Une décennie entière

**Dix ans plus tard**

La vie conjugale na pas été tendre avec Mathieu. Divorcé après trois ans de mariage, il avait à peine trente ans.

« Au moins, on na pas eu denfant, » confiait-il à ses collègues. « Ça aurait été dur de labandonner. »

Il sétait trompé sur Élodie. Elle ne voulait ni famille, ni stabilitéseulement les sorties entre amies. Lui aussi avait fait partie de ce cercle, séduit par son énergie. Mais elle était bien trop volage pour lui.

« Mathieu, tu pars en mission à Saint-Clair, à cinquante kilomètres de Lyon, » annonça lingénieur en chef. « Un mois, peut-être moins si tu régles vite le problème. Tu es libre maintenant, profites-en. »

Lidée de changer dair lui plaisait. On lui proposa deux options :

« Soit tu loges à linternatmais cest en rénovationsoit chez une veuve, près de la sous-station où tu travailleras. »

« Pas question de supporter des travaux, » répondit-il en riant. « Je préfère une hôtesse qui cuisine bien Je suis un homme seul, après tout. »

On linstalla donc chez une veuve, prénommée Aurélie. Austère, peu loquace, elle portait toujours des robes noires jusquaux chevilles et un foulard serré. Pourtant, à ses gestes vifs, Mathieu comprit quelle était jeune.

« Au début, jai cru quelle était âgée, » songea-t-il.

Ils vivaient en silence, mais elle cuisinait divinement. Un soir, il questionna son collègue, Louis :

« Aurélie est jeune, non ? Alors pourquoi ce deuil éternel ? »

Louis soupira.

« Elle a perdu son mari, Julien, il y a cinq ans. Un couple admirable. Un mois après le mariage, il a tenté de traverser la rivière gelée pour rentrer plus vite. La voiture a coulé On la retrouvé bien plus tard. »

Mathieu en eut le souffle coupé.

Plus tard, rentrant chez Aurélie, il la surprit peignant ses longs cheveux châtains. Elle se couvrit aussitôt, gênée.

« Pourquoi cacher une telle beauté ? » murmura-t-il.

« Cest une promesse »

Un jour, pour son anniversaire, il lui offrit un bouquet de coquelicots.

« Cest aujourdhui, » dit-il en sortant un gâteau et une bouteille de vin.

Elle but une gorgée, puis reposa son verre.

« Je ne bois plus. Mais je vous souhaite le bonheur. »

Mathieu lui parla de son divorce, de ses erreurs. Peu à peu, elle se confia :

« Je laime toujours. Sur sa tombe, jai juré de vivre dans ses souvenirs. »

« La mémoire est précieuse, » répondit-il doucement, « mais la vie ne nous est donnée quune fois. »

Quand sa mission prit fin, ils se quittèrent sans promesses.

Dix ans passèrent. Un été, sur la route des vacances, Mathieu aperçut le panneau de Saint-Clair. Son cœur battit. La maison dAurélie avait un nouveau portail. Il hésita longtemps avant dentendre une voix derrière lui :

« Vous cherchez quelquun ? »

Cétait elle. Plus radieuse que jamais, sans son deuil rigide. Elle sourit en le reconnaissant.

« Vous aviez raison : la vie ne se refuse pas. »

Ils se marièrent cinq ans plus tard. Maintenant, à Lyon, ils élèvent une petite fille qui lui ressemble tant.

