COMMENT JE L’AI DÉTESTÉE…..

**Journal intime Comment jai fini par la haïr**

Un feuillet froissé reposait dans le tiroir de son bureau, avec sa lettre de démission. Je lai saisi, pressentant quil métait destiné. Une vieille réminiscence denfance ma traversé lesprit : ces jeux despions où, gamins, nous échangions des messages secrets. Du jus de citron dans une soucoupe, ou du lait comme encre, une cure-dent en guise de plume Puis, en passant le papier au-dessus de la flamme du gaz, les mots apparaissaient. Élisabeth et moi en avions parlé une fois, ces souvenirs dinsouciance.

À peine la pause déjeuner arrivée, je me suis précipité chez moi. Tremblant comme un adolescent éperdu, jai approché la feuille de la gazinière. Javais raison, comme toujours. Cétait bien une lettre delle. Elle était aussi folle que moi.

*« Si tu tiens ce texte, je ne me suis pas trompée. Tu as deviné quoi faire. Tout aurait pu être différent. Mais en mhumiliant, tu as détruit tout ce que jéprouvais pour toi. Je crois même que tu y prenais plaisir. Peut-être est-ce là ta seule manière daimer. Si lon ta fait souffrir, cela ne te donne pas le droit de te moquer de ceux qui ne ripostent pas. Crois-tu que je naurais pu te rendre la pareille ? Mais alors, je naurais plus été moi-même. On peut gagner une bataille et perdre la guerre. Ne me cherche pas. Adieu. »*

Pourquoi ? Cette question me hante. Pourquoi lai-je détestée avec une telle fureur ?

Dès son arrivée, elle avait apporté avec elle le soleil, la lune, lodeur de locéan et le murmure des vagues. Les oiseaux chantaient des mélodies envoûtantes, les roses, les tulipes, les pivoines sépanouissaient dun coup. Je ne suis pas romantique, pourtant, je lai ressenti.

Lair est devenu étouffant. Une chaleur ma envahi.

Élisabeth nétait pas une beauté classique, mais elle avait *quelque chose*. Une folie qui me consumait. Croyez-vous que je naie jamais croisé de femmes magnifiques ? Bien sûr que si. Jen ai connu beaucoup, peut-être trop. Blondes, brunes, rousses Les brunes aux cheveux courts mont toujours plu. Fleurs, chocolats, parfums, rendez-vous Jai tout vécu. Jai aimé, jai été aimé. Des passions éphémères. Un refus ? Je passais à autre chose, sans regret.

Je me souviens de mon premier chagrin damour. Une rupture douloureuse. Puis jai compris : mieux valait dominer que supplier.

Mais avec elle Je rêvais de mabîmer contre ses genoux, de toucher sa peau douce comme de la soie, denrouler mes doigts dans ses boucles châtaines, de respirer son parfum, sans limites, sans contraintes

Elle était ma subordonnée. Pas la plus brillante, mais la plus fiable. Je lui confiais les dossiers les plus complexes, et elle les menait à bien. Pourtant, je criais après elle. Je jouissais de ma puissance. Pourquoi ? Sous mes attaques, elle se recroquevillait, fragile, et cela mexcitait. Je voulais la briser encore plus. Si seulement elle avait pleuré ! Jaurais essuyé ses larmes. Tout aurait changé. *J*aurais changé.

Je tentais dattirer son attention. Chocolats, compliments, regards chargés. Je voulais la toucher. Pas seulement physiquement. Lire en elle. Et jy arrivais presque : je sentais bien quelle maimait aussi.

Quand elle était près de moi, cétait comme être ébouillanté.

Un jour, je lai prise dans mes bras. Elle ma repoussé. Son silence ma transpercé.

Comment osait-elle ?

Elle était mon égale, mais je refusais de ladmettre. Pire : je savais quelle était *ma* femme Sans lêtre. Et cela me rendait fou.

Jaimais lobserver, voir comment elle gérait les obstacles. Elle ne reculait jamais.

Mes amis ricanaient, imaginant quelle était à moi. Ils la convoitaient. Ça me torturait, car ce nétait pas vrai.

Elle restait inatteignable.

Je feignais des appels avec dautres femmes, espérant la rendre jalouse. Rien. Pas un regard.

Pourtant, je *savais* quelle maimait. Je le sentais. Elle ne pouvait pas être indifférente !

Son travail la retenait, me disais-je. Elle plierait un jour, et je lenvelopperais damour. Je le voulais tant.

Mais lorgueil ne brise pas que les murailles. Il ravage tout.

