Jai interdit à ma belle-sœur de prendre mes affaires sans demander et jai installé une serrure sur mon armoire
Pourquoi ma nouvelle blouse, dont je nai même pas coupé létiquette, a-t-elle une tache de fond de teint ? Ma voix tremblait dune colère contenue, pourtant je mefforçais de parler calmement.
Ma belle-sœur, Camille, était assise à la table de la cuisine, une tasse de thé à la main tout en feuilletant un magazine, sans même lever les yeux. Elle balançait nonchalamment le pied chaussé dune mule ornée de fourrure, complètement indifférente à la situation.
Oh, Hélène, tu vas encore commencer dès lentrée ? répondit-elle en me lançant enfin un regard. Jai voulu essayer ta blouse, voir si la couleur allait à mon teint. Jai un rendez-vous ce soir, je pensais que tu pourrais me la prêter. Et pour la tache bah, cest tombé par accident. Ce nest rien, tu la laveras, cest tout. Tu as bien une machine ultra-performante avec séchage.
Je restai immobile au seuil de la porte, serrant dans mes mains le tissu bleu ciel en soie. Cette blouse, je lavais achetée au prix de la moitié de mon acompte du mois. Javais mis des semaines à économiser, rêvant de la porter lors de la présentation de mon projet prévu mardi prochain. Et maintenant, sur le col, sétalait une grande tache orangée, grasse, qui risquait de ne jamais disparaître du délicat tissu.
Camille, je ne tai jamais permis de prendre mes affaires, articulai-je lentement, chaque mot pesé. Je ne tai jamais autorisée à fouiller dans mon armoire. Tu habites chez nous temporairement, le temps que les travaux soient finis chez toi, mais ça ne taccorde pas tous les droits sur mes affaires.
Tu es dun radin… soupira Camille, croquant un biscuit. On est en famille, non ? Paul, cest mon frère, donc toi, tu es comme ma sœur. Faut pas chipoter pour une blouse entre sœurs ! Ce nest pas du vol, jaurais rendu la blouse, même si, bon, elle est tachée. Toi, tu gagnes bien ta vie, tu pourras ten acheter une autre si celle-ci est fichue. Moi, en ce moment, chaque centime part dans le chantier.
Mon mari, Paul, entra dans la cuisine à ce moment-là. Il avait une mine fatiguée et venait juste de rentrer du travail, manifestement plus en quête de calme que de règlement de comptes féminins.
Quest-ce qui se passe encore ? demanda-t-il, promenant son regard entre moi, rouge de colère, et Camille, parfaitement détendue.
Hélène me fait toute une histoire pour une fringue, maugréa Camille dun ton plaintif. Jai juste essayé sa blouse et elle sénerve comme si javais volé les bijoux de famille. Dis-lui, Paul, que cest ridicule dêtre aussi égoïste ! En famille, on partage.
Je tendis silencieusement la blouse à Paul. Il observa la tache, puis poussa un long soupir en se frottant larête du nez.
Camille, franchement Il fallait demander. Hélène tenait à cette blouse.
Jaurais demandé mais elle était absente ! Et moi, je devais sortir. Quest-ce que je pouvais faire, me promener en pyjama ? Toute ma garde-robe est en carton, tu le sais bien.
Tu as trois valises pleines dhabits dans lentrée, rétorquai-je. Et je tai expressément demandé de ne pas toucher à mes affaires. Ce nest pas la première fois. La semaine dernière tu as vidé mon parfum préféré, le niche, et avant ça, tu as porté mes bottines neuves pour « vite descendre chez le boulanger », et elles sont revenues rayées.
Oh, ça va ! sexclama Camille en reposant brutalement sa tasse. Jai limpression de vivre sur des œufs ici. Tu sais, le parfum est fait pour être utilisé ! Allez, jarrêterai, je vais laver ta blouse, arrête de me casser les oreilles.
Ne la lave pas, tu vas encore plus abîmer le tissu soupirai-je, comprenant linutilité de poursuivre la discussion. Je vais le faire moi-même. Mais : ne touche plus JAMAIS à mes affaires.
Je quittai la cuisine, jetant la blouse dans le panier de linge pour le pressing, bouillonnant intérieurement. Ce problème durait depuis deux mois Camille squattait chez nous le temps que les travaux dans son deux-pièces se terminent, chantier qui séternisait à cause des artisans fantomatiques. Dabord assez discrète, elle avait vite pris ses aises et franchi toutes les limites.
Le soir, je peinai à trouver le sommeil, entendant Camille rire et se plaindre à Paul de la « froideur » de sa « chère belle-sœur », tandis que mon mari tentait de tempérer les choses. Paul, bienveillant mais sans autorité face à sa petite sœur quil continuait de choyer comme une enfant, restait incapable de lui parler franchement. Pour lui, Camille serait toujours la petite dernière à protéger même si, à vingt-sept ans, elle nétait plus vraiment une gamine et quelle se comportait comme une squatteuse sans-gêne.
