Pas de chat sous mon toit, ou faites vos valises ! – Les règles strictes de Madame Dubois, une chambre parisienne, une pensionnaire discrète, et l’irruption d’une petite chatte grise qui risque de tout bouleverser

Pour que le moindre poil de chat ne reste ou bien libérez lappartement

Pas question davoir lombre dun chat ici, sinon vous partez ! criait la propriétaire.

La chambre que javais louée à Camille était petite, mais lumineuse. Le mobilier semblait dater dun autre temps, solide et vieilli, mais en bon état. Madame Geneviève Martin, la propriétaire, mavait averti dès le départ :
Je suis une femme à principes. Jaime lordre, la propreté, le silence. Sil y a quoi que ce soit, nattendez pas, dites-le moi sur-le-champ.
Camille avait acquiescé. Tout ce quelle souhaitait, cétait une nuit paisible, sans disputes de voisins ni cris divrognes. Après lancien studio en périphérie lyonnaise, où les voisins faisaient du tapage à toute heure, ce nouvel endroit ressemblait presque à un paradis.
Elle sest installée. Chacun a pris ses marques. Geneviève Martin sest révélée moins méchante que fermée. Silencieuse. Son regard portait une tristesse tenace, comme une rancœur permanente contre le monde, peut-être la vie elle-même.
Ma colocataire Camille se faisait la plus discrète possible. Elle cuisinait tôt le matin, avant que Madame Martin ne se lève. Elle marchait sans bruit, nallumait presque jamais la télévision. Une vraie souris.
Et puis, un jour, elle est apparue : Aimée.

La chatte sest incrustée toute seule. Plutôt, elle sest fait adopter. Grise, toute maigre, avec des yeux verts pleins dintelligence. Elle patientait devant la porte de limmeuble, miaulant pitoyablement, me fixant avec ce regard qui disait : « Prends-moi, sil te plaît. »
Camille a craqué.

Elle la montée chez nous. Lui a préparé à manger, donné à boire. Dans une boîte, elle a mis un vieux torchon pour en faire un nid. Aimée sest enroulée et sest mise à ronronner et soudain, Camille sest sentie fondre intérieurement. Pour la première fois depuis des mois.
Ma petite Aimée…

Cacher la chatte paraissait facile. Madame Martin entrait rarement dans la chambre de Camille. Aimée était dune discrétion étonnante ni griffures, ni courses folles, juste des siestes et beaucoup de ronrons sur le rebord de la fenêtre.
Mais une soirée, le ton est tombé :
Camille Dupuis !
La voix de la propriétaire ma glacé le sang. Camille est sortie dans le couloir. Madame Martin se tenait devant la porte, le visage tordu, un poil gris entre les doigts.
Cest quoi, ça ? Vous avez quelquun chez vous ?
Madame Martin, je…
Un chat ?!

La propriétaire criait comme sil sagissait dun serpent. Ou dun rat. Son visage devenait écarlate, les mains tremblaient.
Je ne supporte pas ces bêtes ! De la saleté partout, des poils, des odeurs !
Mais elle est propre
Je ne veux même pas sentir le fantôme dun chat ici, sinon vous faites vos valises !

Madame Martin est rentrée en claquant la porte. Camille sest laissée tomber sur le divan, les mains tremblantes. Aimée sest approchée, se frottant à ses jambes, miaulant tristement.
Quest-ce quon va devenir, ma belle ? a-t-elle murmuré. Où va-t-on aller ?

Les larmes coulaient toutes seules. Recommencer à zéro ? Chercher, emballer à nouveau ?
Mais elle nen avait plus le courage.

Camille prit alors la résolution suivante : tant quon ne la mettrait pas dehors de force, elle resterait, et Aimée serait mieux cachée.
Les jours suivants ont été dignes dun roman despionnage. Ridicule, éprouvant, mais cétait la seule solution.
Camille cachait Aimée dans larmoire lorsquelle entendait les pas de la propriétaire. Elle la nourrissait uniquement très tôt ou tard le soir, quand Madame Martin était partie chez le boulanger. La litière était dissimulée au fond derrière une vieille valise.
Et la chatte, comme si elle comprenait, restait muette, digne, observant Lyon à travers la fenêtre de ses yeux verts mélancoliques. Parfois, Camille jurait même quelle respirait plus doucement pour ne pas être découverte.
Bravo, ma discrète, murmurait Camille en lui caressant le pelage chaud. Tiens le coup, tout ira bien.

