Tu disparaîtras – il pensera immédiatement à moi

«Tu disparaîtras, il pensera immédiatement à moi»
«Oh, on ne sait jamais ce que les gens racontent. Tu disparais, il se souviendra de moi sur le champ. Alors, sil te plaît, faisle gentiment, sinon»

«Questce que tu me pointes au visage?»

Quattend une fille lorsquelle accepte une sortie cinéma avec son prétendant ?

Tout dépend, en vérité, du degré de liberté que la jeune femme saccorde.

Certaines sont prêtes, après le film, à inviter le garçon chez elles, voire à se laisser emporter dans les derniers rangs de la salle pour une petite aventure.

Dautres, plus réservées, préfèrent le classique: tenir la main pendant le film, puis finir le rendezvous à la porte de lappartement, le cœur qui bat un peu plus fort.

Quoi quil en soit, le simple fait daccepter linvitation montre que, désormais, tu es, du moins à leurs yeux, sa petite amie. Et cela signifie que le siège était libre avant. Pas de drame à la «Nathalie», où, dans le hall du cinéma, une autre fille sapproche du mec qui tient la main de celle qui laccompagnait et, dune voix jalouse, lance:

«Pierre, je ne comprends pas, cest qui cellelà? Pourquoi tu lui tiens la main? Jai passé des nuits blanches à minquiéter, et toi»

Dans une telle situation, nimporte quelle fille rougirait et séclipserait. Au pire, elle hurlerait: «Ah, ma petite, tu sors avec deux en même temps!», lancerait à son prétendant les fleurs quelle vient de recevoir et sen irait en claquant ses talons.

Nathalie (ou plutôt Manon, pour notre version française) appartenait à la première catégorie, mais elle na pas eu le temps de réagir. Pierre, lair furieux, a à peine grogné à linconnue:

«Je tai déjà dit de partir. Si tu penses que tout est fini entre nous, ne viens plus me courir après. Allez, Manon, on y va.»

«Qui court après qui, toi» a-t-elle tenté de dire, mais Pierre la déjà prise par le bras et la traînée dun pas rapide vers la salle prévue.

Pour Man Man, la scène était close: tout était réglé, Pierre ne sortait plus avec cette fille, elle lavait laissé tomber. Du moins, cest ce que Pierre prétendait.

En réalité, la vérité était plus compliquée. Manon a décidé de remettre la discussion à la fin du film. Pas question de débattre sous les yeux des autres spectateurs, ni de gâcher le spectacle.

Pierre avait bien sûr payé les billets, alors il fallait profiter du cinéma, pas sinterroger sur les mystérieuses connaissances du garçon.

Après le film, en sortant dans la petite rue éclairée qui menait au parc voisin de son immeuble à SaintDenis, la conversation a finalement dérivé vers cette inconnue.

«Jespère que tu nas pas tiré les mauvaises conclusions. Dhabitude, je ne collectionne pas les folles, jai une famille normale, cest juste quune de ces filles sest glissée dans mon chemin,» a dit Pierre dun ton conciliant.

Manon a rappelé que le sujet des relations compliquées était sensible pour elle: son ex avait rompu parce que la sœur et la mère du petit ami ne lacceptaient pas. Pierre, voulant paraître rassurant, a donc tenté de montrer quavec lui, il ny avait pas de drame à prévoir.

«Alors, que sestil passé exactement?» a demandé Manon, curieuse.

«On sortait ensemble. Du moins, cest ce que je pensais. Tu sais, ce petit arrangement où on se promène main dans la main, on sembrasse, et dans les soirées, elle sassied sur mes genoux et mappelle mon «petit chat»?», a expliqué Pierre.

«Logique,» a acquiescé Manon.

«Et tu sais ce qui est encore plus logique? Si une fille tinvite à réparer son ordinateur, puis tu arrives et elle te dit que le frère la emporté en campagne, alors elle te propose de regarder un DVD?»

