Pardonnez-moi de n’avoir pas été à la hauteur de vos attentes ! Tout s’est déroulé comme dans un sketch ou une série dramatique française : le soir, Jean était plongé devant son ordinateur, tandis que sa femme, Yaëlle, s’affairait dans la maison. L’alarme de la voiture retentit soudain, et Jean se précipita dans la cour en pyjama (heureusement, c’était l’été !). Pendant ce temps, Yaëlle, essuyant distraitement la table, fit bouger la souris et l’écran d’ordinateur s’alluma à nouveau. Non, Yaëlle n’avait pas l’habitude d’espionner le portable de son mari, de fouiller ses poches ou de surveiller par-dessus son épaule quand il travaillait sur l’ordinateur – elle trouvait cela déplacé – mais cette fois, tout arriva réellement par hasard, sans intention. Machinalement, elle jeta un regard à l’écran et vit une série de messages sur un site de rencontres, dont le mot « chérie ». Gênée, elle détourna d’abord les yeux, se répétant que cela pouvait être « chérie, ma femme m’a dit… » ou même « c’est mon fromage préféré ! », mais la curiosité l’emporta. « Oui, chérie, » écrivait son mari sous son propre portrait, « bien sûr, on se retrouve demain comme convenu. Je pense à notre dernier rendez-vous à chaque heure qui passe. Tu es mon incendie ! » – « Et toi, mon ours, » répondait une rousse filiforme, « j’en ai encore plein le corps… » Puis, alors que Jean était sorti précipitamment, la rousse s’agitait : « Mon ours, tu es là ? Je m’ennuie déjà ! Où es-tu ? » Yaëlle, sa lavette à la main, s’écroula sur le canapé. Tout s’éclairait. Son mari lui avait bien expliqué que demain, il avait un événement professionnel incontournable. Yaëlle lui avait préparé sa chemise, repassé son pantalon avec soin, choisi une cravate… Tout ça, comprenait-elle désormais, pour « cet événement »… Jean revint rageant contre des ados qui avaient lancé un ballon sur sa voiture, gesticulant furieux. Mais Yaëlle, bien que l’écoutant et hochant la tête, se sentait déjà loin, perdue dans ses pensées. Heureusement, Jean n’avait pas l’humeur aux câlins ce soir-là et chacun partit se coucher. « J’y penserai demain », se promit Yaëlle, comme Scarlett O’Hara. Pourtant, la nuit ne lui apporta aucun repos. Le matin, Jean partit tôt travailler, tandis que Yaëlle se lança furieusement dans le ménage : sa mère devait lui ramener Théo – leur fils qui rentrait du séjour chez sa grand-mère. Yaëlle récurait tout ; mais l’angoisse lui broyait le cœur. Elle ne réalisait pas encore, et sa mémoire alignait mille détails, gestes et paroles de son mari, qui prenaient désormais un tout autre sens. Son monde s’écroulait, il fallait s’occuper des décombres. Une chose était sûre, Yaëlle ne pourrait jamais lui pardonner. Même s’il s’excusait. Même s’il promettait que c’était la première et la dernière fois. Certes, la douleur s’atténuerait peut-être avec le temps, mais la trahison resterait – indélébile. Elle savait aussi que Théo n’avait que deux ans et demi, pas de place à la crèche avant septembre, et donc aucune possibilité de retourner travailler pour l’instant. Devait-elle peser sur ses parents à la retraite ? Se battre âprement pour une pension alimentaire ? Se lancer dans un divorce sur un coup de tête, avant d’avoir digéré le choc ? Aurait-elle la force d’aller au bout de tout cela, de résister aux suppliques de son mari, aux conseils de temporiser, de pardonner – au risque de le regretter plus encore ensuite ? Non, c’était clair – le divorce, mais plus tard. Alors Yaëlle attendit son heure. Elle gérait la maison, le petit, repassait les chemises de son mari, choisissait ses cravates, riait à ses blagues quand il daignait lui parler autrement qu’en femme de ménage. La seule chose qu’elle ne pouvait plus supporter était l’intimité conjugale, qu’elle fuyait sous tous les prétextes ; son mari semblait s’en accommoder, voire en être soulagé. D’ailleurs, il semblait s’épanouir, chantonnant, revenant parfois avec un bouquet sans raison, tandis qu’elle faisait mine de croire ses histoires de déplacements. En octobre, une place se libéra à la crèche. Yaëlle retourna au travail – et déposa aussitôt une demande de divorce. Son mari, abasourdi, la traita d’arriviste : « Sale profiteuse ! Tu attendais juste que le petit grandisse, tu te faisais entretenir, et maintenant, c’est bon, tu me jettes ? J’ai cru que ma femme n’était pas comme les autres… T’es comme toutes les autres, en fait ! » Leurs amis prirent le parti de Jean, la traitant de froide calculatrice. Même sa mère lui reprocha son sang-froid, lui répétant qu’elle aurait dû divorcer tout de suite, pas attendre sournoisement… « Désolée de ne pas avoir été celle que vous pensiez » – répondait Yaëlle à tous, sans jamais revenir sur sa décision.