Le lendemain, je me levai exprès tôt afin de cacher mes objets précieux : la boîte à bijoux enfouie derrière les draps, ma bonne cosmétique rangée dans mon sac à main pour lemporter au bureau. Jen étais réduite à cacher mes affaires chez moi, humiliant mais nécessaire.
La semaine fut relativement calme. Camille boudait et me snobait manifestement, ce qui marrangeait. Mais vendredi soir, je rentrai du travail et fis une nouvelle découverte.
Porte de la salle de bain fermée à clé, leau coulait, lodeur de ma mousse de bain fétiche emplissait lappartement celle que mes collègues mavaient offerte et que je gardais pour les grands soirs.
Je frappai.
Cest pris ! cria Camille de derrière la porte.
Camille, tu as pris ma mousse de bain ? demandai-je.
La tienne ? Ah oui, il en restait plein et jen ai mis un tout petit peu, cest de la folie comme ça mousse ! Sérieusement, Hélène, ne sois pas rabat-joie, il y avait tout un flacon.
Je mappuyai au chambranle, désespérée. Ce nétait pas une question de prix, ni de la tache sur la blouse, mais du manque total de respect : Camille agissait comme si tout lui appartenait naturellement, me reléguant au rôle de lintruse qui la dérange dans « sa » vie.
Quand elle sortit, ravie et détendue, dans MON peignoir (parce quelle avait « oublié le sien et il fait froid »), je passai sans un mot, trouvai le flacon vidé et jeté à la poubelle. « Un tout petit peu » signifiait « tout le flacon ».
Paul, il faut quon parle lui dis-je le soir, une fois couchés.
Je sais ce que tu vas dire, souffla-t-il, abattu. Je sais quelle nest pas facile à vivre Mais cest bientôt fini, les artisans ont promis de finir dans deux semaines. On ne va pas la mettre à la porte Maman me tuerait.
Je ne demande pas quon la jette dehors. Mais il faut quelle comprenne les règles. Cest chez NOUS, elle na pas à prendre mes affaires ni à investir mon espace personnel.
Je lui parlerai, promis murmura-t-il avant de sombrer dans le sommeil.
Mais jen doutais fort. Camille ferait des yeux de chien battu, promettrait, puis recommencerait. Incorrigible et impudente.
La goutte deau arriva le samedi. Paul et moi étions invités à lanniversaire dun ami. Javais prévu de mettre MA robe bleu nuit en velours, une pièce élégante et rare dans ma garde-robe, soigneusement protégée dans une housse.
Quand jouvris le placard, la housse était pendue vide.
Un frisson dangoisse me parcourut. Je retournai cintres et tiroirs rien. Pas de robe.
Camille avait quitté lappartement depuis midi pour « voir des copines ».
Je lappelai. Longs sonneries, puis enfin, elle décrocha. Bruits de musique et rires en fond sonore.
Oui, Hélène ? Quest-ce quil y a, je fête lanniv de Sophie au club !
Camille, où est ma robe bleu nuit en velours ?
Ah écoute, la situation : javais rien à mettre, ta robe mallait comme un gant, je fais vachement attention, promis, je la ramènerai nickel, personne ne le saura !
Tu es sortie en boîte avec MA robe sans demander ?! Tu rentres tout de suite la ramener. On sort dans deux heures !
Oh, ça va, tu as des tas dhabits, change-toi ! Je ne vais pas rentrer, la soirée ne fait que commencer. Oups, je capte mal, bisous !
Et elle raccrocha.
Je meffondrai, en larmes, dexaspération et dimpuissance. Paul, inquiet, entra dans la chambre.
Il sest passé quoi, Hélène ?
Rien, Paul. Juste que ta sœur a volé ma robe et sest barrée en boîte avec.
Paul tenta dappeler de son côté sans réussir. Je partis à la fête en tailleur démodé, le cœur lourd, passant la soirée à imaginer ma robe souillée de mojitos et écrasée de cigarettes.
Au matin, Camille revint, la robe en boule sous le bras.
Ça va, je te la rends, répondit-elle, croisant la cuisine pour prendre un Perrier. Et alors ? Le bas est un peu déchiré, y en a un qui a marché dessus, tu recoudras, tes douée de tes mains.
Je dépliai la robe : le velours était déchiré jusquaux entrailles, maculé dune tache collante, empestant lalcool et la cigarette Irrécupérable.
Paul, appelai-je.
Il arriva, examina la robe, puis Camille.
Camille, là tu abuses. Tu vas devoir rembourser.
Combien ? Elle leva les yeux au ciel. Cinq cents euros ? Je te les donnerai à la fin du mois. Cest pas croyable de me demander ça, à moi, votre famille.
Elle valait mille euros, soufflai-je. Mais ce nest même plus une question dargent.
Le lundi, jai posé un RTT. Dès que Paul et Camille quittèrent lappartement, jappelai un serrurier.
Jaimerais une serrure solide sur la porte de la chambre, expliquai-je poliment.
Lartisan, un vieux monsieur moustachu, me jeta un regard complice.
Pour les enfants ou pour la belle-famille ? demanda-t-il en souriant.
