La fille non reconnue À 16 ans, Océane était une vraie tornade ! Elle avait traîné avec une bande de jeunes adultes qui faisaient de petits vols et ne rentrait jamais dormir chez elle, torturant les nerfs de sa mère nuit et jour. Heureusement, elle n’a pas fini en prison lorsque ces garçons ont été arrêtés pour vol. C’est à ce moment-là qu’elle a découvert qu’elle attendait un enfant de l’un d’eux — Michaël, dont elle était amoureuse. Océane a mis du temps à l’annoncer à sa mère, trop tard pour interrompre la grossesse ; il ne lui restait plus qu’à garder bébé, même si le père est parti en centre de détention pour quatre ans. Avec son ventre rond, elle a tenté le coup chez les parents de Michaël, mais sa mère, Tamara, lui a vite fait comprendre la “politique familiale” : — Non seulement ce Michaël nous a humiliés devant toute la ville, mais en plus tu veux nous refiler un enfant qui n’est pas le nôtre ? Débrouille-toi, on n’a plus de fils — seulement une fille ! La coupe était pleine. Océane non plus n’a jamais insisté. Elle a avoué à sa mère sa grossesse, écouté ses reproches et a mis au monde une petite fille en plein santé, prénommée Marine. L’arrivée de Marine a calmé bien des envies de liberté chez Océane. Elle a trouvé un poste de vendeuse en supermarché, oubliait les fêtes et les beuveries. Merci à sa mère qui, ravie, gardait la petite, ne lui reprochait plus de ses erreurs passées, et la vie avait repris, modeste mais chaleureuse. Avec Michaël, quelques échanges de lettres ; il savait pour la naissance de Marine, mais ne l’a vue qu’à ses trois ans. Il a voulu recoller les morceaux avec Océane — “on pourrait se marier, pour la petite” — mais cette fois, hors de question : — C’est du passé ! s’est-elle coupée. Je doute même de t’avoir aimé à l’époque et maintenant c’est certain : je ne t’aime pas. J’ai un copain, Dimitri, on va se marier. Il sera un vrai père pour Marine. Bon vent ! Michaël n’a pas vraiment insisté. Un peu vexé, mais il a tourné la page : embauché comme chauffeur sur Paris avec un ami. Ses parents ne lui ont jamais pardonné ; plus rien ne le retenait dans la ville de province. Mais Marine ne l’oublie pas. Il appelle à chaque Noël, envoie des cadeaux. Ils ne se revoient qu’au bout de dix ans, quand Michaël est obligé de revenir dans le Sud pour des raisons de santé. Les relations avec ses parents se sont un peu apaisées, il voit sa sœur Nathalie et sa nièce Lisa. Mais il vit à part, dans une chambre en cité U, travaillant comme agent d’entretien à la mairie. Marine a toujours su qu’elle avait un vrai père. Elle l’aime autant qu’elle lui en veut : il est parti loin vivre sa vie, et elle doit s’adapter à sa famille recomposée. Son beau-père Nicolas est correct mais indifférent, sa mère ne pense plus qu’à son fils Vlad, elle se sent mise à l’écart. En vérité, ce n’était pas le cas, mais comment expliquer à une ado que Vlad demande juste plus d’attention car il est petit ? Océane fait ce qu’elle peut pour empêcher Marine de suivre ses propres mauvais chemins — sans grand succès. — T’es revenu ? gronde Marine, quand Michaël réapparaît. Il était temps ! — Ma fille, pourquoi cette agressivité ? — s’excuse le père. — La vie est ainsi, pas simple… — Ah, les adultes ! Toujours la faute à la “vie”… Vous n’avez pas mieux comme excuse ? Marine veut montrer sa rancœur, mais attend désespérément que son père la rassure. S’il se vexe et repart ? Encore seule dans sa famille recomposée… Mais non, Michaël fait preuve d’une incroyable patience, peu à peu le dialogue se rétablit. Il devient pour elle un modèle : lui décrit franchement ce qui arrive à qui transgresse la loi. Il boit parfois, ce qui dégoûte Marine. Il l’a compris et se cache les jours de cuite. — C’est quelqu’un de bien, — soupire sa voisine, tante Christine, amie de Marine. — Il n’a jamais eu de chance avec les femmes. Il vit seul, ne parle que de toi, sa fille. Marine acquiesce, persuadée que son père est responsable de sa propre misère… Il a essayé de la rapprocher