Pardon de ne pas avoir été à la hauteur de vos attentes !

Tout sest déroulé comme dans une vieille blague ou bien dans un épisode tragique de série télé : un soir, mon mari était plongé devant son ordinateur tandis que je maffairais dans la maison, lorsquune alarme de voiture sest déclenchée. Ni une, ni deux, mon mari a filé dans la cour, tel quil était (heureusement, nous étions en plein été !). Restée à lintérieur avec mon chiffon à la main, jai effleuré la souris de lordinateur ; lécran, qui sétait éteint, sest rallumé dun coup.

Ce nest pas dans ma nature, ni dans mes principes, de vérifier le téléphone de Dominique, de fouiller dans ses poches ou despionner par-dessus son épaule quand il est à lordinateur. Je trouve cela déplacé. Mais cette fois-ci, le hasard en a décidé autrement.

Sans réfléchir, mon regard a accroché une conversation sur lécran. Gênée, jai voulu détourner la tête, mais jai eu le temps dapercevoir une phrase contenant le mot « chérie ». Honteuse de moi, je me suis dit que ça pouvait nêtre quune banale expression du genre « ma femme chérie a dit que » ou même une plaisanterie du style « jadore mon saucisson préféré », mais la curiosité la emporté et jai relu le message.

« Oui, ma chérie, écrivait mon mari, affichant sans gêne sa photo sur un site de rencontres bien sûr, à demain comme prévu. Jy pense à chaque heure, à notre dernier rendez-vous. Tu es un vrai feu dartifice ! » « Et toi, tes mon ours, répondait une rouquine toute menue. Mon corps sen souvient encore »

Ensuite, cétait clairement la panique : il avait dû quitter précipitamment la discussion, ce qui a laissé place à une série de messages fébriles : « Ours, tu es là ? Je mennuie déjà Où es-tu ? »

Je suis restée là, plantée sur le canapé, serrant mon chiffon. Tout sexplique. Il mavait bien dit que le lendemain, il y avait un « truc hyper important » au boulot, une réunion à ne pas manquer, et moi, la veille au soir, javais repassé soigneusement son pantalon, cherché la cravate assortie au costume, et veillé à ce que sa chemise soit impeccable. Je comprends à présent quel « événement » attendait vraiment Dominique

Mon mari est revenu furieux, pestant contre une bande dadolescents qui avaient lancé leur ballon sur sa voiture. Il vociférait, gesticulait, et moi, je lécoutais dune oreille, prenant soin de hocher la tête quand il fallait, mais jétais déjà loin, en pensées, comme détachée de la scène.

Par chance, Dominique na pas eu dhumeur romantique ce soir-là et nous nous sommes couchés sans un mot tendre. « Jy réfléchirai demain », ai-je décidé en silence, à la façon dune héroïne célèbre, mais jai été incapable de fermer lœil de la nuit.

Le lendemain matin, il est parti tôt vers son travail. Pour ma part, je me suis jetée à corps perdu dans le ménage : aujourdhui, maman devait ramener Stanislas, mon fils de deux ans et demi, qui passait sa semaine chez sa grand-mère à la campagne. Je frottais le sol, la salle de bains, la faïence, mais mes pensées tournaient en boucle : que faire, que dois-je faire ?

Tout cela me paraissait irréel, mais déjà, de vieux souvenirs me revenaient, des mots, des gestes de Dominique, tout prenait une nouvelle signification. Le monde familier sécroulait, il fallait gérer les décombres.