**Leçon : Le destin sait patienter.**

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Une décennie entière
Il a trouvé une belle occasion de faire sa demande en mariage – Récit Merci à tous pour votre soutien, vos likes, vos réactions chaleureuses et vos commentaires sur mes histoires, vos abonnements et un IMMENSE MERCI pour tous vos dons de la part de moi et de mes cinq félins adorés. N’hésitez pas à partager les histoires que vous aimez sur les réseaux sociaux – cela fait tellement plaisir à l’auteur ! — Ta fille voulait un chien de race ? demanda un jour un voisin à une femme, Odile. — Elle voulait, mais on n’a pas d’argent en trop, tu sais bien qu’on vit seules, répondit Odile. Le voisin esquissa un sourire, — Je te le donne, viens voir. Par chance, sa fille Pauline venait tout juste de rentrer de l’école. Dès qu’elle entendit, elle s’accrocha : — Maman, on y va, c’est gratuit, maman ! Je promets de le promener, et d’avoir que des bonnes notes ! — Franchement, François, quel homme tu fais ! Tu donnes de faux espoirs à la gamine et c’est moi qui gère, se fâcha Odile. — Mais Odile, tu pourrais peut-être me voir autrement avant de t’énerver… Je suis un homme bien, bosseur, fiable. Je coche toutes les cases, sauf que je suis seul ! — Oh, François, pourquoi je te regarderais différemment ? Je te connais depuis toujours ! Sept ans de moins que moi, quand je passais mon bac, tu étais encore au collège, arrête donc. — Mais maintenant, la différence ne se voit plus, regarde, tu fais à peine ma taille, et on voit qui est le plus costaud ! dit François en blaguant et en passant un bras autour d’Odile. — Tout sauf l’intelligence, à me câliner devant la petite, ricana-t-elle en se dégageant. — C’est bien pour ça qu’il me manque une femme comme toi, si brillante, répondit François avec un sourire touchant. — Bon, on y va ou pas pour ce chien ? intervint Pauline, la voix tremblante. — Il est trop mignon, et quelle histoire ! Viens, je te montre, proposa François d’une voix mystérieuse. Pauline attrapa la main de sa mère, suppliante : — Maman, tu l’as promis ! Voyant le trouble sur le visage d’Odile, François insista : — Je démarre la voiture ? C’est à deux pas, vous ne regretterez pas ! Odile jeta un regard en coin au voisin, soupira et dit à sa fille : — D’accord, ils disent qu’il est petit… Mais attention, Pauline, il faut que tu travailles bien à l’école ! Tout le trajet, Pauline ne tenait plus en place : — Il est joueur, le chien ? Comment il s’appelle ? On arrive bientôt, tonton François ? Bientôt, ils arrivèrent devant l’immeuble ancien de la mère défunte de François qui expliqua : — J’avais confié l’appartement en location, mais ça s’est mal passé… Dedans, c’était un vrai capharnaüm. Au milieu des sacs éventrés, de boîtes vides, de boîtes de conserves empilées, serrés l’un contre l’autre, un chat gris aux yeux dorés et un chien tout ébouriffé. Ils étaient sales, amaigris, mais surtout, ils n’avaient pas abandonné face à la terrible épreuve infligée par leurs anciens maîtres. — Imaginez, continua François, pas mis les pieds ici depuis un mois, et j’arrive sur ça ! Les voisines racontèrent que les deux locataires étaient parties sans prévenir, sans régler le loyer, en laissant derrière elles le chat et le chien, enfermés, sans nourriture ni eau. — Comment ont-ils survécu ? demanda Pauline, horrifiée. Leur lutte pour la vie était visible partout : ils avaient tout mangé — les biscuits, les bonbons, les macaronis, les céréales, même la viande en boîte ouverte par miracle, et du lait concentré en sachet trouvé par hasard. Ils n’avaient rien laissé ! Mais surtout, le miracle, c’est l’eau. La chatte savait, ou a réussi à ouvrir le robinet de la salle de bains, assez pour survivre mais pas trop pour inonder les voisins heureusement. Sinon, leur calvaire aurait fini plus vite… François avait bien fait d’amener de la nourriture, et Pauline se mit tout de suite à nourrir les deux rescapés. Même Odile n’a pu retenir une larme. — Tu vois, Odile, je me suis pas trompé sur toi : t’es une femme au grand cœur, confia doucement François pendant que Pauline cajolait ses nouvelles bêtes rassasiées. Dis, on les ramène tous les deux à la maison ? Et si tu te mariais avec moi, Odile ? J’ai jamais trouvé une femme comme toi. On serait tellement heureux, je t’en fais le serment ! J’ai la voiture, deux appartements, un pour Pauline le jour où elle voudra voler de ses propres ailes, l’autre à louer (mais pas à n’importe qui cette fois !). Avec toi, on aurait peut-être d’autres enfants. Oui, on serait bien, une famille formidable ! Et maintenant on a déjà un chat et un chien, comme il se doit dans tout bon foyer français ! — Dis oui, maman ! ne comprenant pas bien la signification de la demande, cria Pauline, mais déjà conquise. François éclata de rire. — Voilà ! Tout le monde est d’accord, il ne manque plus que toi ! — Ah, François, arrête, tu plaisantes ? balbutia Odile, surprise de se sentir émue. C’est vrai qu’il était devenu bel homme. Gentil, attentionné : il n’avait pas laissé tomber les animaux comme tant d’autres auraient pu… Odile se laissa rêver – et son cœur s’emballa quand François la reprit dans ses bras. — Laisse-moi réfléchir, si tu es sérieux ; ah, quel tentateur ! lança-t-elle, toute rougissante. — Prends ton temps, Odile, on n’est pas pressés. Moi, j’emmène le chat, et le chien pour vous, comme prévu. On reviendra demain pour ta réponse, promis ! François avait réussi : Odile accepta de l’épouser. Un mois plus tard, tout l’immeuble faisait la fête au mariage. On a cuisiné chez Odile, installé de grandes tablées chez François, son « antre de célibataire ». Mina et Charly, le chat et le chien, ne quittaient plus leurs nouveaux maîtres d’un pas – les animaux savent toujours à qui se fier. Et puis, un an plus tard, des jumeaux sont nés, Sophie et Alexis. Mina et Charly ont désormais une mission : surveiller les petits. Dans une grande famille, chacun trouve sa place. Mais surtout, dans une famille nombreuse et soudée, le bonheur ne manque jamais ! Bonheur pour les enfants, et pour les animaux aussi Surtout quand il y a un chat et un chien à la maison !