de Lisa, sa cousine, mais l’entente n’est pas là. — Ma grand-mère m’a toujours dit que tu n’étais rien pour nous, — lâche Lisa. — Ta mère voulait nous imposer un enfant qui n’est pas de la famille, mais on n’a pas accepté. Ma grand-mère n’est pas idiote ! — Je n’ai pas besoin de vous ! peste Marine. Tu parles d’une famille royale ! Depuis, elles s’ignorent en ville. Par la suite, Marine apprend par son père que la mère de Lisa est décédée, que ses grands-parents maternels sont morts sans qu’elle les rencontre. Tante Christine lui confie que son père voulait la réconcilier avec sa famille, mais ils ont refusé ou il n’a pas osé… Marine n’en a cure, elle a ses propres soucis. Après le bac pro, elle trouve un emploi, à 22 ans se marie, et un an plus tard devient maman d’une adorable petite Louise. Michaël en est comblé. Il abandonne presque l’alcool, attend avec impatience de voir sa fille et sa petite-fille. Ils se retrouvent chez lui ou ailleurs — le beau-fils est peu hospitalier. — Il m’a demandé combien coûte la meilleure école privée, — glisse tante Christine. — Il veut économiser pour que sa petite-fille ait la meilleure éducation. Il a pris un deuxième job. Tu te rends compte ? — Pourvu qu’il arrête de boire… — murmure Marine. — Il n’a plus l’air en forme, et il a mal quelque part, mais il ne dit rien… Trois ans plus tard, Louise a un petit frère, Arthur. Le grand-père en est fou, mais préfère sa petite-fille. Il passe de moins en moins de temps avec eux, paraît épuisé. — Juste fatigué, — balaye-t-il les questions de Marine. — Je me repose, tout ira bien. Marine s’inquiète, mais la famille accapare son temps. Et voilà que son mari la quitte pour une jeunette. Procédure de divorce, audience… Marine perd de vue son père. — Viens, Marine, — la voix triste de tante Christine ne laisse pas de doutes — son père est mort. Heureusement, sa mère accepte de garder les enfants le temps des funérailles, sinon Marine aurait craqué. Lorsqu’elle s’est remise des obsèques, elle ne comprend pas tout de suite ce que Lisa veut dire : — Hé, l’héritage… — lâche la cousine. — Une chambre de cité U, pas vraiment grand-chose ! — C’est pas si mal, — objecte Lisa. — Ma mère disait que Michaël avait des actions qu’il avait achetées à Paris et qu’il n’avait pas bu jusqu’au bout. Ce n’est pas des millions, mais bon… Et la chambre peut se vendre. Marine sent la colère monter : à peine son père enterré, Lisa discute du partage ! — Moi, partager ? — s’indigne Lisa. — Je suis la seule héritière légale de Michaël. Je ne partagerai pas. Marine voudrait protester, mais se retient. Lisa a raison — officiellement, Marine n’était pas reconnue, son acte de naissance porte un autre nom. — Pas grave ! — affirme Nicolas en entendant l’histoire. — Tu n’as qu’à aller au tribunal et prouver qu’il était ton père. Lisa n’aura rien avec ses petites mains avides. — C’est facile ? — s’étonne Océane, en regardant sa fille. — Il faudrait un test ADN… Mais on compare avec quoi ? — Il n’y a même plus une brosse à dents de Michaël ? — ricane Nicolas. — Bon sang, vous n’y connaissez rien ! Non, il n’en reste rien. Pendant que Marine réfléchit, Lisa, qui avait obtenu les clés de la chambre, a fait passer une entreprise de nettoyage. Tout y a été désinfecté ; tous les objets jetés, vêtements lavés. — C’est normal, faut faire le ménage après un décès, — prétend Lisa, cachant mal son sourire. Mais l’idée de Nicolas est la bonne (Marine regrette d’avoir été froide avec lui !). — Va au tribunal, Marine. Il y a plein de témoins qui savent qu’il te considérait comme sa fille. Tu prouveras sans problème ! Et il avait raison. La mère témoigne, tante Christine aussi, collègues du défunt qui confirment qu’il parlait de sa fille et sa petite-fille… Finalement, Marine peut prétendre à la chambre, aux actions et au compte en banque, voire à l’appartement des grands-parents qui ne l’avaient jamais reconnue. Mais elle n’est pas cupide — elle partagera avec Lisa. Quant à comment… elle verra bien.

