Jétais sur le point de franchir le seuil, mais je me suis arrêtée, attirée par mon reflet dans le miroir.
Jai posé mon téléphone et commencé à préparer mes affaires, prenant les euros que mon mari et moi avions économisés pour nos vacances. Jai téléphoné au travail pour demander un jour de congé, informant mon époux de ma décision. Alors que je mapprêtais à sortir, je me suis figée devant le miroir. Mes yeux tristes et mes cheveux grisonnants mont soudain renvoyé à des souvenirs douloureux.
Grand-mère nous a élevées seule. Je nai jamais compris pourquoi, mais elle semblait toujours aimer plus Églantine. Pour elle, Églantine était comme une fille, et grand-mère jouait le rôle de mère, alors que moi, jétais ce père quelle na jamais aimé, accusant parfois sa fille de vouloir finir par épouser quelquun comme lui. Églantine était douée à lécole, brillante dès son jeune âge. Notre grand-mère avait décrété que, puisque ma cousine travaillait mieux, elle devait poursuivre ses études. Quant à moi, il était temps de me mettre au travail. Depuis ce jour, je me suis chargée de tout à la maison, du ménage à la cuisine, sans oublier les courses et la gestion du poêle.
Ma cousine Églantine est entrée à luniversité, et notre grand-mère naurait pas pu être plus heureuse, quoiquelle se soit épuisée à payer les frais. Jétais blessée par le traitement que me réservait la famille, et jai décidé quen labsence de permission détudier, je partirais vivre en ville. Après le week-end, jai préparé mon sac, pris les économies, et jai pris le train pour Paris.
Je me souviens encore de mes journées passées à travailler sur le marché, à peine sortie de ladolescence. Cest là que jai rencontré mon époux, qui était livreur. Cest un homme généreux, et ensemble, nous avons pu acheter notre petit appartement. Notre fille, hélas, na pas connu la chance : après plusieurs échecs, elle est revenue à la campagne. Heureusement, grand-mère nous a légué sa maison dans son testament, et javais déjà un toit. Ce matin, je me suis réveillée le cœur chargé de colère ; un instant, jai eu le sentiment que jaurais pu partir avec eux, ma famille. Et maintenant quils sont loin, jai limpression quil me manque une partie de moi.