«Quelquun utilise encore les DVD?» sest étonnée Manon, puis, retrouvant le fil, a répondu: «Si une fille tinvite sous prétexte de quelque chose, juste pour te garder chez elle alors quelle est seule, je suppose quelle veut te servir un petit gâteau avec le film en toile de fond.»

«Ajoute à ça un peignoir transparent, des collants en résille, des bougies cœur en forme de dix, une bouteille de vin avec des amusebouches et un film «18+», a ajouté Pierre, précisant que cétait le genre de comédie romantique où tout le monde saime et le happyend est garanti.

Manon a tout de suite compris où le vent soufflait.

«Dans ce cas, je courrais à la pharmacie pour prendre des préservatifs et je passais à laction,» a-t-elle pensé.

«Exactement ce que jai fait. Je me suis installé sur le canapé, le film à fond, elle sest posée à côté, je lai prise dans mes bras, on a commencé à sembrasser» a raconté Pierre.

«Je tendais la main pour toucher son peignoir et boum, elle me gifle et hurle à tout le quartier: «Questce que tu fais?Je ne suis pas comme ça, doù tu sors ces idées?»»

Manon a haussé les épaules:

«Je laurais simplement largué, ce fou,» a-t-elle marmonné.

Pierre a effectivement quitté les lieux, chaussé, en entendant que «cest fini entre nous», et est reparti.

Le lendemain, il a reçu un message: «Hier elle ma appelé comme si de rien nétait, me demandant pourquoi je nappelle plus.»

«Et toi?»

«Je lignore. Pourquoi mentourer de folles? Tout était déjà clair, pas besoin de rester collé à elle en attendant une meilleure.»

«Exactement. Et maintenant elle se traîne derrière toi en espérant quoi?»

«Elle pensait que je la poursuivrais, que jallais endurer ses injures, lui offrir des cadeaux et attendre quelle daigne me remarquer. Mais je ne suis pas du genre à me lancer dans ce genre de «chasse». De nos jours, pousser quelquun à bout, cest dépassé.»

Manon a conclu avec Pierre que leurs échanges seraient honnêtes: «Oui, oui, ou non, cest oui ou non, sans petits «mais».»

Lancienne petite amie de Pierre, quelle a appelée «la folle», nest quun mauvais souvenir, comme un cauchemar qui sestompe lorsque le jour se lève.

«Eh, Manon, cest bien toi?» a lancé une fille en sortant de luniversité, une amie nommée Léa.

«Attends, on doit parler. Tu as mal agi. Le garçon était occupé, et tu las rattrapé.»

«Le garçon a dit quil était libre, Léa, et je tai déjà dit de ne plus me parler.»

«Oh, on ne sait jamais qui raconte quoi. Tu vas disparaître, il pensera à moi. Alors, sil te plaît, disparais gentiment, sinon» a répliqué le père de Manon, capitaine de police, en uniforme, le moyen le plus simple de décourager une poursuivante entêtée.

On aurait pu prouver à linfini que Pierre nétait pas intéressé, ou même en arriver à une bagarre, mais les conséquences auraient surtout retombé sur Manon. Le plan de Léa, en revanche, a fonctionné à la perfection. Elle a vu la photo du père, a pâli, marmonné des jurons, et a disparu. Pierre a cessé de la harceler, ce quil a dailleurs annoncé à Manon une semaine plus tard.

Manon a raconté son escapade à Pierre juste pour quil sache tout, sans jugement.

«Des mecs comme ça, on ne les comprend pas. Jaurais jamais accepté, mais bon, il était», a conclu Pierre.

Manon a accepté la version de Pierre, et Léa, pour le moment, lui a semblé simplement «normale», jusquà ce quelle ouvre la bouche.

Peu importe les défauts de cette demoiselle, lessentiel était quelle ait fini par disparaître de la vie de Manon et Pierre, on ne pouvait quespérer que ce soit pour toujours.

Peutêtre quelle a trouvé son «chasseur», un narcissique à la cuisine armée dun fouet, mais chaque créature a besoin dune compagne pour ne pas déranger les gens normaux. Nestce pas une idée charmante?

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