La fille déniée

Ah, quelle chipie était Élodie à seize ans ! Elle sétait acoquinée avec une bande de gars plus âgés, des petits voyous à la mode de Lyon, spécialistes des vols de scooters et des montres Fausses Rolex, et ne rentrait jamais chez elle le soir, de quoi donner des cheveux blancs à sa mère, Françoise.

Heureusement, elle a évité la case prison lors du fameux coup du supermarché, quand tout le monde sest fait embarquer sauf elle un miracle du destin ou peut-être juste sa manie darriver en retard, allez savoir.

Et cest là quon a découvert le pot aux roses : Élodie était enceinte de lun des gars, Jules, un vrai Roméo version banlieue lyonnaise, tout juste bon à finir au centre de détention de Villefranche pour quatre ans.

Élodie a longtemps hésité à avouer ça à sa mère, a raté le délai pour lIVG, résultat : un bébé devant léternel, sans papa. Elle a même osé aller voir les parents de Jules, pensant naïvement quils lui offriraient les croissants le dimanche mais la maman, Madame Monique Girard, la vite refroidie :

Déjà que Jules nous a foutu la honte sur tout le quartier, tu veux pas nous refiler ce bébé en plus ? Dégage, ma grande ! Chez nous, on na plus de fils, seulement une fille !

Et bim, porte fermée. Mais Élodie aussi a son orgueil : pas question de simposer. Elle se tourne vers sa mère, écoute ses lamentations, puis, une nuit pluvieuse, met au monde une magnifique petite Sonia.

Larrivée de Sonia a calmé chez Élodie ses envies de liberté façon vie nocturne à la française. Exit les soirées tapas-cocktail avec les copines, bonjour le job de vendeuse à la boulangerie Paul.

Heureusement, Françoise adore jouer la mamie gâteau; plus de reproches, juste des histoires drôles et des biscuits au chocolat avec la petite. Elles ne roulent pas sur lor mais ça sent la galette dans lappart.

Avec Jules, Élodie a gardé une correspondance digne dun roman de gare. Il était au courant pour la naissance, mais na vu sa fille quà ses trois ans, lors dune permission. Il a tenté de remettre le couvert pour le bien de la petite, tu comprends : On pourrait se marier, mais Élodie nen voulait plus.

Cétait des bêtises de jeunesse. Je suis même pas sûre de tavoir vraiment aimé, alors maintenant, cest sûr que non. Jai quelquun, Damien, on va se marier, lui sera un vrai père pour Sonia. Bonne route !

Jules, vexé, est parti bosser comme chauffeur dans le Nord, avec un copain pendant que ses parents continuaient à lui faire la gueule et quil se retrouvait tout seul, sans plus rien qui le retienne à Lyon.

Il na jamais oublié Sonia, cela dit : il appelait à Noël, envoyait des peluches et des livres sur la Tour Eiffel. La prochaine rencontre avec sa fille a eu lieu dix ans plus tard, quand la santé la lâché et quil a dû rentrer sous le climat doux de Lyon.

Entre-temps, il sétait rabiboché un peu avec ses parents, causait avec sa sœur Nadia et sa nièce Laure, mais vivait seul dans une chambre de foyer SNCF. Il trouvait un boulot de plombier au Syndicat dHabitation, pas la carrière de rêve mais bon, on fait avec.

Sonia savait très bien quelle avait un vrai papa quelque part. Elle lui en voulait de lavoir laissée et laimait à la fois. Dans sa tête dadolescente, il se la coulait douce à Lille pendant quelle galérait avec sa mère et le beau-père, Michel : pas méchant, lui, mais il sintéressait surtout au petit, Thomas, lenfant commun. Et elle, alors ? Elle comptait pour du beurre ?

En vrai, cétait juste que Thomas était encore tout petit Va expliquer ça à une ado boudeuse.

Élodie, de son côté, sefforçait dêtre une bonne mère, de peur que sa fille ne finisse comme elle mais cest jamais simple, hein.

Ah bon, tas osé revenir ? balança Sonia le jour où Jules est arrivé. Tu pouvais pas rester perdu pour toujours ?

Ma fille, la vie, cest compliqué répondit Jules, gêné.

Ah, tous les adultes disent ça ! Ça les arrange bien, cest votre excuse favorite !

Sonia montrait quelle était fâchée. Mais, au fond, elle espérait juste quil ne disparaîtrait pas encore Jules, lui, fit preuve dune patience denfer. Petit à petit, la glace fondit : ils se mirent à se parler presque normalement.

Il devint même une sorte de modèle, lui expliquant en détail ce qui arrive à qui simagine braver la loi.

Sauf quil picolait plus quil ne faudrait. Pas violent, mais voir son père trinquer seul au Cognac, ça dégoûtait Sonia. Jules lavait compris, il se cachait quand il en avait trop bu.

Il est gentil, ton père, soupirait la voisine, tante Germaine, que Sonia avait adoptée en allant chez Jules. Il na juste pas eu de chance avec les femmes. Il vit comme un vieux célibataire, mais il te parle sans arrêt.

Sonia hochait la tête, tout en se disant que son père navait quà sen prendre à lui-même.

Jules essaya de créer des liens entre Sonia et Laure, sa nièce. Après tout, elles étaient cousines, non ? Mais laffaire tourna court.

Ma grand-mère dit que tu nes rien pour nous lâcha Laure, méprisante. Que ta mère voulait saccrocher à notre famille, mais elle sest ratée. Ma grand-mère, elle, elle nest pas stupide !

Franchement, jai jamais eu envie dêtre de votre famille de bourgeois ! répliqua Sonia. On dirait que vous vous prenez pour la Maison royale !

Après ça, elles se croisaient sur la place des Terreaux sans même se dire bonjour.