Vendredi, elle nest pas venue. Téléphone éteint, courriels bloqués. Elle a laissé le projet en plan. Elle ma trahi.

Cette nymphe sest évaporée comme un nuage. À la fois proche et lointaine. Jai cru quune telle disparition était impossible.

Comme je me trompais.

Ça arrive

Оцените статью
COMMENT JE L’AI DÉTESTÉE…..
Il n’est jamais trop tard pour vivre À 72 ans, Marie-Jeanne prenait l’avion pour la première fois. Jusque-là, elle n’avait jamais quitté sa petite ville de province. Toute sa vie, elle avait été vendeuse dans un grand magasin, puis à la retraite, bénévole à la boutique paroissiale. Elle avait élevé deux fils, enterré son mari, marié ses petites-filles. Une vie ordinaire, difficile mais droite. Un matin, elle s’est réveillée et a compris : C’est fini. Plus rien ne se passera. Personne n’attendra. Personne n’appellera. Personne n’invitera. Les enfants ont leur vie, les petits-enfants aussi. Elle était devenue « la mamie des fêtes ». Alors, elle a fait ce qu’elle n’aurait jamais osé imaginer. Elle a pris toutes ses économies – 2 500 euros mis de côté « pour ses funérailles » – et s’est rendue dans une agence de voyages. « Donnez-moi un billet pour quelque part où il fait chaud et où il y a la mer », a-t-elle dit avec détermination. La conseillère a longtemps regardé cette dame âgée dans son vieux manteau, sans savoir quoi répondre. « Mamie, vos proches sont au courant ? Peut-être partir avec quelqu’un ? » « Ma famille est occupée. J’irai seule. » C’est ainsi que Marie-Jeanne s’est retrouvée en Égypte. Seule. Avec une petite valise, des lunettes épaisses et son foulard qu’elle ne quittait même pas à la plage. Au début, tout le monde la plaignait. Puis, on riait. Et enfin, on lui demandait conseil. Car elle nageait avec un masque, faisait du quad dans le désert, se prenait en photo avec des chameaux, dansait à la discothèque de l’hôtel et a même essayé le narguilé (elle a toussé et dit : « Quelle horreur, mieux vaut un bon calva ! »). Elle est rentrée bronzée, avec une collection de magnets et des yeux pétillants comme une jeune fille. Ses enfants l’ont accueillie à la gare – surpris, un peu agacés. « Maman, tu es folle ? À ton âge ! » « Et à mon âge, on doit juste mourir ? » a-t-elle répondu calmement. Et elle est repartie. Encore. En cinq ans, Marie-Jeanne a visité la Turquie, Chypre, la Grèce, Goa, le Vietnam et même la République dominicaine. Elle a appris à nager (à 73 ans !), sauté en parachute en tandem (à 75 ans !), ouvert un compte Instagram (à 76 ans !) et rassemblé 12 000 abonnés – tous admirant « la mamie branchée ». Elle achetait des robes colorées, mettait du rouge à lèvres et disait à tous : « J’ai vécu la moitié de ma vie pour les autres. Maintenant, je vis pour moi. Et vous savez quoi ? Il n’est jamais trop tard pour vivre. » À 78 ans, elle a rencontré en Thaïlande un veuf allemand de 82 ans. Ensemble, ils ont fait des balades à dos d’éléphant, mangé des nouilles dans la rue et ri comme des enfants. Ses enfants se sont à nouveau indignés : « Maman, que vont dire les gens ?! » Et elle répondait : « Je m’en fiche de ce que les gens diront. J’ai enfin compris : la vie, c’est la mienne. Et je la vivrai comme je veux. Même à 80, même à 90 ans. » Elle est décédée à 84 ans. Dans son sommeil. Chez elle. Sur la table, son passeport ouvert avec de nouveaux visas, et sur la commode, un billet pour le Portugal le mois suivant. À l’enterrement, sa petite-fille a lu son dernier post Instagram : « Mes chers ! N’attendez pas la retraite pour commencer à vivre. N’attendez pas que les enfants grandissent. N’attendez pas des jours meilleurs. Vivez maintenant. Tant que le cœur bat – il n’est jamais trop tard. Votre mamie Marie. » Et tout le monde a pleuré. Pas parce qu’elle était partie. Mais parce qu’ils ont compris : elle avait vécu plus intensément qu’eux tous réunis. Et qu’à 72 ans, la vie ne faisait que commencer. Il n’est jamais trop tard pour vivre. Jamais.