Je voulais simplement me faire une amie

Pourtant, Chloé sentendait bien mieux avec ma mère.

Tu sais, si je me mets à énumérer en quoi mon ex était meilleur que toi, on va tous les deux avoir honte. Enfin, pour moi, je ne suis pas sûre, coupa sèchement Élodie en frottant la table de la cuisine avec énergie. Si tout allait si bien entre toi et Chloé, pourquoi as-tu rompu ?

Mathieu se détourna, vexé, et regarda par la fenêtre dun air sombre.

Tu connais lhistoire
Je la connais, oui. Alors épargne-moi tes histoires de petite Chloé, trancha Élodie. Sinon, je deviendrai ta prochaine ex.

Élodie était prête à prendre des mesures radicales.

Elle avait rencontré Mathieu presque un an auparavant, dans un cercle damis communs. Elle connaissait même cette fameuse Chloé, sans être proche delle. Cétait elle qui avait amené Mathieu dans leur groupe. Puis, quelques mois plus tard, Chloé avait disparu des radars.

Un soir, légèrement éméché, Mathieu lui avait confié quil lavait quittée après lavoir surprise en train de le tromper. Il avait même versé une larme. À lépoque, Élodie avait trouvé ça touchant : un homme qui na pas peur de montrer ses sentiments, qui tient à lamour. Quelque chose en elle avait cliqué, elle avait eu envie de le réconforter.

Aujourdhui, elle comprenait que ce « quelque chose » était probablement son instinct maternel, et non un intérêt amoureux. Mais sur le moment, cela avait suffi à amorcer leur relation.

Tout avait commencé magnifiquement. Il venait la chercher après le travail, la ramenait chez elle, lui envoyait des messages tendres chaque jour et sinquiétait de savoir si elle sétait habillée chaudement. Élodie se sentait choyée.

La première alerte était venue lorsque Chloé lui avait écrit.

Salut. Écoute, jai entendu que tu sortais avec Mathieu. Ce nest pas mes affaires, mais fais attention avec lui. Lui et sa mère forment un duo inséparable.

Élodie avait pris note, mais sétait dit que cétait des détails. Lamour surmonte bien pire. Après tout, si ça navait pas marché avec une femme, cela ne signifiait pas que ce serait pareil avec une autre.

Salut. Je pense quon gérera ça nous-mêmes. Mais merci pour lavertissement, répondit-elle.

Elle ne voulait pas prolonger la conversation. Cela lui semblait malvenu envers Mathieu.

En revanche, Mathieu ne se souciait guère de son confort.

Quand sa mère, Marguerite, était arrivée chez eux sans prévenir, Élodie avait fait preuve de patience. Peut-être ne réalisaient-ils pas à quel point cétait dérangeant. Après tout, Marguerite devait sinquiéter pour son fils et vouloir voir avec qui il vivait.

Élodie avait envoyé Mathieu accueillir sa mère, sétait habillée à la hâte, attaché les cheveux en queue-de-cheval et, encore ensommeillée, avec des cernes sous les yeux, était allée faire connaissance avec sa future belle-mère. Celle-ci inspectait déjà les tiroirs du buffet du salon.

Tout est en désordre, remarqua Marguerite avec un sourire condescendant. Bientôt, vous ne retrouverez plus vos chaussettes par paires. Élodie, après le petit-déjeuner, je tapprendrai à plier le linge correctement pour éviter les plis et les pertes.

Pas un mot pour saluer. Pour dire quÉlodie était déconcertée était un euphémisme. Voir une étrangère fouiller sans gêne dans ses affaires lui semblait grossier. Mais répondre par la rudesse en début des relations nétait pas la solution, alors elle serra les dents.

Oh, ma pauvre, quels cernes ! continua Marguerite avec compassion. Tu devrais te faire des masques au concombre. Ou mieux, vérifier tes reins. Une de mes amies

Élodie souriait, hochait la tête et faisait semblant de sintéresser aux problèmes de santé dinconnus. En réalité, elle rêvait de retourner se coucher, car il nétait que huit heures du matin. Un dimanche. Elle sétait couchée tard la veille, espérant dormir davantage dans la journée.

Folle illusion.

La visite de Marguerite dura jusquau soir. Élodie reçut une avalanche de critiques et de conseils sur larrosage des plantes, le nettoyage de la baignoire et lastiquage des couverts. Elle eut même droit à une démonstration. Elle se sentait épuisée. Et pendant tout ce temps, Mathieu navait fait aucun effort pour laider ou suggérer à sa mère de les laisser se reposer.

Dis-moi, ta mère est toujours aussi impliquée ? demanda Élodie prudemment avant de se coucher.

Elle ne rejetait pas lidée dune famille nombreuse et proche, mais elle aurait aimé un peu de distance.

Oui. Pourquoi ? Elle veut juste te connaître, répondit Mathieu en haussant les épaules. Avant, Chloé et moi vivions chez elle, cétait animé. Maintenant, elle sennuie seule.
Jespère quon ne vivra pas à trois soupira Élodie.
Quel est le problème ? Tu naimes pas ma mère ? sirrita Mathieu. Chloé sentendait très bien avec elle.

Élodie se tut. Chloé avait huit ans de moins quelle et adorait flatter les gens. Bien sûr quelles sentendaient. Elle devait connaître toutes les amies de Marguerite par leur prénom et leurs diagnostics, repasser parfaitement le linge et cuisiner des tartes selon ses recettes.