Plus tard, Sonia apprit de son père que Laure avait perdu sa mère (le père était mort depuis longtemps), et que sa grand-mère et son grand-père, quelle navait jamais connus, étaient décédés lun après lautre aussi.

Tante Germaine lui souffla un secret : Jules aurait aimé voir sa fille renouer avec ses parents, mais, va savoir, il na jamais osé ou ils ont dit non

En réalité, Sonia sen fichait. Elle avait assez de ses propres soucis.

Après le BTS, elle trouva un job, se maria à 22 ans avec un certain Antoine. Un an plus tard, une adorable petite Capucine vint changer la donne.

Jules était aux anges, presque sobre, tout fier lors des visites de sa fille et sa petite-fille. Dhabitude, elles venaient chez lui ou se retrouvaient dans un café Antoine ne tenait pas trop à son beau-père.

Hier, il ma demandé en douce combien coûte une école privée chuchotait tante Germaine à Sonia, rieuse. Il veut mettre des sous de côté pour que la petite ait une bonne éducation. Il a pris un deuxième boulot, tu te rends compte ?

Pourvu quil ne boive plus murmurait Sonia. Il sabîmait à force et on voit quil nétait pas bien, mais il ne lavouait jamais

Trois ans plus tard, Capucine eut un petit frère, Alexandre. Jules adorait son petit-fils aussi, mais Capucine restait la chouchoute. Pourtant, il passait de moins en moins de temps avec les enfants, toujours plus pâle et fatigué.

Je suis juste épuisé se défendait-il face aux questions de sa fille. Quand je me reposerai, ça ira.

Sonia sinquiétait, mais elle avait déjà fort à faire. Surtout quun jour son mari décida quil en avait ras-le-bol de la vie de famille et préféra la liberté avec une collègue bien plus jeune.

Entre le divorce, lavocat, le cest pas moi, cest toi !, Sonia perdit Jules de vue.

Viens vite, Sonia la voix endeuillée de tante Germaine à lautre bout du fil ne laissa pas de doute : Jules était décédé.

Heureusement que sa mère accepta de garder les petits quelques jours, sinon elle aurait craqué avec les obsèques et tout le tralala.

Ce nest quaprès que Sonia réalisa ce que Laure voulait dire.

Tu rigoles ? répliqua la cousine quand on parla dhéritage. La chambre dans le foyer, la bonne affaire, tiens !

Ne soyez pas si sûre, fit Laure, tout bas. Ma mère racontait que Jules avait des actions planquées achetées dans le Nord, quil navait même pas tout dépensé. Pas de millions deuros, mais bon… Et la chambre, on peut la vendre !

Rouge de colère, Sonia pensa : à peine le père enterré, voilà Laure qui se bouscule pour les miettes !

Attends, je partage pas, moi ! répondit Laure. Je suis lunique héritière légale de tonton Jules ! Je ne partage avec personne.

Sonia pensa répliquer, mais se mordit la langue. On ne lui avait jamais officiellement reconnu le statut de fille légitime de Jules. Même son nom de famille était différent.

Ce nest pas un problème ! sindigna Michel, le beau-père, quand Sonia lui raconta lhistoire avec sa mère. Il suffit daller au tribunal et prouver que Jules était ton père. Laure ira voir ailleurs !

Simple, vraiment ? douta Élodie, se tournant vers Sonia. Mais il faut une analyse ADN non ? Avec quoi on compare ?

Jules na rien laissé, pas même une brosse à dents ? ricana Michel. Vous êtes vraiment à côté de la plaque, les filles !

En effet, Laure qui avait obtenu les clés de la chambre du défunt avait fait venir une société de nettoyage qui avait tout astiqué, jeté la moindre vieillerie, lavé le linge jusquà effacer lADN

Bah quoi ? Cest la coutume de tout nettoyer après un décès, minauda Laure en cachant mal son sourire.

Heureusement, Michel eut une idée lumineuse (dommage que Sonia ne lait pas apprécié plus tôt !) :

Va au tribunal, Sonia. Tout le monde sait ici que Jules ta toujours reconnu comme sa fille. Élodie témoignant, Germaine aussi, les collègues également Tu seras gagnante !

Et bingo ! Élodie témoigna, Germaine aussi, les collègues du Syndicat dHabitation firent pareil.

Résultat : Sonia se retrouva non seulement héritière de la chambre au foyer, des actions et du compte en banque, mais aussi en droit de contester la succession des grands-parents.

Mais elle nest pas vénale, notre Sonia elle partagera avec Laure. Enfin, partager il lui reste à savoir comment !

