Alors, tu te prends pour la maîtresse de maison maintenant ? ricana belle-mère en inspectant mes nouveaux rideaux.
Où est mon petit-fils ? Cest la première chose quentendit Élodie en ouvrant la porte de lappartement. Ghislaine Durand se tenait sur le seuil, un sac énorme à la main et une moue désapprobatrice sur les lèvres.
Bonjour, Ghislaine, dit Élodie avec politesse. Théo dort, je viens tout juste de le coucher.
Il dort ? À deux heures de laprès-midi ? sindigna la belle-mère en franchissant le pas de la porte. À son âge, Alexandre ne faisait déjà plus de sieste !
Élodie avala une nouvelle remarque et aida Ghislaine à retirer son manteau. Chaque visite de sa belle-mère était une épreuve. La femme trouvait toujours quelque chose à redire : léducation de Théo, la manière de faire la vaisselle, même la température du thé.
Vous voulez une tasse de thé ? proposa Élodie en direction de la cuisine.
Bien sûr. Et sers-moi ces petits biscuits aux flocons davoine que javais apportés la dernière fois.
Ghislaine entra dans le salon et sarrêta net devant la fenêtre. La veille, Élodie avait enfin accroché les rideaux quelle avait choisis après un mois dhésitationdes voilages beiges aux reflets dorés, achetés avec ses économies pour égayer le salon.
Alors, tu te prends pour la maîtresse de maison maintenant ? reprit Ghislaine avec un sourire moqueur. Quelle somptuosité !
Le cœur dÉlodie se serra. Encore une fois. Encore une fois, elle avait mal fait aux yeux de Ghislaine.
Les anciens étaient usés, expliqua-t-elle doucement. Alexandre ma dit quil fallait les changer.
Alexandre ta dit ça ? Et combien ont-ils coûté, ces rideaux ? La moitié du salaire de mon fils, sans doute.
Je les ai payés avec mon argent, répondit Élodie en gardant son calme.
Ton argent ? Et le budget commun, alors ? Ou bien tu décides tout seule, maintenant ?
Élodie posa la tasse devant sa belle-mère et sassit. La discussion prenait une tournure désagréable, comme toujours.
Alexandre et moi discutons de tout ensemble, dit-elle.
Vous discutez ? fit Ghislaine en goûtant son thé. Il est trop léger. Je tavais pourtant expliqué comment le préparer. Et ces rideaux Ils ne vont pas du tout avec le reste !
Élodie regarda la fenêtre. Elle les trouvait parfaitslumineux, élégants.
Ils me plaisent, objecta-t-elle timidement.
À toi, peut-être. Mais ton mari ? Et la grand-mère de son fils ?
Alexandre les a approuvés.
Alexandre est trop gentil, soupira Ghislaine. Il déteste les conflits. Et tu en profites.
Des pleurs retentirent dans la chambre de Théo. Élodie se leva, mais Ghislaine la devança.
Je men occupe. Enfin, je pourrai passer un peu de temps avec mon petit-fils.
Ghislaine disparut, laissant Élodie seule dans la cuisine, les yeux rivés sur les rideaux. Étaient-ils si horribles ? Fallait-il vraiment demander lavis de sa belle-mère pour tout ?
De la chambre, des murmures apaisants lui parvenaient. Avec Théo, Ghislaine était douce, patiente. Mais avec sa belle-fille, elle se transformait en juge impitoyable.
Élodie ! Viens voir ! cria soudain Ghislaine. Regarde un peu ton fils !
Le cœur battant, Élodie se précipita. Ghislaine tenait Théo dans ses bras.
Quest-ce quil y a ? demanda-t-elle, inquiète.
Des rougeurs ! sexclama Ghislaine. Tu ne les vois pas ? Tu ne toccuperais pas de ton propre enfant ?
Élodie examina Théo. Une légère irritation, rien de grave.
Cest à cause des nouvelles couches, expliqua-t-elle. Une petite allergie. Jai déjà appliqué une crème.
Une crème ? Ghislaine secoua la tête. De mon temps, on élevait les enfants sans toutes ces inventions. Et ils se portaient très bien.
Mais aujourdhui, il y a de bons traitements
Aujourdhui, il y a trop de nimporte quoi, linterrompit Ghislaine. Ton fils souffre, et toi, tu achètes des rideaux au lieu de veiller sur lui.
Les larmes montèrent aux yeux dÉlodie. Comme dhabitude, elle se sentait une mauvaise mère et une piètre maîtresse de maison.
Je moccupe de Théo, murmura-t-elle.
Vraiment ? Alors explique-moi pourquoi il est si maigre. Alexandre, à son âge, était bien plus costaud.
Le pédiatre dit que son poids est normal.
Le pédiatre, le pédiatre Et ton instinct maternel, alors ? Je vois bien quil ne mange pas assez.
Élodie serra Théo contre elle. Il était en parfaite santé. Mais pour Ghislaine, elle ne faisait jamais rien correctement.
De retour au salon, Ghislaine sinstalla dans son fauteuil et inspecta la pièce dun œil critique.
Et tu as trouvé le temps daccrocher ces rideaux ? Pendant que ton fils dormait, au lieu de toccuper du ménage ?
Je les ai mis hier soir, quand Alexandre est rentré.
Avec ton mari ? Et il ta aidée ?
Oui.
Bien sûr, ricana Ghislaine. Tu charges ton homme de tâches ménagères. Mon Alexandre ne sabaissait jamais à ça.
Élodie aurait pu rétorquer quAlexandre adorait laider, mais à quoi bon ? Discuter avec Ghislaine était inutile.
Combien tu les as payés, ces rideaux ? insista Ghislaine.
Cinquante euros.
Cinquante euros ?! Pour des rideaux ? Mais tu es folle ! Avec ça, on aurait pu habiller Théo pour six mois !
Il a déjà des vêtements. Et nos anciens rideaux dataient de trois ans.
Ils étaient encore très bien ! Pas criards comme ceux-ci.
Criards ? Élodie regarda les voilages sobres. Où était le criard ?
La porte dentrée souvrit. Alexandre rentrait du travail. Soulagée, Élodie espéra que Ghislaine se tournerait vers son fils.
Maman ! sexclama-t-il en lembrassant. Ça fait plaisir ! Depuis quand es-tu là ?
À linstant. Je voulais voir mon petit-fils, mais il a des rougeurs. Et il est trop maigre.
Alexandre jeta un regard perplexe à Élodie, puis à sa mère.
Mais non, il va très bien. Élodie soccupe parfaitement de lui.
Cinq