Une seule chose était certaine : je savais que je ne pourrais pas lui pardonner. Jamais. Même sil demandait pardon. Même sil affirmait que ce nétait quun accident sans lendemain. Peut-être quavec le temps la douleur se ferait moins aiguë, mais la trahison resterait là, indéracinable.

Mais comment faire ? Stanislas na que deux ans et demi, je ne pourrai pas le mettre en crèche avant la rentrée de septembre. Impossible donc pour moi de reprendre mon travail tout de suite. Est-ce que je devais dépendre financièrement de mes parents âgés ? Ou me lancer dans une bataille pour obtenir une pension alimentaire ?

Me lancer dans une procédure de divorce dès aujourdhui, à chaud, en plein choc émotionnel ? Est-ce que jaurais la force ? Ou bien, cèderais-je à ses suppliques du genre « réfléchis, ne précipite rien, comprends-moi, pardonne », pour mieux le regretter plus tard ? Non. Le divorce, ce serait certain. Mais pas tout de suite.

Je me suis tue. Jai continué comme avant, à moccuper de la maison, de Stanislas, à repasser les chemises de Dominique, à assortir ses cravates. Même à rire à ses blagues lors de ses rares moments dattention, quand il se souvenait que jétais là, autrement que comme une domestique ou simple utilité ménagère.

Seul ironiquement, ce sentiment de dégoût, lui, je nai pas réussi à le surmonter. Sous prétexte de fatigue ou dautres excuses, jesquivais les moments dintimité. Dailleurs, Dominique ny prêtait guère attention, il semblait presque soulagé. Ces derniers temps, il avait même lair épanoui il sifflotait, me ramenait parfois des fleurs « juste comme ça », souriait plus que jamais, tandis que je feignais de croire à ses histoires de déplacements ou de réunions tardives.

Puis, en octobre, une place sest libérée à la crèche. Jai repris mon poste et, immédiatement, jai entamé la procédure de divorce. Dire que Dominique en a été bouleversé serait faible : il était absolument persuadé que je navais rien découvert de ses écarts. Mis devant le fait accompli, il a explosé, me traitant dintéressée, de manipulatrice.

« Sale profiteuse Tu nes quune arriviste ! Cest bien vrai, les femmes dans ton genre, on les appelle des profiteuses ! Tu tes installée chez moi, tu as attendu que ton gamin soit grand, et maintenant tu me jettes après ce que je tai apporté, cest ça ? Je pensais que tétais différente, mais non, tes pareille que toutes les autres femmes ! »

Nos amis communs ont pris son parti et mont mise à lécart selon eux, une calculatrice dans mon genre na pas sa place avec des gens « normaux ». Même ma mère ma regardée avec tristesse et reproche : « Comment as-tu pu ? Si tu voulais divorcer, tu aurais dû le faire tout de suite. Pourquoi cette attente, ce silence, cette patience calculatrice ? Je naurais jamais cru que ma fille serait aussi mesquine »

« Pardon de ne pas avoir été à la hauteur de vos attentes », répondais-je à tous, sans jamais revenir sur ma décision.