Mais Élodie navait pas signé pour ce « bonheur ». Elle avait de lexpérience et était convaincue que moins les autres simmiscent dans un couple, mieux cest. Mais Mathieu avait son propre avis.

Ma mère est très sociable. Elle trouve toujours un terrain dentente.

« Oui, mais tout le monde napprécie pas », faillit répondre Élodie, mais elle se retint.

Les choses empirèrent. Marguerite revint le lendemain matin, encore plus tôt, pour inspecter le frigo.

Des œufs de poule ? Je ne cuisinais que des œufs de caille pour Mathieu, cest meilleur pour les hommes, déclara-t-elle dun ton doctoral. Vos étagères ne sont pas très propres Vous mangez ce qui est dedans, non ? Élodie, tu devrais les nettoyer

« Je ne mange pas directement sur les étagères », pensa Élodie.

Je le ferai plus tard, Marguerite, promit-elle. Nous voulions nous reposer aujourdhui. Cest dimanche

Mathieu, quant à lui, en profitait pour dormir paisiblement pendant quÉlodie jouait les hôtesses malgré elle.

Justement ! Le dimanche, cest fait pour cuisiner et nettoyer, affirma Marguerite. Prends une éponge et un chiffon. Dimanche prochain, je tapprendrai à faire la tourte à la viande que Mathieu adore. À se lécher les doigts !

Élodie se figea, les bras croisés. Elle nallait pas se laisser commander ainsi un deuxième jour de suite.

Marguerite, peut-être pourriez-vous mappeler avant de venir ? Comme ça, je saurais à quoi mattendre.
Téléphoner ? Je nai plus le droit de rendre visite à mon fils ? rétorqua Marguerite, blessée.
Si, bien sûr. Mais votre fils vit avec une femme maintenant. Ce serait bien quon tienne compte les uns des autres.
Chloé navait pas ce genre dexigences, remarqua Marguerite en grimaçant.
La mère de mon ex ne débarquait pas à l

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Je voulais simplement me faire une amie
Privée de rencontrer ma petite-fille à la maternité — Ni sortie, ni présentation. J’ai bravé les interdits et débarqué sans invitation On n’a pas convié Madame Pétronille à la sortie de la maternité. Pourtant, c’est bien sa petite-fille, sa seule descendante, qui y était. On l’a carrément prévenue : « Il fait un froid de canard, mamie, tu ne vas quand même pas ramener tes microbes dehors à notre petite Isabeau ! Ce n’est pas le moment de lui causer du stress avec des têtes inconnues. Reste au chaud, Pétronille, on s’en sortira pour la sortie, merci ! » La déception a eu raison d’elle. Il faut dire qu’elle en rêvait, de voir ce bébé, de vivre ce moment unique de la première rencontre. Imaginez plus tard, quand la petite feuilletera son album… la grand-mère absente de toutes les photos ! Pétronille en a les larmes aux yeux. Son fils Serge tente de la calmer. « C’est juste que Lucie, la maman, angoisse beaucoup pour le bébé. Elle rêve de sa propre salle de bains, pas des visites de la belle-famille. Tu viendras plus tard, voir Isabeau, quand tout ira bien. Personne ne t’en empêchera. » Pétronille accepte, la mort dans l’âme. Que répondre aux copines qui demandent à qui ressemble la petite ? Même une photo, on ne veut pas lui montrer : « Pas question de prendre le moindre risque avec des regards envieux, » clame la jeune maman. Deux mois passent ainsi. Toujours des promesses, jamais d’invitation. « Quand Isabeau sera plus solide, » murmure Serge au téléphone. « Quand elle marchera, » crie Lucie en arrière-plan. À chaque prétexte, un nouveau délai. Une vilaine grippe circule partout, on doit rester prudents, paraît-il. Pétronille supplie : « Vous allez me priver de toute son enfance ! Je suis en pleine forme, je ferai même un test PCR si vous voulez ! Laissez-moi juste la voir un instant, s’il vous plaît ! » Rien à faire. Le temps file, l’été s’en mêle. Les voisins s’inquiètent : « Votre petite-fille, elle fait déjà des bêtises ? Elle vous appelle mamie ? » Pétronille ment un peu, sourit beaucoup, et serre les poings. Un matin, elle décide : « Je suis la grand-mère, tout de même ! J’irai, cadeaux en main, et j’exercerai mon droit. Nous sommes une famille, un vrai lien de sang ! » Elle frappe chez Serge sans prévenir : « Ouvrez à mamie Pétronille ! Je viens sans invitation, mais c’est plus possible d’attendre ! Isabeau a eu le temps de s’habituer à la vie, non ? Laissez-moi faire connaissance ! » Lucie s’insurge derrière la porte. « Serge, pas question que ta famille débarque à l’abordage ! » Après un long débat, on la laisse enfin entrer. Masque et lavage de main obligatoires : « Approchez pas trop, » dit Lucie, tout aussi tendue. Pétronille s’émeut devant Isabeau, tente une caresse : « Ooooh, mais qui donc ressemble tant à son papa ici ? » Mais la maman, jalouse comme une tigresse, refuse même de lui laisser porter le bébé. Après vingt minutes, l’entrevue touche à sa fin. « L’heure de la sieste, » décrète Lucie. « Quand elle marchera, vous pourrez revenir. Dis au revoir à mamie, Isabeau ! » Ils se sont enfin rencontrés, mais Pétronille repart le cœur lourd. « Est-ce que c’est ça, être grand-mère aujourd’hui ? Être reléguée au second plan, comme une étrangère, sans droit même de tenir le bébé ? Quelle triste époque… »