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La fille non reconnue À 16 ans, Océane était une vraie tornade ! Elle avait traîné avec une bande de jeunes adultes qui faisaient de petits vols et ne rentrait jamais dormir chez elle, torturant les nerfs de sa mère nuit et jour. Heureusement, elle n’a pas fini en prison lorsque ces garçons ont été arrêtés pour vol. C’est à ce moment-là qu’elle a découvert qu’elle attendait un enfant de l’un d’eux — Michaël, dont elle était amoureuse. Océane a mis du temps à l’annoncer à sa mère, trop tard pour interrompre la grossesse ; il ne lui restait plus qu’à garder bébé, même si le père est parti en centre de détention pour quatre ans. Avec son ventre rond, elle a tenté le coup chez les parents de Michaël, mais sa mère, Tamara, lui a vite fait comprendre la “politique familiale” : — Non seulement ce Michaël nous a humiliés devant toute la ville, mais en plus tu veux nous refiler un enfant qui n’est pas le nôtre ? Débrouille-toi, on n’a plus de fils — seulement une fille ! La coupe était pleine. Océane non plus n’a jamais insisté. Elle a avoué à sa mère sa grossesse, écouté ses reproches et a mis au monde une petite fille en plein santé, prénommée Marine. L’arrivée de Marine a calmé bien des envies de liberté chez Océane. Elle a trouvé un poste de vendeuse en supermarché, oubliait les fêtes et les beuveries. Merci à sa mère qui, ravie, gardait la petite, ne lui reprochait plus de ses erreurs passées, et la vie avait repris, modeste mais chaleureuse. Avec Michaël, quelques échanges de lettres ; il savait pour la naissance de Marine, mais ne l’a vue qu’à ses trois ans. Il a voulu recoller les morceaux avec Océane — “on pourrait se marier, pour la petite” — mais cette fois, hors de question : — C’est du passé ! s’est-elle coupée. Je doute même de t’avoir aimé à l’époque et maintenant c’est certain : je ne t’aime pas. J’ai un copain, Dimitri, on va se marier. Il sera un vrai père pour Marine. Bon vent ! Michaël n’a pas vraiment insisté. Un peu vexé, mais il a tourné la page : embauché comme chauffeur sur Paris avec un ami. Ses parents ne lui ont jamais pardonné ; plus rien ne le retenait dans la ville de province. Mais Marine ne l’oublie pas. Il appelle à chaque Noël, envoie des cadeaux. Ils ne se revoient qu’au bout de dix ans, quand Michaël est obligé de revenir dans le Sud pour des raisons de santé. Les relations avec ses parents se sont un peu apaisées, il voit sa sœur Nathalie et sa nièce Lisa. Mais il vit à part, dans une chambre en cité U, travaillant comme agent d’entretien à la mairie. Marine a toujours su qu’elle avait un vrai père. Elle l’aime autant qu’elle lui en veut : il est parti loin vivre sa vie, et elle doit s’adapter à sa famille recomposée. Son beau-père Nicolas est correct mais indifférent, sa mère ne pense plus qu’à son fils Vlad, elle se sent mise à l’écart. En vérité, ce n’était pas le cas, mais comment expliquer à une ado que Vlad demande juste plus d’attention car il est petit ? Océane fait ce qu’elle peut pour empêcher Marine de suivre ses propres mauvais chemins — sans grand succès. — T’es revenu ? gronde Marine, quand Michaël réapparaît. Il était temps ! — Ma fille, pourquoi cette agressivité ? — s’excuse le père. — La vie est ainsi, pas simple… — Ah, les adultes ! Toujours la faute à la “vie”… Vous n’avez pas mieux comme excuse ? Marine veut montrer sa rancœur, mais attend désespérément que son père la rassure. S’il se vexe et repart ? Encore seule dans sa famille recomposée… Mais non, Michaël fait preuve d’une incroyable patience, peu à peu le dialogue se rétablit. Il devient pour elle un modèle : lui décrit franchement ce qui arrive à qui transgresse la loi. Il boit parfois, ce qui dégoûte Marine. Il l’a compris et se cache les jours de cuite. — C’est quelqu’un de bien, — soupire sa voisine, tante Christine, amie de Marine. — Il n’a jamais eu de chance avec les femmes. Il vit seul, ne parle que de toi, sa fille. Marine acquiesce, persuadée que son père est responsable de sa propre misère… Il a essayé de la rapprocher de Lisa, sa cousine, mais l’entente n’est pas là. — Ma grand-mère m’a toujours dit que tu n’étais rien pour nous, — lâche Lisa. — Ta mère voulait nous imposer un enfant qui n’est pas de la famille, mais on n’a pas accepté. Ma grand-mère n’est pas idiote ! — Je n’ai pas besoin de vous ! peste Marine. Tu parles d’une famille royale ! Depuis, elles s’ignorent en ville. Par la