MARGAUX : Une Aventure Inoubliable à Paris…

Il y a fort longtemps, dans le petit hameau de SaintBlaise, au cœur de la Provence, je me souviens dune petite fille nommée Manon. Sa grandmère, la veuve Marguerite, laccueillait chaque matin avec un ton qui sentait la morsure : «Regarde, ma petite, si tu glisses le sac sous ton manteau, tu voleras le seuil et tu nauras plus de honte», me disait-elle en la sermonnant comme si la honte était déjà un fardeau trop lourd. Manon nattendait rien de plus que les vieilles paroles de sa grandmère, mais dès lenfance, on lui murmurait que sa mère, la veuve Hélène, était une dragueuse.

«Cinq ans avec Michel, pas denfants, puis un jour elle a pris le train pour la mer et est revenue avec», racontait Marguerite sans filtre. Elle ne prenait pas la peine de préciser que Hélène était partie trois ans avant la naissance de Manon, en compagnie de la fille de la grandmère, Nadine, la tante de Manon. Quoi quil en soit, la grandmère ne cessait de répéter que Manon était «une fille à la mauvaise réputation». Le père, Jacques, la regardait comme un loup affamé, ne pouvant que subir les reproches quotidiens de la mère, qui lappelait «le faquin qui élève la petite». Le foyer était grand, mais le père, en se mariant, navait jamais quitté la maison de ses parents ; il devait donc veiller sur eux.

La bellemère naimait guère la bellefille et la traitait comme une intrusion : «Ne la regarde pas, elle ne mérite pas ta présence». Le fils, obstiné, persistait à dire «Je laime, quoi quil arrive». De même, la grandmère naimait pas la petitefille de la bellefille, même si celleci était devenue une vraie petite perle, jolie et douce, alors que la nouvelle venue, une jeune femme au caractère sauvage, ressemblait à un loup qui crachait du venin.

Manon, la petitefille chérie, arriva en tournant le coin, appelant la grandmère «ma puce», tandis que cette dernière la dévisageait dun regard froid, comme si elle était du sang étranger. Elle ne savait où la mettre, ni quoi lui offrir à manger. «Ma chérie, voici des concombres», proposa Marguerite. «Je ne les veux pas, ils sont amers», répliqua la fillette. La grandmère acquiesça, ajoutant que les concombres étaient effectivement amers, et que Manon était une paresseuse qui narrêtait pas de se plaindre. «Marion, nourris lenfant affamé», criaitelle. «Voici du pain et du beurre», continuat-elle, mais la petite, capricieuse, déclara que le pain était dur comme du bois. Marguerite, exaspérée, la comparait à une pierre.

Finalement, la vieille femme déclara que la maison serait bien pour Manon, la seule petitefille, et quelle ne laisserait pas la pauvre enfant sans toit. Ainsi vivait Manon, sous le regard sévère de sa grandmère, jusquau jour où elle décida de partir pour la ville de Marseille afin de poursuivre ses études. Avant de partir, Marguerite lui lança des mots davertissement, mais Manon, studieuse et pétillante, sen donna à cœur joie. À Marseille, elle découvrit les rues animées, les filles en robes éclatantes, les garçons galants, et elle rêvait de montrer à sa mère toute la beauté du monde.

Sa mère, cependant, ne voulait pas la laisser partir ; le vieil oncle, tel un serpent, saccrochait à elle et refusait quelle séloigne. Manon se lia damitié avec la concierge du foyer étudiant, AnneSophie André, dont le fils, déjà adulte, vivait dans le Nord avec deux petitesfilles. Dès quelle eut un prétexte, AnneSophie inventa que la mère de Manon était attendue à une réunion de parents, prétexte qui permit à Manon de rester en ville. Le père grogna, la grandmère lança des railleries, insinuant que la fille ne faisait que flirter avec les garçons. Mais la mère, soulagée, vit en elle une élève brillante et remercia le destin de lui avoir donné une fille si douée.

Manon rencontra alors la sagefemme Marguerite Duval, qui passa la nuit à boire du thé, et qui, à la fin, confessa : «Je nai jamais eu denfants, sauf Manon, et malgré tout je suis heureuse davoir vu le monde grâce à elle». Elles rirent ensemble, partageant leurs rêves décole, de bibliothèque, de ville. Marguerite, qui travaillait comme comptable depuis des années, se sentit revivre.

Un jour, Michel, le mari de Manon, revint violent, la frappant si durement que même la vieille grandmère fut terrifiée, non pas pour Manon, mais pour lhomme luimême. Il se rendit au commissariat avec trois saucisses et un morceau de lard, comme pour apaiser son propre cœur. La situation dégénéra, Michel tourbillonnant autour de sa femme comme un loup affamé, tandis que Manon, épuisée, rassembla ses maigres biens, déposa une plainte et, sans attendre, fut libérée.