Mais rien nallait mieux.
Madame Martin parcourait lappartement comme si elle venait dêtre trahie. Dun œil soupçonneux, elle inspectait tout. Un soir, elle sarrêta longuement devant la porte de Camille.
Camille, la chatte dans les bras, retenant son souffle, la sentit passer près de la crise cardiaque.
Mon Dieu, pourvu quelle nentende pas.
La propriétaire finit par sen aller, mais latmosphère dans lappartement devint irrespirable.
Au dîner, Geneviève Martin ne disait rien, mangeant sa soupe en évitant le regard des autres. Tout à coup, elle lança :
Vous me prenez pour une imbécile, sans doute ?
Camille en avalant son thé, faillit sétouffer.
Je vois clair, vous lavez cachée quelque part, hein ? Vous me croyez dupe ?
Madame Martin
Ça suffit ! Je vous ai avertie. Mais vous êtes maligne, très bien. Pas un poil, pas un bruit ! Et quand mon petit-fils viendra, il ne doit rien rester du chat, vous comprenez ?

Elle quitta la pièce, laissant Camille pantoise.
Un petit-fils ?

Le lendemain, Geneviève Martin évoqua son petit-fils. De façon très froide, mais jai perçu dans sa voix une pointe danxiété.
Bastien arrive pour les vacances. Il a douze ans. Ses parents sont toujours débordés, alors il vient chez moi. Il arrive vendredi.
Cest super ! tenta Camille pour lencourager. Vous devez avoir hâte.
Un rictus.
Contente, oui Mais il est devenu un étranger. Toujours fourré dans son portable, il ne me parle presque plus. Il passe la semaine, repart. Chaque année, cest pareil.
Une vraie blessure perçait dans sa voix.
Mais vous êtes sa grand-mère ! Il vous aime !
Ouais, bof, le principal cest davoir du wifi, ironisa Geneviève. Puis, plus bas :
Et pas question dapercevoir votre chat. Cest clair ?

Camille hocha la tête, mais pensait déjà : où pourrais-je cacher Aimée une semaine entière ?
Le vendredi arriva trop vite.
Bastien débarqua en fin de journée. Grand pour son âge, tout en angles, casque vissé sur les oreilles, le regard sombre. Il marmonna un bonsoir, fila senfermer dans la chambre.
Geneviève saffairait, mettait la table, lappelait pour dîner. Bastien vint à contrecoeur, le nez dans son portable.
Bastien, mange un peu, suppliait la grand-mère.
Pas faim.
Jai fait exprès tes lasagnes…
Jai dit non !
De la chambre, Camille entendait tout à travers la cloison. Pauvre Geneviève, elle se donnait tant de peine pour un petit-fils qui lignorait complètement.
Et Aimée, de son côté, fixait la nuit lyonnaise, allongée sur le rebord de la fenêtre. Les yeux tout tristes.
Un peu de patience, ma belle. Encore un peu…

Mais le lendemain, limprévu arriva.

Camille sortit de sa chambre pour aller aux toilettes. À peine une minute. Elle avait laissé la porte entrouverte, faute de clef.
Aimée, prise dune soudaine envie de se dégourdir ou par simple curiosité, sest faufilée par louverture et sest aussitôt élancée dans le couloir.
En revenant, Camille remarque labsence du chat.
Coup de panique, sueur glacée.
Aimée ! Ma jolie Aimée !
Camille sélance dans le couloir Et sarrête net.