suite, Marine apprend par son père que la mère de Lisa est décédée, que ses grands-parents maternels sont morts sans qu’elle les rencontre. Tante Christine lui confie que son père voulait la réconcilier avec sa famille, mais ils ont refusé ou il n’a pas osé… Marine n’en a cure, elle a ses propres soucis. Après le bac pro, elle trouve un emploi, à 22 ans se marie, et un an plus tard devient maman d’une adorable petite Louise. Michaël en est comblé. Il abandonne presque l’alcool, attend avec impatience de voir sa fille et sa petite-fille. Ils se retrouvent chez lui ou ailleurs — le beau-fils est peu hospitalier. — Il m’a demandé combien coûte la meilleure école privée, — glisse tante Christine. — Il veut économiser pour que sa petite-fille ait la meilleure éducation. Il a pris un deuxième job. Tu te rends compte ? — Pourvu qu’il arrête de boire… — murmure Marine. — Il n’a plus l’air en forme, et il a mal quelque part, mais il ne dit rien… Trois ans plus tard, Louise a un petit frère, Arthur. Le grand-père en est fou, mais préfère sa petite-fille. Il passe de moins en moins de temps avec eux, paraît épuisé. — Juste fatigué, — balaye-t-il les questions de Marine. — Je me repose, tout ira bien. Marine s’inquiète, mais la famille accapare son temps. Et voilà que son mari la quitte pour une jeunette. Procédure de divorce, audience… Marine perd de vue son père. — Viens, Marine, — la voix triste de tante Christine ne laisse pas de doutes — son père est mort. Heureusement, sa mère accepte de garder les enfants le temps des funérailles, sinon Marine aurait craqué. Lorsqu’elle s’est remise des obsèques, elle ne comprend pas tout de suite ce que Lisa veut dire : — Hé, l’héritage… — lâche la cousine. — Une chambre de cité U, pas vraiment grand-chose ! — C’est pas si mal, — objecte Lisa. — Ma mère disait que Michaël avait des actions qu’il avait achetées à Paris et qu’il n’avait pas bu jusqu’au bout. Ce n’est pas des millions, mais bon… Et la chambre peut se vendre. Marine sent la colère monter : à peine son père enterré, Lisa discute du partage ! — Moi, partager ? — s’indigne Lisa. — Je suis la seule héritière légale de Michaël. Je ne partagerai pas. Marine voudrait protester, mais se retient. Lisa a raison — officiellement, Marine n’était pas reconnue, son acte de naissance porte un autre nom. — Pas grave ! — affirme Nicolas en entendant l’histoire. — Tu n’as qu’à aller au tribunal et prouver qu’il était ton père. Lisa n’aura rien avec ses petites mains avides. — C’est facile ? — s’étonne Océane, en regardant sa fille. — Il faudrait un test ADN… Mais on compare avec quoi ? — Il n’y a même plus une brosse à dents de Michaël ? — ricane Nicolas. — Bon sang, vous n’y connaissez rien ! Non, il n’en reste rien. Pendant que Marine réfléchit, Lisa, qui avait obtenu les clés de la chambre, a fait passer une entreprise de nettoyage. Tout y a été désinfecté ; tous les objets jetés, vêtements lavés. — C’est normal, faut faire le ménage après un décès, — prétend Lisa, cachant mal son sourire. Mais l’idée de Nicolas est la bonne (Marine regrette d’avoir été froide avec lui !). — Va au tribunal, Marine. Il y a plein de témoins qui savent qu’il te considérait comme sa fille. Tu prouveras sans problème ! Et il avait raison. La mère témoigne, tante Christine aussi, collègues du défunt qui confirment qu’il parlait de sa fille et sa petite-fille… Finalement, Marine peut prétendre à la chambre, aux actions et au compte en banque, voire à l’appartement des grands-parents qui ne l’avaient jamais reconnue. Mais elle n’est pas cupide — elle partagera avec Lisa. Quant à comment… elle verra bien.
Il l’a quittée — Tu te rends compte, vingt-cinq ans de mariage ! Et il l’a quittée ! — murmuraient les amis. — Il ne voulait tout simplement pas travailler, alors qu’elle, la pauvre, s’est résolue à aller bosser à l’usine à son âge ! — s’apitoyaient d’autres. *** Dans leur petite ville, tout le monde se connaissait depuis la maternelle. Les retrouvailles d’anciens élèves étaient régulières, mais il s’agissait habituellement d’apéros improvisés dans un café ou de barbecues à la campagne. Cette fois-ci, Julie, portée par un petit groupe de femmes énergiques, insista pour organiser la soirée dans un restaurant bien trop cher. — Il faut montrer qu’on est aussi des gens qui ont réussi ! — lança-t-elle à son mari. Maxime, dont l’activité professionnelle, ces derniers mois, consistait surtout à tenter de démarcher des clients