Pour ma belle-sœur, répondis-je en toute franchise.
Très bien, je comprends Je men occupe.
En une heure, la serrure flambant neuve brillait sur la porte. Jy transportai toutes mes affaires : manteaux, chaussures, sacs, jusquaux shampoings et sèche-cheveux. Certes, la chambre ressemblait à une réserve, mais au moins, cétait une réserve protégée.
Serrure testée, clés en poche (le double caché dans ma voiture), je nen laissai aucun à Paul, conscient de sa tendance à céder à sa sœur.
Camille rentra la première ce soir-là. Je sirotais un thé en lisant quand je lentendis tripoter la poignée de la porte de la chambre puis redoubler dessais.
Hélène ! Ça bloque, votre porte ! sexclama-t-elle du couloir.
Non, elle est fermée à clé, répondis-je sans bouger.
Camille déboula, sidérée.
Tu plaisantes ? Pourquoi ? Jai juste besoin du sèche-cheveux !
Désolée, tout est sous clé maintenant. Cest le seul moyen de protéger mes affaires.
Tu as vraiment acheté une serrure à cause de moi ?!
Oui, Camille. Tu ne comprends ni « non » ni « ne touche pas », donc je passe au niveau supérieur.
Tes folle ! hurla-t-elle. Qui fait ça dans une famille ?! Et si jamais il y a un feu ?!
Si feu il y a, appelle les pompiers. Et pour tes besoins, il y a les boutiques. Achète-toi tes propres produits.
Jappelle Paul, il va te remettre à ta place ! Cest aussi SA chambre !
Vas-y.
Paul arriva trente minutes plus tard, sa sœur pleurant toutes les larmes de son corps.
Paul ! Elle me traite de voleuse ! Elle a mis des serrures partout ! Bientôt il faudra une autorisation pour aller aux toilettes ! Comment tu peux vivre avec une cinglée pareille !
Fatigué, Paul jeta un œil à la porte, puis à moi.
Tu as vraiment mis une serrure, Hélène ?
Oui, Paul. Je nen peux plus de devoir tout cacher ou de retrouver mes affaires abîmées. Cette pièce est à moi, cest mon espace personnel. Je le protège. Quand tu es là, la porte reste ouverte. Quand on sort cest verrouillé.
Mais ce nest pas très familial, tout ça
Et déchirer les robes des autres dans des clubs, vider des parfums à cent euros, cest familial ? Fais ton choix : la serrure ou je pars. Je ne vivrai pas en colocation avec une pickpocket domestique.
Le mot « voleuse » transperça Camille.
Très bien ! siffla-t-elle. Gardez vos vieilleries ! Je mets les voiles ! Je raconte tout à maman, vous allez voir !
Elle rassembla manteaux, sacs
Camille, la nuit tombe, tu vas où ?
Chez Sophie ! Dormir par terre vaut mieux que vivre avec une harpie pareille ! Et toi, Paul, bravo, tes bien sous ta pantoufle. Bravo !
Elle claqua la porte si fort quun peu de plâtre tomba. Enfin le silence.
Paul sassit, la tête dans les mains.
Maman ne nous pardonnera jamais.
Cest pas grave, répondis-je en lui touchant lépaule. On a enfin un chez-nous en ordre, et nos affaires sont à labri. Camille doit apprendre que le monde ne tourne pas autour delle.
Le lendemain, le téléphone de Paul ne cessa de sonner sa mère hurlait, incapables de croire quon « jette sa pauvre fille dehors », sans écouter la version complète. Pour elle, Camille était forcément la victime.
Je nintervins pas. Je savais que la loi était avec moi : propriétaire dun bien, jen fais ce que jen veux. Je protégeais ce qui mappartient.
Camille ne revient pas chercher ses affaires elle-même mais envoya une amie en voiture deux jours plus tard. Je restituai les valises, après vérification : grâce à la serrure, tout était en place.
Un mois passa. Les travaux de Camille sachevèrent ou elle trouva autre chose, peu mimportait. Les relations avec ma belle-mère, devenues polaires, se limitaient désormais aux fêtes mais, au moins, la paix régnait à la maison.
Un soir, alors que nous allions, Paul et moi, au théâtre, je sortis la fameuse robe bleu nuit de larmoire. Javais réussi, grâce à un excellent atelier, à masquer les dégâts à grands renforts de broderies, les taches avaient disparu, la robe était presque comme neuve.
Je lenfilai, fis quelques tours devant le miroir. Le verrou de la porte brillait au-dessus de mon épaule. Paul, en nouant sa cravate, croisa mon regard dans le reflet.
Tu sais, me confia-t-il, avec cette serrure cest vrai, je me sens plus serein. Même mes affaires ne disparaissent plus. Plus personne ne me pique mes rasoirs.
Je souris.
Les limites personnelles, Paul, cest fondamental, même et surtout avec sa propre famille.
Je pris mon sac, verrouillai la chambre, glissai la clé dans ma poche et nous partîmes profiter de notre soirée. Aucun parent envahissant ne pouvait plus la gâcher.
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