Au milieu du salon, assis sur le tapis, Bastien caresse Aimée, qui ronronne si fort quon dirait un scooter.
Oh souffle Camille.
Bastien lève la tête et, pour la première fois depuis son arrivée, sourit.
Cest à qui, ce chat ?
Il… il est à moi, balbutie Camille, toute gênée. Désolée Bastien, elle sest sauvée.
Je peux continuer à la caresser ? Elle est super douce !
Mais bien sûr

Camille ne savait que faire. Madame Martin allait sûrement surgir… scandale en vue. Mais Bastien rayonnait, comme transformé par la douceur du chat.
Et justement, la propriétaire sort de la cuisine.
Elle aperçoit la scène. Reste figée.
Camille se tient prête à affronter la tempête…

Bastien, souffle Geneviève Martin, tu joues avec le chat ?
Oui, mamie ! Tas vu comme elle ronronne ? Je peux lui donner à manger ?
Geneviève observe son petit-fils. Puis, lentement, elle hoche la tête.
Vas-y, fais donc.

Tout a basculé ce jour-là.
Bastien ne quittait plus Aimée : il la nourrissait, jouait, dessinait même son portrait. Le téléphone, posé dans un coin, prenait la poussière. Il riait, racontait à sa grand-mère lécole, ses copains, son rêve davoir un chat chez lui.
Geneviève écoutait, silencieuse, et pour la première fois, son regard reprenait vie.
Un soir, elle est venue vers Camille.

Quelle reste, dit-elle doucement. Aimée. Quelle reste. Voilà un peu de joie à la maison, grâce à elle.
Camille remarqua une larme glisser sur la joue de la propriétaire.

Le temps fila. Trois mois plus tard, Bastien appelait chaque soir. Pas ses parents sa grand-mère. Il demandait des nouvelles dAimée, voulait la voir en visio. Geneviève, pas très à laise avec son smartphone, gigotait pour cadrer la chatte qui, en entendant la voix familière, sapprochait, miaulant, comme si elle reconnaissait lenfant.
Tu la vois, Bastien ?
Je la vois, mamie ! Salut Aimée !
Tu viendras à Pâques, promis ?
Promis, mamie. Avec Aimée, vous mattendez.
Et cest vrai. Geneviève avait déjà repéré à la jardinerie une canne à pêche avec des plumes pour chat, sûre que ce jeu plairait à Bastien.
Camille ne vivait plus cachée. Elle préparait le repas dans la cuisine, partageait un thé avec Madame Martin, racontant des anecdotes de sa vie, de son défunt mari, de leur rencontre, des difficultés après sa mort.
Vous savez, si Aimée navait pas été là… Je naurais pas tenu.
Geneviève hochait la tête, avec une tendresse nouvelle.
Les animaux, ils sentent nos chagrins. Ils simposent tout simplement. Sans parler.
Peu à peu, elles sont devenues de vraies amies. Deux femmes seules réunies par le hasard et la présence dune petite chatte grise.

Au printemps, Bastien est revenu. Avec un énorme sac à dos, rempli de cadeaux : des croquettes, un nouveau collier à grelot, un coussin tout doux pour Aimée.
Cest moi qui ai tout acheté avec mon argent de poche ! annonça-t-il fièrement.
Bravo, mon grand, félicita Geneviève.
Bastien passa la semaine avec Aimée : jeux, balades dans le quartier, dessins. Avant de repartir, il déclara :
Mamie, est-ce que je pourrai venir tout lété chez toi ? Pour longtemps ?
Mais bien sûr !

Geneviève serra son petit-fils contre elle, réalisant que le bonheur, ce nest pas le calme ni lordre absolu. Cest dans ces bras, ces rires et ces pas qui courent dans le couloir quil se cache.
Et tout cela, grâce à une discrète petite chatte grise.

Aujourdhui, assis dans ma chambre le soir, je repense à ces jours difficiles et doux. Parfois, les liens naissent dans le secret et lincompréhension, mais il suffit dun simple animal pour transformer un foyer en endroit vivant et aimant. Ma leçon ? Parfois, louverture à limprévu même à quelques poils de chat suffit à ramener le bonheur là où il nétait plus attendu.

Оцените статью
Pas de chat sous mon toit, ou faites vos valises ! – Les règles strictes de Madame Dubois, une chambre parisienne, une pensionnaire discrète, et l’irruption d’une petite chatte grise qui risque de tout bouleverser
Je suis la fille d’un agriculteur — et certains pensent que cela me rend inférieure.