depuis son départ de l’usine, esquissa un sourire. Réussir… Leur table était dans un coin, ce qui convenait parfaitement à Maxime. Il n’en était qu’à la moitié de son verre de vin lorsqu’Yves, son ancien voisin de classe, s’approcha. Yves ne changeait jamais. — Max ! Ça faisait longtemps, hein, au moins un mois ! — plaisanta-t-il. — Julie, toujours aussi ravissante. Tu ne maltraites pas trop Max, j’espère ? Lui, c’est un bosseur. Alors, Max, tu deviens quoi depuis ton départ ? Vous allez bien tous les deux ? Maxime ouvrit la bouche, prêt à expliquer sincèrement qu’après avoir quitté l’usine, où il avait été pendant vingt ans l’un des meilleurs soudeurs avec un salaire qui aurait fait pâlir d’envie bien des gens ici, il ne préparait plus que son café le matin, en attendant les commandes. Il s’apprêtait à commencer : — Écoute, Yves, tu sais… Mais Julie fut plus rapide : — Oh, Yves, enfin ! Tu ne devines pas ? Du travail ? — Julie prit une gorgée de vin, s’appuya sur la table et, avec l’acoustique de la salle, sa voix porta bien au-delà d’Yves. — Pourquoi il irait bosser, hein ? Maxime reçut ses mots comme une gifle. — Mais qu’est-ce que tu racontes ? — siffla-t-il. — Maxime ne veut pas chercher de travail. Tu sais bien, Yves, de nos jours — Julie poussa un soupir théâtral — le business le plus lucratif, c’est de vivre aux crochets de sa femme ! À quoi bon se fatiguer ? Je travaille, je tire la barque, et lui, il se repose. Max, n’aie pas honte, c’est bien vrai, non ? Yves et tous ceux assis près de la table entendirent ce discours. — Ah… Je vois… — fit Yves, qui ne pouvait qu’avoir pitié pour Maxime. — Bon, excuse-moi, Max, il faut que j’aille retrouver Sylvie là-bas. Content de t’avoir vu. Yves s’éloigna, presque fuyant la table. Maxime se tourna vers Julie : — Tu te rends compte de ce que tu viens de dire devant tout le monde ? Julie s’enfila une autre gorgée de vin. — J’ai juste dit la vérité, chéri. Qu’est-ce qui te dérange ? — Tu viens de me ridiculiser ! Tu m’as traîné dans la boue devant tout le monde ! Julie, vexée par le fait qu’elle avait dû se mettre à travailler, répliqua : — Tu voulais que je colle qu’il traîne à la maison en jouant au pseudo-artisan, alors que personne n’a besoin de ses services ? Max, tu ne bosses pas, moi si. Forcément, tu vis à mes frais. Pour Maxime, la soirée s’achevait déjà. — On s’en va. Tout de suite. — Mais c’est la soirée ! — protesta Julie. — Quelle soirée ? On part ! Julie, bien entendu, lâcha à la cantonade en quittant la salle : — Ah, désolée, des urgences nous rappellent ! Ne vous ennuyez pas trop sans nous ! Le taxi, réservé après leur précipité départ, filait sur les rues désertes de la nuit. — Julie, — commença Maxime, pendant que le chauffeur discutait dans son oreillette — Tu te rends compte de ce que tu as balancé devant tous ? Tu mesures l’impact de tes mots ? Il avait déjà posé la question au restaurant, sans trouver de réponse claire. — Je répète : j’ai dit la vérité, Max. Tu ne trouves pas que c’est mieux, la vérité, plutôt que ta petite comédie pour masquer ta fainéantise ? — Ma fainéantise ? — Maxime se tourna brusquement vers elle. — Ça fait vingt-deux ans que je subvient seul à tous tes besoins ! Tu n’as jamais eu à travailler ! On a emmené les enfants en vacances, payé leurs études… Tu vas nier tout ça ? Julie remarqua que le chauffeur avait arrêté de parler, probablement pour écouter leur dispute, mais n’en tint pas compte. — Bah, c’est du passé, Maxime. Aujourd’hui, c’est moi qui bosse. Je t’entretiens pendant que tu attends les bras croisés. — Je suis parti contraint, Julie. Je suis ouvrier, pas un larbin ! — dit-il. Maxime avait été le meilleur soudeur de l’usine. Il savait tout faire, là où les autres n’osaient même pas essayer. Mais le nouveau chef ne jurait que par les insultes, Maxime n’avait pas supporté. — À quoi bon en parler si tu n’as pas de boulot ? — rétorqua-t-elle. — J’ai passé des annonces partout ! — insista-t-il. — En attendant, — martelait Julie — tu traînes à la maison, scotché à ton téléphone, pendant que moi, je bosse à l’usine pour payer les charges. Et tes histoires de vacances, c’est du passé. Ils finirent la course dans un silence pesant. Chez eux, Maxime passa devant Julie, qui commençait à ranger les sacs restés de la soirée, et se dirigea tout droit vers la chambre. Sans se changer, il se coucha sur le lit, sans penser à rien. Un peu plus tard, Julie entrouvrit la porte. — Tu