l’affamait, et ils ont tout revendu : mobilier, bijoux, collections… Le mari de ma tante était un collectionneur remarquable. Au gémissement de Ludivine, la policière a demandé à ma tante : — Souhaitez-vous porter plainte, madame ? Résultat : ma sœur n’a écopé que d’une petite peine, mais son mari a fait deux ans de prison. Ma mère, indignée de l’affaire, a recueilli Ludivine et ses enfants chez elle, alors qu’elle les avait déjà mis à la porte quelques années auparavant… Depuis, elle m’en veut à mort et déclare que je n’hériterai jamais. Mais, en remerciement pour l’avoir sauvée, c’est à moi que ma tante a légué son appartement. Aujourd’hui, avec mon mari, nous allons rendre visite à ma tante comme avant et avons engagé une infirmière rien que pour elle. Je n’ose même pas imaginer ce qu’elle a enduré durant cette période avec ma sœur !