Оцените статью
Pardonnez-moi de n’avoir pas été à la hauteur de vos attentes ! Tout s’est déroulé comme dans un sketch ou une série dramatique française : le soir, Jean était plongé devant son ordinateur, tandis que sa femme, Yaëlle, s’affairait dans la maison. L’alarme de la voiture retentit soudain, et Jean se précipita dans la cour en pyjama (heureusement, c’était l’été !). Pendant ce temps, Yaëlle, essuyant distraitement la table, fit bouger la souris et l’écran d’ordinateur s’alluma à nouveau. Non, Yaëlle n’avait pas l’habitude d’espionner le portable de son mari, de fouiller ses poches ou de surveiller par-dessus son épaule quand il travaillait sur l’ordinateur – elle trouvait cela déplacé – mais cette fois, tout arriva réellement par hasard, sans intention. Machinalement, elle jeta un regard à l’écran et vit une série de messages sur un site de rencontres, dont le mot « chérie ». Gênée, elle détourna d’abord les yeux, se répétant que cela pouvait être « chérie, ma femme m’a dit… » ou même « c’est mon fromage préféré ! », mais la curiosité l’emporta. « Oui, chérie, » écrivait son mari sous son propre portrait, « bien sûr, on se retrouve demain comme convenu. Je pense à notre dernier rendez-vous à chaque heure qui passe. Tu es mon incendie ! » – « Et toi, mon ours, » répondait une rousse filiforme, « j’en ai encore plein le corps… » Puis, alors que Jean était sorti précipitamment, la rousse s’agitait : « Mon ours, tu es là ? Je m’ennuie déjà ! Où es-tu ? » Yaëlle, sa lavette à la main, s’écroula sur le canapé. Tout s’éclairait. Son mari lui avait bien expliqué que demain, il avait un événement professionnel incontournable. Yaëlle lui avait préparé sa chemise, repassé son pantalon avec soin, choisi une cravate… Tout ça, comprenait-elle désormais, pour « cet événement »… Jean revint rageant contre des ados qui avaient lancé un ballon sur sa voiture, gesticulant furieux. Mais Yaëlle, bien que l’écoutant et hochant la tête, se sentait déjà loin, perdue dans ses pensées. Heureusement, Jean n’avait pas l’humeur aux câlins ce soir-là et chacun partit se coucher. « J’y penserai demain », se promit Yaëlle, comme Scarlett O’Hara. Pourtant, la nuit ne lui apporta aucun repos. Le matin, Jean partit tôt travailler, tandis que Yaëlle se lança furieusement dans le ménage : sa mère devait lui ramener Théo – leur fils qui rentrait du séjour chez sa grand-mère. Yaëlle récurait tout ; mais l’angoisse lui broyait le cœur. Elle ne réalisait pas encore, et sa mémoire alignait mille détails, gestes et paroles de son mari, qui prenaient désormais un tout autre sens. Son monde s’écroulait, il fallait s’occuper des décombres. Une chose était sûre, Yaëlle ne pourrait jamais lui pardonner. Même s’il s’excusait. Même s’il promettait que c’était la première et la dernière fois. Certes, la douleur s’atténuerait peut-être avec le temps, mais la trahison resterait – indélébile. Elle savait aussi que Théo n’avait que deux ans et demi, pas de place à la crèche avant septembre, et donc aucune possibilité de retourner travailler pour l’instant. Devait-elle peser sur ses parents à la retraite ? Se battre âprement pour une pension alimentaire ? Se lancer dans un divorce sur un coup de tête, avant d’avoir digéré le choc ? Aurait-elle la force d’aller au bout de tout cela, de résister aux suppliques de son mari, aux conseils de temporiser, de pardonner – au risque de le regretter plus encore ensuite ? Non, c’était clair – le divorce, mais plus tard. Alors Yaëlle attendit son heure. Elle gérait la maison, le petit, repassait les chemises de son mari, choisissait ses cravates, riait à ses blagues quand il daignait lui parler autrement qu’en femme de ménage. La seule chose qu’elle ne pouvait plus supporter était l’intimité conjugale, qu’elle fuyait sous tous les prétextes ; son mari semblait s’en accommoder, voire en être soulagé. D’ailleurs, il semblait s’épanouir, chantonnant, revenant parfois avec un bouquet sans raison, tandis qu’elle faisait mine de croire ses histoires de déplacements. En octobre, une place se libéra à la crèche. Yaëlle retourna au travail – et déposa aussitôt une demande de divorce. Son mari, abasourdi, la traita d’arriviste : « Sale profiteuse ! Tu attendais juste que le petit grandisse, tu te faisais entretenir, et maintenant, c’est bon, tu me jettes ? J’ai cru que ma femme n’était pas comme les autres… T’es comme toutes les autres, en fait ! » Leurs amis prirent le parti de Jean, la traitant de froide calculatrice. Même sa mère lui reprocha son sang-froid, lui répétant qu’elle aurait dû divorcer tout de suite, pas attendre sournoisement… « Désolée de ne pas avoir été celle que vous pensiez » – répondait Yaëlle à tous, sans jamais revenir sur sa décision.
Elle n’a pas sa place ici, elle n’est rien pour nous,» entendis-je la fille de mon mari expliquer à son frère pourquoi je devais être expulsée de la maison où j’ai vécu les 15 dernières années.