comptes rester allongé comme ça ? Et qui va faire la vaisselle, moi toute seule ? — Je n’ai pas la tête à ça, Julie. — On n’en veut pas à la vérité. Ce furent les derniers mots qu’il entendit avant d’essayer de s’endormir. Il repensa à tout : les nuits blanches à accumuler petits boulots pour économiser pour leur maison. Les réparations de la vieille voiture, faites par ses propres mains pour ne pas dépenser. Julie qui jadis le portait aux nues… Et aujourd’hui, un mois sans salaire, et il devenait un poids mort. Il s’installa dans le salon, loin de Julie. *** Vers midi, le téléphone sonna. — Allô ? — Bonjour, je m’appelle Jean. J’ai vu votre annonce sur Internet. Vous êtes bien soudeur ? On aurait besoin que vous veniez voir sur place notre châssis à refaire… Si vous êtes disponible, je vous donne les détails. — Oui, Jean, j’arrive tout de suite. Après cet appel, d’autres suivirent. L’un se rappelait qu’un jour, Maxime lui avait réparé sa clôture ; un autre cherchait quelqu’un pour son chauffage ; un autre encore pour des structures métalliques sur son toit. Trois semaines plus tard, Maxime avait retrouvé la forme. Les chantiers s’enchaînaient. Il bossait jusqu’à quatorze heures par jour, c’était son travail, son argent. Bonus appréciable : sans patron sur le dos. — Tu as l’air… comme avant — observa Julie quand il rentra tard d’une journée chargée. — J’ai du boulot — répondit simplement Maxime. — Tant mieux — fit-elle. — Alors, je peux arrêter l’usine ? Maxime attendait cette question depuis que son premier client avait confirmé la commande. — Quitter l’usine ? — il ricana. — Oui. Tu vois bien que ça roule pour toi. Quel intérêt d’y aller encore ? Dès que tu recommenceras à gagner autant qu’avant, je retourne à la maison, non ? C’était notre deal. Mais Maxime avait d’autres plans. — Julie — son prénom sonna étrangement — Tes projets de démission ne me regardent pas. Julie ne comprit pas tout de suite. — Qu’est-ce que tu veux dire ? — Que tu n’as pas à quitter ton boulot. Tu as voulu bosser, tu continues. On sépare les finances. Mon argent reste à moi. Le tien, c’est le tien. Ce n’est pas uniquement par vengeance, mais par lassitude. Si Julie le considérait comme un poids, il ferait de même. — Comptes séparés ? Tu es dingue ? On est mariés depuis vingt-cinq ans ! — Et alors ? Tu n’as pas arrêté de dire que je profitais de toi. Désormais, chacun pour soi. Ton choix de travailler, c’est ton affaire. Il passa ses nuits dans le salon. Julie ne dormait plus du tout. Au matin, elle fit ses sacs, prit ses affaires, quelques vêtements, et des photos des enfants. Elle laissa un mot sur la table, juste sous son carnet de commandes : « Je vais chez maman pour l’instant. Réfléchis à ton comportement. » Maxime ne chercha pas à la faire revenir. Les sentiments ne disparaissent pas en un jour, mais les paroles blessantes restent aussi. Même seul à Noël, il n’appela pas Julie. Il craignait cependant le coup de fil des filles. L’aînée, Clara, fut la première. — Papa, bonne année ! Ça va ? — Salut, Clara. Tout va bien. — Je viendrais volontiers, mais j’ai des exams le 3 janvier. L’horreur. Je sais que ça ne va pas trop avec maman… Tu ne songes pas à vous réconcilier ? C’était sa crainte. Surtout Clara, qui serait du côté de Julie, il le savait bien. — Je ne sais pas, honnêtement ? Ça va sûrement finir en divorce. Il s’attendait à se faire descendre. — Papa… Tu ne crois pas qu’on te juge ? Maxime en resta muet. — Vraiment ? — On a grandi, papa. On se souvient de ton travail acharné. Et j’ai entendu ce que maman t’a fait subir récemment… Fais ce que tu penses juste. On te soutient, on t’aime. Maxime comprit alors que ses craintes n’étaient pas fondées. Il pleura au téléphone, et Clara aussi, sans doute. — Merci… Avec la petite, Anna, ce fut plus simple. Plus sensible, elle dit juste : — Papa, si tu es heureux, nous aussi. Maman s’inquiète, mais ne l’écoute pas trop. Elle exagère parfois. Le divorce fut vite réglé. Maxime laissa la maison à Julie, ne voulant pas empiéter, et se prit un petit appartement près de son atelier nouvellement loué. Pour les proches, Maxime passa pour le méchant. — Tu te rends compte, vingt-cinq ans de mariage ! Et il l’a quittée ! — répétaient les amis. — Il refusait de travailler, et la pauvre a dû aller trimer à l’usine ! — s’apitoyaient d’autres. Personne ne connaissait les paroles de Julie. Ils n’ont vu que la fin de la pièce, pas toute l’histoire.