Manon, alors, sauta jusquau ciel, criant «Maman, cest vous?». Sa mère, à bout de forces, répondit «Je suis ta fille, mon cœur na plus de force, mais AnneSophie maidera». Elle implora son retour, mais la réponse fut un ferme «Non», prononcé avec des lèvres serrées. Ainsi, Manon trouva un emploi à lusine de textile de Marseille, devenant comptable, obtenant une petite chambre dans le foyer, et commença à sépanouir.

Avec le temps, elle et AnneSophie se promenaient le soir dans les ruelles, quand un villageois leur fit signe et avertit Michel. Ce dernier, furieux, sécria : «Je ne partirai nulle part avec toi!» Mais Manman, la nouvelle compagne de Michel, ne craignait plus et, malgré les menaces, dit à Michel de partir ou la police arriverait. Laffaire se termina dans les cris et les promesses brisées, les deux amants se séparant dans le tumulte.

Des années plus tard, la petitefille de Manon, Lison, la plus jolie de toutes, se rappelait ces drames, les regards froids de la grandmère, les coups de Michel, les chants de lusine, et les doux moments partagés autour dun thé. Elle se souvient encore du parfum du pain dur, du goût amer des concombres, et de cette voix de Marguerite qui disait : «Tu nes plus mon sang, mais tu resteras toujours dans mon cœur». Aujourdhui, les habitants de SaintBlaise racontent encore ces histoires, comme autant de légendes qui traversent le temps, rappelant que même dans les villages les plus reculés, les cœurs peuvent se briser et se réparer, que les promesses denfance se transforment en souvenirs dune vie pleine de luttes et despoirs.

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MARGAUX : Une Aventure Inoubliable à Paris…
Catherine était une femme d’un autre temps qui rêvait sincèrement de mariage, alors que les filles d’aujourd’hui n’en veulent guère : pourquoi traîner chez soi une truie entière quand une simple saucisse suffirait ? Et il y avait des « saucisses » à profusion autour d’elle, de toutes sortes et tailles ; la cohabitation était banalisée et plus honteuse qu’autrefois, on vivait « comme on veut » entre hôtels, appartements loués à l’heure et « mariages de passage », la mairie pour se marier devenant presque accessoire, tandis que morale, pudeur, fierté et décence semblaient des reliques d’un autre siècle — même un personnage paresseux à la façon d’Oblomov ne faisait plus scandale puisqu’on lui envoyait régulièrement de l’argent de son domaine, et si on lui donnait un smartphone il serait célébré comme blogueur prospère. Aujourd’hui on tolère l’infantilisme, le « fils à maman », le chronicompté « je-ne-fais-rien » chez les prétendants, et parfois la même mollesse chez les jeunes femmes; Catherine faisait figure d’exception : jolie sans retouches, intelligente avec un diplôme sérieux, un bon travail et un salaire correct, mais les hommes la négligeaient et passaient leur chemin — sa première grande passion à la fac (qui aujourd’hui passe pour puérile) s’était soldée par la triste découverte que la vie adulte demandait de payer ses factures et d’acheter sa nourriture, pas vivre du frigo prêté, comme quand son petit ami Vadim, surpris de devoir acheter des provisions malgré le « frigo cadeau » de sa grand-mère, s’éclipsa sans même la saluer. Ensuite vinrent Serge, plus âgé mais au chômage permanent et aux promesses nerveuses, puis Ives le Capricorne plein de tirades érudites (un « je cite Maïakovski » qui exaspéra Catherine), puis Léo rencontré sur un forum d’astrologie dont les plaisanteries désobligeantes finirent par l’irriter, et enfin Pierre, raisonnable, économe et né sous la Vierge, dont la demande de l’inscrire dans son dossier de résidence déclencha une dispute sur l’idée de « tout partager » — fallait-il l’inscrire dans son appartement ou écrire leurs noms en commun ? — et malgré les fiançailles et les plans, tout capota ; deux amies s’étaient mariées pour peu de temps, l’une six mois, l’autre un an, et Catherine, approchant la trentaine, perdit peu à peu l’envie de se marier : promue au travail, déménageant dans un deux‑pièces, s’offrant une voiture étrangère et des vacances, elle conclut que la vie valait la peine telle quelle, d’autant que l’âge pour être mère avait été repoussé jusque vers soixante ans et que, de toute façon, les « saucisses » ne manquaient pas.